{"id":132108,"date":"2023-07-27T15:42:56","date_gmt":"2023-07-27T13:42:56","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=132108"},"modified":"2023-09-03T12:16:22","modified_gmt":"2023-09-03T10:16:22","slug":"ete-2023-07-bis-je-me-rends-compte-que-je-nai-pas-assez-parle-de-lodeur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-07-bis-je-me-rends-compte-que-je-nai-pas-assez-parle-de-lodeur\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #07bis  |\u00a0je me rends\u00a0 compte que je n\u2019ai pas assez parl\u00e9 de l\u2019odeur"},"content":{"rendered":"\n<p>Le corps est moite et \u00e9tal\u00e9. <br>La nuit est longue sans l\u2019\u00eatre jamais vraiment assez. <br>Est-ce qu\u2019il ne faudrait pas que tout s\u2019arr\u00eate.<br><br>Est-ce ce que tout ne s\u2019arr\u00eate jamais assez.<br>Est-ce que la nuit ne manque pas toujours d\u2019\u00eatre noire.&nbsp;<br><br>Le corps est moite dense et \u00e9tal\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me rends compte que je n\u2019ai pas assez parl\u00e9 de l\u2019odeur. De cette odeur, comme ce c\u0153ur, comme ce corps perdu. Je n\u2019ai pas assez parl\u00e9 du corps comme odeur. Du corps comme volatilit\u00e9, comme humeur. Du corps comme convoquant l\u2019attrait imm\u00e9diat ou le d\u00e9go\u00fbt d\u00e9finitif. Comme le font les odeurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Non plus que je ne vous ai dit d\u00e9j\u00e0 que je perdais tout.<\/p>\n\n\n\n<p>Que l\u2019odorat est un sens qui se laisse \u00e9teindre. Dont la perte, qui pourrait s\u2019apparenter \u00e0 un refoulement, remonte \u00e0 la toute petite enfance.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est que je n\u2019ai encore parl\u00e9 de rien. <\/p>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre d\u2019ailleurs ne s\u2019agit-il pas tant de l\u2019odeur, m\u00eame si celle qui r\u00e8gne ici est particuli\u00e8re, que du nez.<\/p>\n\n\n\n<p>De cet organe de l\u2019olfaction qui concourt grandement \u00e0 la respiration ainsi d\u2019ailleurs qu\u2019\u00e0 la phonation. De cet organe subtil, filtre du dehors et du dedans. De cet organe de la subtilit\u00e9 et de la discr\u00e9tion.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>(Je ne parle plus du tout du corps cheval d\u2019hier. Je suis dans une autre nuit. Je parle, je veux parler maintenant d\u2019un corps plus r\u00e9cent, d\u2019un corps acquis.)<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un organe, le nez, qui ne cesse de fonctionner mais qui peut fonctionner moins bien. Qui ne requiert nullement notre attention pour fonctionner, comme souvent d\u2019ailleurs quand il s\u2019agit\u00a0 du corps. Dont les filtres peuvent s\u2019encrasser, se boucher. Et c\u2019est un organe qui sait se restreindre, s\u2019emp\u00eacher. On dit que les oiseaux dans les villes sont oblig\u00e9s de chanter plus fort. Je crois que le nez est oblig\u00e9 lui de sentir moins fort, de respirer moins fort. Et \u00e7a ne serait pas seulement la puanteur des gaz des villes qui l\u2019y obligent, mais \u00e9galement une m\u00e9fiance un m\u00e9pris un d\u00e9ni du corps dans nos soci\u00e9t\u00e9s. De longue date. C\u2019est de longue date que nous avons opt\u00e9 pour la mesure. Tandis que l\u2019odorat est certainement primitivement li\u00e9 \u00e0 l\u2019amour au d\u00e9sir au sexe. L\u2019odeur est une manifestation du corps qui le d\u00e9passe, qui l\u2019exc\u00e8de, qui empi\u00e8te sur le corps de l\u2019autre, qui le p\u00e9n\u00e8tre. Qui remet en cause son statut d\u2019enveloppe, qui le troue. C\u2019est instantan\u00e9ment qu\u2019une odeur provoque enchantement ou d\u00e9go\u00fbt. \u00c7a para\u00eet tr\u00e8s peu dialectique. \u00c9manant d\u2019un corps \u00e7a s\u2019adresse au corps y provoquant un affect imm\u00e9diat. C\u2019est j\u2019aime ou j\u2019aime pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors tout de m\u00eame, je voudrais \u00e9voquer une odeur particuli\u00e8re, celle du \u00ab parfum subtil de la rose \u00bb, qui n\u2019est pas celle qui r\u00e8gne ici mais que je propose \u00e0 l\u2019imagination de votre nez. Rejoignez-moi dans le noir, soyez allong\u00e9, que ce soit le c\u0153ur de la nuit, et respirez <em>comme si\u00a0 <\/em>vous respiriez le \u00ab parfum subtil d\u2019une rose \u00bb. C\u2019est mieux d\u2019avoir les yeux ferm\u00e9s. Et observez ce qui se passe dans votre nez\u00a0 \u00e0 l\u2019\u00e9vocation de ce parfum subtil, dans ce type d\u2019inspiration. Observez comment vos cavit\u00e9s nasales se contractent, en m\u00eame temps qu\u2019elles sont parcourues d\u2019un gonflement l\u00e9ger qui accompagne le passager nuageux de l\u2019air. Respirez ainsi quelquefois, en \u00e9tant attentif \u00e0 la remont\u00e9e de l\u2019air jusqu\u2019\u00e0 la racine du nez, et puis ressortir. La respiration ralentit et l\u2019on explore v\u00e9ritablement ces grottes du nez qui deviennent immenses en m\u00eame temps que \u00e7a r\u00e9sonne dans tout le corps. Et ce sont ces r\u00e9sonances, le transport int\u00e9rieur de cet air, de ce nuage, qui est extraordinaire. Enfin, je doute bien s\u00fbr que ceci puisse se communiquer\u00a0 par \u00e9crit. Cet apprentissage qui fut celui d\u2019un ma\u00eetre pas tr\u00e8s vieux ni tr\u00e8s chinois, c\u2019est ce qui m\u2019a permis de sortir de la schize susdite celle de l\u2019image du corps et du corps, qui m\u2019a permis de d\u00e9tacher le corps de l\u2019image\u00a0 et de lui donner une dimension propre, habitable, r\u00e9elle, ainsi que de traiter la schize du gouffre entre les nominations, les qualificatifs du corps et le corps m\u00eame. Ce qui est dit ici s\u2019adresse directement au corps, l\u2019affectant. Je suis bien consciente que j\u2019en dis ici trop peu, mais j\u2019aurai peut-\u00eatre l\u2019occasion d\u2019y revenir. Penser au parfum subtil de la rose \u00e0 un effet r\u00e9el imm\u00e9diat sur le corps. Les effets alors observ\u00e9s, appartiennent \u00e0 la sensation et p\u00e9n\u00e8trent un corps jusque-l\u00e0 opaque. L\u2019int\u00e9rieur du corps n\u2019est plus celui de l\u2019horreur qu\u2019\u00e9voque la t\u00eate arrach\u00e9e du cheval, au bord de l\u2019absence de laquelle j\u2019ai dit que je vivais, comme au bord d\u2019un volcan empli d\u2019une lave noire et silencieuse.<\/p>\n\n\n\n<p>Par le parfum subtil, sa seule \u00e9vocation, je suis rentr\u00e9e dans le volcan. Et tout s\u2019est apais\u00e9. J\u2019avais trouv\u00e9 un lieu o\u00f9 vivre (et\/ou passer mes nuits).<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui s\u2019est observ\u00e9, vous le retrouverez sautant d\u2019un bus en haut d\u2019une montagne, vous sautez, vous \u00eates face au panaroma, face au panorama, et \u00e7a vous saute au nez, le corps passe \u00e0 autre chose, ralentit, les veines gonflent, \u00e7a jubile. C\u2019est surtout que vous avez rouvert nos narines, \u00e7a s\u2019est r\u00e9percut\u00e9 partout dans le corps, ces petites bulles d\u2019air, champagne, on n\u2019y pr\u00eate pas attention, mais d\u00e8s qu\u2019on y pr\u00eate attention, elles se multiplient, le corps est attentif aux attentions qu\u2019on lui porte.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019amour aussi, le d\u00e9sir. Observez la palpitation du nez. Ou la col\u00e8re, et sa moutarde qui monte au nez.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group has-light-gray-background-color has-background\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p>avant : <a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/de-la-preparation-du-corps-0-1-schizes-1-et-2-cheval\/\">#07 de la pr\u00e9paration du corps, schizes 1 et 2 &#8211; cheval<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>apr\u00e8s :<\/p>\n\n\n\n<p>sommaire : <a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/le-livre-pour-loubli-titre-provisoire-sommaire\/\">petites mati\u00e8res d&rsquo;oubli<\/a><\/p>\n<\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le corps est moite et \u00e9tal\u00e9. La nuit est longue sans l\u2019\u00eatre jamais vraiment assez. Est-ce qu\u2019il ne faudrait pas que tout s\u2019arr\u00eate. Est-ce ce que tout ne s\u2019arr\u00eate jamais assez.Est-ce que la nuit ne manque pas toujours d\u2019\u00eatre noire.&nbsp; Le corps est moite dense et \u00e9tal\u00e9. Je me rends compte que je n\u2019ai pas assez parl\u00e9 de l\u2019odeur. 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