{"id":133411,"date":"2023-08-08T14:06:22","date_gmt":"2023-08-08T12:06:22","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=133411"},"modified":"2023-08-08T14:06:23","modified_gmt":"2023-08-08T12:06:23","slug":"ete2023-08-plinthe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-08-plinthe\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #08 \/ Plinthe"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-normal-font-size\">Silence exceptionnel ce soir. Le vent ne souffle plus. C&rsquo;est du r\u00e9pit gagn\u00e9 sur le ciel jaune de sable dehors, charg\u00e9 de col\u00e8res mortes et de renards abandonn\u00e9s par leurs m\u00e8res, laiss\u00e9s \u00e0 leurs plaintes au sommet des dunes douces, offertes aux regards avant chaque atterrissage (et il y en a beaucoup, des atterrissages, l&rsquo;avion \u00e9tant le principal moyen de quitter cette ville si l&rsquo;on n&rsquo;a pas le temps pour un voyage interminable sur la route qui va de Tanger \u00e0 Dakar, parcourue de camions \u00e9normes charg\u00e9s souvent de plus de deux fois leur hauteur). Silence exceptionnel, et chaleur encore qui est rest\u00e9e de la journ\u00e9e, s&rsquo;est invit\u00e9e entre les murs de la maison cube. C&rsquo;est le haut de l&rsquo;escalier. Souvent je m&rsquo;arr\u00eate l\u00e0, en haut, un pied sur la derni\u00e8re marche, l&rsquo;autre sur le palier et je regarde la plinthe qui court sous les panneaux des placards fra\u00eechement vernis pour notre arriv\u00e9e. Dans la position du guetteur. Blanche la plinthe, en haut de l&rsquo;escalier, recouverte de poussi\u00e8re ocre fine, poudr\u00e9e de perlimpinpin, c&rsquo;est le tiroir secret du vent ce recoin aux minuscules creux et bosses de pl\u00e2tre liss\u00e9, mais pas tout \u00e0 fait lisse, qui garde dans ses irr\u00e9gularit\u00e9s la trace de la main qui l&rsquo;a \u00e9tal\u00e9 sur le b\u00e9ton nu quand la maison \u00e9tait vide encore. Quand elle r\u00e9sonnait des bruits du neuf, de l&rsquo;\u00e9cho qui part du sol au plafond, du ventre au menton pour signifier le creux le \u00e0 combler. Le pl\u00e2tre vit, micro monde lunaire o\u00f9 la poussi\u00e8re s&rsquo;accumule sans \u00eatre d\u00e9log\u00e9e, tr\u00e9sor cach\u00e9 que moi seule conna\u00eet, qui l&rsquo;\u00e9pie chaque jour pour en d\u00e9terminer soigneusement le niveau acceptable, celui o\u00f9 elle est rassurante, pr\u00e9sence d\u00e9bonnaire du d\u00e9sert, elle m&rsquo;importe &#8211; m&#8217;emporte &#8211; quand bien m\u00eame je ne le souhaiterais pas, d&rsquo;\u00eatre ainsi port\u00e9e hors de la maison malgr\u00e9 moi, par ce grand vent. Ocre, fine, douce au doigt, r\u00e9tive aux poils trop drus de la brosse chinoise achet\u00e9e au souk, plus pigment que poussi\u00e8re, de la m\u00eame teinte que les veill\u00e9es hollandaises des peintres flamands. Elle est chaude comme une soir\u00e9e d&rsquo;automne quand tous les bruns les ors se confondent se confortent dans les \u00e9chos des feuilles qui ont craqu\u00e9 mortes comme du papier bible que l&rsquo;on aurait jet\u00e9 au feu par m\u00e9garde, ou par m\u00e9susage. Elle s&rsquo;insinue se love s&rsquo;attache aux grains du pl\u00e2tre tout doucement sans bruit aucun, \u00e0 la fa\u00e7on d&rsquo;un voile invisible qui peu \u00e0 peu barbouille d&rsquo;une autre couleur le regard port\u00e9 sur le reste de la maison, lou\u00e9e pour trois ann\u00e9es, presque vide et qui doit le rester car il faudra repartir sans avoir accumul\u00e9 ni objets ni meubles &#8211; pour pouvoir repartir, dignement, sans courber le dos sous le poids de l&rsquo;inutile. Sommeil de la poussi\u00e8re de sable au bas du grand mur blanc \u00e9clatant pas lisse, mais liss\u00e9, mais mal liss\u00e9, o\u00f9 s&rsquo;accrochent des gouttelettes blanches qui racontent l&rsquo;histoire de quand il fut peint, rapidement et sans l&rsquo;\u00e9chelle n\u00e9cessaire, avec l&rsquo;escabeau branlant seulement, m\u00e9tallique qui a laiss\u00e9 des rayures que l&rsquo;on ne voit qu&rsquo;au soleil le matin sur les grandes dalles du carrelage. La poussi\u00e8re tass\u00e9e sur la plinthe est la seule pr\u00e9sence vivante du palier d\u00e9nud\u00e9 immobile de blancheur et de c\u00e9ramique lav\u00e9e. Petit tas chaud de grains, pelage et respiration du d\u00e9sert, animal sourd animal lourd \u00e0 fortes pulsations  &#8211; on ne l&rsquo;oublie jamais, m\u00eame lorsqu&rsquo;il se terre ainsi sur une plinthe &#8211; et la fen\u00eatre au-dessus de la plinthe g\u00e9mit le soir du bois fatigu\u00e9 des huisseries recouvertes de couches \u00e9paisses de peintures blanches, coul\u00e9es dans les angles \u00e0 la recherche d&rsquo;un refuge, sous la plainte du vent &#8211; c&rsquo;est moi qui l&rsquo;entend qui la chante, qui l&rsquo;enchante. Sur les grands carreaux carr\u00e9s comme les pages d&rsquo;un album nu qu&rsquo;il faudrait colorer ou \u00e9crire. \u00c9crire la marche de chaque journ\u00e9e qui s&rsquo;\u00e9tale nappe sur ma mappemonde int\u00e9rieure, quitter la derni\u00e8re marche de l&rsquo;escalier, se lancer sur le palier nu, accroch\u00e9e seulement aux petits grains du petit tas de la poussi\u00e8re des dunes. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Silence exceptionnel ce soir. Le vent ne souffle plus. 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