{"id":131560,"date":"2023-07-24T15:25:53","date_gmt":"2023-07-24T13:25:53","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=131560"},"modified":"2023-07-24T17:52:37","modified_gmt":"2023-07-24T15:52:37","slug":"ateliers-dete-07-des-corps","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ateliers-dete-07-des-corps\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #07 | Des corps"},"content":{"rendered":"\n<p>Ces deux jeunes femmes, dit Albert, quel sens donner \u00e0 leur enthousiasme, leur joie contagieuse, leur plaisir \u00e0 s\u2019\u00e9tendre au soleil pour rosir leur nacre, leur pr\u00e9f\u00e9rence pour des nuits \u00e0 la belle, couch\u00e9es sur la pelouse plut\u00f4t que dans un des (mauvais) lits du premier \u00e9tage. En douce, j\u2019ai croqu\u00e9 B\u00e9atrice sur mon carnet \u00e0 grain moyen, un crayon rapide, vif, geste tout en rondeur, ses cheveux \u00e0 la \u00ab&nbsp;page&nbsp;\u00bb, semble un bonbon acidul\u00e9. Penelope, c\u2019est une autre affaire, complexe, sauvage, dessiner de m\u00e9moire ou d\u2019apr\u00e8s photo\u2026 le crayon ne suffira pas, les yeux bleu-sombre, trop intenses, son teint p\u00e2le d\u2019Anglaise, \u00e0 peine piquet\u00e9 de rouille, bouche petite, l\u00e8vres \u00e0 peine marqu\u00e9es&nbsp;; une gouache sur fond Prusse peut-\u00eatre, ou l\u2019aquarelle, r\u00e9ussir un m\u00e9lange d\u2019air et d\u2019eau\u2026 elle refuserait de poser debout\u2026 elle sait s\u00fbrement ses jambes, sa poitrine orgueilleuse\u2026 Max les emm\u00e8ne \u00e0 la baignade, je connais le chemin\u2026 , les observer, un plaisir d\u2019artiste.<\/p>\n\n\n\n<p>La rivi\u00e8re, la retenue en amont du d\u00e9versoir, mon enfance agit\u00e9e, pense Max, balanc\u00e9 par mon p\u00e8re dans l\u2019eau transparente, confiance, tromperie, apparences, saisissement, crier sans doute, patauger jusqu\u2019\u00e0 la main tendue&nbsp;; plaisir, des baignades en septembre, quand l\u2019\u00e9t\u00e9 a r\u00e9chauff\u00e9 le bassin, apr\u00e8s le chahut des colonies de vacances, leurs jeux de ballon sous l\u2019\u0153il des monitrices bronz\u00e9es, Agn\u00e8s, Marylou, Danielle\u2026 Comment Penelope et B\u00e9atrice vont-elles accepter les piqures d\u2019aiguilles, le picotement de limaille, de neige vierge insinu\u00e9 sous leur peau&nbsp;? Genoux d\u2019abord, niveau monte aux cuisses, une pause avant l\u2019\u00e9preuve, la petite mort \u00e9vitable \u2013 il suffirait de renoncer -, l\u2019immersion de la poitrine, braves, seins nus, elles avancent, nous provoquent un instant. Albert n\u2019ira pas, habitu\u00e9 aux eaux bleues du Sud&nbsp;; je vais m\u2019\u00e9brouer en chien fou, je rel\u00e8ve le d\u00e9fi, je vis ma rivi\u00e8re, je l\u2019ai affront\u00e9e si souvent, jusqu\u2019\u00e0 ce jour.<\/p>\n\n\n\n<p>Penelope a des seins magnifiques, dit B\u00e9atrice, elle a insist\u00e9 pour ce bain \u00ab&nbsp;sans le haut&nbsp;\u00bb, quand seuls les gar\u00e7ons peuvent nous voir, nous d\u00e9tailler\u2026, Albert depuis le d\u00e9part de Paris, crayon \u00e0 la main, s\u2019imagine que je ne le vois pas&nbsp;; \u00e7a y est, Penelope a plong\u00e9, s\u2019\u00e9loigne en remontant le courant, crawle comme une pro, ses battements de jambes, n\u2019\u00e9claboussent pas, ne font pas de bruit cascadeur, elle, tendue, du bassin aux orteils, une ondine, na\u00efade, est-ce bien cela, avec un rien d\u2019orgueil sans doute&nbsp;; alors il faut, il faut, il faut, je dois y aller, t\u00e2cher de la rattraper, je sais ma brasse r\u00e9guli\u00e8re, efficace, elle, avance dans le bouillon de ses cuisses bien \u00e0 plat, Anglaise, sportive depuis les petites \u00e9coles&nbsp;; sans plus y penser, je me laisse aller sur le dos, \u00e7a y est, tremp\u00e9e comme on dirait d\u2019un acier, je me frotte les seins, le cou, Penelope d\u00e9j\u00e0 loin, je m\u2019agite, j\u2019aplatis mon corps en brassant, au froid succ\u00e8de un bien-\u00eatre, les fluides int\u00e9rieurs r\u00e9pondent \u00e0 la caresse de l\u2019eau ensoleill\u00e9e, les bras, les \u00e9paules me tirent, mes jambes me propulsent, je pourrais continuer, continuer\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019aime B\u00e9atrice, je l\u2019aime d\u00e9j\u00e0, dit Penelope, la voir quasi nue, frigorifi\u00e9e, tremblante, me fait fr\u00e9mir \u00e0 mon tour, elle h\u00e9site \u00e0 plonger sous le regard des gar\u00e7ons \u2013 sous le mien&nbsp;? -, le soleil illumine sa peau d\u00e9j\u00e0 bronz\u00e9e\u2026 le teint \u00ab&nbsp;scandinave&nbsp;\u00bb, peut-\u00eatre&nbsp;? clich\u00e9 stupide, je ne sais pas qui elle est, d\u2019o\u00f9 elle vient, son accent anglais impeccable, je veux tout savoir d\u2019elle, il faut amorcer la conversation, interroger Max, hier soir, endormie dans la voiture, confiante, comme si elle connaissait d\u00e9j\u00e0 le parcours, la nuit, quasi rien dit, roul\u00e9es dans nos duvets, je parlais de l\u2019Afrique avec Max, la ferme de mon p\u00e8re, que le nouveau pouvoir avait suppli\u00e9 de rester, du Kili, des Masa\u00ef, du Zanzibar cosmopolite\u2026 j\u2019\u00e9tais trop proche de lui, Max, Max, je murmurais, Max, Max, comme si je m\u2019attendais \u00e0 entendre l\u2019appel sourd, lointain, des lions, le ricanement cynique des hy\u00e8nes, j\u2019aurais voulu me retourner vers B\u00e9atrice, elle nous \u00e9coutait peut-\u00eatre, elle que j\u2019avais aim\u00e9e au premier regard, nous enfouir dans ce sac de couchage qui m\u2019emprisonne, caresser lentement ses cheveux de gar\u00e7onne, ses pommettes humides, lui raconter Zanzibar, reconna\u00eetre son parfum d\u2019\u00e9pices qui nous envelopperait pour la nuit.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ces deux jeunes femmes, dit Albert, quel sens donner \u00e0 leur enthousiasme, leur joie contagieuse, leur plaisir \u00e0 s\u2019\u00e9tendre au soleil pour rosir leur nacre, leur pr\u00e9f\u00e9rence pour des nuits \u00e0 la belle, couch\u00e9es sur la pelouse plut\u00f4t que dans un des (mauvais) lits du premier \u00e9tage. En douce, j\u2019ai croqu\u00e9 B\u00e9atrice sur mon carnet \u00e0 grain moyen, un crayon <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ateliers-dete-07-des-corps\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#\u00e9t\u00e92023 #07 | Des corps<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":601,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4525],"tags":[],"class_list":["post-131560","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2023-du-roman"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/131560","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/601"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=131560"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/131560\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=131560"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=131560"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=131560"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}