{"id":133319,"date":"2023-08-04T20:14:35","date_gmt":"2023-08-04T18:14:35","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=133319"},"modified":"2023-08-04T20:14:40","modified_gmt":"2023-08-04T18:14:40","slug":"8-une-gamelle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/8-une-gamelle\/","title":{"rendered":"#8 Une gamelle"},"content":{"rendered":"\n<p>Une gamelle, une \u00e9cuelle en aluminium d\u2019allure bien solide. Un c\u00f4t\u00e9 luit \u00e0 la lumi\u00e8re. Sa forme est ronde avec deux passants soud\u00e9s et un couvercle retenu par une petite cha\u00eenette. La nourriture reste au chaud. Des traces de soupe encore sur les bords. \u00c7a compte le d\u00e9jeuner. La gandieule est pos\u00e9e sur un coin de table o\u00f9 de grosses miettes s\u2019entassent, il reste un quignon de pain entam\u00e9 avec une mie blanch\u00e2tre il a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9 de mani\u00e8re irr\u00e9guli\u00e8re. Une bouteille d\u2019un verre \u00e9pais d\u00e9poli de couleur verte vide au \u00be avec un reste de vin couleur prune, ce sont les reliefs d\u2019un d\u00e9jeuner. S&rsquo;\u00e9parpillent sur le plancher fait de planches jointes et vernis une poussi\u00e8re impalpable et au pied de la table des salet\u00e9s s\u2019\u00e9talent sur le sol d\u00e9sormais recouvert d\u2019une pellicule terreuse. Dispos\u00e9s de chaque c\u00f4t\u00e9 de la table des bancs d\u2019un bois blond vis\u00e9s sur le sol marqu\u00e9s d\u2019initiales NDS. Dans la salle des 3e classes les soldats arrivent par vague leur gamelle \u00e0 la main. Il y a de la place pour 36 bien serr\u00e9s. Au bout de la table, un verre de vin entam\u00e9 oubli\u00e9 et des bouteilles remplies d\u2019une eau claire. Il n&rsquo;y a pas de d\u00e9p\u00f4t dans les bouteilles transparentes o\u00f9 se refl\u00e8te la lumi\u00e8re de l\u2019ampoule suspendue juste au-dessus de la table et qui se balance au gr\u00e9 des flots.<br>Au mur, les bords jaunis d\u2019une photographie sont \u00e9corn\u00e9s. Des cailloux, des morceaux de pierre de taille moyenne roulent sur le talus et font glisser les deux femmes qui s\u2019aventurent en dehors du sentier de terre. Une femme assise regarde, elle porte un foulard blanc qui lui cache les cheveux, des m\u00e8ches brunes s\u2019en \u00e9chappent. Assise, elle prend la pose au soleil un couffin pos\u00e9 sur le sol \u00e0 ses pieds. Elle s\u2019arr\u00eate un instant pour reprendre son souffle et semble attendre alors qu\u2019une autre femme avance un large couffin en osier en \u00e9quilibre sur la t\u00eate charg\u00e9 de fruits charnus Elles reviennent du mont des oliviers avec leur cueillette, la r\u00e9colte a lieu pr\u00e8s du monast\u00e8re. C\u2019est une bonne ann\u00e9e m\u00eame si les olives sont petites.<br>On peut parler aussi d&rsquo;une autre ampoule allum\u00e9e dans un couloir o\u00f9 on voit des ombres qui s&rsquo;agitent et il faut \u00e9voquer du bruit puisqu&rsquo;il y a \u00e9galement le hennissement des chevaux et le craquement du bois. Ils sont install\u00e9s Salle Sainte Antoinette \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la salle \u00e0 d\u00e9jeuner destin\u00e9e habituellement aux passagers de troisi\u00e8me classe et attribu\u00e9e pour le voyage aux simples soldats. Des course furtives et des grattements. La pr\u00e9sence des rats est in\u00e9vitable dans les cales o\u00f9 ils se cachent pour \u00e9chapper aux coups de pied des marins qui s\u2019occupent des machines ou encore aux griffes du chat qui les guette. Ils sont gras et de grande taille et les hommes dans la pi\u00e8ce entendent parfois leurs courses dans le noir lorsqu\u2019ils d\u00e9talent poursuivis par Grisou, le chat noir et blanc propri\u00e9t\u00e9 d&rsquo;un membre de l&rsquo;\u00e9quipage qui connait le navire comme sa poche. Des miaulements retentissent lorsqu\u2019il attrape l\u2019un d\u2019eux d\u2019un coup de patte rapide et joue \u00e0 l\u2019affaiblir.<br>Une porte est ouverte sur le couloir il a \u00e9t\u00e9 question des relents de cuisine \u00e0 cet endroit du bateau. Un calendrier accroch\u00e9 sur un mur tourn\u00e9 \u00e0 la page 30 aout 1900 on distingue des chiffres ray\u00e9s. A l\u2019int\u00e9rieur de la pi\u00e8ce meubl\u00e9e de plusieurs tables et chaises des plus rustiques r\u00e9sonne un bruit m\u00e9tallique et r\u00e9p\u00e9titif s\u2019y ajoute encore le bruit de sabots qui claquent sur le sol ainsi que des raclements frappant l\u2019oreille et qui proviennent d\u2019hommes arm\u00e9s de fourches. Au loin, beaucoup plus haut et plus lointain un bruit sourd et sec une masse lourde qui heurte le bois ; on entend le ratissage m\u00e9ticuleux du fumier de la salle Sainte Antoinette ; des palefreniers qui renouvellent la paille pour les b\u00eates. A l\u2019entr\u00e9e de la pi\u00e8ce, deux hommes portent une cantine \u00e0 bout de bras pour la distribution des rations. La file des hommes est longue \u00e0 chacun sa place et chacun son heure. Les hommes v\u00eatus de pantalon de treillis press\u00e9s par la faim attendent leur tour parfois avec impatience en se bousculant. Certains peuvent s\u2019assoir lorsqu\u2019une place se lib\u00e8re sur le banc avec la gamelle remplie et ferm\u00e9e d\u2019un couvercle pour garder la chaleur. Trois hommes prennent place heureux du repas \u00e0 venir. D\u2019autres n\u2019ont pas cette chance ils doivent se r\u00e9soudre \u00e0 aller manger sur leur lit de camp. Pas de place. C\u2019est leur nouveau logis au m\u00eame niveau -au 2e entrepont- \u00e0 quelques encablures de la salle sainte Antoinette o\u00f9 on transporte des chevaux et des mulets, les hommes avec leur gamelle \u00e0 la main atteignent ce qui fait office de dortoir, la salle sainte Marguerite. Ressorts des lits m\u00e9talliques pr\u00eat\u00e9s par la Croix Rouge et align\u00e9s o\u00f9 ils s\u2019assoient las. A la transpiration se m\u00eale les relents de nourriture qui s\u2019\u00e9chappent des gamelles d\u00e9sormais ouvertes. Aujourd\u2019hui c\u2019est fayots avec un bout de viande qui surnage. Du pain frais craque il est encore chaud car la cuisine dispose de fours et il est cuit chaque jour au premier entrepont. Au-dessus de leur t\u00eate. \u00c7a s\u2019agite car les officiers se restaurent au m\u00eame moment mais l\u00e0 pas de gamelle mais des d\u2019assiettes en fa\u00efence qui s\u2019entrechoquent lorsqu\u2019on les sert. On ne m\u00e9lange pas les serviettes et les torchons.<br>Les deux femmes ont repris leur route elles se h\u00e2tent vers les habitations il y aura assez pour le pressoir et le reste des fruits noirs servira \u00e0 agr\u00e9menter les plats au quotidien. Les enfants accourent \u00e0 leur rencontre heureux de les voir arriver avec des olives. L\u2019un d\u2019eux en qu\u00e9mande une qu\u2019il attrape de ses doigts et porte \u00e0 sa bouche, ravi. Le fruit noir lui remplit la bouche et le jus coule par filet. Au coin de la photographie en noir et blanc le nom de J\u00e9rusalem est inscrit.<br>Les soldats dans la salle des 3e classe se sont install\u00e9 autour des tables. Une portion de patates avec de fayots et des morceaux de viande grasse. Pas un mot car ils avalent goulument leur ration trop affam\u00e9s pour parler. L\u2019un deux mord dans la viande puis sort de sa poche un couteau et entreprend de le d\u00e9couper. Le soldat qui lui fait face mange de bon app\u00e9tit et se sert de son pain pour saucer. Aujourd\u2019hui le dessert est servi ce sont des fruits en conserve<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une gamelle, une \u00e9cuelle en aluminium d\u2019allure bien solide. Un c\u00f4t\u00e9 luit \u00e0 la lumi\u00e8re. Sa forme est ronde avec deux passants soud\u00e9s et un couvercle retenu par une petite cha\u00eenette. La nourriture reste au chaud. Des traces de soupe encore sur les bords. \u00c7a compte le d\u00e9jeuner. 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