{"id":132454,"date":"2023-11-21T21:24:00","date_gmt":"2023-11-21T20:24:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=132454"},"modified":"2024-05-23T22:53:34","modified_gmt":"2024-05-23T20:53:34","slug":"ete-2023-du-roman-hangar","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-du-roman-hangar\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 HANGAR"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-large-font-size wp-block-paragraph\">#1 &#8211;  #2  &#8211; #3 &#8211; #4 &#8211; #5 &#8211; #6 &#8211; #7 &#8211;  #8 &#8211; #9 &#8211; #10 &#8211;  #11 #12 et bis <\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-text-align-center has-black-color has-medium-gray-background-color has-text-color has-background has-link-color has-huge-font-size wp-elements-859426a88511f246f3a93b1e91b0ef08\"><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/lucas-van-oort-y4xiFr7VN5A-unsplash-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-132456\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/lucas-van-oort-y4xiFr7VN5A-unsplash-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/lucas-van-oort-y4xiFr7VN5A-unsplash-420x280.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/lucas-van-oort-y4xiFr7VN5A-unsplash-768x513.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/lucas-van-oort-y4xiFr7VN5A-unsplash-1536x1025.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/lucas-van-oort-y4xiFr7VN5A-unsplash-2048x1367.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Photo de <a href=\"https:\/\/unsplash.com\/fr\/@switch_dtp_fotografie?utm_source=unsplash&amp;utm_medium=referral&amp;utm_content=creditCopyText\">Lucas van Oort<\/a> sur <a href=\"https:\/\/unsplash.com\/fr\/photos\/y4xiFr7VN5A?utm_source=unsplash&amp;utm_medium=referral&amp;utm_content=creditCopyText\">Unsplash<\/a><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-very-light-gray-to-cyan-bluish-gray-gradient-background has-background has-large-font-size wp-block-paragraph\"><strong>#1 Sc\u00e8ne originell<\/strong>e<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"> Lieu &#8211; Une seule salle par o\u00f9 on arrive &#8211; on y arrive par un couloir. Il faut marcher longtemps au bout de ce couloir un hangar toit en taule. C\u2019est une seule pi\u00e8ce. Celui lui qui squatte l\u00e0 a mis des tapis au sol. Au milieu sur une table immense. De plusieurs m\u00e8tres. Il y a des coins diff\u00e9rents de tables sur lesquelles il y a du mat\u00e9riel&nbsp;: du mat\u00e9riel de dessin de peinture un peu plus des embouches en terre glaise. Des stocks de photos d\u00e9coup\u00e9es dans des magazines, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 un \u00e9cran de projection. Il y a des films tous des films noirs. Des manuels de psychologie, de criminologie\u2026au fond il y a un coin douche salle de bain un vieux casque de coiffure des ann\u00e9es 50, des photos de Nathalie Wood, Ingrid Bergman, Gina Lollobrigida, Marie Cardinale, Marylin Monroe. Attenant \u00e0 cette salle et qui la prolonge, une serre. Des esp\u00e8ces tropicales. Ce lieu ressemble \u00e0 un lieu de travail. Tout est organis\u00e9 tacitement selon une logique particuli\u00e8re. Le premier homme , entre dans cette salle. Il ne sait o\u00f9 aller. Il se demande comment se d\u00e9placer dans ce lieu. On lui a donn\u00e9 rendez-vous. Mais quand il arrive, il n\u2019y a personne. Il cherche des yeux quelqu\u2019un que par r\u00e9flexe il voudrait questionner. Mais il se rend compte que c\u2019est inutile. Ce lieu lui impose le silence. Il voit autour de lui les repr\u00e9sentants de chaque \u00e9l\u00e9ment&nbsp;: eau &#8211; terre &#8211; feu &#8211; roche &#8211; v\u00e9g\u00e9tal. Il d\u00e9ambule. Dans cette partie ici &#8211; c\u2019est la pierre qui domine. Il avance, l\u00e0 c\u2019est l\u2019\u00e9l\u00e9ment eau et pendant qu\u2019il se d\u00e9place, quelqu\u2019un d\u2019autre arrive. Il le voit traverser l\u2019\u00e9l\u00e9ment \u00e0 dominante roche. Des sons lui arrivent&nbsp;: des crissements de cailloux puis un son plus strident. Instinctivement il s\u2019enfonce encore loin dans cette partie de la pi\u00e8ce&nbsp;: eau &#8211; un bac transparent plein de coraux. Il s\u2019assoit et il aper\u00e7oit un espace un bassin au ras du sol,&nbsp;des n\u00e9nuphars, il ne l\u2019avait pas vu. L\u2019autre homme est loin il est rest\u00e9 dans cette partie de la pi\u00e8ce il est \u00eatre p\u00e9trifi\u00e9. Chacun attend mais c\u2019est un troisi\u00e8me homme qui entre maintenant. Il arrive plus vite que les deux premiers, il semble plus press\u00e9. Il traverse le Hangar \u00e0 grandes enjamb\u00e9es. Il semble savoir il o\u00f9 il va. Dans le fond du hangar, les couleurs chaudes dominent&nbsp;: rouge orange, quelque chose se rapprochant du feu. &nbsp;Celui qui a cr\u00e9\u00e9 ce lieu a voulu recr\u00e9er la cr\u00e9ation. Tout est dispos\u00e9 pour favoriser le d\u00e9placement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-very-light-gray-to-cyan-bluish-gray-gradient-background has-background has-large-font-size wp-block-paragraph\">#1bis Jokari Un enchev\u00eatrement de routes<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Rond-point, puis prendre une d\u00e9partementale, traverser les plaines, les terres cultiv\u00e9es, ici, la surface du sol ressemble \u00e0 un lac , on dirait de l\u2019eau mais en longeant la terre, c\u2019est que les sarments de vignes sont recouverts d\u2019une mati\u00e8re r\u00e9fl\u00e9chissante, rouler traverser encore des plaines rouges \u2013 ce sont les coquelicots r\u00e9fl\u00e9chissant leur lumi\u00e8re, ici un bois, il faut rouler encore parce que tu dois arriver jusqu\u2019au granges, aux entrep\u00f4ts \u00e0 grains, i dit y avoir des meules, le toit d\u2019une ferme, un chien attach\u00e9 pas loin d\u2019un tracteur, tu continues. Tu prends ici \u00e0 droite, tu prends ce chemin vicinal enterre, tu roules, tu vas arriver quand le soleil touchera l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du monde tu y es presque, \u00e0 l\u2019heure pr\u00e9cise o\u00f9 il disparait, tu tourneras la clef du contact. Tu poseras un pied par terre, tu auras le vertige d\u2019avoir tant roul\u00e9 le vent du soir &#8211; c\u2019est une sorte d\u2019engourdissement, tu pers la notion de je, tu flottes l\u00e0 tu es seulement roche, bois et plaine. Ne ferme pas les yeux, ne t\u2019endors pas, \u00e9tires toi, marche un peu, l\u00e0-bas le hangar, il n\u2019y a pas d\u2019adresse, pas de nom de route ni de num\u00e9ro, mais c\u2019est l\u00e0, tu vas te dire \u00ab on ne va pas me la faire&nbsp;\u00bb, \u00e7a existe quand m\u00eame cet endroit sur une carte&nbsp;!&nbsp;\u00bb mais tu y es d\u00e9j\u00e0, tu es arriv\u00e9 sans carte et sans boussole dans un lieu sans adresse, au-del\u00e0&nbsp;: tu te dis&nbsp;: quels sont les f\u00eal\u00e9s qui vivent comme \u00e7a. Tu fais le tour du b\u00e2timent : tu essayes, parce qu\u2019\u00e0 un moment, tu ne peux plus avancer&nbsp;: il y a des ronces, et l\u2019or\u00e9e d\u2019un bois, tu sais que \u00e7a continue, mais tu es oblig\u00e9 de rebrousser chemin, regarder la carte&nbsp;? pourquoi faire, qu\u2019est-ce que \u00e7a te dira de plus. Tu regardes autour&nbsp;: personne. Pas un bruit, tu te rapproches d\u2019un rideau de fer \u00e0 moiti\u00e9 baiss\u00e9. Tu te dis quand m\u00eame je rentre ici. Tu te dis ces tracasseries alors, je retourne dans la voiture sur le GPS, mais c\u2019est trop tard. Le lieu t\u2019appelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-very-light-gray-to-cyan-bluish-gray-gradient-background has-background has-large-font-size wp-block-paragraph\"># 2 Lieu<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une femme arrive.<em> Son arriv\u00e9e \u00e0 elle est celle d\u2019une somnambule qui d\u00e9ambule sans but, sans corps je peux dire manifeste une sorte de d\u00e9viance, une errance quelque chose comme \u00e7a. Plus rien n\u2019a prise sur elle, et elle n\u2019a prise sur rien, elle arrive au Hangar, fait le tour des espaces et se pose sur une chaise devant la table \u2013 Elle flotte. Du Hangar, elle dit&nbsp;: &nbsp;c\u2019est un micro-monde.<\/em> Les Autres arrivent et s\u2019installent autour de la table avec elle. Ils veulent savoir d\u2019o\u00f9 elle vient. En somnambule, elle explique clairement quelle est sa ville d\u2019origine. Elle ne sait qui habite ici ni pourquoi elle est l\u00e0, elle l\u00e0 c\u2019est tout. Les autres rigolent. Ils d\u00e9cident de manger. Autour d\u2019eux chaque espace vibre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-very-light-gray-to-cyan-bluish-gray-gradient-background has-background has-large-font-size wp-block-paragraph\"># 2 bis Jokari<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme je l\u2018ai dit, elle entre ici comme une somnambule. Elle traverse les espaces du hangar presque transparente, elle continue de d\u00e9ambuler, elle se heurte ici \u00e0 des coins, des angles, elle mesure mal les distances, mais ce qui lui plait ici c\u2019est qu\u2019il n\u2019y a pas de porte. Elle voit de la lumi\u00e8re au fond, c\u2019est la v\u00e9randa qui se prolonge en serre sur des centaine de m\u00e8tres carr\u00e9 les \u00e9l\u00e9ments sont tous virtuellement l\u00e0 mais jamais en m\u00eame, cela lui donne une \u00e9trange impression de devoir reconstituer artificiellement l\u2019univers habitable, elle de marcher encore non plus elle titube, elle manque d\u2019oxyg\u00e8ne. Comme je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dit, d\u2019autres personnes sont arriv\u00e9es d\u2019autres continue d\u2019arriver, le dernier est encore un homme, petit tr\u00e8s brun, avec une barbe, habill\u00e9 d\u2019un jean tr\u00e8s d\u00e9lav\u00e9, d\u2019un tee-shirt, on dirait qu\u2019il sort \u00e0 l\u2019instant de chez lui, chez lui c\u2019est une seule pi\u00e8ce, o\u00f9 il une douche une table, il est de passage, il loue une place il doit \u00eatre saisonnier quelque part, elle le reconnait ou croitre reconnaitre , comme tous ceux et celles qui vont rentrer, elle a le sentiment de les avoir tous, tous vu quelque part, elle doit reconstituer le lieu o\u00f9 elle les aurait vu. Dans ce lieu, ou le chaos est sur le point de tout faire basculer, brinqueballer \u00e0 chaque moment parce qu\u2019il est impossible vivre dans ce lieu divis\u00e9, mais offrant quand m\u00eame l\u2019apparence de l\u2019harmonie. Celui ou celle qui habite ici s\u2019est m\u00e9nag\u00e9 d\u2019ailleurs des espaces habitables, bien s\u00e9par\u00e9s pour chaque tache, pour chaque moment de la journ\u00e9e. Cet endroit a son myst\u00e8re mais le parcourir ressemble \u00e0 d\u00e9chiffrer quelque chose de plus vaste, ce lieu est une \u00e9nigme et une enqu\u00eate \u00e0 la fois. Lieu de la perte de foi et du sens de la direction lieu boussole avec un p\u00f4le magn\u00e9tique obscur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">#3 Celui-ci la touche en premier, il s\u2019avance vers elle d\u2019un pas d\u00e9cid\u00e9, Il y l\u00e0 un homme immense, un g\u00e9ant il semble planer encore plus, il est d\u00e9sinvolte, cool, il regarde tout le monde avec un air rigolard, il semble assez \u00e0 l\u2019aise ici il est dans son \u00e9l\u00e9ment&nbsp;: l\u2019air, il a trouv\u00e9 de quoi flotter o\u00f9 se placer o\u00f9 mettre ses grandes jambes. Les autres sont attir\u00e9s par lui, il doit les rassurer, et puis ils trouvent quelqu\u2019un avec qui parler&nbsp;: ils parlent de leur marque de cigarette pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es, ils \u00e9changent des codes ils n\u2019ont pas besoin de raconter une histoire, il savent reconnaitre par instinct de quel quartier ils viennent, ils ont une sorte d\u2019aisance qui intrigue celle qui est arriv\u00e9 en premier&nbsp;: comment ils sont en contact naturellement, comment il y a de la cr\u00e9ation entre eux, au moindre \u00e9change de regard, c\u2019est \u00e9tonnant comment en quelques heures, ces quatre se sont d\u00e9j\u00e0 fabriqu\u00e9 un monde comment ils ont recr\u00e9\u00e9 quelque chose, sur la base de quoi&nbsp;: elle se demande&nbsp;: ils parlent de quoi, de l\u00e0 o\u00f9 ils sont n\u00e9s&nbsp;? de comment l\u2019un est entr\u00e9 \u00e0 l\u2019usine&nbsp;? l\u2019autre a fait des \u00e9tudes d\u2019ing\u00e9nieur, ou bien autre chose. Ils n\u2019ont pas l\u2019air de s\u2019en pr\u00e9occuper, peut-\u00eatre ils le savent d\u2019instinct, peut-\u00eatre ils se le sont dit, mais alors cet \u00e9change aura dur\u00e9 un instant, ils l\u2019ont d\u00e9j\u00e0 oubli\u00e9, ils jouent une com\u00e9die alors, elle se dit qu\u2019ils font semblant d\u2019avoir oubli\u00e9, et qu\u2019il ne faut surtout pas rappeler \u00e0 ce quatuor quoi que soit, il ne faut pas intervenir. Elle devine qu\u2019ils sont arriv\u00e9s ici parce que \u2026 Elle croit avoir compris que l\u2019un vient d\u2019\u00c9gypte vaguement, que l\u2019autre \u00e0 passer toute sa vie en Afrique, que le dernier est entrepreneur, c\u2019est-\u00e0-dire et qu\u2019ils sont dans ce micro-monde ensemble pour r\u00e9inventer quelque chose. Ils n\u2019ont aucune barri\u00e8re, ils sont ici libres de croire ce qu\u2019ils veulent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le premier on le nomme T. Il revient de loin. Il a pass\u00e9 quelque mois dans le coma. Personne ne pouvait pr\u00e9dire qu\u2019il serait l\u00e0. Les gens qui reviennent de loin, ils ne le disent pas. Il a eu un accident.&nbsp; Lui ne le dit pas. Mais c\u2019est pour \u00e7a qu\u2019il est l\u00e0. Au d\u00e9but il cherchait \u00e0 savoir&nbsp;: et puis il a l\u00e2ch\u00e9.il s\u2019est retrouv\u00e9 au hangar. Il \u00e9tait seul d\u2019abord. Le deuxi\u00e8me&nbsp;: il revient de loin. La guerre une guerre un soldat. Il a \u00e9t\u00e9 gravement bless\u00e9. C\u2019est pour \u00e7a qu\u2019il est l\u00e0 au hangar. Le troisi\u00e8me il \u00e9tait dans la rue un bless\u00e9 aussi. Dix ans de rue. C\u2019est ma derni\u00e8re libert\u00e9, il disait. Mais il s\u2019est retrouv\u00e9 ici au hangar. Le quatri\u00e8me&nbsp;: il sort de prison. Des ann\u00e9es de gal\u00e8re. Un jour il a l\u00e2ch\u00e9. C\u2019est pour \u00e7a qu\u2019il est l\u00e0 au hangar. Ils ont vu le G\u00e9ant. Ils se sont group\u00e9s autour de lui. Et ces quatre-l\u00e0 autour du G\u00e9ant, ils ont form\u00e9 un groupe. Comme je l\u2019ai dit, ils avaient une sorte d\u2019instinct pour se comprendre. Ils attendaient.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">#4 Elle est arriv\u00e9e ici parce qu\u2019on lui avait donn\u00e9 rendez-vous, le m\u00eame rendez-vous qu\u2019il y a 20 ans. Il y a 20 ans, elle \u00e9tait arriv\u00e9e ici dans cette m\u00eame transe, elle pensait ne plus avoir \u00e0 faire le chemin. Celle qui lui donn\u00e9 rendez-vous serait une sorte de chaman, une enqu\u00eatrice de l\u2018\u00e2me, celle lui a donn\u00e9 rendez-vous fait voltiger un pendule au-dessus des t\u00eates ceux qui comme elle arrive ici ont peur du monde&nbsp;: ce lieu est un d\u00e9calque du Grand lieu autre&nbsp;: le Monde, celui qui arrive ici peut reconstruire petit \u00e0 petit ces rep\u00e8res. Ils ont organis\u00e9 cette r\u00e9union, tous les f\u00eal\u00e9s de la vie, ceux qui ont eu \u00e0 voir l\u2019invisible ceux qui se seraient approch\u00e9 de quelque chose qu\u2019il ne fallait pas voir, comme ce promeneur dans les cercles, il redescendent ou remontent le chemin le parcourent en tous sens pour retrouver un espace \u00e0 eux vivables&nbsp;: rescap\u00e9s de sectes, de groupuscules \u00e9sot\u00e9riques pratiquant de divers rites obscur, utilisateurs de substances hallucinog\u00e8nes, rescap\u00e9s d\u2019accidents de la route, revenants de toutes guerres, corps et \u00e2mes fracass\u00e9s, 20 ans apr\u00e8s ils reviennent<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce lieu \u00e9tait rest\u00e9 secret&nbsp;: ici des proph\u00e8tes de disruption, l\u2019\u0153il vide, ils ne percevaient plus que l\u2019angle faux de leurs visions qui maintenant les mangent, tous obnubil\u00e9s, ils ne savent plus comment oublier. Les Autres arrivent et s\u2019installent autour de la table avec Elle. Ils veulent savoir d\u2019o\u00f9 elle vient. En somnambule, elle explique quelle est sa ville d\u2019origine. Elle ne sait pas qui habite ici ni pourquoi elle est l\u00e0, elle l\u00e0 c\u2019est tout. Les autres rigolent. Ils d\u00e9cident de manger. Autour d\u2019eux chaque espace vibre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme je l\u2018ai dit, elle est entr\u00e9e ici comme une somnambule. Que c\u2019est qui pass\u00e9 cette nuit-l\u00e0, la premi\u00e8re. Et la journ\u00e9e du lendemain. Le propri\u00e9taire du lieu a d\u00fb arriver. Il est arriv\u00e9 en pleine nuit, il y avait les 4 autres qui \u00e9taient l\u00e0 avant, le g\u00e9ant et les 4 derniers formaient un clan comme je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dit, ils s\u2019\u00e9taient constitu\u00e9s en bande. En quelques heures ils formaient un groupe compact indivisible. Ils allaient et venaient entre les espaces et trouvaient naturellement quelque chose \u00e0 faire. Il n\u2019y avait rien \u00e0 faire mais devant le tas de revues ou de films on aurait dit qu\u2019ils \u00e9taient extr\u00eamement concentr\u00e9s &#8211; et ensemble &#8211; sur ce qu\u2019ils faisaient. Les autres allaient chacun pour soi. Quand ils se croisaient, il y avait de la m\u00e9fiance. Eux \u2013 les &#8211; 4 premiers n\u2019allaient pas vers le g\u00e9ant, ils \u00e9taient comme des doubles, le pressentiment de la suite. Ils cherchaient de la fra\u00eecheur ils se sont r\u00e9fugi\u00e9s dans la serre, le soir. Mais rien de confortable. Rien. Il y a avait des pierres comme dans les jardins japonais, ils avaient chaud,ils auraient d\u00fb s\u2019\u00e9tendre dans le bassin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle sort &#8211; pour elle, il n\u2019existe que l\u2019ext\u00e9rieur- lever le nez et regarder l\u2019angle du hangar par les yeux de celle pour qui n\u2019existe que l\u2019ext\u00e9rieur &#8211; le G\u00e9ant n\u2019est pas loin, quand le propri\u00e9taire est arriv\u00e9, le G\u00e9ant a cru que quelqu\u2019un entrait par effraction, il ne dormait pas, il regardait un film, envelopp\u00e9 dans une couverture avec son caf\u00e9, pas loin il y a des instruments de musique&nbsp;: un clavier, un sax, des tam-tams africains, un didjeridoo, et des gros poufs. Il s\u2019est faufil\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la porte, furtivement, et l\u2019autre n\u2019a pas eu un instant pour reculer et fuir, le G\u00e9ant \u00e9tait sur lui, le propri\u00e9taire a hurl\u00e9, c\u2019est moi et il a tellement hurl\u00e9 que tout le monde dans le hangar s\u2019est pr\u00e9cipit\u00e9 hors de son duvet. Parce qu\u2019il \u00e9tait si tard, le propri\u00e9taire, n\u2019aurait jamais d\u00fb arriver \u00e0 cette heure-ci. Il savait qu\u2019ils l\u2019attendaient, mais en arrivant devant la grille il aurait pu penser qu\u2019il pourrait les surprendre. Du fond de la v\u00e9randa, elle n\u2019a pas entendu tout de suite, mais a per\u00e7u quelque chose, elle \u00e9tait aux aguets, alors elle a march\u00e9 vers la porte d\u2019entr\u00e9e et elle a vu le G\u00e9ant debout comme une montagne, avant les autres qui criaient et les calmer, d\u2019un geste de la main.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dehors, on voyait de la lumi\u00e8re et une masse noire dans l\u2019embrasure de l\u2019entr\u00e9e. On devinait c\u2019est tout, on entendait des pas des sons pr\u00e9cipit\u00e9s, on comprenait quand m\u00eame que quelqu\u2019un voulait entrer, ils se sont mis \u00e0 d\u00e9fendre leur territoire. Le chaman ne disait rien, il n\u2019a pas insist\u00e9, d\u2019abord il rentrait plus tard que pr\u00e9vu, il aurait d\u00fb \u00eatre l\u00e0. Il a d\u00fb croire \u00e0 une r\u00e9bellion, il a d\u00fb croire. Il s\u2019est assis dans son camion, phares allum\u00e9s braqu\u00e9s sur la porte d\u2019entr\u00e9e il a mis les phares dans les yeux du G\u00e9ant, elle est arriv\u00e9e aussi. Elle a mis ses mains devant, c\u2019\u00e9tait violent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u2019abord, bruits, et des morceaux de mots, des troncatures, des mots coup\u00e9s, le d\u00e9but de quelque chose et stop, plus rien, un silence, fallait prendre une d\u00e9cision, fallait que je mais pas de continuum, pas de troisi\u00e8me dimension, penser la troisi\u00e8me dimension, pas de, pas de, le silence &#8211; un terrain plat, un vertige,&nbsp;un sentiment de vitesse. Si je l\u2019appelle par un signe de la main, elle s\u2019approche, je ne peux lui dire pourquoi il faut qu\u2019elle vienne ici \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi, j\u2019attends qu\u2019elle tourne les yeux du fonds du hangar. On aurait qu\u2019elle sortait d\u2019un chaos, d\u2019un lieu, qu\u2019elle seule aurait pu voir, qu\u2019elle avait sur elle encore des marques de l\u2019autre monde, d\u2019ailleurs en rigolant on disait tous \u00e7a&nbsp;; On le r\u00e9p\u00e9tait m\u00eame tout le temps, et on mettait de la musique pour oublier \u00e7a mais \u00e7a revenait quand m\u00eame, alors pour changer, on sortait on allait l\u00e0-bas, pas loin sur la place, et on s\u2019attablait, on commandait quelque chose \u00e0 boire on attendait comme \u00e7a et on revenait, des fois elle et le chaman \u00e9taient dans la serre, on disait rien, on sortait toujours un peu de fric, fallait bien, on revenait avec les provisions, quand on revenait au hangar on oubliait ces histoires de fric, et on attendait un peu, et on se retrouvait autour de la table. La somnambule on l\u2019appelait, et elle nous regardait avec des yeux noirs.Je me dis-moi \u00e7a fait dix fois que je viens ici, juste apr\u00e8s, on m\u2019avait retrouv\u00e9 coinc\u00e9 entre des rochers, j\u2019avais re\u00e7u des \u00e9clats et une balle m\u2019avait transperc\u00e9e, je ne marchais plus, je voyais plus, je suis rest\u00e9 un moment et j\u2019ai trouv\u00e9 le Hangar, comme \u00e7a je roulais un soir par ici, parce que j\u2019allais voir ma m\u00e8re qui habite \u00e0 30 kilom\u00e8tres, la nuit, tard, je vois cette forme, le hangar dans la nuit, je me dis tiens je vais dormir l\u00e0. Ils \u00e9taient l\u00e0, il y avait la fille. Elle m\u2019a parl\u00e9, elle m\u2019a racont\u00e9 sa vie, j\u2019ai un peu oubli\u00e9, je me souviens juste de \u00e7a, qu\u2019elle aussi, avait oubli\u00e9, qu\u2019elle venait l\u00e0 pour le voir parce qu\u2019il soignait les gens comme nous, je me dis tiens, je vais rester. Je me dis, il faut que lui dise. Je ne sais pas comment je peux rester ici, je voudrais rester ici, j\u2019ai essay\u00e9 de lui en parler, elle a l\u2019air de savoir, si je passe par l\u00e0 si je passe par l\u00e0 \u00e7a ira, je dois passer par cette all\u00e9e, \u00e7a ira, les quatre autres avec le G\u00e9ant, ils ont l\u2019air d\u2019aller, ils forment un tout c\u2019est tout, si je les approche, si elle est l\u00e0 aussi, \u00e7a ira.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le plus difficile, c\u2019est le premier pas en sortant de la zone, elle me dira c\u2019est \u00e7a, en sortant de la zone, t\u2019as pas de plan, tous les plans se valent, en sortant de la zone, il y a des superpositions de plans, pas de ligne de fuite, pas d\u2019horizon, c\u2019est le brouillard, c\u2019est la zone, les ombres sont toutes les m\u00eames, c\u2019est bien pour \u00e7a qu\u2019au hangar, je suis entr\u00e9, je me suis pos\u00e9 dans le grand fauteuil l\u00e0-bas, je l\u2019 ai aper\u00e7u et on s\u2019est rien dit , elle \u00e9tait sur un autre plan, c\u2019est comme \u00e7a qu\u2019elle s\u2019est d\u00e9tach\u00e9e du fond, je l\u2019ai entrevu, elle s\u2019est \u00e9vanouie, on aurait dit qu\u2019elle dormait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-very-light-gray-to-cyan-bluish-gray-gradient-background has-background has-large-font-size wp-block-paragraph\">#6 L&rsquo;argent <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019argent est arriv\u00e9 apr\u00e8s. Ils venaient ici souvent au Hangar. Un jour il y en a un qui a voulu aller acheter de la nourriture. Le Hangar, il est fait avec les 4 \u00e9l\u00e9ments. Le cinqui\u00e8me, devine, c\u2019est l\u2019argent. Voil\u00e0 c\u2019est l\u2019intrus. Ils vivaient entre eux. C\u2019est quand il a fallu parler argent, sortir de l\u00e0\u2026 c\u2019\u00e9tait plus pareil. Ils \u00e9taient l\u00e0 pour voir le chaman. Il n\u2019y avait pas d\u2019argent. Il avait une autre circulation. Au d\u00e9but l\u2019argent \u00e7a ne voulait rien dire c\u2019\u00e9tait des chiffres et encore et m\u00eame plus raccroch\u00e9 \u00e0 rien, fallait une envie, et un jour dans le Hangar, quelqu\u2019un a dit faut qu\u2019on sorte de l\u00e0, le Chaman n\u2019\u00e9tait pas l\u00e0, c\u2019est plus tard qu\u2019il est revenu la nuit quand on ne voyait rien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-very-light-gray-to-cyan-bluish-gray-gradient-background has-background has-large-font-size wp-block-paragraph\">#6bis Chiffres<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans leur t\u00eate \u00e0 eux, il y avait les chiffres des nombres qui revenaient tout le temps, d\u2019abord c\u2019\u00e9tait al\u00e9atoire, \u00e7a se pensait pas au d\u00e9but, il fallait faire le lien entre des choses et ces id\u00e9es de chiffre, ces nombres d\u2019abord, se situaient dans un contexte diff\u00e9rent, il fallait faire des comptes, des additions surtout au d\u00e9but, des proportions, et des chiffres arrivaient comme \u00e7a sans lien entre eux, quand \u00e7a devenait un bloc, on pouvait dire que c\u2019\u00e9tait le prix. Des d\u00e9tails des objets comme un puzzle comme s\u2019il fallait reconstruire une histoire qui n\u2019est \u00e9crite nulle part. Au milieu du hangar, ils se sont retrouv\u00e9 la somnambule au milieu, tous avec le G\u00e9ant ceux qui avaient tous \u00e0 se reconstruire eux d\u00e9j\u00e0 et dans leur corps, elle passait presque au travers la fille, elle, on ne savait pas &#8211; ils voulaient l\u2019embarquer dehors aussi, les quatre ,Ils attendaient.&nbsp;Le premier on le nomme T. Il revient de loin. Il a pass\u00e9 quelque mois dans le coma. Personne ne pouvait pr\u00e9dire qu\u2019il serait l\u00e0. Les gens qui reviennent de loin, ils ne le disent pas. Il a eu un accident.&nbsp;Lui ne le dit pas. Mais c\u2019est pour \u00e7a qu\u2019il est l\u00e0. Au d\u00e9but il cherchait \u00e0 savoir&nbsp;: et puis il a l\u00e2ch\u00e9.il s\u2019est retrouv\u00e9 au hangar. Il \u00e9tait seul d\u2019abord. Le deuxi\u00e8me&nbsp;: il revient de loin. La guerre, une guerre &#8211; un soldat. Il a \u00e9t\u00e9 gravement bless\u00e9. C\u2019est pour \u00e7a qu\u2019il est l\u00e0 au Hangar. Le troisi\u00e8me il \u00e9tait dans la rue un bless\u00e9 aussi. Dix ans de rue. C\u2019est ma derni\u00e8re libert\u00e9, il disait. Mais il s\u2019est retrouv\u00e9 ici au Hangar. Le quatri\u00e8me&nbsp;: il sort de prison. Des ann\u00e9es de gal\u00e8re. Un jour il a l\u00e2ch\u00e9. C\u2019est pour \u00e7a qu\u2019il est l\u00e0 au Hangar. Ils ont vu le G\u00e9ant. Ils se sont group\u00e9s autour de lui. Et ces quatre-l\u00e0 autour du G\u00e9ant, ils ont form\u00e9 un groupe. Comme je l\u2019ai dit, ils avaient une sorte d\u2019instinct pour se comprendre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-very-light-gray-to-cyan-bluish-gray-gradient-background has-background has-large-font-size wp-block-paragraph\">#7 <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un coin de table, c\u2019est cette masse ce poids au coin de la table, c\u2019est un coin de tapis, c\u2019est une partie de ce po\u00eale, c\u2019est un coin de couverture jet\u00e9, ce sont des fruits , c\u2019est parce qu\u2019avoir juste cette vision partielle suffit pour donner une impulsion, c\u2019est une porte entrouverte sur une autre pi\u00e8ce, un coin de tableau, ou sur le tableau le morceau de bravoure, un coin d\u2019aile d\u2019oiseau. Le corps lui raconte autre chose, il raconte un d\u00e9placement dans cet espace et l\u2019histoire de ce d\u00e9placement, le corps \u00e9value les distances, le corps va se d\u00e9placer dans cet espace,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Qu\u2019est-ce que ce corps quand il a largu\u00e9 les amarres, le corps est l\u00e0, il fait des aller et retour vers les objets, ici le corps cherchent \u00e0 reconstituer quelque chose, des arrangements entre objets,&nbsp;si le corps est parfaitement immobile, c\u2019est le monde qui se soul\u00e8ve, les perspectives se r\u00e9v\u00e8lent et se retournent dans le mouvement, elle a d\u00e9j\u00e0 parcouru plusieurs fois le p\u00e9rim\u00e8tre du hangar, elle ne croise personne, au d\u00e9but, sauf le G\u00e9ant, elle passe par la verri\u00e8re, les arbustes, les plantes vertes, juste devant l\u2019\u00e9tang, les pierres fa\u00e7on jardin zen, la pi\u00e8ce est en longueur, elle arrive au coin bureau, un bureau ancien, avec tout le n\u00e9cessaire pour \u00e9crire, une lampe, des \u00e9tag\u00e8res, des livres anciens reli\u00e9s, un tapis persan, il apparait juste quelques boites en acier, contenant elle ne sait quoi, traverse plusieurs lieux avec les mezzanines, des lits superpos\u00e9s, le corps apparait entre les panneaux recouverts, ou peints, le corps se pose sans visage, regarde, prend conscience des espaces, &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-very-light-gray-to-cyan-bluish-gray-gradient-background has-background has-large-font-size wp-block-paragraph\">#7bis <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle dit : je n\u2019ai a pas assez parl\u00e9 de cette odeur, une odeur, qui revient , au d\u00e9but, elle a&nbsp; cherch\u00e9  autour d\u2019elle ce qui ressemble \u00e0 cette odeur, en regardant chaque chose, elle n\u2019en a jamais parl\u00e9, parce que l\u2019odeur vient d\u2019un morceau d\u2019elle-m\u00eame, et elle cherche cette odeur de r\u00e9confort, \u00e7a sent un morceau d\u2019enfance, \u00e7a venaient du dedans, un peu brul\u00e9e, un peu poussi\u00e8re, qui ne se raccroche pas \u00e0 une forme ni \u00e0 une couleur ni \u00e0 un lieu ni \u00e0 une personne, une odeur du dedans qui ne semble m\u00eame pas lui appartenir, qui est l\u00e0 , qui repart, qu\u2019elle ne retient pas\u2026une odeur imaginaire, un m\u00e9lange, un&nbsp; r\u00e9sultat chimique&nbsp;? l\u2019odeur de ce qui est chaud, qui s\u2019\u00e9vanouit, sans pour autant que le sentiment de temp\u00e9rature ..une odeur qui annonce\u2026 une odeur&nbsp; de ce qui a \u00e9t\u00e9 ensemble, qui s\u2019\u00e9vapore. Rester dans cette odeur, ce serait retenir une multitude de petites choses, un pli du bras, saisir un objet, crisper la main, le pli des cheveux, l\u2019apparition de quelqu\u2019un, le nuage voilant le soleil un instant et maintenant le soleil reprend sa force maximum et brule la peau, le vent \u2026 et tout cela produit cette odeur aujourd\u2019hui, demain ce sera une autre s\u00e9rie\u2026 Impossible. Impossible \u00e0 mettre en flacon, impossible d\u2019en fixer la formule\u2026c\u2019est l\u2019odeur du temps, l\u2019odeur des espaces sur elle, sur ce carr\u00e9 de peau dans l\u2019immensit\u00e9 des espaces et des temps, l\u2019odeur de l\u2019infini, qui brule, qui consume, qui se consume, l\u2019odeur d\u2019hier, de jadis, d\u2019un mot clairsem\u00e9, celui \u00e0 inventer des clairi\u00e8res, des bois\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-very-light-gray-to-cyan-bluish-gray-gradient-background has-background has-large-font-size wp-block-paragraph\">#8 &#8211; #8bis <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tous les jours il passe par la remise, il met des gants, il traverse la cour. Sa remise est l\u00e0 quelque part. Il est fin avec une petite moustache. Il marche assez vite vivement, il sort la brouette. Il arrive au terre-plein. Il pose la brouette. Les gants accrochent un peu parce qu\u2019il a de l\u2019antid\u00e9rapant. Il s\u2019approche du massif de fleurs. Aujourd\u2019hui ce massif. Il d\u00e9sherbe, il a toujours pris soin de prendre les bons outils. C\u2019est donc qu\u2019il pr\u00e9voit son travail. Il d\u00e9sherbe. Il pioche, il ramasse les feuilles mortes, il \u00e9lagu\u00e9 il remplit sa brouette. Il soul\u00e8ve son corps, il ne marche pas, il est statique, il met peut-\u00eatre de l\u2019engrais et comme \u00e7a il passe une demi-journ\u00e9e \u00e0 \u00e7a. Le soir tombe il travaille. C\u2019est une silhouette. Et chaque jour, il faudrait deviner son plan de travail et selon quels crit\u00e8res. La saison, les consignes, il fallait comprendre qu\u2019il  y avait des consignes, mais depuis le temps les lui donnait- on encore. &nbsp;Ce sont les massifs qui sont venus au-devant au premier plan. Les oranges les Mauves du pistil, les bleut\u00e9s des ombres, les roses des reflets. Les tiges enfouies sous les feuilles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La fleur en elle-m\u00eame existe toujours c\u2019est alors une essence. Et alors lui c\u2019est le jardinier des jours. Mais alors que fait la nuit lorsqu\u2019on ne la voit pas. Elle est toujours complice du vivant, fait que les b\u00eates s\u2019endorment \u00e0 la tomb\u00e9e de la nuit, fait que les esp\u00e8ces s\u2019entre-d\u00e9vorent. Fait que l\u2019oiseau diurne nous regarde, ses yeux jaunes et fixes tourn\u00e9s vers nous.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-very-light-gray-to-cyan-bluish-gray-gradient-background has-background has-large-font-size wp-block-paragraph\">#9 <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est ce hangar en rase campagne, qui est un \u00e9l\u00e9ment per\u00e7u de l\u2019ext\u00e9rieur, imagin\u00e9, mais qu\u2019on ne serait pas surpris de l\u2019apercevoir quelque part par hasard, de fa\u00e7on inattendue, mais \u00e0 quelle occasion y rentrer, il fallait entrer dans ce hangar, pour voir et ce ne serait pas un lieu banal, il aurait \u00e9t\u00e9 d\u00e9tourn\u00e9 de sa fonction premi\u00e8re de remise ou de lieu de stockage d\u2019abord parce que les marchandises avaient disparues, il aurait fallu savoir pourquoi , si c\u2018est \u00e0 cause des provenances des marchandises, parce que les routes commerciales n\u2019\u00e9taient plus praticables \u00e0 cause d\u2019une guerre, o\u00f9 si c\u2019est parce que les d\u00e9tenteurs du hangar avaient cess\u00e9 leur activit\u00e9, ou bien si le temps ayant pass\u00e9, ils avaient d\u00e9m\u00e9nag\u00e9, c\u2019\u00e9tait une autre histoire. Ce hangar, il aurait servi \u00e0 tout, il aurait \u00e9t\u00e9 un endroit o\u00f9 des groupes venait peindre et jeter de la peinture, il aurait servi de remise, de point de rencontres pour des bandes de musiciens, des jeunes du village venus faire le b\u0153uf, mais toujours il est l\u00e0, gris, ancr\u00e9 comme un paquebot immobile dans le brouillard et autour de lui se rappelle des g\u00e9ographies, des banquises, des oc\u00e9ans, des dunes, des soleils du matins, des soirs tombants mauves, il reste ancr\u00e9 au large des m\u00e9moires de tous ceux qui l\u2019ont approch\u00e9. On dirait qu\u2019au dedans de ses entrailles de fer, il y a quelque chose qui attend.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-very-light-gray-to-cyan-bluish-gray-gradient-background has-background has-large-font-size wp-block-paragraph\">#9bis<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"> Ils sont l\u00e0 pour gu\u00e9rir, elle traverse le Hangar en passant par la serre, elle n\u2019a pas vu le chaman, mais elle traverse les espaces, chaque espace a sa dominante&nbsp;: bois, eau feu, pierre, v\u00e9g\u00e9tal, elle arrive au centre, Ils ont attabl\u00e9, quatre &nbsp;hommes et en bout de table, un homme plus grand, ses bras se prom\u00e8nent &nbsp;facilement au-dessus de la table pour rechercher le plat de lasagne chaud ou les \u00e9pices, ses jambes trop longues sont \u00e0 l\u2019oblique, les quatre autres la regarde s\u2019assoir, ils \u00e9coutent le G\u00e9ant, tout en se servant, il parle fait des gestes immenses pour raconter cet \u00e9pisode, la fille, celle qui vient de s\u2019assoir croit comprendre qu\u2019il raconte comment il est arriv\u00e9 ici dans le Hangar, le premier, c\u2019\u00e9tait un jour de temp\u00eate, un peu comme cette nuit-l\u00e0, il roulait en mobile home, depuis plusieurs mois, il s\u2019arr\u00eatait dans les villages, il trouvait quelque chose \u00e0 faire \u2013 son mobile home \u00e9tait bourr\u00e9 d\u2019outils de toutes sortes&nbsp;: il savait tout faire&nbsp;: la menuiserie, la plomberie, l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, il rendait service, dans les fermes, chez les habitants. Il se faisait payer en nourriture, en v\u00eatement, de temps en temps, il fallait bien faire un plein d\u2019essence. Au bout d\u2019un temps, il repartait. Pendant ses voyages un jour il rencontre le chaman, u type avec chapeau, il le rencontre chez des habitants qu\u2019il est venu d\u00e9panner \u2013 le tracteur en panne. Il le rencontre autour d\u2019un civet de chevreuil. Ils parlent, le G\u00e9ant lui dit j\u2019ai besoin de rien, mais le chaman lui donne l\u2019adresse du Hangar Cette nuit de temp\u00eate, il vient se r\u00e9fugier au Hangar, il y repense. C\u2019est ce qu\u2019elle croit comprendre. Pour la premi\u00e8re fois depuis longtemps, il s\u2019arr\u00eate, il devient l\u2019ami du chaman, il l\u2019aide. Il r\u00e9nove le Hangar, c\u2019est lui qui a install\u00e9 la verri\u00e8re, il fait tout le G\u00e9ant. Il y a de plus en plus de gens qui passent par-l\u00e0, pour dormir, il faut peut-\u00eatre agrandir, trouver une solution, am\u00e9nager des cabanes, faire un potager, r\u00e9cup\u00e9rer de l\u2019eau, installer un groupe \u00e9lectrog\u00e8ne. L\u2019id\u00e9e c\u2019est de vivre en autonomie, ce sera une nef, une arche. On y vient pour revivre, on repart, on y revient toujours. Elle croit comprendre aussi que depuis toutes ces ann\u00e9es, le chaman a vu venir quelque chose du fond des temps, une chose qui existe petit \u00e0 petit, une ombre d\u2019abord et que l\u2019ombre prend diff\u00e9rents aspects. Il voit maintenant un peu mieux, pourquoi celui que tout le monde appelle le chaman est l\u00e0. Pourquoi il conserve autour de lui un myst\u00e8re. Ceux qui sont l\u00e0 ce soir, personne ne pouvait plus rien pour eux, quelque chose c\u2019\u00e9tait cass\u00e9, \u00e7a ne marchait plus, on les avait un peu abandonn\u00e9s, tout se d\u00e9glinguait au d\u00e9but, on ne comprenait pas pourquoi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-very-light-gray-to-cyan-bluish-gray-gradient-background has-background has-large-font-size wp-block-paragraph\">#10 Que fait le personnage, pendant que je ne m\u2019occupe pas de lui&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il sort une mug portant l&rsquo;inscription \u00ab&nbsp;California, il regarde devant lui les montagnes, il attend un moment, il va vers sa voiture, allume le contact v\u00e9rifie le plein d\u2019essence, l\u2019eau dans le radiateur, le niveau d\u2019huile, il rentre dans la maison en bois. Il est dans un d\u00e9sert en Am\u00e9rique, il se resserre du caf\u00e9, il sent le caf\u00e9 &#8211; sucr\u00e9 deux sucres. Il \u00e9teint son ordinateur, il a les cheveux tr\u00e8s courts, la barbe ras\u00e9e de frais. Il allume une cigarette, il a entendu une explosion assez loin, il ne sait pas ce qui se passe, il ressort, il voit des camions passer sur la ligne d\u2019horizon vers l\u2019origine de la d\u00e9tonation. Un vol d\u2019oiseaux. Des sons, un serpent passe sous une roche. D\u2019autres bruits furtifs d\u2019animaux qui ont eu peur. Il regarde le ciel, \u00e7a sent la poudre, il y a de la poussi\u00e8re sur le capot., m\u00eame sur les si\u00e8ges, il a les mains caleuses, il vient farfouiller dans le moteur, il sent l\u2019essence, il s\u2019en ai &nbsp;mis sur le jean. Ses lunettes de soleil sont pos\u00e9es sur la table, il les attrape. Voil\u00e0, il est pr\u00eat, il va peut-\u00eatre rejoindre le narrateur, mais o\u00f9 il n\u2019en m\u00eame pas id\u00e9e, il ignore m\u00eame qu\u2019il existe, il prend avant de partir des d\u00e9s dans une boite en cuir, quatre d\u00e9s il les lance, il trouve \u00e7a un peu gamin, il se revoit plus jeune faisant le m\u00eame geste de jeter quatre d\u00e9s, il a gard\u00e9 cette manie, il veut savoir si \u00e7a lui dit quelque chose, il \u00e9coute un disque de J.J. cale dans la voiture, il se dit qu\u2019il aurait du prendre sa guitare. Tant pis, il en ach\u00e8tera une si l\u2019histoire le lui permet, sinon, ce sera une frustration<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-very-light-gray-to-cyan-bluish-gray-gradient-background has-background has-large-font-size wp-block-paragraph\">#10bis Insurrection du personnage<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Est-ce que j\u2019existe seulement&nbsp;? Qui suis-je&nbsp;? Tu m\u2019as fait oui mais bancal, trou\u00e9, \u00e0 plis, mal attif\u00e9, de guingois, je suis cens\u00e9 \u00eatre loin tr\u00e8s loin comme par exemple dans un d\u00e9sert, je devrais rouler dans une Am\u00e9ricaine, en sirotant un coca, au lieu de \u00e7a tu me fourgue dans une bicoque d\u00e9labr\u00e9e au fin fond de l\u2019Arizona o\u00f9 Dieu sait o\u00f9, tu me fais exploser quelque chose qui salit tout, je dois fuir, oui ou bien l\u2019autre fois tu me fais carr\u00e9ment disparaitre&nbsp;! Disparaitre&nbsp;! Moi, ton personnage principal&nbsp;! Tu me mets dans des situations ahurissantes, d\u00e8s le d\u00e9part, on sent bien que je ne pourrais pas m\u2019en sortir&nbsp;!!! Tu un genre d\u2019auteur \u00e0 souci toi&nbsp;!!! Tu voudrais ensuite que j\u2019assume seul la suite de l\u2019histoire, sans que tu ai trop \u00e0 intervenir, si j\u2019ai bien compris&nbsp;: tu es m\u00eame all\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 insinuer que l\u2019intrigue est totalement secondaire, que tu me verrai bien entour\u00e9 d\u2019autres personnages, mais que tu n\u2019avais forcement le temps de les fabriquer&nbsp;! Et puis, par exemple, je veux bien \u00eatre avec d\u2019autres personnages \u2013 d\u2019ailleurs j\u2019aime bien ce verbe \u00eatre &#8211; pour \u00eatre moi, il me faut quand m\u00eame, le petit bar o\u00f9 prendre mon verre de rouge tu vois, je voudrais savoir moi pour \u00eatre&nbsp;: la t\u00eate du barman, sa musique pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e, le pr\u00e9nom de sa femme, et il me faudrait aussi des dialogues&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je passe par l\u00e0 et je te demande ce que tu passes en ce moment&nbsp;: la musique&nbsp;? C\u2019est J.J. Cale, tu me sers un boque, \u00e7a me requinque&nbsp;?&nbsp; Demain c\u2019est No\u00ebl, au fait tu es ouvert&nbsp;?&nbsp;\u00bb Figure-toi qu\u2019au troquet j\u2019aurai pu rencontrer Madame \u2026. Elle avait \u00e0 nous en dire cette soir\u00e9e de No\u00ebl, comment et toute sa vie&nbsp;, o\u00f9 j\u2019aurai rencontrer Monsieur M\u2026. Puisqu\u2019il vient l\u00e0 r\u00e9guli\u00e8rement aussi. Bon je reste sur ce verbe \u00ab\u00a0\u00eatre\u00a0\u00bb\u2026 d\u00e9brouille toi. Pas trop quand m\u00eame, si je \u00ab\u00a0suis\u00a0\u00bb trop, plus d\u2019histoires&#8230; plus d\u2019histoires\u2026plus d\u2019histoires\u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-very-light-gray-to-cyan-bluish-gray-gradient-background has-background has-large-font-size wp-block-paragraph\">#11 J\u2019allais vous en parler<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Justement, il m\u2019est venu \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9crire un bout de cette histoire, mais juste avant, avant que je n&rsquo;en parle, avant je ne commence par une comparaison, tiens justement, le pan de mur trou\u00e9 avait l\u2019aspect d\u2019une page de cahier. Avant que ne me vienne simplement l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9crire une seule ligne, justement, l\u2019id\u00e9e de la page s\u2019est impos\u00e9e, une page sur laquelle il y avait des signes.&nbsp; Avant que je n&rsquo;en parle, le mur en ciment trou\u00e9 ressemblait \u00e0 une page sur laquelle \u00e9tait inscrits des signes, mais avant que je n&rsquo;aille plus loin dans le r\u00e9cit de cet \u00e9pisode, et que je ne compare ces signes \u00e0 quelques messages en morse, venus avant, avant tout,  envoy\u00e9s par t\u00e9l\u00e9scripteur par un devin, le g\u00e9nie du lieu, une conscience \u00e9loign\u00e9e, myst\u00e9rieuse, la voix de Tir\u00e9sias, le Tir\u00e9sias aveugle d\u2019Electre peut-\u00eatre &#8211; avant &#8211; bien avant. Avant que je n&rsquo;en parle, la campagne, quelque part, et une route bord\u00e9e de peupliers, la grande route encore inconnue. Et cette histoire comme cette route semble ne commencer nulle part, elle arrive brutalement sans doute au beau milieu d\u2019une journ\u00e9e ensoleill\u00e9e et sans histoire, alors un dimanche sans doute, un dimanche o\u00f9 ils auraient &nbsp;pu y \u00eatre \u2013 d\u00e9j\u00e0 -de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 mais o\u00f9 quelque chose les avait retenu, une journ\u00e9e comme les autres, avant que je n&rsquo;en parle, avant que je ne commence \u00e0 chercher le pourquoi &#8211; comme tous les matins , tout est en place &#8211; rien n\u2019appelle le moindre changement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-gray-background-color has-background has-large-font-size wp-block-paragraph\">#12 Au d\u00e9but, il n&rsquo; y a rien<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par o\u00f9 rentrer dans ce royaume&nbsp;? Vient la sensation de l\u2019espace. Une ligne horizontale. Des lignes de construction verticale. Ici, quelques marches \u00e0 emprunter &#8211; un chemin, mais avant choisir&nbsp;: matin ou soir&nbsp;? Un matin comme celui-ci, un matin apr\u00e8s bien des matins, sans paraitre, sans se douter un qu\u2019un beau jour d\u2019hiver, les fleurs renaitraient, le feuillage du tilleul reverdirait comme au printemps. Par o\u00f9 entrer dans le temps&nbsp;? Le personnage assis vers le premier plan est \u00e9ternel, l\u2019homme assis&nbsp;: arch\u00e9type \u00e9ternel mais il ne m\u00e9dite pas les yeux fix\u00e9s sur l\u2019horizon, apercevant deux autres personnages en train d\u2019\u00e9changer, sur le forum, peut-\u00eatre Socrate \u00e9ternel, tension entre son immobilisme et le vent ramenant d\u2019autres sons et d\u2019autres ailleurs, tromperie du sens de la vue peut-\u00eatre, interrogation sur les apparences, remontons un peu le regard vers ces marches seulement 5 ou 6 marches menant \u00e0 l\u2019\u00e9difice pour surplomber encore un peu la mer, s\u2019y attarder, le regard une fois sur cette esplanade, apr\u00e8s trois promeneurs, regarder devant soi vers le navire toute voile dehors vers le port, vers les fortifications, forteresse d\u00e9fensive \u00e0 la fois contre l\u2019ennemi envahisseur et la mer. Se prot\u00e9ger, s\u2019\u00e9lancer, et le retour, l\u2019\u00e9ternel retour du navire, l\u2019\u00e9ternel retour de ses personnages semblant revenir en ce lieu &nbsp;ou n\u2019en \u00eatre jamais parti \u2013 ensemble permanence et impermanence, les colonnes tentent un envol mais finissent leur courses en arc de cercle, d\u2019o\u00f9 vient l\u2019envie de rentrer encore plus dans la perspective, d\u2019en d\u00e9chiffrer le sens abstrait qui gouverne l\u2019\u0153uvre, cela se rapproche d\u2019une harmonie d\u2019un \u00e9quilibre entre les sens tous appel\u00e9s, et l\u2019intellect&nbsp;: id\u00e9e de proportion, l\u2019horizon est lactescent, les nuages porteurs de pluies &#8211; l\u2019orage pourrait arriver, peut basculer, bascule vers le spectateur et l\u2019attrape depuis son temps jusqu\u2019au leur. Les herbes folles sur les pierres r\u00e9sistent \u00e0 tout, temps, d\u00e9vastation, guerres&nbsp;; les montagnes attendent l\u2019hiver, il y a de la pr\u00e9cipitation et du calme, une attente sereine et un sentiment d\u2019urgence , l\u2019ombre est au premier plan, l\u2019ombre annonce la tonalit\u00e9 sombre mais repouss\u00e9e vers le bord du tableau, elle est l\u00e0 annonciatrice des t\u00e9n\u00e8bres, l\u2019ombre port\u00e9e des actions humaines, vers cette mer et ces montagnes imperturbables, une sorte de rideau de th\u00e9\u00e2tre lev\u00e9 sur la mer, qu\u2019y a-t-il encore \u00e0 conqu\u00e9rir&nbsp;? Le peintre voudrait dire quelque chose et se tait \u00ab&nbsp;Non regardez plut\u00f4t&nbsp;!&nbsp;\u00bb Ici tout n\u2019est que songes, imaginations et artifices, produits de son esprit. Approcher plus pr\u00e8s de cet autre tableau, vision dite bucolique &#8211; de simplicit\u00e9 &#8211; de paradis retrouv\u00e9&nbsp;? Comme s\u2019il y avait encore apr\u00e8s le cataclysme, ou le passage du temps, la ruine dit-on\u2026 parce qu\u2019en ce mois de novembre, le printemps est l\u00e0, de passage, il a le sentiment que ces tableaux lui sont contemporains, parce qu\u2019il lui semble que les bords viennent se rejoignent et forment une pliure improbable, ind\u00e9cise, une pliure ou un interstice lacunaire et lumineux, mais \u00e9ternel, laissant survenir, laissant s\u2019exprimer l\u2019infiniment petit de la mol\u00e9cule, en une sorte de regain. Sur cette frange, il lui a sembl\u00e9 que de nouveau tout rejaillirai en \u00e9ternel printemps, que les \u00e9difices des hommes ne refleuriront pas, par manque de temps, alors ils s\u2019arr\u00eatent un moment.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-very-light-gray-to-cyan-bluish-gray-gradient-background has-background has-large-font-size wp-block-paragraph\">#11bis Portrait du personnage en lecteur<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\">Depuis quand a-t-il pris en main un&nbsp; livre&nbsp;? d\u2019abord souvent les livres trouv\u00e9s&nbsp;: les livres d\u2019un cabinet de lecture de quelqu\u2019un qui &#8211; il l\u2019a appris plus tard \u00e9tait libraire&nbsp;: Ces livres l\u00e0 n\u2019\u00e9taient pas \u00e0 vendre, tous des livres avec une couverture en cuir, ces livres \u00e9taient des livres qu\u2019il faudra lire&nbsp;! les autres livres \u00e9taient des livres de poches, avec des couvertures souples, le premier geste qu\u2019il fait en pr\u00e9sence d\u2019un livre c\u2019est regarder la derni\u00e8re page, l\u2019achev\u00e9 d\u2019imprimer et curieuse habitude de regarder o\u00f9 et quand il \u00e9t\u00e9 imprim\u00e9, souvent il cherche l\u2019histoire de ce livre son histoire simple, le lieu o\u00f9 il est n\u00e9 physiquement , dans les ateliers de \u2026 , il y a un num\u00e9ro de d\u00e9p\u00f4t l\u00e9gal &#8211; l\u2019index, les notes, la chronologie . Bref qu\u2019est-ce que cela peut lui dire de l\u2019histoire de son auteur\u2026&nbsp;? puis il remonte vers la table des mati\u00e8res. Mais depuis qu\u2019il est parti, il ne lit plus, parce que l\u00e0 o\u00f9 il est, les livres ne parlent plus le m\u00eame langage \u2026avant, il y avait cette intimit\u00e9, mais maintenant, quand il entre en contact avec des textes, ce sont des fragments&nbsp;: des pubs, des morceaux journaux, des \u00e9tiquettes, des horaires de train de bus, \u2026de m\u00e9tro, de bateaux, c\u2019est au hangar qu\u2019il retrouve des livres&nbsp;: des livres d\u2019histoire, des romans, des romans de jeunesse, les textes qu\u2019il aimaient.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p class=\"has-light-gray-background-color has-background has-large-font-size wp-block-paragraph\">#12bis \u00c9corce, mat de misaine et feu de bois<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-gray-background-color has-background wp-block-paragraph\"> Ecorce \u00e9corce rugueuse laissant des traces sur mains caleuses &#8211; Rochers &#8211; rochers pics et \u00e0 pics vertigineux\u2013 mer sinueuse &#8211; sinueuse, avec des creux de vagues &nbsp;&#8211; navire engloutis voiles d\u00e9vast\u00e9es en charpie en haut le hunier \u2013 artimon &#8211; mat &#8211; misaine &#8211; vergue de perroquet \u2013 mat de perroquet de fougue \u2013 bout dehors de beaupr\u00e9s en charpie&nbsp;: du petit bois pour le feu dans la forteresse sombre, par nuit d\u2019orage et de temp\u00eate \u2013 temp\u00eate had hoc d\u00e9clench\u00e9e par Prosp\u00e9ro &#8211; Caliban veille et Sicorax s\u2019est perdue sur un chemin de ronde &#8211; nuit et temp\u00eate \u2013 \u00e9clair et &nbsp;forteresse aux murailles hallucinantes &#8211; montagnes dominant le personnage sur l\u2019escalier, il est devenu paysage, son dos un d\u00e9sert, en se relevant il ram\u00e8ne quelque chose vers lui. Le vent souffle \u2013 des blocs de pierres arrach\u00e9es d\u00e9valent les pentes, au matin un soleil p\u00e2le s\u2019extirpe des nuages et des vagues, son aura fr\u00eale, se d\u00e9bat pour exister, le froid descend \u2013 les montagnes se r\u00e9veillent blanches et s\u2019\u00e9tirent plus haut encore vers l\u2019azur du midi. Le personnage qui semblait assis l\u00e0 pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9 par les bourrasques, son v\u00eatement bat comme un drapeau, ses sandales en cuir accrochent le sentier en pierre il lutte pour remonter le vent, des feuilles viennent frapper son visage, il est \u00e9puis\u00e9 par la lutte. Le personnage s\u2019appuie contre le mur. Et s\u2019assoit. Il regarde son double sur la toile filer le long de la cr\u00eate escarp\u00e9e. Les vagues maintenant jettent leurs embruns jusqu\u2019\u00e0 lui, le gout sal\u00e9 le vent ass\u00e9chant les lames, l\u2019\u00e9cume, sur la gr\u00e8ve, des morceaux \u00e9pars de bois flott\u00e9s, signe du naufrage du navire&nbsp;: sur le bord, un radeau charg\u00e9 de marins, tente une man\u0153uvre d\u2019approche, cris, l\u2019homme agite les bras pour signaler le rivage.<\/p>\n<\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>#1 &#8211; #2 &#8211; #3 &#8211; #4 &#8211; #5 &#8211; #6 &#8211; #7 &#8211; #8 &#8211; #9 &#8211; #10 &#8211; #11 #12 et bis #1 Sc\u00e8ne originelle Lieu &#8211; Une seule salle par o\u00f9 on arrive &#8211; on y arrive par un couloir. Il faut marcher longtemps au bout de ce couloir un hangar toit en taule. 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