{"id":133099,"date":"2023-08-03T11:09:35","date_gmt":"2023-08-03T09:09:35","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=133099"},"modified":"2023-08-03T12:17:58","modified_gmt":"2023-08-03T10:17:58","slug":"ete2023-08-i-discrete-heresie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-08-i-discrete-heresie\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #08 I Discr\u00e8te h\u00e9r\u00e9sie."},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1021\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/0CBFF42B-C437-4BD0-8F6B-A8D4EF41D5AB-1024x1021.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-133100\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/0CBFF42B-C437-4BD0-8F6B-A8D4EF41D5AB-1024x1021.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/0CBFF42B-C437-4BD0-8F6B-A8D4EF41D5AB-420x420.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/0CBFF42B-C437-4BD0-8F6B-A8D4EF41D5AB-200x200.jpg 200w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/0CBFF42B-C437-4BD0-8F6B-A8D4EF41D5AB-768x766.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/0CBFF42B-C437-4BD0-8F6B-A8D4EF41D5AB-1536x1532.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/0CBFF42B-C437-4BD0-8F6B-A8D4EF41D5AB-2048x2043.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">\u00ab\u00a0<em>Marie prie quelque chose, Marie dit quelque chose, mais personne ne veut l&rsquo;entendre\u2026\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Marie se lib\u00e8re de la routine d\u2019un mercredi sans saveurs, port\u00e9e par une intuition tenace. Cette n\u00e9cessit\u00e9 urgente de b\u00e9ance afin d\u2019effacer le souvenir d\u2019une douloureuse floraison. Elle range les m\u00e9moires \u00e9parses, les disputes r\u00e9centes, les ustensiles domestiques, son tablier, son malaise, les pronostics m\u00e9dicaux incompr\u00e9hensibles, son allemand lent et p\u00e2teux, l\u2019arrogance des pr\u00eaches\u2026 Les agr\u00e9gats remis\u00e9s \u00e0 l\u2019heure de l\u2019absence et du troc, red\u00e9finir son existence.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans trop y pr\u00eater attention, et sans canne pour la soutenir, ses pas et ses regards errent de maison en maison, elle s\u2019arr\u00eate forc\u00e9ment devant la fa\u00e7ade du num\u00e9ro vingt-deux fascin\u00e9e par l\u2019agencement des mosa\u00efques blanches et vertes. Une g\u00e9om\u00e9trie simple, pr\u00e9serv\u00e9e. Ses semelles lourdes battent le trottoir, provoquant un s\u00e9isme d\u00e9cid\u00e9, \u00e0 micro-\u00e9chelle. Quinze minutes plus tard, elle erre au gr\u00e9 des sentiers et charmilles de la For\u00eat de Soignes pour y explorer les clairi\u00e8res d\u00e9rob\u00e9es aux regards, l\u2019h\u00e9r\u00e9sie discr\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<p>Maintenant, se poser hors du moment, lancer le protocole de l\u2019oubli. Elle chuchote en un crescendo de souffle amplifi\u00e9, le langage des aiguilles et foliations, son pr\u00e9cieux h\u00e9ritage de famille, ce secret bien gard\u00e9. Elle susurre \u00e9galement diff\u00e9rents patois (paroles des pins noirs, ch\u00e2taigners, ch\u00eanes, fr\u00eanes, \u00e9rables, aulnes\u2026), transmis par les rares locaux encore survivants, la d\u00e9cimation du quartier s\u2019accentue d\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e, tout comme meurent les traditions, les surnoms chantants, les m\u00e9tiers composites de la d\u00e9brouille, la <em>zwanze<\/em>, le parler haut en gueule, l\u2019inquisition des processions. Ce monde en tropique transite vers son futur lib\u00e9ral, de fric et de d\u00e9molition, de couleurs individu\u00e9es, la meute abattue.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Un jour, la for\u00eat parlera dans le vide, un jour, elle sera sangl\u00e9e, un jour, mais pas aujourd\u2019hui<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Marie susurre des mensonges espi\u00e8gles, tactiles, ceux des asp\u00e9rit\u00e9s des faines croquants sous les dents, une par une, des rares n\u00e8fles pourrissantes, des jeux \u00e9oliens des samares&nbsp;; elle chante la poussi\u00e8re en harmoniques gutturales et les variations de champignons en di\u00e8ses atonales. Son corps voix interroge l\u2019espace en devenir, il lui r\u00e9pond par l\u2019amplitude de son volume (quatre mille trois-cent-quatre-vingt-trois hectares seulement rescap\u00e9s). Sereine, elle accepte la fatigue du d\u00e9clin, forte d\u2019\u00eatre, ferme les yeux, s\u2019ancre au Nadir, invoque le Z\u00e9nith, ouvre les yeux, et dans l&rsquo;inspir expie une pri\u00e8re sans repentir. Son chemin au nom propre p\u00e9rempte. En acceptation, elle pr\u00e9pare sa lointaine communion finale, \u00e9l\u00e9mentaire, en une derni\u00e8re annonce&nbsp;:<em> vivre, sous le ciel, arpenter en toute s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 le lumineux sentier du d\u00e9sastre jamais abouti<\/em>. Vid\u00e9e pas tant&nbsp;d\u2019intensit\u00e9, elle s&rsquo;accroche \u00e0 une \u00e9paisse branche de h\u00eatre et salue fi\u00e8re la bascule de l\u2019\u00e9nergie, s&rsquo;accroche aux r\u00e9ponses per\u00e7ant le silence et aux \u00e9chos des battements d\u2019ailes, au loin et au pr\u00e8s. Elle s\u2019impr\u00e8gne de l&rsquo;image de Pierre.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour lui, bient\u00f4t se remettre en marche, revenir de ce lointain int\u00e9rieur, s\u2019en retourner vers l\u2019objectif tellement proche&nbsp;: une dr\u00e8ve droite crissant sous le pas poussi\u00e8re, longer un champ trac\u00e9 par deux pans d\u2019arbres, par une ligne de fer barbel\u00e9s et les cl\u00f4tures des maisons adjacentes. Ensuite, passer sur le c\u00f4t\u00e9 d\u2019une barri\u00e8re, ajuster ses pas sur une courte cohorte de pav\u00e9s, tourner \u00e0 droite, marcher cinquante m\u00e8tres. Le chemin inverse tout simplement. Ce trac\u00e9 projet\u00e9, Marie questionne une derni\u00e8re poign\u00e9e de minutes le parcours de ses origines sur les terres d\u2019humus gorg\u00e9es de la cendre des b\u00fbchers. La mort &#8212; de lign\u00e9e &#8212; elle conna\u00eet et l&rsquo;accepte. Dialogue de t\u00eate en t\u00eate avec l\u2019histoire. Elle se revoit cueillir le millepertuis, le plonger dans l&rsquo;huile, observer l&rsquo;\u00e9volution de sa couleur, indicateur qualitatif et temporel. Tant de vertus. Elle se souvient de ses compagnes, gardiennes des abeilles, jamais lass\u00e9e de transmettre leurs savoirs, et du nom de quelques saints et gu\u00e9risseurs : <em>Ode, Ghislain, Margueritte d&rsquo;Antioche, Antoine l&rsquo;Ermite<\/em>\u2026 Elle ne conna\u00eet pas la po\u00e9sie des \u00e9coles, mais celle des instants. Mots en sacres. Par discr\u00e9tion, elle affiche les couleurs de l&rsquo;\u00e9quipe de la Sainte Trinit\u00e9, parfois sans effort, souvent sans conviction.<\/p>\n\n\n\n<p>Retour \u00e0 la maison. Odeur d&rsquo;encaustique, elle force sur la dose, le miel, la t\u00e9r\u00e9benthine, la cire des bougies consum\u00e9e, \u00e7a sent aussi le froid du terreau et des h\u00e9r\u00e9dit\u00e9s\u2026 et c&rsquo;est l\u00e0 que les miracles se produisent. Elle a fait tant de m\u00e9nages, de repas, cousu des kilom\u00e8tres et des kilom\u00e8tres de tissus, inhal\u00e9 en collat\u00e9ralit\u00e9 l&rsquo;alcool des \u00e9b\u00e9nistes, ramen\u00e9 son homme en brouette de la brasserie du coin lorsqu&rsquo;il \u00e9tait trop saoul pour marcher, mais cela n\u2019a plus de poids ni d\u2019incidence. Son c\u0153ur bat d\u2019une vie tellurique et d\u2019une lumi\u00e8re savamment voil\u00e9e. Marie ressent l&rsquo;amour qu\u2019elle porte en elle pour Pierre, elle va lui pr\u00e9parer un repas digne de son affection. Il lui rendra par une caresse, par des regards, par des mots courts et justes, par sa simple pr\u00e9sence, extrait de ce canap\u00e9 de gisant. Sous un ciel bleu intense, macul\u00e9 de rares hauts nuages, Marie d\u00e9terre dans le potager avec un rien de difficult\u00e9 une dizaine de carottes, cueille en claquements brefs des haricots princesse, sort de son tablier sont petit couteau f\u00e9tiche, et coupe une salade. Elle sera seule \u00e0 manger ces l\u00e9gumes, Pierre n\u2019ingurgite que de la viande achet\u00e9e rue des Renards, par lui, longtemps, maintenant par Abel, et pommes de terre. Germ\u00e9es ou non, trop cuites, farineuses ou parfaites. Parfois frites. Gosier en bi\u00e8re, le pain sous la main.<\/p>\n\n\n\n<p>Les bons jours, Pierre descend \u00e0 pas prudents dans la cave, il joue \u00e0 cache-cache avec les araign\u00e9es nombreuses, grosses et discr\u00e8tes, il respire fort l&rsquo;odeur complexe de ce pr\u00e9cieux sanctuaire. Sa terre. Il y anticipe sobrement son devenir esquisse, flou fig\u00e9 tels les personnages de Rik Wouters. L\u2019artiste amis de ses parents, qui ne cesse de revenir au c\u0153ur de ses pens\u00e9es \u00e9parses. Pierre digresse corps et esprit vers l\u2019ombre pointilliste, l\u00e9g\u00e8rement fauviste, en un d\u00e9tail jamais in\u00e9dit de tableau de ma\u00eetre. Et cela lui convient. Grande gueule pour se cacher, \u00e9conome de mots, et sans gestes tendres. Peu de rires. Tout cela, il n&rsquo;en parle pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Beaucoup crurent que Marie et Pierre se dirent tout ce qu&rsquo;il fallait partager avant de se marier, les familles se r\u00e9jouirent, bien qu\u2019elles n\u2019aient jamais compris que ce couple communiquait tous ses secrets \u00e0 travers les regards, leurs repas, des cadeaux rares et pr\u00e9cieux, et de nombreuses promenades dans l\u2019\u00e9picentre forestier, \u00e9tendu aux noms des rues, leur<em> eigenhuis<\/em>&nbsp;: sapini\u00e8re, rouge-gorge, sentier des merles, dr\u00e8ve du rembucher, sentier des muguets\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Les mots ne comptent pas, trop peu riches, les phrases s\u2019usent \u00e0 mesure de l\u2019\u00e9nonciation, d\u00e9lit d&rsquo;irr\u00e9alit\u00e9 et de pertinence.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Marie prie quelque chose, Marie dit quelque chose, mais personne ne veut l&rsquo;entendre\u2026\u00a0\u00bb Marie se lib\u00e8re de la routine d\u2019un mercredi sans saveurs, port\u00e9e par une intuition tenace. 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