{"id":133422,"date":"2023-08-06T11:53:54","date_gmt":"2023-08-06T09:53:54","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=133422"},"modified":"2023-08-20T16:30:23","modified_gmt":"2023-08-20T14:30:23","slug":"2023ete-02bis-la-disparition-inapercue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/2023ete-02bis-la-disparition-inapercue\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #02bis\u00a0| la disparition inaper\u00e7ue"},"content":{"rendered":"\n<p>On essaiera d&rsquo;\u00eatre ailleurs que nulle part. Ailleurs qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;heure de nulle part.<\/p>\n\n\n\n<p>On s\u00e9parera le dehors et le dedans, on dressera la porte battante. On le fera artificiellement, par jeu. On se fiera une fois de plus au hasard, sachant qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de hasard personnel. Le hasard personnel est reprise, toujours. On quittera cet insupportable ton emphatique. On y ira, on recr\u00e9era le pass\u00e9. On partira dans l&rsquo;inconnu.<\/p>\n\n\n\n<p>On utilisera des lignes, des passages \u00e0 la ligne, des paragraphes, des phrases. On \u00e9coutera la voix, on entendra son rythme, le rythme de ses syllabes, on galopera avec les doigts, petit trot sur les touches du clavier, petit rebond \u00e0 chaque lettre, tu as vu comment \u00e7a se vit, l&rsquo;\u00e9crit, de lettre \u00e0 lettre, de petit bruit \u00e0 petit bruit \u00e0 petit bruit, le rythme battra, le corps vivra, l&rsquo;auteur, si \u00e7a trouve, s&rsquo;inventera. <\/p>\n\n\n\n<p>Le jour \u00e9tant venu, on tirera les rideaux, accueille le jour, te voil\u00e0, seul, me voil\u00e0 seule, \u00e0 nous mon chou, et les vitres sont bien sales qui me s\u00e9parent de la maison d&rsquo;en face et de ses fen\u00eatres qui ne me regardent pas, endormies encore. <\/p>\n\n\n\n<p>A moins que je ne remonte me coucher. <\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;\u00e9teins la lumi\u00e8re inutile, je n&rsquo;effacerai pas ces mots inutiles, j&rsquo;agis en t\u00e9moin de l&rsquo;inanit\u00e9. Je donne le nom, non, je donne son initiale : W, rue W. Voil\u00e0, je peux aller me coucher maintenant. Non. Le labo de la rue W. Le grand laboratoire vide et de blanc carrel\u00e9 de la rue W. L&rsquo;un de ses quatre murs, celui sur la droite en rentrant, recouvert sur toute sa moiti\u00e9 sup\u00e9rieure d&rsquo;une grande fen\u00eatre divis\u00e9e en meneaux qui s&rsquo;ouvraient verticalement, quelques uns, pas tous, quelques uns disposaient d&rsquo;une poign\u00e9e horizontale, qu&rsquo;on abaissait pour ouvrir le carreau qu&rsquo;on tirait vers soi, quelques uns, un seul peut-\u00eatre, \u00e9tait dot\u00e9 d&rsquo;un ventilateur. Tout le long des quatre murs courrait la paillasse, une table carrel\u00e9e de blanc elle aussi, encastr\u00e9e dans le mur, par endroits trou\u00e9e de profonds lavabos rectangulaires de fa\u00efence blanche, et abritant des placards dont les portes de bois peintes en blanc s&rsquo;ouvraient d&rsquo;un petit coup sec accompagn\u00e9 d&rsquo;un bruit bref caract\u00e9ristique par une poign\u00e9e m\u00e9tallique verticale, dont le design fusel\u00e9 rappelait les ann\u00e9es 60. Dans l&rsquo;un des 4  coins de la pi\u00e8ce, le plan de travail s&rsquo;interrompait, et,  alors que \u00e7a para\u00eet tout \u00e0 fait improbable, il me semble me souvenir qu&rsquo;il y avait une douche, ou deux, je ne sais plus sous quelle forme, et que le sol \u00e0 cet endroit, toujours carrel\u00e9, \u00e9tait abaiss\u00e9, formait  une sorte de p\u00e9diluve de piscine, \u00e9quip\u00e9 d&rsquo;ailleurs  d&rsquo;un grille m\u00e9tallique carr\u00e9e d&rsquo;\u00e9vacuation d&rsquo;eau. L&rsquo;espace du laboratoire \u00e9tait clair, n\u00e9cessitant rarement la lumi\u00e8re des n\u00e9ons pendus au plafond.  Cet endroit avait d\u00fb \u00eatre tr\u00e8s occup\u00e9, je veux dire, je les vois, les laborantins en blouse blanche, tous assis sur des tabourets, il en restait d&rsquo;ailleurs 2, pench\u00e9s sur leurs tubes et leurs petites affaires \u00e0 faire quoi? Nul ne le sait plus. Tandis qu&rsquo;au dessus du  coin \u00e0 la douche qu&rsquo;il n&rsquo;y avait probablement pas, j&rsquo;avais fini par remarquer une petite trappe sur\u00e9lev\u00e9e dans le plafond. Qu&rsquo;un jour je ne sais comment j&rsquo;\u00e9tais arriv\u00e9e \u00e0 soulever, \u00e0 me hisser alors dans ce grenier cach\u00e9  pour y d\u00e9couvrir, sous une hauteur trop basse de plafond pour s&rsquo;y tenir debout, quelques tonneaux vides. Je m&rsquo;\u00e9tais alors install\u00e9e l\u00e0, assise au sol, en tailleur, avec cette id\u00e9e, saugrenue, de ne plus en ressortir. Il va de soi que \u00e7a n&rsquo;avait pas longtemps tenu, que j&rsquo;\u00e9tais ressortie de mon abri, ma cachette, personne probablement ne s&rsquo;\u00e9tant aper\u00e7u de ma disparition. De cet endroit, je n&rsquo;avais r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l&rsquo;existence \u00e0 personne.<\/p>\n\n\n\n<p>(Le laboratoire \u00e9tait attenant \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re de la maison, son toit plat se penchant de toutes les fen\u00eatres c\u00f4t\u00e9 cour. Il n&rsquo;avait aucune utilit\u00e9. Mes fr\u00e8res y ont jou\u00e9 au ping pong. Pour atteindre aux parties occup\u00e9es de la maison, il fallait traverser le d\u00e9p\u00f4t de toiles du rez-de-chauss\u00e9e, ne trouver personne dans la salle de t\u00e9l\u00e9 et grimper les escaliers. Moi, je jouais au jokari, seule, sur les pav\u00e9s de l&rsquo;all\u00e9e qui longeait la maison, o\u00f9 l&rsquo;on parvenait par le laboratoire.)<\/p>\n\n\n\n<p>Je crois que \u00e7a ira bien comme \u00e7a.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On essaiera d&rsquo;\u00eatre ailleurs que nulle part. Ailleurs qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;heure de nulle part. On s\u00e9parera le dehors et le dedans, on dressera la porte battante. On le fera artificiellement, par jeu. On se fiera une fois de plus au hasard, sachant qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de hasard personnel. Le hasard personnel est reprise, toujours. 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