{"id":131962,"date":"2023-07-27T08:55:45","date_gmt":"2023-07-27T06:55:45","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=131962"},"modified":"2023-07-27T16:17:38","modified_gmt":"2023-07-27T14:17:38","slug":"ete-2023-07bis-parle-moi-de-ton-odeur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-07bis-parle-moi-de-ton-odeur\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #07bis | Parle moi de ton odeur."},"content":{"rendered":"\n<p>Elle est nue.<\/p>\n\n\n\n<p>Etendue sur le dos de tout son long sur le lit au drap blanc dont elle a jet\u00e9 la couette sur le sol gris bitum\u00e9, elle se r\u00e9veille. <strong>Odeurs de la nuit. M\u00e9lange de sueur sous les aisselles et du sexe un peu mouill\u00e9. Son corps de chair, pas lav\u00e9, impr\u00e9gn\u00e9 de l&rsquo;odeur des r\u00eaves. Senteur douce am\u00e8re sur chaque parcelle de la peau<\/strong>, son corps couleur blanc cr\u00e8me sur le drap \u00e0 la couleur blanche \u00e9clatante, <strong>odeur du drap, l\u00e9g\u00e8rement humidifi\u00e9 de ce que le corps a d\u00e9pos\u00e9<\/strong>, ses deux jambes \u00e9cart\u00e9es, en direction des bords oppos\u00e9s, l\u00e0 o\u00f9 ses pieds tombent dans le vide. Elle concentre toute sa force dans sa posture, les muscles de ses jambes s&rsquo;\u00e9tirent, tremblantes, et lentement, elle allonge ses bras en croix, attrape les bords du lit qu&rsquo;elle maintient longuement puis le l\u00e2che, d&rsquo;un coup, d&rsquo;un souffle, sans une pens\u00e9e. <strong>Effluves de l&rsquo;effort qui  transparaissent<\/strong><strong> sur les murs, laissent traces de son passage, comme une chienne sur son territoire. Elle pue. <\/strong>Et, lentement, son corps \u00e9cartel\u00e9 se d\u00e9gonfle, se recroqueville et se retrouve, les mains attrapent les bras, les bras caressent le torse, les pieds se frottent, les jambes se m\u00e9langent, la t\u00eate touche les genoux, le corps se referme, lourd, respirant, d\u00e9tendu. <strong>Peau contre peau, goutte contre goutte, elle reste l\u00e0, en boule, \u00e0 s&rsquo;impr\u00e9gner d&rsquo;elle-m\u00eame, de ses seins, de son ventre, de son vagin. Multitude de parfums,  qui se m\u00e9langent, dans l&rsquo;espace restreint de son \u00e9treinte<\/strong>. Et doucement, le corps se retourne, le ventre glisse sur le drap, les seins s&rsquo;\u00e9crasent sur le matelas, la joue gauche \u00e9pouse les contours, ses jambes s&rsquo;\u00e9tirent, ses bras agrippent, ses fesses se d\u00e9voilent, dos au plafond, elle tend puis elle rel\u00e2che, elle tend puis elle rel\u00e2che, elle tend puis rel\u00e2che. <strong>Et les odeurs s&rsquo;envolent, fines particules<\/strong>,<strong> du corps, pas lav\u00e9, \u00e0 peine r\u00e9veill\u00e9, m\u00e9lang\u00e9es au n\u00b05 de Chanel,<\/strong> <strong>d\u00e9pos\u00e9 la veille.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Elle est debout, mi-nue.<\/p>\n\n\n\n<p>Le visage face au miroir dans la salle de bain exig\u00fce <strong>et humide,<\/strong> <strong>du rance et du renferm\u00e9, <\/strong>le miroir, renvoyant son reflet. Son corps est l\u00e9g\u00e8rement pench\u00e9 au dessus du lavabo blanc ovale de fa\u00efence, les pieds ancr\u00e9s au sol, les jambes droites, le torse en avant, froid la fa\u00efence, le visage \u00e0 quelques centim\u00e8tres de la glace, elle se regarde. <strong>Elle soul\u00e8ve un bras et hume cet ind\u00e9finissable qui raconte ce qu&rsquo;elle vit.<\/strong> Puis, de sa main gauche, elle ouvre un robinet et laisse couler l&rsquo;eau qui gicle sur les c\u00f4t\u00e9s, elle pousse son corps en arri\u00e8re, courbe le dos, penche son buste et de ses deux mains, attrape l&rsquo;eau pour s&rsquo;asperger les yeux, les joues, le cou, les aisselles et les seins. Elle se penche et se redresse, se penche et se redresse, <strong>attrape le savon au lait de coco, \u00e9voquant les \u00eeles et le paradis mais, qui sur la peau, est sucr\u00e9, presque \u00e9coeurant<\/strong>, eau, savon et prend la serviette pour se s\u00e9cher. Elle contemple dans le miroir  sur son corps couleur chair blanc cr\u00e8me, ses bras, ses seins, son torse, son visage et les gouttes qui disparaissent.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle est assise, v\u00eatue.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur une chaise grise pareille au sol triste face \u00e0 une table blanche plastique devant un ordinateur ouvert \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran lumineux, ses doigts tapotant le clavier, son regard riv\u00e9 sur les mots, puis, tourn\u00e9 sur un cahier rouge pos\u00e9 sur le coin gauche empli d&rsquo;\u00e9criture et de ratures, elle \u00e9crit. <strong>Son corps sent le propre.<\/strong> Son dos droit qu&rsquo;elle dresse, ses pieds \u00e0 plat, ses fesses sur le bord, ses jambes un peu \u00e9cart\u00e9es, et parfois, sa colonne vert\u00e9brale s&rsquo;affaisse, son corps tombe dans le creux, sa t\u00eate tourne sur elle-m\u00eame, puis elle s&rsquo;aligne de nouveau dans la rectitude du dos et seul ses b\u00e2illements et les grondements de ses intestins lui font comprendre qu&rsquo;il lui faut prendre une pause. <strong>Elle se l\u00e8ve, ouvre la fen\u00eatre, odeurs de l&rsquo;herbe mouill\u00e9e et de la route nationale, essence et fumier<\/strong>, ouvre le frigidaire,<strong> aspire le frais<\/strong>, introduit son bras dans les \u00e9tag\u00e8res, s&#8217;empare d&rsquo;un yaourt, un bout de fromage, referme, va au placard, saisit une biscotte, ouvre un tiroir, prend un couteau, une cuill\u00e8re. Elle pose le tout pr\u00e8s de l&rsquo;\u00e9vier, tartine, fromage, enl\u00e8ve le couvercle du yaourt, <strong>en respire l&rsquo;odeur de la peau de b\u00e9b\u00e9 qui s&rsquo;en d\u00e9gage <\/strong>et mange debout. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elle est nue. Etendue sur le dos de tout son long sur le lit au drap blanc dont elle a jet\u00e9 la couette sur le sol gris bitum\u00e9, elle se r\u00e9veille. Odeurs de la nuit. M\u00e9lange de sueur sous les aisselles et du sexe un peu mouill\u00e9. Son corps de chair, pas lav\u00e9, impr\u00e9gn\u00e9 de l&rsquo;odeur des r\u00eaves. 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