{"id":133629,"date":"2023-08-07T15:31:59","date_gmt":"2023-08-07T13:31:59","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=133629"},"modified":"2023-08-07T15:32:00","modified_gmt":"2023-08-07T13:32:00","slug":"de-loin-en-loin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/de-loin-en-loin\/","title":{"rendered":"De loin en loin"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme je le disais, sur le buffet, il y a une photo. Deux petites filles en noir en blanc. Blanches les robes, les chaussettes et les fleurs dans les cheveux. Noirs, dans le contre-jour, les jambes, les bras, les visages. Elles ont le m\u00eame sourire, radieux et \u00e9bloui. Elles sont au carnaval de Polignac, sur un char car cette ann\u00e9e, elles ont \u00e9t\u00e9 \u00e9lues reines des Bernardines. \u00c0 gauche, c\u2019est Rose. Elle a toujours gard\u00e9 cette photo avec elle pour se rappeler que son enfance n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 qu\u2019un naufrage. C\u2019est la seule qu\u2019elle ait conserv\u00e9e, comme la planche d\u2019un bateau arrach\u00e9e par la temp\u00eate, providentielle, \u00e0 laquelle on se raccroche. On peut alors d\u00e9river et croire que tout n\u2019est pas encore fini. Elle aime la regarder, la tenir, la sentir m\u00eame. Ceux qui la trouveront quand elle ne sera plus l\u00e0 pourront lui inventer une histoire toute diff\u00e9rente de celle qu\u2019elle a v\u00e9cue. Elle essaie parfois de l\u2019imaginer cette histoire, mais elle reste suspendue au fil de tous les possibles, pr\u00e9f\u00e9rant le vertige du plongeoir au frisson du plongeon.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le jour du carnaval, elle avait pass\u00e9 la matin\u00e9e avec une ancienne reine qui avait maintenant 19 ou 20 ans. C\u2019est elle qui l\u2019avait habill\u00e9e, qui avait r\u00e9ajust\u00e9 sa robe, lui avait fait ses tresses apr\u00e8s avoir doucement, tr\u00e8s doucement bross\u00e9 ses cheveux en r\u00e9p\u00e9tant \u00ab&nbsp;Qu\u2019ils sont doux&nbsp;! \u00bb. Elle avait maquill\u00e9 ses paupi\u00e8res, ses cils, ses joues, ses l\u00e8vres. Elles \u00e9taient dans la salle d\u2019\u00e9tude. Elles avaient d\u00e9plac\u00e9 un bureau pr\u00e8s d\u2019une fen\u00eatre et pos\u00e9 un miroir dessus. Rose regardait les mains de l\u2019ancienne reine, ses bras, son d\u00e9collet\u00e9 surtout. Elle l\u2019\u00e9coutait lui raconter ses sorties au cin\u00e9ma avec son fianc\u00e9, son travail de vendeuse dans une mercerie. Puis ce fut \u00e0 son tour de parler. Elle inventait des r\u00e9ponses aux questions sur ses projets d\u2019avenir, sa couleur pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e, les sports qu\u2019elle aimait. Elles avaient ri ensemble de certaines s\u0153urs de l\u2019orphelinat en baissant la voix. Et peu \u00e0 peu, Rose se transformait dans le miroir, et la salle de classe, baign\u00e9e dans le soleil, les odeurs de poudre couvrant peu \u00e0 peu celles d\u2019encre et de craie, devenait une loge de th\u00e9\u00e2tre. Envol\u00e9s le claquement des coups de r\u00e8gle et le froissement des robes de la s\u0153ur qui tournait dans la classe pour v\u00e9rifier les cahiers. Rose se sentait l\u00e9g\u00e8re. Elle se laissait glisser dans un monde qu\u2019elle savait fictif et \u00e9ph\u00e9m\u00e8re mais qui n\u2019en \u00e9tait pas moins sensible, comme Alice qui tombe dans le puits. Elles \u00e9taient sorties dans la cour o\u00f9 les autres filles finissaient de d\u00e9corer le char de fleurs fra\u00eeches et de fleurs en papier. On l\u2019avait aid\u00e9e \u00e0 monter, l\u2019ancienne reine la tenait pas le bras et une amie soulevait le bas de sa robe. Sa camarade, celle qu\u2019on voit \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle sur la photo, l\u2019avait rejointe. Elles ne se parlaient pas, il n\u2019y avait qu\u2019\u00e0 \u00eatre l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme je le disais, sur la photographie pos\u00e9e sur le buffet, il y a une autre petite fille, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Rose, qui lui ressemble. Elles se ressemblent parce qu\u2019elles traversent le m\u00eame r\u00eave et go\u00fbtent ensemble au plaisir de ne pas se r\u00e9veiller encore. Elles se ressemblent aussi parce qu\u2019elles dorment dans le m\u00eame dortoir, mangent la m\u00eame soupe, se font crier dessus par les m\u00eames voix, souffrent des m\u00eames manques, du m\u00eame ennui. L\u2019autre petite fille s\u2019appelle Marguerite. Elle a 10 ans, mais elle ne s\u2019appelle Marguerite que depuis quelques mois. Avant, c\u2019\u00e9tait&nbsp;Malgorzata. Elle est n\u00e9e en Pologne. Arriv\u00e9e en France avec son p\u00e8re et sa grand-m\u00e8re un an avant le carnaval, elle n\u2019a jamais bien su pourquoi ils avaient quitt\u00e9 leur pays. Un soir, son p\u00e8re et son oncle \u00e9taient rentr\u00e9s ensemble \u00e0 la maison. Il \u00e9tait tard. Elle et sa grand-m\u00e8re avait attendu longtemps. Elles avaient commenc\u00e9 \u00e0 manger, lentement. Puis, malgr\u00e9 leurs efforts pour prolonger chaque bouch\u00e9e, elles avaient fini leur d\u00eener. Elles avaient fait les gestes de chaque jour&nbsp;: les assiettes qu\u2019on empile, la bassine qu\u2019on remplit d\u2019eau, qu\u2019on pose sur le po\u00eale, les couverts lav\u00e9s un par un, essuy\u00e9s un peu plus lentement que d\u2019habitude, comme si ralentir les gestes allait arr\u00eater le temps et permettre au p\u00e8re d\u2019arriver. On avait laiss\u00e9 son assiette sur la table et son verre rempli de lait. Les deux femmes ne parlaient pas. La grand-m\u00e8re ne voulait pas inqui\u00e9ter la petite-fille, la petite-fille ne voulait pas faire mentir sa grand-m\u00e8re. Il avait fallu aller se coucher. Malgorzata ne s\u2019\u00e9tait pas endormie. Dans le noir, elle entendait les aiguilles de sa grand-m\u00e8re. Puis, tout \u00e9tait all\u00e9 tr\u00e8s vite. Son p\u00e8re \u00e9tait rentr\u00e9. Il \u00e9tait avec l\u2019oncle Zbysz. Ils parlaient vite et avec agitation. Ils ne s\u2019asseyaient pas. La petite fille entendait leurs pas d\u00e9sordonn\u00e9s. Elle ne comprenait pas ce qu\u2019ils disaient. Ils parlaient trop bas. Il \u00e9tait question d\u2019un homme\u2026 et oui, c\u2019\u00e9tait s\u00fbr\u2026 dans un hangar\u2026 russe\u2026 La grand-m\u00e8re pleurait en ouvrant des placards. L\u2019oncle \u00e9tait parti. Sur le seuil de la porte, il avait dit \u00e0 sa m\u00e8re de ne pas s\u2019inqui\u00e9ter, qu\u2019ils se retrouveraient. Que tout s\u2019oublierait. Ils reviendraient, tous, ici. Le p\u00e8re et la grand-m\u00e8re avaient continu\u00e9 \u00e0 ouvrir et ferm\u00e9 des tiroirs, des portes. Malgorzata s\u2019\u00e9tait endormie et le lendemain, elle montait dans un train avec son p\u00e8re et sa grand-m\u00e8re sans savoir pourquoi, ni vers o\u00f9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme je le disais, l\u2019oncle avait promis \u00e0 la grand-m\u00e8re qu\u2019ils se retrouveraient tous ici, \u00e0 Drohobycz, un jour. Mais il savait qu\u2019il ne tiendrait pas cette prommesse. Alors que son fr\u00e8re partait en train avec sa fille et sa m\u00e8re en direction de l\u2019Allemagne, il avait fui, seul, avec la peur au ventre et le soleil en t\u00eate. Il avan\u00e7ait, tant\u00f4t vers le sud, tant\u00f4t vers l\u2019ouest, \u00e0 pied, en train, \u00e0 l\u2019arri\u00e8re d\u2019une charrette. Travaillait quelques semaines, dans un champ ou une usine, le temps d\u2019\u00e9conomiser l\u2019argent n\u00e9cessaire au voyage. Il se jetait dans l\u2019ouvrage avec rage, s\u2019ennivrait de sueur, se sentait vivre \u00e0 la douleur dans ses muscles, \u00e0 la crasse sous ses ongles. Il \u00e9touffait ses remords \u00e0 coups de pioches. Il ne comprenait pas pourquoi ils en \u00e9taient arriv\u00e9s l\u00e0, \u00e0 tuer un homme, son fr\u00e8re et lui. Ni l\u2019un ni l\u2019autre ne l\u2019avaient voulu. Ils n\u2019\u00e9taient pas des meurtriers. C\u2019\u00e9tait all\u00e9 tr\u00e8s vite, un aiguillage impr\u00e9vu du destin. Il se demandait souvent si \u00e7a avait vraiment eu lieu. Chaque nuit, le corps de l\u2019homme r\u00e9apparaissait et chaque jour, il s\u2019appliquait \u00e0 chasser cette image. Au d\u00e9but, il avait \u00e9cum\u00e9 les journaux en qu\u00eate d\u2019un article sur l\u2019affaire. Il \u00e9tait \u00e0 l\u2019aff\u00fbt des discussions dans les caf\u00e9s. Peut-\u00eatre s\u2019\u00e9taient-ils tromp\u00e9s. L\u2019homme n\u2019\u00e9tait pas mort, seulement bless\u00e9. Il priait pour que l\u2019homme ne soit pas mort. Il pleurait parfois et continuait \u00e0 avancer, vers le sud, vers l\u2019ouest, vers le sud, vers l\u2019ouest. Et cet appel du soleil \u00e9tait aussi fort que la culpalbilit\u00e9. Il n\u2019osait pas encore le penser, mais c\u2019\u00e9tait comme si ce meurtre avait eu pour seule raison d\u2019\u00eatre son exil. Jamais auparavant il n\u2019avait imagin\u00e9 sa vie ailleurs qu\u2019en Pologne, aupr\u00e8s de sa m\u00e8re et de son fr\u00e8re. Pourtant, au moment o\u00f9 il avait senti l\u2019absence de vie sous ses doigts, dans le cou de cet homme qu\u2019il ne connaissait pas et qu\u2019il avait pourtant tu\u00e9, un vertige l\u2019avait pris, dans son ventre, dans ses joues, jusque dans son coeur. Il avait per\u00e7u l\u2019appel vers un ailleurs, o\u00f9 son identit\u00e9 profonde l\u2019attendait d\u00e9j\u00e0. Il avait brutalement pris conscience qu\u2019il avait v\u00e9cu jusqu\u2019alors l\u2019existence d\u2019un autre, d\u2019un Zbyszek qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il avait voyag\u00e9 plusieurs ann\u00e9es et s\u2019\u00e9tait install\u00e9 au Maroc, \u00e0 Agadir. Il avait r\u00e9ussi \u00e0 obtenir des papiers, avec une nouvelle identit\u00e9. Il \u00e9tait devenu docker.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme je le disais, Zbyszek avait pos\u00e9 ses valises \u00e0 Agadir. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019il avait senti qu\u2019il devait \u00eatre. Ou peut-\u00eatre \u00e9tait-il fatigu\u00e9. La lumi\u00e8re du ciel sembait \u00e0 la mesure de son corps, comme le biscuit se d\u00e9tache de l\u2019emporte-pi\u00e8ce. Il avait appris le fran\u00e7ais et l\u2019arabe, avait pris des habitudes. Le dimanche, il retrouvait des voisins et des coll\u00e8gues sur un rocher, au bord de la mer. Ils regardaient le soleil tourner et jouer avec les vagues, debout, les mains sur les hanches. Quand il faisait trop chaud, il plongeait et nageait sous l\u2019eau le plus longtemps possible, les yeux ouverts, malgr\u00e9 le sel qui piquait. Il \u00e9tait tomb\u00e9 amoureux et avait eu un enfant, un fils, qui s\u2019appelait Christian. Le jour de ses 16 ans, ils \u00e9taient all\u00e9s en famille au restaurant. Il \u00e9tait n\u00e9 un 29 f\u00e9vrier et cette ann\u00e9e-l\u00e0, ce jour n\u2019\u00e9tait pas escamot\u00e9 dans le calendrier. Il faisait doux et la mer \u00e9tait d\u00e9cha\u00een\u00e9e. Vers midi, un bruit sourd avait secou\u00e9 la ville. Certains habitants s\u2019en \u00e9taient inqui\u00e9t\u00e9s. Pour Christian et ses parents, c\u2019\u00e9tait le ciel et la terre qui c\u00e9l\u00e9braient avec eux son anniversaire. Quand ils avaient quitt\u00e9 leur appartement pour aller d\u00eener, c\u2019\u00e9tait dans les rues l\u2019effervescence des soir\u00e9es de ramadan. Ils s\u2019\u00e9taient dirig\u00e9s vers le port et avait mang\u00e9 sur la terrasse d\u2019un bon \u00e9tablissement, o\u00f9 les couverts sont lourds et les serviettes \u00e9paisses. Au moment du dessert, Zbyszek avait sorti une bo\u00eete de dessous la table&nbsp;: le cadeau d\u2019anniversaire. Christian avait ouvert le paquet en prenant tout son temps, pour imaginer encore et encore ce qu\u2019il pouvait cacher. Sa m\u00e8re le pressait, le sorbet allait fondre. Ses parents lui avaient offert un appareil photo. Il en avait r\u00eav\u00e9. Il savait d\u00e9j\u00e0 bien s\u2019en servir car il utilisait parfois celui du p\u00e8re d\u2019un camarade d\u2019\u00e9cole, un journaliste qui le laissait l\u2019accompagner les samedis dans ses reportages. Il l\u2019appelait \u00ab&nbsp;mon assistant&nbsp;\u00bb et Christian adorait \u00e7a. Il avait imm\u00e9diatement arm\u00e9 la pellicule et pris une premi\u00e8re image&nbsp;: son p\u00e8re et sa m\u00e8re posant devant leur sorbet \u00e0 l\u2019orange, qui pouvait bien fondre maintenant qu\u2019il \u00e9tait immortalis\u00e9 sur le film. Apr\u00e8s le repas, il avait obtenu la permission d\u2019aller faire quelques photographies en ville, dans leur quartier. Ses parents \u00e9taient rentr\u00e9s se coucher. Il s\u2019\u00e9tait promen\u00e9 le long du port, puis avait emprunt\u00e9 quelques rues au hasard. Soudain, il sentit le sol se soulever sous ses pieds, comme si sous le goudron une b\u00eate \u00e9norme rampait et s\u2019\u00e9tirait, cherchant \u00e0 se d\u00e9gager de sa carapace. Imm\u00e9diatement apr\u00e8s, une d\u00e9tonation formidable \u00e9clata, le ciel se d\u00e9chira en \u00e9clairs bleus et orange, les b\u00e2timents autour de lui s\u2019effondr\u00e8rent. Il fut projet\u00e9 au sol. Il ne pensait qu\u2019\u00e0 prot\u00e9ger son appareil, le serrant contre son ventre, pelotonn\u00e9 comme un enfant, les genoux et le visage ramass\u00e9s sur la poitrine. Il sentait pleuvoir sur lui une pousi\u00e8re \u00e9paisse et des \u00e9clats de pierre. Les lumi\u00e8res de la ville s\u2019\u00e9taient \u00e9teintes. Il resta plusieurs minutes ainsi, les yeux ferm\u00e9s, suffoquant, sans savoir s\u2019il \u00e9tait v\u00e9ritablement vivant. Puis les premiers cris, les premiers pleurs, fissur\u00e8rent le silence. Il d\u00e9plia son corps \u2014 il n\u2019\u00e9tait pas bless\u00e9, et v\u00e9rifia que son appareil \u00e9tait en bon \u00e9tat. Il s\u2019approcha d\u2019un immeuble effondr\u00e9 \u00e0 la lumi\u00e8re de la lune et commen\u00e7a \u00e0 d\u00e9blayer les gravats pour aider des habitants prisonniers \u00e0 se d\u00e9gager. D\u2019autres rescap\u00e9s accouraient. Tous s\u2019affairaient pour sauver des vies. Christian ne put s\u2019emp\u00eacher de photographier le d\u00e9sastre. Un enfant couvert de sang fut extrait des d\u00e9combres. Il le prit dans ses bras et courut jusqu\u2019\u00e0 l\u2019h\u00f4pital, qui n\u2019\u00e9tait qu\u2019\u00e0 quelques centaines de m\u00e8tres de l\u00e0. Des m\u00e9decins et des infirmi\u00e8res couraient pour sortir les malades du b\u00e2timent qui continuait de s\u2019\u00e9crouler. Il n\u2019y avait nulle part o\u00f9 allonger l\u2019enfant, ni personne pour s\u2019en occuper. Christian s\u2019accrochait \u00e0 lui, lui criait de ne pas mourir, lui promettait qu\u2019il allait vivre. Au m\u00eame moment, il vit son p\u00e8re et sa m\u00e8re qui arrivaient vers lui, en habits de nuit, fant\u00f4mes hallucin\u00e9s. Christian tendit l\u2019enfant \u00e0 sa m\u00e8re qui ouvrit ses bras pour l\u2019accueillir. La petite fille ouvrit les yeux sur l\u2019objectif de l\u2019appareil photo.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comme je le disais, sur le buffet, il y a une photo. Deux petites filles en noir en blanc. Blanches les robes, les chaussettes et les fleurs dans les cheveux. Noirs, dans le contre-jour, les jambes, les bras, les visages. Elles ont le m\u00eame sourire, radieux et \u00e9bloui. 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