{"id":132249,"date":"2023-07-28T05:05:04","date_gmt":"2023-07-28T03:05:04","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=132249"},"modified":"2023-07-28T05:05:54","modified_gmt":"2023-07-28T03:05:54","slug":"ete2021-07bis-bras","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2021-07bis-bras\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92021 #07bis | Bras"},"content":{"rendered":"\n<p>De <em>ces<\/em> odeurs je n&rsquo;ai pas parl\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Son odeur \u00e0 lui. Son odeur \u00e0 elle. Toutes les autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Odeur br\u00fbl\u00e9e incendie d&rsquo;un monde fatigu\u00e9 qui le lac\u00e9rait le laissait d\u00e9muni.<\/p>\n\n\n\n<p>O\u00f9 \u00e9tait-il ? Elle l&rsquo;attendait.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle le cherchait partout dans la maison. Son odeur \u00e0 elle \u00e9tait sucr\u00e9e. C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;odeur du pain d&rsquo;\u00e9pices. Celle du miel. Des hortensias que souvent elle fr\u00e9quentait. De l&rsquo;herbe qu&rsquo;elle mangeait, o\u00f9 elle se roulait. C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;odeur de la cannelle. Son odeur \u00e0 lui, elle la cherchait dans tout, dans rien, \u00e2cre, monstrueuse, difforme, l&rsquo;odeur des mains qui la caressaient, celle de son c\u0153ur qu&rsquo;elle entendait battre, celle de sa voix qui r\u00e9p\u00e9tait son nom, son odeur de poussi\u00e8re et de regrets.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle l&rsquo;attendait.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle l&rsquo;attendait.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;attendait encore.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle esp\u00e9rait.<\/p>\n\n\n\n<p>Son nez \u00e0 elle, c&rsquo;\u00e9tait ses yeux. Tout ce qu&rsquo;il avait sous la main, il le lui tendait, le lui faisait sentir, son petit nez qui remuait l&rsquo;amusait. Petit nez plein de curiosit\u00e9 se distordant au contact d&rsquo;un oignon, d&rsquo;une tomate, d&rsquo;un citron, d&rsquo;un stylo, d&rsquo;une feuille de papier, d&rsquo;un ruban adh\u00e9sif, de lunettes, d&rsquo;un casque audio, d&rsquo;une boite de chewing-gum, d&rsquo;une bouteille d&rsquo;eau vide, d&rsquo;une cuill\u00e8re, d&rsquo;une fourchette, d&rsquo;une serviette, d&rsquo;une brosse \u00e0 dents, etc. Il tendait \u00e7a, elle se rapprochait, un chouia m\u00e9fiante, son nez remuait, elle identifiait le monde, le scannait, elle en saisissait les secrets les plus moroses, puis ayant perdu tout int\u00e9r\u00eat pour la chose, elle s&rsquo;\u00e9loignait.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle cherchait sa trace dans le linge par terre. Le linge \u00e9tait sale, plein de sueur. Son pelage prenait ce parfum elle s&rsquo;en recouvrait. Gardienne d&rsquo;un tr\u00e9sor dont elle seule mesurait l&rsquo;importance, elle se mettait dessus, elle attendait l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Parfois, elle se mettait sur le si\u00e8ge o\u00f9, habituellement, il \u00e9tait assis. Elle exigeait que toujours on lui donne la place. S&rsquo;il ne se levait pas, elle miaulait, s\u00e9v\u00e8re. Seulement l\u00e0, elle savait miauler. Il s&rsquo;ex\u00e9cutait aussit\u00f4t. Et sur le si\u00e8ge, elle s&rsquo;endormait, pleine de sa chaleur, pleine de son odeur, pleine de ses angoisses.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle avait une odeur sucr\u00e9e. Celle des livres aux pages vieillies. Celle des for\u00eats en cendres, \u00e0 l&rsquo;agonie. Celle des peuples \u00e0 l&rsquo;agonie, en sang. L&rsquo;odeur de la joie de vaquer dans le jardin, de se cacher dans les hortensias, dans la cabane en bois, dans le bric-\u00e0-brac du voisin. Elle avait l&rsquo;odeur des jeux. Des r\u00eaves qu&rsquo;elle r\u00eavait. L&rsquo;odeur de la douleur de vivre.<\/p>\n\n\n\n<p>Il avait une odeur \u00e2cre, monstrueuse, difforme. Au r\u00e9veil, elle s&rsquo;\u00e9levait, \u00e9branlait tout, fissurait tout. Elle \u00e9tait la seule \u00e0 la supporter. Elle l&rsquo;aimait, la cherchait partout dans la maison. Certaines nuits, ce n&rsquo;est pas sur le si\u00e8ge o\u00f9 il \u00e9tait assis qu&rsquo;elle voulait dormir, c&rsquo;est dans ses bras. Elle exigeait qu&rsquo;il la porte. Il s&rsquo;ex\u00e9cutait. Le temps avait pass\u00e9. En deux ans, elle avait tellement grandi, elle \u00e9tait plus lourde qu&rsquo;au d\u00e9but. Mais servilement, comme quand elle avait trois mois, il la portait, supportait ce poids, parce qu&rsquo;il l&rsquo;aimait, parce qu&rsquo;il ne voulait pas lui faire de la peine. Leurs odeurs se m\u00ealaient. Elle, son odeur sucr\u00e9e, l\u00e9g\u00e8re. Lui, son odeur de cadavres et d&rsquo;incendies, de col\u00e8re, de peur, de ressentiment.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle l&rsquo;attendait<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle l&rsquo;attendait.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;attendait encore.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle esp\u00e9rait.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand \u00e7a puait elle savait qu&rsquo;il \u00e9tait l\u00e0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De ces odeurs je n&rsquo;ai pas parl\u00e9. Son odeur \u00e0 lui. Son odeur \u00e0 elle. Toutes les autres. Odeur br\u00fbl\u00e9e incendie d&rsquo;un monde fatigu\u00e9 qui le lac\u00e9rait le laissait d\u00e9muni. O\u00f9 \u00e9tait-il ? Elle l&rsquo;attendait. Elle le cherchait partout dans la maison. Son odeur \u00e0 elle \u00e9tait sucr\u00e9e. C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;odeur du pain d&rsquo;\u00e9pices. Celle du miel. 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