{"id":131334,"date":"2023-07-23T13:31:18","date_gmt":"2023-07-23T11:31:18","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=131334"},"modified":"2023-09-23T20:17:12","modified_gmt":"2023-09-23T18:17:12","slug":"ete2023-07-hantees-par-une-litanie-de-femmes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-07-hantees-par-une-litanie-de-femmes\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #07 | Hant\u00e9(e)s par une Litanie de Femmes&#8230;"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>LECTURE AUDIO DU TEXTE CI-DESSOUS<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/Litanie1-1.mp3\"><\/audio><\/figure>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab&nbsp;Chaque fois j\u2019ai peur, peur de perdre la personne que je veux contenir, enfermer, retrouver, ressusciter, dire. Chaque fois que je crois pouvoir la sauver et j\u2019esp\u00e8re changer le cours de choses&nbsp;\u00bb<\/em><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n<cite>BERTRAND SCHEFER | FRANCESCA WOODMAN<br>&nbsp;<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/Image1-1-1024x715.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-131337\" style=\"width:590px;height:411px\" width=\"590\" height=\"411\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/Image1-1-1024x715.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/Image1-1-420x293.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/Image1-1-1536x1073.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/Image1-1-2048x1431.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 590px) 100vw, 590px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"819\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/Image2-1024x819.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-131338\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/Image2-1024x819.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/Image2-420x336.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/Image2-768x614.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/Image2.jpg 1475w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><strong>Mathilde<\/strong> est la seule qui puisse entrer profond\u00e9ment dans les photos de famille. Elle les scrute depuis si&nbsp; longtemps. Ces clich\u00e9s ne sont pas nombreux. Ils ont \u00e9t\u00e9, soit dupliqu\u00e9s par les partages, soit confisqu\u00e9s par tel ou telle, on ne sait plus. Le pass\u00e9 finit toujours par remonter du fin fond des placards ou des greniers. Rarement des caves qu\u2019on sait humides et destructrices pour les archives A moins que&#8230;. Le pass\u00e9 s\u2019\u00e9clipse compl\u00e8tement d\u00e8s qu\u2019on ne fait plus attention \u00e0 lui. Et il y a pu avoir des malveillances et de graves n\u00e9gligences. Il existe des \u00e9boueurs et des \u00e9boueuses de reliques familiales, des jalousies sans retour de conscience. Mais il y a prescription, n\u2019est-ce pas&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><strong>Mathilde<\/strong> veut en savoir plus. Mathilde est hant\u00e9e par l\u2019histoire des femmes d\u2019avant, par leur corps invisible et celui fig\u00e9 sur ces images miraculeuses. Ces tr\u00e9sors affectifs d\u2019une autre \u00e9poque, pour lesquels &nbsp;on enfilait les habits du dimanche , pour se mettre en beaut\u00e9 qu\u2019on savait \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, devant un objectif co\u00fbteux et solennel. Y croyaient-elles \u00e0 leur beaut\u00e9&nbsp;? En parlaient-elles&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><strong>Mathilde<\/strong> aime d\u2019amour ces femmes qui ont permis qu\u2019elle naisse \u00e0 son tour et contienne une parcelle de leur matrimoine g\u00e9n\u00e9tique. Ne les ayant pas connues. Elle cherche des ressemblances et les diff\u00e9rences. Elle essaie de deviner leur caract\u00e8re, d\u2019imaginer et d\u2019entendre le volume de leur voix, l\u2019\u00e9tendue de leur vocabulaire et de leurs centres d\u2019int\u00e9r\u00eat. L\u2019une instruite, l\u2019autre pas. L\u2019une fille unique l\u2019autre pas. L\u2019une qui sait bien \u00e9crire, l\u2019autre pas. L\u2019une qui peint et joue du piano, l\u2019autre qui tire l\u2019eau du puits ou de la fontaine \u00e0 bras dans la cour. L\u2019une qui coud et en fait son m\u00e9tier, l\u2019autre qui est receveuse des postes car elle a eu son B.E.P.C haut la main , l\u2019une bourgeoise, l\u2019autre pas. Deux classes sociales juxtapos\u00e9es dans une campagne viticole et paysanne o\u00f9 elles ont grandi. Mariage d\u2019amour&nbsp;? Mariage d\u2019argent&nbsp;? On n\u2019en parle m\u00eame pas.&nbsp; Il manque une photo de mariage de la plus \u00e9l\u00e9gante. Mari mobilis\u00e9 au front&nbsp;? Mariage \u00e0 l\u2019arrache sans banquet&nbsp;? L\u2019autre mariage a \u00e9t\u00e9 promis avant la mobilisation, et malgr\u00e9 la tuberculose, lui, a tenu sa promesse. Il ne reste que les dates sur les livrets de famille incomplets ou refaits. &nbsp;Et les remariages&#8230; deux ans apr\u00e8s les d\u00e9c\u00e8s des deux femmes. Les hommes ne peuvent pas rester seuls, qui s\u2019occuperait des enfants, m\u00eame un peu grands&nbsp;? Mais ce n&rsquo;est pas si simple.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><strong>Mathilde<\/strong> a re\u00e7u tant de paroles \u00e0 propos de<strong> M<\/strong>. et <strong>T<\/strong>., et si peu de r\u00e9ponses aux questions qu\u2019elle se pose encore aujourd\u2019hui. A cette p\u00e9riode d\u2019entre deux guerres, les femmes mouraient pr\u00e9matur\u00e9ment, souvent en couches, ou de maladies contagieuses, faute de soins ou d\u2019argent. Pour se consoler, Mathilde a m\u00eame imagin\u00e9 qu\u2019elles \u00e9taient mortes de ne pas avoir vu arriver la mort. Apr\u00e8s plusieurs grossesses, chacune a chang\u00e9 de statut, corv\u00e9able par tradition, et plus ou moins bien \u00ab&nbsp;second\u00e9es&nbsp;\u00bb dans leurs t\u00e2ches, plut\u00f4t d\u00e9bord\u00e9es, pour finir. Mathilde sait de quoi il s\u2019agit pour chacune.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><strong>Mathilde<\/strong> regarde intens\u00e9ment leurs visages. Elle a cherch\u00e9 le sourire \u00e0 demi-cach\u00e9, un signe de connivence, presque une moquerie discr\u00e8te. Pas dupes toutes les trois de la mise en sc\u00e8ne, de la volont\u00e9 familiale de conformit\u00e9 \u00e0 la place de chacun.e sur le portrait collectif d\u2019un jour.&nbsp; Pour M&nbsp;. c\u2019est la bouche, pour T. c\u2019est le regard. Quelque chose s\u2019\u00e9chappe et \u00e9chappe au photographe. Lui ne tire que des \u00e9preuves en s\u00e9rie, le contenu ne lui importe gu\u00e8re. Il gagne de l\u2019argent avec cet engouement des gens pour la photo. La guerre donne envie de garder une trace des gens encore vivants, on y ajoute des gosses si c\u2019est possible. Il faut r\u00e9affirmer l\u2019importance des lign\u00e9es et des arbres g\u00e9n\u00e9alogiques. La photographie comme talisman contre la disparition&nbsp;? Et cette grand-m\u00e8re maternelle de S. qui n\u2019aimait pas les filles, qui en avait perdu une, qui n\u2019aimait pas S., seul le grand fr\u00e8re A. avait eu droit \u00e0 sa photo.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"664\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/Image3-664x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-131341\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/Image3-664x1024.jpg 664w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/Image3-272x420.jpg 272w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/Image3-768x1184.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/Image3.jpg 846w\" sizes=\"auto, (max-width: 664px) 100vw, 664px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"880\" height=\"861\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/Image4.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-131343\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/Image4.png 880w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/Image4-420x411.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/Image4-768x751.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 880px) 100vw, 880px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mathilde<\/strong> raconte aussi, dans l\u2019un des romans dans le roman, la vie de sa propre m\u00e8re. Celle-ci  a \u00e9t\u00e9 bavarde et pourtant si secr\u00e8te pendant tant d\u2019ann\u00e9es. Quant au p\u00e8re, il &nbsp;\u00e9tait un taiseux sur les questions trop personnelles. A la fin de sa vie, il a avou\u00e9 en pleurant qu\u2019il n\u2019avait gard\u00e9 aucun souvenir de lui sur les genoux de sa m\u00e8re, perdue quand il avait 10 ans 1\/2, T. l\u2019\u00e9l\u00e9gante&#8230; l\u2019inaccessible&nbsp;? Les deux fr\u00e8res a\u00een\u00e9s avaient occup\u00e9 les deux seuls genoux disponibles. Le petit s\u2019est senti abandonn\u00e9. L\u2019orphelinat d\u2019\u00e9t\u00e9 pour les trois, en attendant la pension, puis la seconde guerre a \u00e9clat\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Mathilde, <strong>S<\/strong>. est intarissable sur sa propre m\u00e8re, et <strong>Mathilde en redemande<\/strong>. S. pr\u00e9tend qu\u2019elle pense \u00e0 M. \u00ab&nbsp;tous les jours que le bon dieu fait&nbsp;\u00bb &#8230; Elle voue \u00e0 sa m\u00e9moire un culte jamais d\u00e9menti. Elle a litt\u00e9ralement aval\u00e9 le corps de sa m\u00e8re, et ne cesse de le d\u00e9crire vivant &nbsp;des pieds \u00e0 la t\u00eate, dans le filet de son enfance revisit\u00e9e. Entre quatre et sept ans. Mais les mailles sont l\u00e2ches et elles laissent passer beaucoup de non-dits et d\u2019oublis irr\u00e9m\u00e9diables. Elle et sa m\u00e8re sont pourtant deux h\u00e9ro\u00efnes ins\u00e9parables dans la m\u00e9moire de S., immortelles d\u2019une certaine fa\u00e7on.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mathilde<\/strong> recueille chaque souvenir comme les paillettes d\u2019or d\u2019une rivi\u00e8re, elle les secoue dans ses mains qui \u00e9crivent, \u00e0 deux elles -aussi, sur le clavier d\u2019ordinateur. Rien ne doit ternir, rien ne doit dispara\u00eetre de ce qui a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9, m\u00eame r\u00e9invent\u00e9, tout doit pouvoir s\u2019\u00e9crire et se relire sans regrets. M\u00e9moires enlumin\u00e9es&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LECTURE AUDIO DU TEXTE CI-DESSOUS \u00ab&nbsp;Chaque fois j\u2019ai peur, peur de perdre la personne que je veux contenir, enfermer, retrouver, ressusciter, dire. Chaque fois que je crois pouvoir la sauver et j\u2019esp\u00e8re changer le cours de choses&nbsp;\u00bb BERTRAND SCHEFER | FRANCESCA WOODMAN&nbsp; Mathilde est la seule qui puisse entrer profond\u00e9ment dans les photos de famille. 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