{"id":133336,"date":"2023-08-05T00:21:31","date_gmt":"2023-08-04T22:21:31","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=133336"},"modified":"2023-08-05T00:21:32","modified_gmt":"2023-08-04T22:21:32","slug":"ete-2023-07bis-leffluve-des-jours","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-07bis-leffluve-des-jours\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e9 2023 #07bis | L&rsquo;effluve des jours"},"content":{"rendered":"\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Odeurs du matin<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>La bouffe. La friture. Une odeur de graisse froide, de grill\u00e9. C\u2019est les \u0153ufs sur le plat dans le beurre, saler, poivrer, parsemer de gruy\u00e8re r\u00e2p\u00e9. Il y avait donc un frigo quelque part. Dans une chambre de 4&#215;4 m \u00e0 peine, il devait se situer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la porte d\u2019entr\u00e9e. C\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre aussi les steaks hach\u00e9s, la graisse qui a saut\u00e9 sur la petite plaque de gaz, pas nettoy\u00e9e, la po\u00eale pas lav\u00e9e, toujours dessus. Et quelque chose de plus sucr\u00e9&nbsp;? l\u2019assiette et son reste de sauce bolognaise&nbsp;? le pot laiss\u00e9 ouvert&nbsp;? le reste de p\u00e2tes dans un fond de ketchup&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>Vite, un caf\u00e9. La petite casserole en inox remplie d\u2019eau, le gaz qui souffle, les bulles qui se forment au fond et se d\u00e9tachent, la vapeur qui serpente, le temps d\u2019\u00e9taler la serviette en guise de nappe sur le bureau en guise de table, de pr\u00e9parer le bol et la cuiller, de jeter un morceau de sucre et la poudre de caf\u00e9 soluble, de couper deux ou trois tranches de quatre-quarts, l\u2019eau \u00e0 gros bouillon, la casserole en fumerolle. \u00c9teindre le feu, laisser refroidir un instant. Et il y avait souvent cette petite peau laiteuse, cr\u00e9meuse, \u00e0 la surface du caf\u00e9 fumant.<\/li>\n\n\n\n<li>Les fringues (non, pas des habits, pas des v\u00eatements, \u00e7a pue), bon \u00e0 jeter. Mais comme on n\u2019a plus que \u00e7a \u00e0 se mettre, aujourd\u2019hui on baignera dans le tabac froid. (Et un peu de bi\u00e8re sur le jean, encore humide.)<\/li>\n\n\n\n<li>J\u2019allais oublier le m\u00e8tre carr\u00e9 des toilettes, en face de celui de la douche au bout du couloir \u00e0 ciel ouvert. Les toilettes publiques qu\u2019on partage \u00e0 cinq cousins, plus la petite famille qui habite l\u00e0, dans la maison o\u00f9 nos chambres devraient se trouver. Et c\u2019est juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la porte d\u2019entr\u00e9e. Pas besoin de faire un dessin, on sait ce que \u00e7a peut sentir d\u00e8s le matin, surtout le dernier \u00e0 se lever. On peut \u00eatre un peu \u00e9tonn\u00e9 de la force des choses, et alors on peut s\u2019arr\u00eater de respirer un instant, et de reprendre par \u00e0-coups. Mais on est surtout surpris de ce qu\u2019on peut voir et qu\u2019il va falloir nettoyer aussi avec du papier, du bout des doigts. On reprendra bien un bol de caf\u00e9 dans la chambre, avant la douche.<\/li>\n\n\n\n<li>Le gel douche, on l\u2019aimait bien citronn\u00e9. Le shampooing, au miel, tr\u00e8s moussant. Le rideau \u00e0 fleurs grises, loin du corps. Mais l\u2019eau chaude cr\u00e9ait un appel d\u2019air qui le faisait se plaquer sur les jambes, les fesses, le dos, et une brume, surtout l\u2019hiver, qui rendait le miroir opaque, la serviette humide avant de se s\u00e9cher. \u00c0 se demander si le grille-pain en forme de petit radiateur, qui ne fournissait pas en chaleur bien que mont\u00e9 \u00e0 fond et siphonnant s\u00fbrement les watts de l\u2019ampoule blafarde, n\u2019\u00e9tait pas au bord de sauter.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Odeurs du soir<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>La petite place derri\u00e8re la Victoire, le d\u00e9but de la grande rue pi\u00e9tonne, le monde devant le MacDo, les sandwicheries, paninis, kebabs. On va chez Mon ami&nbsp;! Le nom de la boutique on n\u2019a jamais su, mais le patron&nbsp;: <em>Qu\u2019est-ce que tu veux mon ami\u2026&nbsp;? Et j\u2019te mets quoi dedans mon ami&nbsp;? salade tomate oignon\u2026&nbsp;? Et la sauce mon ami\u2026&nbsp;? Et voil\u00e0 mon ami, pour toi\u2026&nbsp;!<\/em> avec la broche derri\u00e8re qui ne s\u2019arr\u00eatera de tourner sous le brasero que lorsque le bloc de chair suintant sera vide, avec le grand couteau fin et les morceaux qui tombent dans le pain fendu, la main gant\u00e9e, d\u2019un bac \u00e0 l\u2019autre, jetant les d\u00e9s de l\u00e9gumes frais avec quels \u00e9clats de lumi\u00e8re sur l\u2019inox et les vitres tach\u00e9es ici, graiss\u00e9es l\u00e0-bas par les brins de frites dor\u00e9s dont le bain d\u2019huile derri\u00e8re ne cesse de bouillonner, cr\u00e9piter, fumer \u00e0 gros panache.<\/li>\n\n\n\n<li>Alcool, tabac. Mais non. On ne les sent jamais mieux que le lendemain matin, apr\u00e8s le petit-d\u00e9jeuner et le brin de toilette, sur les fringues frapp\u00e9es \u00e0 froid. Le soir, la nuit, de la Victoire aux bo\u00eetes, d\u2019une bouffe chez l\u2019un, chez l\u2019autre, \u00e0 la soir\u00e9e de telle ou telle promo, on baigne dedans sans rien sentir, comme on plonge dans le flot des paroles en palimpseste, des mots crois\u00e9s fumeux, des flux et reflux d\u2019images, de signes \u00e9pars, enchev\u00eatr\u00e9s, lacunaires, absorb\u00e9s dans l\u2019instant et dont il ne restera rien, sinon un vague souvenir, gu\u00e8re plus \u00e9pais que le voile limoneux insensiblement d\u00e9pos\u00e9 par le feu du tabac et de l\u2019alcool sur les fringues, la peau, la langue.<\/li>\n\n\n\n<li>Sinon la premi\u00e8re gorg\u00e9e de bi\u00e8re avec ME, en terrasse du bar qui fait l\u2019angle \u00e0 la Victoire. Happy Hour, une pinte. On regarde les gens qui passent, les v\u00e9hicules qui tournent, les bus qui braillent, le panache de fum\u00e9e qui vole vers nous. En attendant les autres.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Fadeurs (saveur)<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>L\u2019haleine au r\u00e9veil. Une haleine de fauve, certainement, mais pas pour celui dont la langue, charg\u00e9e, baigne dans ce qu\u2019elle produit. On sent bien quelque chose, un petit relent, une faible radiation de ce qu\u2019on a bu, fum\u00e9, parl\u00e9 \u00e0 l\u2019exc\u00e8s, mais c\u2019est assez neutre, plat. Rien \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du teint p\u00e2le, de la barre en travers de la t\u00eate, ou des braises dans le ventre. Rien \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la soif et de s\u00e9cheresse de la langue.<\/li>\n\n\n\n<li>Les pelles qu\u2019on se roulait. Avouons-le&nbsp;: en soi, les langues entrem\u00eal\u00e9es, c\u2019est toujours un peu \u00e9c\u0153urant. Surtout quand tu penses \u00e0 la vie qui fourmille dans chacune d\u2019elles, qu\u2019on se transmet et qu\u2019on brasse et qu\u2019on lessive \u00e0 coups de salive, plus importante que tous les mots du monde r\u00e9unis et l\u2019infini des significations. Ce n\u2019est pas ce qui pouvait emp\u00eacher l\u2019un, soudain, en bo\u00eete ou dans la rue, au bout du jeudi noirs, d\u2019essayer de forcer la langue de l\u2019autre. Un jeu muscl\u00e9 et idiot de poursuite et de lutte, d\u2019effluves d\u2019alcool et de sueur, qui se payait, en sens inverse, d\u2019une olive ou d\u2019une punition identique au crime lingual.<\/li>\n\n\n\n<li>(Avec ME, le seul muscle, la seule force en jeu, c\u2019est la langue m\u00eame. Est-ce que les petits tours qu\u2019on faisait durer ravivaient, derri\u00e8re le tabac, le parfum d\u2019huile d\u2019avocat des cheveux sur le visage&nbsp;?)<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Odeurs du matin Odeurs du soir Fadeurs (saveur)<\/p>\n","protected":false},"author":158,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4827,4525],"tags":[274,4874,36,4873],"class_list":["post-133336","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-07bis-odeur","category-ete-2023-du-roman","tag-chambre","tag-fade","tag-langue","tag-odeurs"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/133336","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/158"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=133336"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/133336\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=133336"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=133336"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=133336"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}