{"id":132666,"date":"2023-07-31T00:11:17","date_gmt":"2023-07-30T22:11:17","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=132666"},"modified":"2023-07-31T00:12:56","modified_gmt":"2023-07-30T22:12:56","slug":"ete2023-07bis-rives-version-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-07bis-rives-version-1\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #07bis | Rives (version 1 &#8211; reprise)"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/09D5F811-15D1-4426-A690-5BDC5E44EAE6-2-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-132667\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/09D5F811-15D1-4426-A690-5BDC5E44EAE6-2-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/09D5F811-15D1-4426-A690-5BDC5E44EAE6-2-420x315.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/09D5F811-15D1-4426-A690-5BDC5E44EAE6-2-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/09D5F811-15D1-4426-A690-5BDC5E44EAE6-2-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/09D5F811-15D1-4426-A690-5BDC5E44EAE6-2-2048x1536.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Dans ce lieu \u00e0 la g\u00e9ographie instable, ni village, ni bourg, tout juste queue d&rsquo;agglom\u00e9ration, en toute pi\u00e8ce de sa maison, elle fume clope sur clope. Jamais en panne de volutes, plut\u00f4t crever vite que souffrir du manque. \u00c0 chaque bouff\u00e9e, braise attis\u00e9e, ses traits \u00e9mergent de l&rsquo;ombre, et se redessinent en reliefs nouveaux. Le visage rouge f\u00e9roce, les cheveux feu de for\u00eat. Un rien de folie \u00e0 l&rsquo;expiration, une perte de sens \u00e0 l&rsquo;inspiration. Pulsation c\u0153ur de papier et de brins. Elle emmerde le monde depuis son giron Amazone. Souffle, stress. De la frustration et de la col\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Tapie dans sa maison, \u00e0 l&rsquo;abri des banalit\u00e9s et du rejet violent des voisins. De rosse, de <em>heks<\/em>, la sorci\u00e8re du Coin du balai, quelle ironie. Veuve h\u00e9r\u00e9tique aux contours flous, enfum\u00e9s par le m\u00e9pris local. Pas de place pour l&rsquo;excentricit\u00e9 chez les bouseux, les antiquaires mutiques, chez les bourgeois ni au coeur de la mis\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Non, pas de toi ici, ou trop de toi.<\/p>\n\n\n\n<p>Parfois, pour elle, la vie p\u00e8se. La foi ne peut supporter qu&rsquo;une certaine quantit\u00e9 de doute, avant de s&rsquo;atrophier. L&rsquo;architecture brutaliste des conif\u00e8res et la d\u00e9chirure des jours bless\u00e9s sur les barbel\u00e9s l&rsquo;oppressent. Heureusement l&rsquo;alcool aide, tout comme cette vie nicotine, goudron, monoxyde de carbone, radicaux&#8230; libres, quelle pi\u00e8tre blague !<\/p>\n\n\n\n<p>Son seul espace d&rsquo;ind\u00e9pendance se situe au milieu d&rsquo;un immense salon, o\u00f9 biblioth\u00e8que et t\u00e9l\u00e9vision, radio et peintures cheap n&rsquo;existent pas. Remplac\u00e9s par des cages, de nombreuses cages, et une impressionnante quantit\u00e9 de vivariums. L&rsquo;espace sonore y fr\u00f4le la perfection du n\u00e9ant : consumation du tabac, cause, craque, jase, parle, piaillement, sifflent les perroquets, chute de fiente. Imperceptibles glissades des serpents, inaudibles mouvements des pattes de mygales, paroles secr\u00e8tes de l\u00e9zards et de cam\u00e9l\u00e9ons. Et tout cela sent, fort. Ce monde, il faut le vivre.<\/p>\n\n\n\n<p>Invisible.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9ciprocit\u00e9 : elle ne sort pas de chez elle, et personne n&rsquo;y rentre.&nbsp; Et pourtant, elle fume, elle boit, bouffe et nourrit sa m\u00e9nagerie. Chez elle, le temps est autre, l&rsquo;espace aussi, au-del\u00e0 des sons fant\u00f4mes, et de la puanteur organique.<\/p>\n\n\n\n<p>Parfois, un jeune voisin s&rsquo;invite, le petit-fils de Marie, elle ne rejette personne. Il frissonne. Il appr\u00e9cie les aras blancs, ararauna, macaos et les cacato\u00e8s, mais craint tellement les velus octopodes aux terrifiants abdomens et la langueur des phasmes.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 peine supporte-t-il les araign\u00e9es petits pois et les ombres noires planqu\u00e9es dans les toilettes chez ses grands-parents. Il envisage parfois de se faire dessus plut\u00f4t que de se rendre dans leur cour. Les insectes \u00e7a d\u00e9go\u00fbte.<\/p>\n\n\n\n<p>Il a onze ans, \u00e0 peine, il regarde cette femme seule, rousse, aux traits tristes lorsque la lumi\u00e8re du jour atteint son visage\u2026 ce qu&rsquo;elle \u00e9vite au maximum. Il l&rsquo;estime un peu, il sait. Il sait qu&rsquo;en son c\u0153ur arythmique et en son souffle rauque, le flux d&rsquo;une forme d&rsquo;affection circule. Ne pas \u00e9bruiter ce secret, elle a fait v\u0153u de solitude, un jour. Il ne comprend pas encore que franchir le seuil de cette maison, c&rsquo;est un cadeau, et qu&rsquo;en repartir puant la clope, suant \u00e0 grosses gouttes, \u00e7a ne s&rsquo;oublie pas.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans ce lieu \u00e0 la g\u00e9ographie instable, ni village, ni bourg, tout juste queue d&rsquo;agglom\u00e9ration, en toute pi\u00e8ce de sa maison, elle fume clope sur clope. Jamais en panne de volutes, plut\u00f4t crever vite que souffrir du manque. \u00c0 chaque bouff\u00e9e, braise attis\u00e9e, ses traits \u00e9mergent de l&rsquo;ombre, et se redessinent en reliefs nouveaux. 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