{"id":13151,"date":"2019-09-12T10:21:37","date_gmt":"2019-09-12T08:21:37","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=13151"},"modified":"2019-09-12T10:21:38","modified_gmt":"2019-09-12T08:21:38","slug":"7-le-verbe-dune-vie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/7-le-verbe-dune-vie\/","title":{"rendered":"#7. le verbe d&rsquo;une vie"},"content":{"rendered":"\n<p>Oublier le\u00a0<em>je<\/em> le jour de sa naissance. Na\u00eetre, comme une offrande \u00e0 la vie et vivre co\u00fbte que co\u00fbte quel qu\u2019en soit l\u2019enjeu. Pousser son premier cri au milieu d\u2019un champ d\u2019olivier et ressentir la douce chaleur du soleil au travers des paupi\u00e8res. Tapisser ses narines de l\u2019odeur sucr\u00e9e de la peau maternelle. Respirer la vie. Et puis grandir en parcourant les flancs de la colline, celle qui surplombe la ville d\u2019o\u00f9 montent des sons cacophoniques qui se transforment en de curieux murmures familiers. Chiper sur un \u00e9tal une poign\u00e9e d\u2019olives et imaginer le vendeur, les bras et les yeux lev\u00e9s, implorant le ciel, t\u00e9moin intime de cette fortuite appropriation. Courir jusqu\u2019\u00e0 en oublier ses jambes. Rire. Pleurer sur un genou \u00e9corch\u00e9. Ressentir un soup\u00e7on de libert\u00e9, l\u2019insouciance. Humer la fra\u00eecheur du linge qui s\u00e8che au soleil et se dire qu\u2019on aimerait bien ressentir la m\u00eame caresse que le vent imprime sur les \u00e9toffes color\u00e9es. Et ne pas avoir conscience du temps qui passe. \u00catre dans l\u2019enfance, dans l\u2019innocence d\u2019un espace travers\u00e9 sur la pointe des pieds. Et puis encore grandir, r\u00e9clamer et obtenir des responsabilit\u00e9s plus concr\u00e8tes, plus valorisantes, en oublier les jeux de cache-cache sur la colline, les r\u00eaveries sous le figuier de la cours, le go\u00fbt du miel sur la tranche de pain frais. Se retrouver \u00e0 la lisi\u00e8re de l\u2019\u00e2ge adulte une valise \u00e0 la main. Muette, le regard rasant le sol, sans oser poser une seule question tellement l\u2019\u00e9vidence semblait cruelle. Ressentir une grande fracture int\u00e9rieur. Le vide. Entendre la sir\u00e8ne du bateau d\u00e9chirer l\u2019\u00e9paisse atmosph\u00e8re et fixer la c\u00f4te jusqu\u2019\u00e0 s\u2019user les yeux. La regarder qui s\u2019\u00e9loigne pour ne devenir qu\u2019un souvenir de souvenir. Ne plus jamais se retourner ou revenir en arri\u00e8re ou \u00e9voquer un pass\u00e9 perdu. Le s\u00e9questrer jusqu\u2019\u00e0 la nuit des temps, de son temps. Les heures glissent \u00e0 la surface de l\u2019eau. Puis, au-del\u00e0 de la brume matinale, rep\u00e9rer la silhouette de la nouvelle terre en approche. Se dire \u00f4 combien elle est m\u00eame et autre \u00e0 la fois. Se dire qu\u2019elle sera rassurante. S\u2019en convaincre. Fouler son sol \u00e0 la fois m\u00eame et autre comme si ces deux continents \u00e9taient li\u00e9es malgr\u00e9 la faille maritime qui les s\u00e9pare, comme si ces territoires \u00e9taient fr\u00e8res dans un autre espace, un autre temps. D\u00e9chanter. Ne rien ressentir si ce n\u2019est la solitude, la diff\u00e9rence, la honte. Parce que \u00e7a fait mal, \u00e7a emp\u00eache de dormir, \u00e7a s\u2019incruste, \u00e7a engourdit ce qui reste des mots. Puis, dans un \u00e9lan de survie, relever la t\u00eate, assumer le pass\u00e9 et qui on est devenu. Renoncer \u00e0 la mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart. Revendiquer enfin sa propre identit\u00e9, ses origines d\u2019ici et de l\u00e0-bas. Exister de nouveau dans une autre trajectoire, une autre vie, une autre histoire de soi. Se nourrir de la diff\u00e9rence. Construire sa vie \u00e9tape par \u00e9tape. Parce que \u00e7a devient n\u00e9cessaire, \u00e7a enl\u00e8ve de la solitude, \u00e7a reconstruit. Rencontrer ici son destin et peut-\u00eatre, un jour, revenir sur les traces du pass\u00e9, sur ce qui repr\u00e9sentait le ciment de son histoire et s\u2019\u00e9tait fig\u00e9 dans le temps, recouvrant ainsi la blessure intemporelle. Imaginer. Commencer \u00e0 esp\u00e9rer. Contempler par une chaude soir\u00e9e d\u2019\u00e9t\u00e9 l\u2019olivier qui tente d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment de faire sa place dans le coin du jardin. Se dire qu\u2019il n\u2019est qu\u2019une p\u00e2le copie de celui qu\u2019on a laiss\u00e9 derri\u00e8re soi. C\u2019\u00e9tait il y a longtemps, en juillet. Oser \u00e9voquer l\u2019id\u00e9e d\u2019un retour. Hypoth\u00e8se encore abstraite. Laisser le processus poursuivre son chemin jusqu\u2019\u00e0 l\u2019autre rivage. Consid\u00e9rer ce que pourrait signifier la travers\u00e9e vers cette part de soi abandonn\u00e9e. Parce que \u00e7a pose question, \u00e7a interpelle, \u00e7a veut donner du sens. Faire quelque chose de cette absence. Creuser un soir d\u2019\u00e9t\u00e9 dans les m\u00e9andres d\u2019une douleur tarie depuis des d\u00e9cennies. Se dire que pourquoi pas. Oser. Ne pas attendre que l\u2019histoire se termine d\u2019elle m\u00eame. Et voil\u00e0 que dans ce flot de discussions int\u00e9rieures, l\u00e0 o\u00f9 on ne l\u2019attendait pas, l\u2019id\u00e9e de ne rien regretter est donn\u00e9e \u00e0 entendre. Apr\u00e8s tout ce temps \u00e0 reconstruire la vie autour de soi, \u00e0 retrouver le sourire puis les rires d\u2019avant, qui ici ont toujours sonn\u00e9s autrement, repenser \u00e0 la possibilit\u00e9 d\u2019un retour. Imaginer pardonner. \u00c0 qui? \u00c0 quoi? Peut-\u00eatre \u00e0 soi.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Oublier le\u00a0je le jour de sa naissance. Na\u00eetre, comme une offrande \u00e0 la vie et vivre co\u00fbte que co\u00fbte quel qu\u2019en soit l\u2019enjeu. Pousser son premier cri au milieu d\u2019un champ d\u2019olivier et ressentir la douce chaleur du soleil au travers des paupi\u00e8res. Tapisser ses narines de l\u2019odeur sucr\u00e9e de la peau maternelle. Respirer la vie. 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