{"id":13154,"date":"2019-09-12T11:59:23","date_gmt":"2019-09-12T09:59:23","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=13154"},"modified":"2019-09-12T12:00:13","modified_gmt":"2019-09-12T10:00:13","slug":"elle-fenetres-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/elle-fenetres-3\/","title":{"rendered":"Elle fen\u00eatres"},"content":{"rendered":"\n<p>  Elle tourne  obstin\u00e9ment  son regard vers la fen\u00eatre        une fen\u00eatre  haute  \u00e9troite      toujours ferm\u00e9e   les trois carreaux du bas pass\u00e9s au blanc de chaux    opaques     une prison    mais pas celui du haut     un coin de ciel bleu    elle s\u2019en abreuve   s\u2019en nourrit       les feuilles du platane dansent    l\u2019entra\u00eenent dans leur ronde   elle se balance   l\u2019autre la mauvaise  hurle   tenez-vous tranquille   mademoiselle    peu lui importe   quelle joie    le vol d\u2019une hirondelle strie la vitre      rapide     \u00e9clair lumineux    elle s\u2019enfuit  avec elle  \u00e0 tire d\u2019ailes   libre   l\u00e9g\u00e8re  joyeuse    loin de la salle de classe sinistre   loin des hurlements de l\u2019autre   cessez de regarder vers la fen\u00eatre   soyez avec nous   elle hoche la t\u00eate   attentive au tintement du tram dans le boulevard     le 31    elle bondit sur sa plateforme    s\u2019embarque vers la maison de sa grand-m\u00e8re   sa t\u00eate pleine  \u00e0 craquer   de r\u00eave  de libert\u00e9   elle se r\u00e9fugie dans son coin de ciel bleu<\/p>\n\n\n\n<p> La rumeur de la ville   les bruits de l\u2019h\u00f4pital   se croisent   s\u2019emm\u00ealent  par la fen\u00eatre entreb\u00e2ill\u00e9e  klaxons  roulements de chariots  p\u00e9tarades de motos   sifflements de l\u2019oxyg\u00e8ne   rires d\u2019enfants   plaintes \u00e9touff\u00e9es   vie et mort    dehors dedans    elle le veille       elle recherche un souffle d\u2019air    Lui un souffle de vie    dehors le mistral souffle   \n     chante la Provence   \n chantent les cigales    ici   moiteur     lourdeur    odeurs\npesantes      la fen\u00eatre   \telle ne peut l\u2019ouvrir   elle est \nbloqu\u00e9e   par mesure de s\u00e9curit\u00e9     le vide pourrait attirer  un\nmalade  d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9      le happer      en un dernier r\u00eave de\nlibert\u00e9       voler  \tquelques secondes    comme un oiseau   avant\nde s\u2019\u00e9craser    oui   avoir  encore      un instant     joui de la\nvie     \tvoler \n<\/p>\n\n\n\n<p> Dernier jour des vacances    valises boucl\u00e9es   attente   impossible de sortir   la temp\u00eate s\u2019est d\u00e9cha\u00een\u00e9e   derniers regards sur la plage balay\u00e9e par  une mer  en folie    autre         comme inconnue   mauvaise   effrayante    hurlante   elle pourrait lancer ses vagues    \u00e0 l\u2019assaut de la maison   l\u2019emporter    elle s\u2019y emploie     l\u2019\u00e9cume balaie la baie vitr\u00e9e    le vent  la secoue   elle pourrait c\u00e9der    les flots s\u2019engouffreraient    et avec eux    le vaisseau fant\u00f4me   celui des marins disparus en mer cet \u00e9t\u00e9    sarabande terrifiante   et elle  dans le reflux    avec eux  emport\u00e9s vers le large      avec les tamaris   secou\u00e9s par les rafales de pluie  violentes   ils semblent des fant\u00f4mes   tous    ils dispara\u00eetraient   \u00e0 jamais   \n    tout dispara\u00eet    sa vue se brouille  \n    ciel mer plage se confondent     la fen\u00eatre opaque est un cadre\nvide  \n<\/p>\n\n\n\n<p> 27\/12\/1978   Une clameur s\u2019\u00e9l\u00e8ve de la ville   p\u00e9n\u00e8tre dans la chambre   par la fen\u00eatre ouverte    clameur inqui\u00e9tante    des cris   des pleurs   des aboiements    des crissements de frein   elle s\u2019approche du balcon    dans l\u2019avenue  d\u00e9ferlement de tanks    de soldats en armes     effray\u00e9e   elle allume la radio     l\u2019hymne national    <em>Kassaman   (<\/em>nous jurons)      envahit la pi\u00e8ce    se m\u00eale aux youyous des femmes   au dehors   hululements de hy\u00e8nes     \u00e7a s\u2019entrecroise   se r\u00e9pond    \u00e7a l\u2019enveloppe   la fascine     \u00e7a se calme   \u00e7a gronde     une annonce en fran\u00e7ais   <em>le pr\u00e9sident Houari Boum\u00e9di\u00e8ne est mort cette nuit<\/em>           derri\u00e8re elle  les sanglots de la femme de chambre     <em>notre p\u00e8re nous a quitt\u00e9s     <\/em>dans la rue des ordres au haut-parleur    elle traduit    <em>l\u2019Alg\u00e9rie est en deuil   Oran ville morte     Oran en \u00e9tat de si\u00e8ge<\/em>       elle pi\u00e9g\u00e9e dans sa chambre d\u2019h\u00f4tel    se penche par la fen\u00eatre    la femme la tire en arri\u00e8re    elle recule   lui adresse un sourire   voudrait lui dire qu\u2019elle partage sa douleur     celle des oranaises qui modulent leurs youyous   dans les places  les maisons   les mosqu\u00e9es    cris aigus de col\u00e8re   de d\u00e9sespoir    ils lui percent le c\u0153ur         son c\u0153ur  bat au rythme des youyous    des slaves dans la rue   des sanglots de la jeune chambri\u00e8re     de son murmure    <em>abu mady\u00e2n   notre p\u00e8re    <\/em>la fureur explose dans la pi\u00e8ce   de tout son poids     on dirait qu\u2019elle va l\u2019emporter   elle se bouche les oreilles    \n   elle\nferme la fen\u00eatre<\/p>\n\n\n\n<p> Les rideaux tir\u00e9s   ce matin   un autre rideau  appara\u00eet   opaque    rideau blanc de neige     la premi\u00e8re de l\u2019hiver  attendue   esp\u00e9r\u00e9e par l\u2019enfant en elle    sur son visage  le chatouillis des flocons     ils veulent entrer dans la maison   au chaud   pr\u00e8s du po\u00eale qui ronronne   des b\u00fbches qui cr\u00e9pitent   du chat qui r\u00eave     elle les chasse   vers le silence  absolu de la vall\u00e9e     pas un bruit   pas un son    une paix ouat\u00e9e   le chemin a disparu        elle l\u2019arpente en souvenir              pieds nus dans l\u2019herbe du pr\u00e9   dans un autre monde     celui de leur dernier \u00e9t\u00e9     les mots remplacent les choses cach\u00e9es    neige-myst\u00e8re   neige-linceul       ce qui fut notre \u00e9vanoui    Lui disparu     pr\u00e8s d\u2019elle sa photo     rieur    Lui pr\u00e8s d\u2019elle  dans la joie du vivre ensemble    elle s\u2019\u00e9tonne    quatre saisons d\u00e9j\u00e0    le temps qui passe    le chat lov\u00e9 dans son fauteuil      Il y fumait sa pipe   Raki sur ses genoux      Raki ?      ses empreintes dans la neige      guirlande de ses quatre pelotes -griffes r\u00e9tract\u00e9es   elle ne l\u2019a pas vu sortir   il d\u00e9teste le froid   et pourtant               Lui aussi reviendra peut-\u00eatre au printemps       Non                                                        <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elle tourne obstin\u00e9ment son regard vers la fen\u00eatre une fen\u00eatre haute \u00e9troite toujours ferm\u00e9e les trois carreaux du bas 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