{"id":131220,"date":"2023-07-22T19:29:46","date_gmt":"2023-07-22T17:29:46","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=131220"},"modified":"2023-07-23T03:36:33","modified_gmt":"2023-07-23T01:36:33","slug":"ete2023-06bis-chiffres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-06bis-chiffres\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #06bis | Chiffres"},"content":{"rendered":"\n<p><em>N.B. : Les diff\u00e9rents jugements n\u00e9gatif du protagoniste sur les gens qui aiment qu&rsquo;on leur raconte des histoires ou qui aiment la sauce barbecue ne sont pas \u00e0 prendre au s\u00e9rieux. Il font partie de la caract\u00e9risation du personnage. De m\u00eame, son insulte \u00e0 un camp politique. Je pr\u00e9f\u00e8re pr\u00e9venir.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Sa col\u00e8re criait du fond de ses entrailles il hurlait grin\u00e7ait elle le fixait de son regard vide sorte de brouillard o\u00f9 se d\u00e9veloppait une r\u00e9sistance s&rsquo;accrochant \u00e0 ce truc qui la rendait vivante obstin\u00e9e tenant sa m\u00e8re \u00e0 elle encore toujours pour un mod\u00e8le et sa col\u00e8re criait en vain il se laissait aller \u00e0 tout d\u00e9truire. Partir. O\u00f9 ? Prendre un ticket de bus. 2,50 \u20ac. Ca avait augment\u00e9, il en \u00e9tait s\u00fbr. Bus 101 jusqu&rsquo;\u00e0 la gare. On calcule\u2026 Pour 100 \u20ac on peut\u2026 Quoi donc ? Que faire avec tant d&rsquo;argent ? Un ticket jusqu&rsquo;\u00e0 Paris \u00e7a fait\u2026 ? On cherche\u2026 Embarquer\u2026 R\u00eavasser\u2026 Essayer de lire\u2026 Descendre\u2026 Ch\u00e2telet-les-Halles\u2026 Ici, un cin\u00e9ma\u2026 Une Fnac\u2026 Des restaurants\u2026 Et tu hurles tu hurles toute la col\u00e8re accumul\u00e9e tu avances dans l&rsquo;obscurit\u00e9 du monde incertain tu la voies qui complote qui se sait intouchable toute puissante. Alors tu sors. Tu marches. Tu vas jusqu&rsquo;\u00e0 la gare. Un pas, deux pas, trois pas, quatre pas, cinq pas. Dans le casque la musique s&rsquo;\u00e9puisait. <em>Allez viens avec moi j&rsquo;t&#8217;embarque dans ma gal\u00e8re dans mon arche y a d&rsquo;la place pour tous les marmots.<\/em> Huit pas, treize pas, dix-huit pas, vingt-trois pas. Tu es dans ta t\u00eate. Tu cogites des pens\u00e9es boueuses. Elles coulent pleines de merde d&rsquo;ordures. Le pont sous tes pas r\u00e9sonne. Trente pas, cinquante pas, soixante-dix pas, quatre-vingt-dix pas, cent dix pas. Tu penses prisonnier de pens\u00e9es qui tournent que tu ne peux pas arr\u00eater tu penses tu penses tu te tortures le cr\u00e2ne. Tu veux prendre un ticket jusqu&rsquo;\u00e0 Ch\u00e2telet-les-Halles. C&rsquo;est 3,10 \u20ac, 24,80 \u20ac le carnet de dix. Dans le distributeur, un Coca-Cola Cherry te fait de l&rsquo;\u0153il. La bouteille co\u00fbte 2 \u20ac. Il y a l&rsquo;attente du prochain train qui s&rsquo;\u00e9ternise ne viendra peut-\u00eatre pas la tentation de revenir te planquer dans ta chambre et s&rsquo;\u00e9tendent ind\u00e9finiment de ta col\u00e8re de ta tristesse pleines tes pens\u00e9es. <em>J&rsquo;habite seul avec maman dans un tr\u00e8s vieil appartement rue Sarasate.<\/em> Elle vont et viennent tes pens\u00e9es avec le roulement du train. Avec les bavardages des passagers. Avec les paysages qui d\u00e9filent. Il y a les souvenirs. Des gens que tu as aim\u00e9. Des amiti\u00e9s qui sont mortes. Tes amiti\u00e9s qu&rsquo;on a tu\u00e9. Des occasions de tomber amoureux mortes aussi. Et aujourd&rsquo;hui tu vois passer le train les gens te sont pass\u00e9 sous le nez toi tu attends le train qui passe sans toi. Tu es seul. Je le suis dans les all\u00e9es du centre commercial. Il avance. Il ne me voit pas. Il semble voler red\u00e9couvre un lieu qu&rsquo;il n&rsquo;a plus fr\u00e9quent\u00e9 depuis des millions d&rsquo;ann\u00e9es. Il avance. Il ne fait pas attention aux boutiques. Il ne sait pas ce qu&rsquo;on y vend. Il est comme tir\u00e9 par une force qui lui imposer d&rsquo;avancer. Il y a des boutiques de fringues. Un magasin d&rsquo;articles de sport. Une parfumerie. Une pharmacie. De nombreux restaurants. Tout \u00e7a \u00e9tait longtemps rest\u00e9 dans l&rsquo;ombre de sa m\u00e9moire. Vestige du temps d&rsquo;avant sa crise. D&rsquo;avant sa prostration. La musique dans son casque crache sans discontinuer. <em>Masque parmi les masques tragiques ou d&rsquo;amertume le cuir noir et les casques scintillant sous la lune<\/em>. Il avance rapidement. Pour ne pas perdre sa trace, je dois faire des efforts auxquels je n&rsquo;\u00e9tais plus habitu\u00e9. Je reste \u00e0 distance. Il ne doit pas me d\u00e9couvrir. Trop occup\u00e9 \u00e0 se rem\u00e9morer tout \u00e7a, il ne voit pas qu&rsquo;on le suit. Parfois, il ralentit, regarde \u00e0 droite \u00e0 gauche, avant de repartir. Il existe pour soi. Il est en soi. Cause de soi. Personne ne le remarque. Personne ne me remarque non plus. A un moment, il s&rsquo;arr\u00eate, semble tent\u00e9 par un frozen yoghurt. 3,80 \u20ac le pot moyen, 5,90 \u20ac avec les toppings. Le grand pot, c&rsquo;est 4,70 \u20ac, et avec les toppings, 6,90 \u20ac. Il h\u00e9site. Calcule. <em>Si tu r\u00e9alises que la vie n&rsquo;est pas l\u00e0 que le matin tu te l\u00e8ves sans savoir o\u00f9 tu vas. <\/em>Le petit pot, c&rsquo;est non, sa taille lui donnerait le sentiment d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 priv\u00e9 de quelque chose, que quelque chose lui manque. Il a des scrupules. Il calcule encore, se demande s&rsquo;il y a vraiment besoin de toppings. Le terminal de paiement est en panne, dit le vendeur. La carte ne passe pas. Revenez dans dix quinze minutes vingt grand max. Elle aime appuyer o\u00f9 \u00e7a fait mal. Elle a un air innocent. On la croirait pleine de douceur. Son regard vide fait illusion. Avec elle il se sent comme une merde. Ils sont nombreux, ses fr\u00e8res et s\u0153urs, ses enfants, son ex-mari, ses amies, \u00e0 avoir ce sentiment, quand elle ouvre la bouche. Une bouteille en verre dans la main : Tu ne connaitras donc jamais le prix des choses ? Et de r\u00e9p\u00e9ter, en appuyant bien sur chaque syllabe : Tu ne le connaitras jamais ? Il avait pris \u00e7a d&rsquo;elle ce d\u00e9sir alors que l&rsquo;exasp\u00e9ration montait de la faire entendre l&rsquo;exasp\u00e9ration d&rsquo;\u00e9craser l&rsquo;autre le r\u00e9duire \u00e0 rien lui faire sentir qu&rsquo;il ne vaut rien que sa vie est inutile. Il pensait faire plaisir. Combien \u00e7a t&rsquo;a co\u00fbt\u00e9 ? Il h\u00e9site. C&rsquo;\u00e9tait 29,88 \u20ac le lot de six bouteilles d&rsquo;un litre. Elle articule encore : Tu ne le connaitras jamais, le prix ? Il erre dans le centre commercial, et moi, je suis derri\u00e8re, je l&rsquo;observe d\u00e9sirer. <em>J&rsquo;me souviens surtout d&rsquo;ces moutons effray\u00e9s par la Libert\u00e9 s&rsquo;en allant voter par millions pour l&rsquo;ordre et la s\u00e9curit\u00e9.<\/em> Ses yeux son attir\u00e9s par les restaurants et les fast-foods, je le vois. Aura-t-il le temps, avant la prochaine s\u00e9ance ? Il est immobile maintenant. Il est tent\u00e9 par quelque chose. Des waffles. Il ne sait pas ce que c&rsquo;est. On dirait des gaufres avec des trucs dedans. Sur la photo \u00e7a a l&rsquo;air bon. Il aime manger. Il adore \u00e7a. Une bonne choucroute cuite au vin blanc bien mac\u00e9r\u00e9e bien chaude oh la la que c&rsquo;est bon. Personne ne peut le comprendre, \u00e7a. Et c&rsquo;est pas se remplir le ventre qu&rsquo;il aime. Non, non. Parce qu&rsquo;il est capable de s&rsquo;affamer. C&rsquo;est cette sensation sur le palais ce choc et tout ce qui en d\u00e9coule images sons odeurs paysages. On le lui fait souvent remarquer qu&rsquo;il mange beaucoup. Tu as grossi les gens vont rire de toi plus personne ne voudra te regarder plus aucun pantalon ne va t&rsquo;aller tu devrais te mod\u00e9rer. Dans les p\u00e9riodes o\u00f9 il mange moins, o\u00f9 moralement il va mieux, on le lui fait remarquer aussi, on l&rsquo;applaudit. Puis, quand \u00e0 nouveau il grossit, c&rsquo;est le m\u00eame discours qu&rsquo;avant. S&rsquo;il le pouvait, il mangerait le monde, l&rsquo;univers. S&rsquo;il le pouvait, toute cette mascarade tiendrait dans le fond de sa gorge. Il a encore quarante minutes. <em>Au printemps tu verras je serai de retour le printemps c&rsquo;est joli pour se parler d&rsquo;amour.<\/em> Il regarde la carte. 6,90 \u20ac le menu boisson, 8,90 \u20ac le menu complet. Il regarde les diff\u00e9rentes recettes : Poulet, roquette, grana padano, fromage frais, sauce tomate, ail. Il imagine le go\u00fbt. En dessous : Poulet, emmental, tomate, curry. En dessous encore : Mozzarella, pesto, tomate confite, roquette, sauce tomate \u2014 celle-ci ne lui inspire pas confiance. Il regarde encore : Poulet, \u00e9pices mexicaines, sauce barbecue, gouda, emmental. Il imagine le go\u00fbt. Non, il n&rsquo;aime pas \u00e7a, la sauce barbecue. Qui peut aimer \u00e7a, \u00e0 part les gens qui n&rsquo;ont pas de go\u00fbt ? Il regarde l&rsquo;heure. Peut-\u00eatre apr\u00e8s la s\u00e9ance. Il est entr\u00e9 dans une Fnac. <em>Trop longtemps j&rsquo;n&rsquo;ai respir\u00e9 autre chose que d&rsquo;la poussi\u00e8re je n&rsquo;ai pas su me calmer chaque fois que je manquais d&rsquo;air<\/em>.Il a encore trente minutes. C&rsquo;est large. Il va dans le rayon des livres. Regarde. Les titres qui l&rsquo;inspirent. Le nom des auteurs. Les couvertures. Pr\u00eate peu attention \u00e0 la quatri\u00e8me de couverture. A part pour certains romans, \u00e7a r\u00e9sume rarement quoi que ce soit. Et il n&rsquo;y a que les gens m\u00e9diocres qui aiment qu&rsquo;on leur raconte des histoires. Il regarde du c\u00f4t\u00e9 du th\u00e9\u00e2tre, de la po\u00e9sie, va voir la litt\u00e9rature \u00e9trang\u00e8re, surtout japonaise, isra\u00e9lienne, turque, approche peu des livres de stars qu&rsquo;il consid\u00e8re avec un certain d\u00e9go\u00fbt, consid\u00e8re avec un plus grand m\u00e9pris l&rsquo;\u00e9sot\u00e9risme et le d\u00e9veloppement personnel, prend un livre, un autre, regarde les prix. 14,10 \u20ac. 24,55 \u20ac. 9,40 \u20ac. 35,40 \u20ac. 37,53 \u20ac. Il calcule. En gros, \u00e0 la louche, approximativement, sans s&#8217;embarrasser des d\u00e9tails, \u00e7a fait aux alentours de 100 \u20ac. Un peu moins peut-\u00eatre. Il pose un des livres, le plus cher. Le troque contre un autre, moins co\u00fbteux. 19,70 \u20ac. Un pav\u00e9. <em>Comme laiss\u00e9 tout seul en mer corsaire sur terre un peu solitaire l&rsquo;amour je l&rsquo;voyais passer.<\/em> Reprends le livre qu&rsquo;il avait pos\u00e9. On ne vit qu&rsquo;une fois. Il se d\u00e9brouillera. Economisera sur la bouffe du chat. Il se dirige vers la caisse. Ca fera 140,68 \u20ac avez-vous la carte Fnac il sourit exag\u00e9r\u00e9ment \u00e0 la caissi\u00e8re, et en revenant il faudra sans montrer son sac parce qu&rsquo;on surveillerait ses achats et il devra rendre des comptes s&rsquo;expliquer grimper jusqu&rsquo;\u00e0 la chambre trouver une place aux livres dans les \u00e9tag\u00e8res en r\u00eavant de ceux qu&rsquo;on ach\u00e8tera la prochaine fois en r\u00eavant d&rsquo;une chambre plus spacieuse avec plus d&rsquo;\u00e9tag\u00e8res sans faire de bruit parce qu&rsquo;on se demanderait \u00e0 entendre le raffut ce qu&rsquo;il fabrique et alors si on le d\u00e9couvrait on lui dirait qu&rsquo;il est irresponsable on lui ferait sentir son irresponsabilit\u00e9 que tout le monde \u00e0 son \u00e2ge agit avec responsabilit\u00e9 on a certes des droits mais on a aussi des devoirs alors que lui avec ses 526,72 \u20ac de RSA dont il reverse presque la moiti\u00e9 300 \u20ac \u00e0 sa m\u00e8re il n&rsquo;a rien pas de femme pas d&rsquo;enfant pas de taf sa vie est foutue, alors il sort et se dirige vers le cin\u00e9ma. Un pas, deux pas, trois pas, quatre pas, cinq pas. Il n&rsquo;a plus que dix minutes. Cinquante-sept pas, soixante-neuf pas, quatre-vingt-un pas. <em>De temps en temps j&rsquo;gratte ma guitare c&rsquo;est tout c&rsquo;que j&rsquo;sais faire d&rsquo;mes dix doigts.<\/em> Il prend un billet. C&rsquo;est 14,90 \u20ac plein tarif. Ca avait augment\u00e9, il en \u00e9tait s\u00fbr. Il avait vieilli, aussi. C&rsquo;est moins cher, pour les jeunes. Apr\u00e8s avoir achet\u00e9 une boisson et une confiserie, 3,50 \u20ac la bouteille de Coca-Cola Cherry et le sachet de Maltesers, il entre dans la salle. Bandes-annonces. Pubs. Bandes-annonces \u00e0 nouveau. A c\u00f4t\u00e9, des gens parlent. En esp\u00e9rant que pendant le film, ils se taisent. Au bout d&rsquo;un moment, le film commence. Il \u00e9tait question de sa vie. Ce film parlait de lui. Il \u00e9tait le sujet du film. Elle \u00e9tait l\u00e0, elle, qui ne savait pas aimer, qui n&rsquo;avait jamais appris. Il \u00e9tait l\u00e0, lui, refus\u00e9, ni\u00e9. Ses angoisses. Ses col\u00e8res. Ses \u00e9checs. Il le vit, le trou noir de ses angoisses. Il les vit, ses troubles alimentaires. Il se vit abandonn\u00e9, abandonnant, s&rsquo;abandonnant au nihilisme. Ses plus intimes convictions projet\u00e9es. La conviction que tout \u00e7a n&rsquo;a pas d&rsquo;importance. Que tout le savoir de l&rsquo;humanit\u00e9 ne fera que nous donner le sentiment qu&rsquo;au fond, nous ne sommes que des merdes. Et plus le savoir \u00e9volue, plus ce sentiment grandit, s&rsquo;ancre en nous. Un film lui parlait. Un film le consolait. Un film l&rsquo;avait compris. Tous les secrets de sa d\u00e9risoire vie \u00e9taient \u00e9tal\u00e9s l\u00e0, r\u00e9v\u00e9l\u00e9s \u00e0 la Terre enti\u00e8re. Et enfin, il voulut bien croire, le film le lui avait promis, que l&rsquo;amour \u00e9tait possible. Il pleurait maintenant. Sans honte. Comme lib\u00e9r\u00e9 d&rsquo;un poids qui l&rsquo;avait opprim\u00e9 pendant toutes ces ann\u00e9es. A la haine de l&rsquo;humanit\u00e9 succ\u00e9da un sentiment de joie presque euphorique. Il trouvait chacun des acteurs beau. Celle qui jouait la m\u00e8re. Celui qui jouait le p\u00e8re. La fille. Sa copine. M\u00eame les r\u00f4les secondaires \u00e9taient beaux. M\u00eame le grand-p\u00e8re. M\u00eame l&rsquo;inspectrice. Surtout l&rsquo;inspectrice. Il eut envie d&rsquo;aimer le moindre des spectateurs pr\u00e9sent dans la salle. Il eut envie d&rsquo;aimer le moindre des clients du centre commercial. Le moindre humain. Enfin, il avait appris \u00e0 aimer. Je ne me suis jamais m\u00eal\u00e9 de tes amiti\u00e9s, dit-elle. Pourtant, tu en es certain, ta m\u00e9moire ne te trompe pas. Ca l&rsquo;avait rendue malade. Elle avait tout fait pour te retenir. Que tu n&rsquo;ailles pas. La bouche pleine d&rsquo;insultes et de destruction, tu veux que tout s&rsquo;effondre. Tu veux qu&rsquo;elle ferme sa gueule. Sa putain de gueule. Qu&rsquo;elle cesse de te fixer avec ses yeux moqueurs. De te d\u00e9truire. De jouer avec tes peurs. Depuis que tu es petit elle joue avec tes peurs. Tu veux qu&rsquo;elle ait juste piti\u00e9 de toi. Tu veux qu&rsquo;elle comprenne. Et personne ne comprendra. On te verra comme le bourreau. M\u00eame tous ces connards qui pr\u00f4nent la bienveillance refuseront de t&rsquo;\u00e9couter. Ils te trouveront path\u00e9tique. Ils te reprocheront d&rsquo;\u00e9taler ta vie. Ils te reprocheront d&rsquo;\u00eatre trop n\u00e9gatif. Gauchistes de mon cul. Tu es d\u00e9sarm\u00e9. Tu voudrais retrouver ceux que tu as aim\u00e9. Tu te souviens. Tu allais au cin\u00e9ma, et il fallait lui rendre des comptes. Que non, il n&rsquo;est pas normal d&rsquo;aller avec une fille, que quand on est un homme on va avec des hommes, qu&rsquo;elle est plus \u00e2g\u00e9e que toi, tu avais vingt-deux ans et elle vingt-cinq. Non, dit-elle, jamais je ne t&rsquo;ai interdit quoi que ce soit, jamais je ne me suis m\u00eal\u00e9 de tes amiti\u00e9s, tu \u00e9tais libre. Non, tu mens. Non, ta m\u00e9moire te trompe. Regarde-toi, aujourd&rsquo;hui, tu n&rsquo;en fais qu&rsquo;\u00e0 ta t\u00eate. Il fallait partir. Sortir de l\u00e0. Partir loin. Vite. Alors je suis parti. Un pas, deux pas, trois pas. J&rsquo;ai err\u00e9 dans les couloirs du centre commercial. Un pas, deux pas, trois pas. <em>On marche dans l&rsquo;hiver brillant comme une abeille brillant comme un \u00e9clair qui dure et \u00e9merveille.<\/em> J&rsquo;ai achet\u00e9 des livres, d&rsquo;autres encore. 9,20 \u20ac. 11,50 \u20ac. 13,00 \u20ac. 10,90 \u20ac. 12,90 \u20ac. 8,70 \u20ac. 9,70 \u20ac. 10,00 \u20ac. Des livres que je ne lirai pas mais qui me consoleront. J&rsquo;ai err\u00e9, matant des films, bouffant \u00e0 me faire p\u00e9ter le bide, remplissant mon sac de livres, jusqu&rsquo;au d\u00e9couvert bancaire. Un pas, deux pas, trois pas. J&rsquo;ai err\u00e9 jusqu&rsquo;au lev\u00e9 du soleil. Il fallait partir. Partir loin. Le plus loin possible. Quand je suis revenu, la maison avait disparu.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>N.B. : Les diff\u00e9rents jugements n\u00e9gatif du protagoniste sur les gens qui aiment qu&rsquo;on leur raconte des histoires ou qui aiment la sauce barbecue ne sont pas \u00e0 prendre au s\u00e9rieux. Il font partie de la caract\u00e9risation du personnage. De m\u00eame, son insulte \u00e0 un camp politique. Je pr\u00e9f\u00e8re pr\u00e9venir. Sa col\u00e8re criait du fond de ses entrailles il hurlait <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-06bis-chiffres\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#\u00e9t\u00e92023 #06bis | Chiffres<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":612,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4780,4525],"tags":[],"class_list":["post-131220","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-06bis-chiffres","category-ete-2023-du-roman"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/131220","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/612"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=131220"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/131220\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=131220"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=131220"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=131220"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}