{"id":133532,"date":"2023-08-07T16:59:39","date_gmt":"2023-08-07T14:59:39","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=133532"},"modified":"2025-02-01T07:15:40","modified_gmt":"2025-02-01T06:15:40","slug":"testard_du_roman_9_1_1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/testard_du_roman_9_1_1\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #09 | Nationale perdue"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/220716_Stop_3-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-172660\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/220716_Stop_3-768x1024.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/220716_Stop_3-315x420.jpg 315w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/220716_Stop_3-1152x1536.jpg 1152w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/220716_Stop_3-1536x2048.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/220716_Stop_3-scaled.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<div style=\"height:10px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p id=\"la_boucle_1\">J\u2019ai vu <em>Lost Highway<\/em> \u00e0 sa sortie. Nous \u00e9tions deux. L\u2019impression fut forte. D\u2019\u00eatre, \u00e0 la fin du film, renvoy\u00e9 au d\u00e9but, sans y avoir rien compris. Sans comprendre comment. Cette boucle me poursuit. Je suis d\u00e9go\u00fbt\u00e9 de ce <em>je<\/em> que j\u2019ai \u00e0 la bouche.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p id=\"le_pays\">Si on me demande ce que c\u2019est que <em>Lost Highway<\/em>, je dirai&nbsp;: deux histoires en une. Je dirais&nbsp;: deux histoires qui n\u2019ont aucun rapport, ont un rapport. Ou plusieurs. Ou deux personnes. Deux destins, disons&nbsp;: deux vies. Comme si l\u2019une \u00e9tait le r\u00eave de l\u2019autre. Ou le cauchemar. Et inversement. Et sans que jamais l\u2019une ne fournisse l\u2019explication, la justification de l\u2019autre. Tout colle, rien ne colle, malgr\u00e9 les effets de miroir tendus de l\u2019une \u00e0 l\u2019autre, les images renvoy\u00e9es. Il y a plusieurs centaines de kilom\u00e8tres pour aller d\u2019une vie \u2014 le premier tiers du film \u2014 \u00e0 l\u2019autre. Il y a un pays. Et je ne sais pas pourquoi ce sch\u00e9ma me poursuit.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p id=\"le_double_fond\">Jamais l\u2019une n\u2019est le mobile de l\u2019autre. Les deux se perdent. Les deux sont en impasse \u2014 est-ce que l\u2019une est l\u2019absence d\u2019issue de l\u2019autre, ou bien son double-fond&nbsp;? Qu\u2019est-ce que \u00e7a veut dire&nbsp;? C\u2019est une rupture, qui permet l\u2019aller direct de l\u2019une \u00e0 l\u2019autre, qui ouvre une voie de communication, c\u2019est le moment d\u2019une perte de contr\u00f4le, o\u00f9 les encha\u00eenements, les circonstances d\u2019une vie se t\u00e9lescopent, au point que cette vie ne comprend plus rien \u00e0 elle-m\u00eame, ne se reconna\u00eet d\u00e9j\u00e0 plus&nbsp;: elle bascule. C\u2019est l\u00e0&nbsp;: elle verse dans une autre, dans la t\u00eate d\u2019un autre \u00e0 l\u2019autre bout du pays. Inexplicablement. C\u2019est le pli. Dans la rupture, dans l\u2019effondrement m\u00eame il y a, malgr\u00e9 tout, une solution de continuit\u00e9. Une vie semble au point mort \u2014 mais le film continue.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p id=\"le_film\">\u2026 Comme si la ligne de faille \u00e9tait le fil \u00e0 suivre. Le film est coup\u00e9 en deux, mais il continue. D\u2019avancer. Il se nourrit de lui-m\u00eame, de sa division. Il se mange et il avance. Coup\u00e9 en son milieu, il se rejoint par ses extr\u00e9mit\u00e9s. Il pourrait tourner en boucle dans un cin\u00e9ma permanent de l\u2019\u00e9trange, des r\u00e9alit\u00e9s parall\u00e8les.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p id=\"la_fa\u00e7ade\">Je n\u2019avais jamais revu <em>Lost Highway<\/em> \u2014 mais j\u2019ai le sc\u00e9nario \u00e0 la maison, que j\u2019ai, avec les ann\u00e9es, plusieurs fois, reparcouru. J\u2019ai revisionn\u00e9 le film il y a deux ans environ, et j\u2019ai pu constater que m\u2019en avaient \u00e9chapp\u00e9 des pans entiers, des d\u00e9tails essentiels \u2014 depuis j\u2019ai oubli\u00e9 lesquels. Je suis, au point o\u00f9 cette phrase se termine, dans l\u2019ignorance desquels. (Quelque chose des images se perd au passage dans les mots. Une \u00e9vidence. Mes relectures du sc\u00e9nario ne m\u2019ont pas emp\u00each\u00e9 de passer, repasser \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du film \u2014 comme on longe une fa\u00e7ade&nbsp;: sans rien voir. Les dialogues et indications lus me confortaient dans l\u2019infid\u00e8le id\u00e9e, appauvrie, sch\u00e9matique que je m\u2019en \u00e9tais faite, et quand le film, dans son entier, m\u2019est r\u00e9apparu, c\u2019est comme s&rsquo;il \u00e9tait devenu un autre. L\u2019autre qu\u2019il avait toujours \u00e9t\u00e9.) M\u00eame caboss\u00e9, m\u00eame tronqu\u00e9, m\u00e9connaissable, ce film fait son chemin en moi. Avec ses deux pans, avec son pli, sa mani\u00e8re \u00e0 lui de se mordre la queue, en annon\u00e7ant que quelqu\u2019un est mort.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p id=\"les_\u00e9gos_1\">Mettons \u00e0 la place de Fred Madison et de Pete Dayton, Christophe Testard et Chantal Mazet \u2014 \u00e9galement personnages de fiction ou, citons Kundera, <em>\u00e9gos exp\u00e9rimentaux<\/em>. Ou inversement ? Chantal Mazet est Madison, Christophe Testard Dayton. Les r\u00f4les, les analogies s\u2019arr\u00eatent l\u00e0. C\u2019est le sch\u00e9ma qui compte \u2014 plan d\u2019un roman \u00e0 venir. Nous remplirons, nous renseignerons, peut-\u00eatre comme on empaille, par substitutions, le canevas de <em>Lost Highway<\/em> de contenus anecdotiques tout autres \u2014 d\u2019ailleurs \u00e7a se passe, se passera en France.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-light-gray-background-color has-background has-small-font-size\" id=\"le_sch\u00e9ma\"><em>Ceci pour r\u00e9pondre \u00e0 la question d\u2019un \u00e9l\u00e9ment traversant, ou transversal&nbsp;; vectoriel&nbsp;; th\u00e9matique ; probl\u00e9matique ;<\/em><br><em>ou d\u2019un soubassement&nbsp;; d\u2019un substrat&nbsp;;<\/em><br><em>ou d&rsquo;une petite chanson&nbsp;; d\u2019une <\/em>ritournelle<em>&nbsp;;<\/em><br><em>d\u2019un \u00e9v\u00e9nement traversant ; d\u2019une veine&nbsp;; d\u2019un filon ;<\/em><br><em>d\u2019un agent ; d\u2019un moteur&nbsp;; d\u2019une cause ; source&nbsp;; d\u2019un jaillissement, un <\/em>jadis<em>&nbsp;; d\u2019une ombre, d\u2019un fant\u00f4me&nbsp;; d\u2019un <\/em>sombre pr\u00e9curseur<em>&nbsp;; d\u2019un souvenir&nbsp;;<\/em><br><em>d\u2019un revenant&nbsp;;<\/em><br><em>d\u2019un <\/em>d\u00e9sinhibiteur<em>&nbsp;;<\/em><br><em>d\u2019un \u00e9l\u00e9ment d\u00e9cisif&nbsp;; structurant&nbsp;\u2014 d\u2019un trauma&nbsp;?<\/em><br><em>qui forme comme un r\u00e9seau souterrain, hydrog\u00e9ologique ; une irrigation&nbsp;; un syst\u00e8me nerveux ou sanguin&nbsp;; un bassin versant&nbsp;; une r\u00e9surgence&nbsp;;<\/em><br><em>d\u2019une constellation&nbsp;; d\u2019une disposition \u2014 d\u2019une g\u00e9om\u00e9trie&nbsp;;<\/em><br><em>et pourquoi pas&nbsp;: d\u2019une chanson ?<\/em><br><em>qui prenne valeur de, puisse fournir un cadre&nbsp;; un gabarit&nbsp;; une focale, une optique, un angle \u2014 un angle mort&nbsp;?&nbsp;\u2014, un biais&nbsp;; un pr\u00e9formatage&nbsp;; un pr\u00e9d\u00e9coupage&nbsp;; une silhouette&nbsp;;<\/em><br><em>une image mis\u00e9rable&nbsp;; une petite mis\u00e8re&nbsp;; un cauchemar ; un r\u00eave&nbsp;;<\/em><br><em>d\u2019un n\u0153ud&nbsp;; un carrefour \u2014 c\u2019est l\u00e0 que me revient <\/em>Lost Highway<em>\u2026<\/em><br><em>d\u2019un mod\u00e8le&nbsp;; d\u2019un d\u00e9calque&nbsp;; d\u2019un (st\u00e9r\u00e9o)type&nbsp;;<\/em><br><em>d\u2019un conte \u2014 un conte-type&nbsp;; un sc\u00e9nario&nbsp;; une intrigue \u2014 un pitch&nbsp;;<\/em><br><em>un chemin&nbsp;; un encha\u00eenement&nbsp;; une s\u00e9quence&nbsp;; une routine&nbsp;; un arri\u00e8re-plan&nbsp;; un fond \u2014 de<\/em> <em>confins&nbsp;;<\/em><br><em>une empreinte&nbsp;; une trace&nbsp;; d&rsquo;une marque&nbsp;; d&rsquo;une cicatrice&nbsp;; un stigmate<\/em>&nbsp;;<br><em>d&rsquo;une forme&nbsp;; d&rsquo;un pattern, un motif&nbsp;; \u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"le_contact_1\">Je suis retourn\u00e9 \u00e0 <em>Lost Highway<\/em>, parce qu\u2019il y a deux ans il m\u2019est arriv\u00e9 que j\u2019entre en contact avec Chantal Mazet. Cette femme avait quitt\u00e9 ce monde depuis plus de deux ans alors. Des restitutions de cet \u00e9pisode ont \u00e9t\u00e9, ici, <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"\/ateliers\/testard_baudelaire_1_2\/\" data-type=\"URL\" data-id=\"\/ateliers\/testard_baudelaire_1_2\/\" target=\"_blank\"><span style=\"text-decoration: underline\">l\u00e0,<\/span><\/a> tent\u00e9es. Ce sont des hypoth\u00e8ses. Des exp\u00e9riences. Il ne s\u2019est pas du tout agi d\u2019une rencontre. Elles sont absolument non-concluantes. C\u2019est que je m\u2019\u00e9tais lev\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t, r\u00e9veill\u00e9 dans la nuit, et qu\u2019avec moi autre chose s\u2019est lev\u00e9. C\u2019\u00e9tait l&rsquo;\u00e9vidence, et je l\u2019ai d\u00e8s ce moment constat\u00e9 \u2014 comment en aurait-il \u00e9t\u00e9 autrement, puisque j\u2019en \u00e9tais le levier moi-m\u00eame ou l\u2019agent&nbsp;\u2014, mais ne l\u2019avais pas, loin de l\u00e0, compris. Je ne le comprends que ces jours-ci. Quelque chose, comme un d\u00e9placement, un d\u00e9placement d\u2019air m\u2019a suivi, ce d\u00e8s l\u2019escalier \u2014 ce dont les restitutions \u00e9voqu\u00e9es attesteront encore tr\u00e8s imparfaitement, parce qu\u2019\u00e9chafaud\u00e9es dans la foul\u00e9e&nbsp;\u2014, c\u2019est l\u2019\u00e9criture.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p id=\"la_boucle_2\">Mais j\u2019en dis d\u00e9j\u00e0 trop ou je vais trop loin&nbsp;: en \u00e9criture, en \u00e9crivant ce qui m\u2019arrivait, puis, \u00e9criture comprise, ce qui m\u2019\u00e9tait arriv\u00e9&nbsp;; ce qui venait de m\u2019arriver ; qui m\u2019\u00e9tait arriv\u00e9 en \u00e9crivant&nbsp;; ce qui en \u00e9crivant m\u2019arrivait encore ; me venait&nbsp;; en continuant\u2026 abr\u00e9geons&nbsp;: je me suivais&nbsp;; je me filais&nbsp;; me prolongeais, m\u2019\u00e9ternisais&nbsp;; je m\u2019embo\u00eetais le pas \u2014 je n\u2019ose, je le prononce ici quand m\u00eame, tout bas, le mot&nbsp;: je me <em>bouclais<\/em> \u2014 ce <em>je<\/em> que j\u2019ai sans cesse\u2026 \u00c0 qui en garde le souvenir clair et distinct, les s\u00e9quences liminaire et finale de <em>Lost Highway<\/em> \u2014 boucle tordue en deux \u2014 donnent, par comparaison, une id\u00e9e de ce qui m\u2019attend.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p id=\"le_d\u00e9partement\">Mais j\u2019en dis d\u00e9j\u00e0 trop ou je vais trop loin. Cela est risqu\u00e9 \u2014 comme une promesse que je ne suis rien moins qu\u2019assur\u00e9 de pouvoir tenir. C\u2019est d\u00e9couvrir un gouffre entre moi et moi \u2014 o\u00f9 le d\u00e9go\u00fbt se tient. C\u2019est encore que, dans la mani\u00e8re dont cela s\u2019est pass\u00e9 entre Chantal Mazet \u2014 disons&nbsp;: ce que j\u2019ai pris pour Chantal Mazet, ou identifi\u00e9 comme un ph\u00e9nom\u00e8ne qui pourrait porter le nom de Chantal Mazet \u2014 et moi, il m\u2019est apparu qu\u2019il y avait un monde. Il m\u2019est apparu qui plus est que ce monde, c\u2019\u00e9tait la France \u2014 et sans doute que par ce terme, j\u2019entends en gros le d\u00e9partement de l\u2019Oise. De ma maison \u00e0 Chantal Mazet il y avait donc, je le pr\u00e9sumais, l\u2019Oise \u00e0 traverser \u2014 j\u2019\u00e9tais loin du compte, \u00e7a, je n\u2019\u00e9tais pas au bout de mes d\u00e9couvertes et voil\u00e0 ce qui tout derni\u00e8rement s\u2019est av\u00e9r\u00e9 faux&nbsp;: <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"\/ateliers\/testard_du_roman_2_1_1\/\" data-type=\"URL\" data-id=\"\/ateliers\/testard_du_roman_2_1_1\/\" target=\"_blank\"><span style=\"text-decoration: underline\">ce n\u2019\u00e9tait pas l\u2019Oise<\/span><\/a>\u2026 Je retiens, ceci dit, un d\u00e9tail de mon second visionnage de <em>Lost Highway<\/em>&nbsp;: je m\u2019\u00e9tais illusionn\u00e9 \u00e0 propos de la longue distance, de la dizaine d\u2019\u00c9tats s\u00e9parant les deux pans, deux identit\u00e9s du film. Toute l\u2019action s\u2019en d\u00e9roule autour de Los Angeles.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p id=\"les_\u00e9gos_2\">\u2026 Il est plus que temps pour moi de r\u00e9viser tout cela \u2014 et mes ambitions&nbsp;\u2014, de le prendre au s\u00e9rieux&nbsp;; cette affaire, de la prendre \u00e0 bras-le-corps \u2014 ou bien de me taire\u2026 Illusion l\u00e0 encore <em>(il faut que je l\u2019\u00e9crive ici pour qu\u2019elle m\u2019apparaisse)<\/em>, et r\u00e9vision donc&nbsp;: Chantal Mazet, c\u2019est \u00e0 la place de \u00ab&nbsp;Dick Laurent&nbsp;\u00bb. \u2014 Et Dayton et Madison alors, qui&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>(\u2026)<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:40px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-left has-light-gray-background-color has-background\">Perdu\u00b7e dans la translation<br><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-light-gray-background-color has-background\" id=\"le_contact_2\">\u00ab\u00a0<a href=\"\/ateliers\/testard_baudelaire_1_2\/#le_fil\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><span style=\"text-decoration: underline\">Une dame blanche \u2014 un blanc ou une aube\u2026<\/span><\/a>\u00a0\u00bb Il m&rsquo;est arriv\u00e9, une fois \u2014 sorti de mon lit, descendu l&rsquo;escalier dans le s\u00e9jour, ouverts les volets \u2014, de joindre en quelques mots, en phrases \u00e9parses, improvis\u00e9es, en de br\u00e8ves annotations \u2014 messages envoy\u00e9s \u00e0 moi-m\u00eame \u2014, un tel ph\u00e9nom\u00e8ne\u00a0: lexical\u00a0; cette id\u00e9e en l&rsquo;air\u00a0; ce compos\u00e9, succincte s\u00e9quence de mots\u00a0: \u00ab\u00a0une dame blanche\u00a0; une aube\u00a0; un blanc\u2026\u00a0\u00bb J&rsquo;ai eu l&rsquo;impression, ou me la suis donn\u00e9e de prendre contact\u2026 Depuis lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de la rejoindre, de faire le r\u00e9cit de ce premier contact \u2014 et comme si celui-ci contenait en puissance, \u00e0 venir, notre rencontre\u00a0\u2014, de stabiliser un chemin, d&rsquo;ouvrir une voie dans son sens, d&rsquo;arch\u00e9ologiquement parlant l&rsquo;inventer, il me semble que je stagne, quelque chose en moi bloque. Je ressasse. Je fais du surplace. Sans doute est-ce que je ne la r\u00eave plus assez, cette entit\u00e9 ou intuition\u00a0; cette image\u00a0; cette esp\u00e8ce \u2014 de quoi\u00a0? Est-ce que je n&rsquo;y mets pas assez d&rsquo;intention\u00a0? Ne la r\u00eavant plus, je ne me la projette pas dans la r\u00e9alit\u00e9, ni moi non plus\u00a0: je ne sors plus, passe mes jours \u00e0 \u00e9crire, r\u00e9\u00e9crire cette premi\u00e8re aube, ce printemps de 4h du matin. Quand je r\u00eavais qu&rsquo;elle me ferait sortir de ma maison\u2026 Me voil\u00e0 tout entier occup\u00e9, immobilis\u00e9, ne cessant plus de l&rsquo;annoter, d&rsquo;en compl\u00e9ter l&rsquo;annotation comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un modelage, par touches successives, r\u00e9p\u00e9t\u00e9es d&rsquo;en \u00e9laborer le portrait, portrait tout ce qu&rsquo;il y a de plus brumeux \u2014 disons <em>atmosph\u00e9rique<\/em>\u00a0\u2014, de produire un <em>chef-d&rsquo;\u0153uvre inconnu<\/em> \u2014 y gagne-telle en \u00e9paisseur\u00a0? en pr\u00e9sence\u00a0? en effet\u00a0? Nous voil\u00e0 elle et moi, elle ou moi perdus dans la <em>translation<\/em>\u2026 Une parenth\u00e8se s&rsquo;est ouverte qui ne veut plus se refermer, qui prend les proportions de ma vie \u2014 oc\u00e9anique parenth\u00e8se, b\u00e9ance\u2026Je n&rsquo;ai pas le r\u00e9cit, m\u00eame pas le conte qui la fera, ou la verrait, atterrir quelque part. Cependant, il faut bien atterrir\u2026 En m\u00eame temps\u2026\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-light-gray-background-color has-background\" id=\"les_voies\">En m\u00eame temps\u2026 Il me semble qu&rsquo;o\u00f9 mes phrases ne me conduisent pas, mes gestes, des mouvements non seulement en moi de temps en temps y touchent. Par intermittence, par inadvertance, simple adjacence. Cela se passe comme \u00e0 mon insu \u2014 en dessous de moi. Je ne m&rsquo;en rends pas le compte. Je ne me les raconte pas. Je le sens et ne le sais pas. Mes mains, jambes, mes \u00e9volutions, all\u00e9es, venues, mes affairements ou occupations, hauts et bas, pleins comme vides ont des chemins, des courses en moi et autour, sinon inconnus, du moins non formul\u00e9s. Mes pieds, mes bras, le mouvement de mes jambes, leurs inerties ou pentes et aussi bien les miennes, penchants, inclinations, biais\u2026 Il me semble qu&rsquo;elle est l\u00e0. Dispers\u00e9e l\u00e0. N&rsquo;est-ce pas en m&rsquo;occupant \u00e0 tout autre chose, au quotidien par exemple, aux soins et t\u00e2ches du quotidien, en n&rsquo;y pr\u00eatant pas plus attention que cela, en n&rsquo;en faisant rien de sp\u00e9cial, pas cas, que je m&rsquo;en rapprocherais \u2014 qu&rsquo;elle me suivrait&nbsp;? En ne la visant pas&nbsp;: ne l&rsquo;ayant qu&rsquo;au coin de l&rsquo;\u0153il comme une constellation lointaine&nbsp;? Ne se r\u00e9v\u00e9lera-t-elle qu&rsquo;en vision p\u00e9riph\u00e9rique&nbsp;? Blanc ou aube, elle est une esp\u00e8ce d&rsquo;inaccessible en moi&nbsp;: elle agit en tant que telle. Autant le dire&nbsp;: elle est une auto \u2014 comment, non seulement conduire une auto, mais entrer en contact avec elle&nbsp;? Comment, non seulement prendre son auto pour aller en courses ou au travail, voire partir en vacances \u2014 mais encore la prendre pour quelqu&rsquo;un ? Autre vacance\u2026 Il me faudra \u2014 cette auto stationn\u00e9e devant ma porte \u2014 non seulement la prendre, mais aussi la laisser \u2014 la question \u00e9tant&nbsp;: <em>o\u00f9<\/em>. Laisser faire bras et jambes, mes doigts, laisser aller, sortir mon corps&nbsp;: du lit&nbsp;: mon corps descendre l&rsquo;escalier&nbsp;; le redescendre&nbsp;; mon corps monter dans l&rsquo;auto&nbsp;; monter encore\u2026 Peut-\u00eatre n&rsquo;y a t-il pas de voie \u2014 seulement quelques bonds. Peut-\u00eatre est-on sans voie \u2014 elle et moi, elle ou moi. Entre elle et moi pas moyen, aucune voie, seulement, exclusivement des rayons&nbsp;; rayonnements&nbsp;; des images&nbsp;; des jours\u2026 Entre elle et moi il n&rsquo;y a que des jours. Ces \u00e9tranges voies que sont les jours. Il n&rsquo;y a que la vie de tous mes jours\u2026 Pas \u00e0 man\u0153uvrer de porte, pas \u00e0 tourner aucune cl\u00e9, aucun verrou, ni mettre aucun contact. Pas suffisant. Je devrais depuis le d\u00e9but me douter que nos voies sont sans contact. Il n&rsquo;y a qu&rsquo;o\u00f9 personne ne marche qu&rsquo;elles op\u00e8rent. Cette dame blanche \u2014 aube ou blanc \u2014 est une zone qui ne demande qu&rsquo;\u00e0 \u00eatre&nbsp; contourn\u00e9e. Elle ne se dessinera que dans son contournement. Ce dont il s&rsquo;agit n&rsquo;est pas de la rejoindre, mais de la transporter, la porter \u2014 c&rsquo;est de la translater. Notre jonction ne sera nullement g\u00e9ographique \u2014 ou si peu. \u2014 Probablement, finalement, n&rsquo;y a-il eu ni n&rsquo;y aura rien autre dans ce premier contact que le contact seul&nbsp;: contact \u00e0 soi-m\u00eame \u2014 soit la cr\u00e9ation d&rsquo;un seuil entre moi et moi\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si on me demande ce que c\u2019est que Lost Highway, je dirai\u00a0: deux histoires en une. Je dirais\u00a0: deux histoires qui n\u2019ont aucun rapport, ont un rapport. Ou plusieurs. Ou deux personnes. Deux destins, disons\u00a0: deux vies. Comme si l\u2019une \u00e9tait le r\u00eave de l\u2019autre. Ou le cauchemar. Et inversement. Et je ne sais pas pourquoi, ce sch\u00e9ma me poursuit. <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/testard_du_roman_9_1_1\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#\u00e9t\u00e92023 #09 | Nationale perdue<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":334,"featured_media":172674,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4878,4525],"tags":[],"class_list":["post-133532","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-09-stephen-king-lieu","category-ete-2023-du-roman"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/133532","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/334"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=133532"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/133532\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":178952,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/133532\/revisions\/178952"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/172674"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=133532"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=133532"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=133532"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}