{"id":133792,"date":"2023-08-08T12:21:13","date_gmt":"2023-08-08T10:21:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=133792"},"modified":"2023-08-20T10:46:32","modified_gmt":"2023-08-20T08:46:32","slug":"ete-2023-09-le-noyer-du-tournant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-09-le-noyer-du-tournant\/","title":{"rendered":"#\u00c9t\u00e9 2023 #09 | Le noyer du tournant"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avant de le conna\u00eetre, lui, dans tes pens\u00e9es \u00e0 toi, le noyer \u00e9tait un bois, sans plus de r\u00e9flexion sur l\u2019avant de ce bois, avant la menuiserie, avant m\u00eame la scierie, avant la tron\u00e7onneuse. Un beau bois, dur et sombre, souvent vein\u00e9 de gris, un bois noble, qui ne se laissait pas travailler n\u2019importe comment, durablement bless\u00e9 d\u2019un papier verre grossier, d\u2019un ciseau \u00e9mouss\u00e9, d\u2019une scie mal affut\u00e9e, mais qui renaissais sous l\u2019huile et les soins attentifs. Un bois plein de souvenirs. Souvenirs du toucher des portes du placard de la grande pi\u00e8ce \u00e0 vivre, celle qui \u00e9tait pos\u00e9e au-dessus du four \u00e0 pain dans la vieille maison. Depuis que tu es venue l\u00e0, tu sais l\u2019avant du bois, le noyer encore arbre, en odeur et en go\u00fbt. En couleur aussi. La premi\u00e8re fois c\u2019\u00e9tait pour ramasser les noix, pour donner un coup de main, se dire que rien de grave, \u00e7a partira surement cette couleur franche d\u2019automne, de feuilles mortes, de brou. Et puis de voir que non, \u00e7a ne partira pas tant que la peau tiendra. Rencontre avec le brou, son petit caract\u00e8re, ses avantages aussi. Les noix d\u00e9cortiqu\u00e9es et puis mises \u00e0 s\u00e9cher, ramasser les bogues vides, les faire tremper dans l\u2019eau, en faire un liquide brun qui teinte et cette fois-ci, ce sera volontairement, l\u2019odeur et la couleur.&nbsp;<em>(Une odeur, son odeur, une de plus que tu ne sais pas d\u00e9crire sans dire son nom pr\u00e9cis. Un chapitre \u00e0 creuser, du nez et puis des mots, pour mieux faire lire, les odeurs, les parfums, remugles et puanteurs, les yeux remplaceraient le nez&#8230;)<\/em>. \u00c0 ce moment-l\u00e0, la noix a encore une coquille humide, d\u2019une couleur intrigante, \u00e0 mi-chemin entre translucide et opaque, elle semblerait presque molle, m\u00eame si il n\u2019en est rien, mais on les voit rarement de cette couleur-l\u00e0, un moment \u00e9ph\u00e9m\u00e8re dans la vie de la noix, tout comme le go\u00fbt de la noix encore fraiche, encore tendre, h\u00e9sitante, elle aussi encore avec cette texture un peu molle et ce go\u00fbt si sp\u00e9cial&nbsp;<em>(Ici aussi, du boulot sur les mots qui disent les go\u00fbts et les textures\u2026)<\/em>. Pendant que les m\u00e2choires pensives donnent \u00e0 lire aux papilles, regarder vers le haut, enfin l\u2019arbre pour lui-m\u00eame. Tout est dans l\u2019\u00e9quilibre. M\u00eame pench\u00e9 il tient bon, m\u00eame si on ne les voit pas, on sait les racines longues qui s\u2019enfoncent dans le sol, ne restent pas en surface, n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 plonger, malgr\u00e9 tous les obstacles, de pierres voire de rochers, le dessus, le dessous, deux mondes sym\u00e9triques, un tronc, puis branches et feuilles et une racine pivotante, puis racines, radicelles. Un parfait ma\u00eetre zen, la force et l\u2019\u00e9quilibre. Dans le monde du visible, une \u00e9corce rugueuse sans \u00eatre crevass\u00e9e, des branches qui s\u2019\u00e9tendent, se divisent tranquillement, en hommage aux fractales, un arbre qui prend son temps, qui s\u2019installe, et s\u2019adapte, mais reste dans ses lignes, un grand sage apaisant. Ce noyer-l\u00e0, tu le connaissais bien avant de le voir pour de vrai. Lorsque Jacques insistait pour qu\u2019il fasse autre chose que toujours des oiseaux, John dessinait des arbres, surtout cet arbre-l\u00e0, le noyer du virage. Toujours lui, toujours le m\u00eame arbre, celui qui marquait l\u2019entr\u00e9e dans le royaume du dessin, juste au coin du chemin, toujours le m\u00eame noyer, vu de dessous, vu du chemin avant le tournant, apr\u00e8s le tournant, depuis la grosse fourche o\u00f9 il s\u2019installait confortablement, avec son cahier et son crayon qu\u2019il transportait dans son sac \u00e0 dos pour grimper jusque-l\u00e0, toujours le m\u00eame noyer, avec feuilles et sans feuilles, avec les bourgeons du printemps ou les noix de l\u2019automne. Toujours le m\u00eame noyer, le noyer de John avec son nom de noyer si lourd de double sens<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-preformatted\">Codicille :\nQuelques notes en italique et entre parenth\u00e8se dans le corps du texte, pour moi lorsque les textes feront histoire ou pour l'auteur invent\u00e9e \u00e0 la #01, \u00e0 voir...<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avant de le conna\u00eetre, lui, dans tes pens\u00e9es \u00e0 toi, le noyer \u00e9tait un bois, sans plus de r\u00e9flexion sur l\u2019avant de ce bois, avant la menuiserie, avant m\u00eame la scierie, avant la tron\u00e7onneuse. 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