{"id":134201,"date":"2023-08-13T16:16:43","date_gmt":"2023-08-13T14:16:43","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=134201"},"modified":"2025-04-12T11:35:03","modified_gmt":"2025-04-12T09:35:03","slug":"ete2023-03-blanche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-03-blanche\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #03 |\u00a0Blanche"},"content":{"rendered":"\n<p>Une autre nuit, une autre nuit parisienne, en trombes la pluie tombe \u00e0 un m\u00e8tre de celle qui \u00e9crit fen\u00eatres d&rsquo;\u00e9t\u00e9 ouvertes. Au&nbsp;bout de la rue s&rsquo;entendent les battements sourds et r\u00e9p\u00e9titifs d&rsquo;une f\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>\u00c9crire dans la perte de la langue. \u00c9crire dans son b\u00e9gaiement. \u00c9crire depuis ce qu&rsquo;il y a, non depuis ce qu&rsquo;il <\/em>devrait<em> y avoir. Voir alors ce qu&rsquo;il y a. \u00c9crire depuis les rives de la perte de ma langue, depuis mon b\u00e9gaiement. Dire la langue m\u00eame comme sympt\u00f4me. L&rsquo;exposer. La langue d&rsquo;avant le polissage, la mise au pas. Est-ce que toute langue ne navigue pas sur sa perte. Je parle ici de la langue individuelle, priv\u00e9e, de la langue de chacun.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Si nous ne sommes plus s\u00fbrs du nom de celle qui une fois encore \u00e9crit dans le noir, nom que je vais vous rappeler, soyons s\u00fbrs de son sexe : f\u00e9minin. Elle, l&rsquo;autrice, l&rsquo;auteure, l&rsquo;auteur, s&rsquo;appellerait Sonia Delarue. Le sexe, lui, est s\u00fbr et certain. Seul lieu de l&rsquo;absence de doute, son sexe, son \u00eatre f\u00e9minin, laissons-le lui. Sonia install\u00e9e dans un creux de la nuit, au bord de son canap\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.disparates.org\/iota\/2023\/06\/2bis-la-disparition-inapercue\/\" title=\"#02bis | La disparition inaper\u00e7ue\">Revenons au lieu pr\u00e9c\u00e9demment d\u00e9crit, c&rsquo;est de lui qu&rsquo;il convient de dire un mot de plus.<\/a> Le laboratoire blanc. O\u00f9 l&rsquo;autrice fit appara\u00eetre une figure dont elle tarde \u00e0 faire un personnage. La figure d&rsquo;une petite fille, d&rsquo;une jeune fille de quatorze ans possiblement, ou de quinze ans plut\u00f4t, ou de seize, malheureusement. Il y a tout en elle encore de l&rsquo;enfant, dans cet ind\u00e9fini o\u00f9 elle se trouve, cette sorte d&rsquo;ind\u00e9fini, dans ce pourtant excessivement f\u00e9minin, petite fille, jeune fille, m\u00eame si la jeune fille est plus p\u00e9nible \u00e0 \u00e9voquer, qui dans son exploration de ce lieu blanc, d\u00e9couvre une trappe au plafond, la soul\u00e8ve, y monte, s&rsquo;y installe et alors ressent ce terrible d\u00e9sir de rester l\u00e0, cach\u00e9e, dans cette soupente, de ne plus r\u00e9appara\u00eetre. Au monde ne reste que ce d\u00e9sir, qui prend tout, et ce d\u00e9sir est blanc, aussi blanc que le laboratoire, il est sans sentiment, sans sensation, sans couleur, neutre, il s&rsquo;impose \u00e0 elle, et durant une heure, peut-\u00eatre plus, elle reste l\u00e0, assise dans la p\u00e9nombre, ayant referm\u00e9 la trappe derri\u00e8re elle. Et si elle est jeune fille, alors elle se sent, je la sens l\u00e0 tr\u00e8s petite fille encore. Dans ce lieu-l\u00e0, elle est petite fille. Elle redevient, elle retourne. Et ce qu&rsquo;elle serait comme jeune fille, serait refoul\u00e9, compl\u00e8tement. Quelque chose \u00e9ventuellement comme tout le malheur d&rsquo;\u00eatre jeune fille, comme cette sorte d&rsquo;horreur, ou d\u2019ext\u00e9riorit\u00e9 \u00e0 soi. Que cela vous arrive, que des choses se soient mises \u00e0 vous arriver.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand elle se mure dans le mur, quand elle se terre sous le toit, elle redevient petite fille. Elle rejoint quelque chose de son \u00eatre. Et elle a l&rsquo;id\u00e9e de ce fantasme qui consisterait \u00e0 pouvoir voir sans \u00eatre vue. Cela la prend, cette terrible envie qui consisterait \u00e0 voir tout son saoul et \u00e0 n&rsquo;\u00eatre pas vue. <\/p>\n\n\n\n<p>Tout \u00e7a est neutre, irr\u00e9el, silencieux. Irr\u00e9el est le bon mot. <\/p>\n\n\n\n<p>Maintenant, il faudrait arriver \u00e0 sortir de ce laboratoire. Je ne suis pas s\u00fbre que ce soit sa m\u00e8re \u00e0 la petite fille, \u00e0 la jeune fille, \u00e0 la jeune Blanche, qui soit venue la chercher. Non elle est redescendue de sa cachette, et sera remont\u00e9e, mine de rien, rejoindre sa famille.<\/p>\n\n\n\n<p>Travers\u00e9 le d\u00e9p\u00f4t, pris les escaliers, grimp\u00e9, pass\u00e9 l&rsquo;atelier, grimp\u00e9, le palier, la porte, sa clenche m\u00e9tallique, ouverte. Et tout de suite, l&rsquo;impatience du p\u00e8re \u00e0 son \u00e9gard, l&rsquo;exasp\u00e9ration exprim\u00e9e, c&rsquo;est bien vrai qu&rsquo;elle est devenue jeune fille, la petite n&rsquo;\u00e9veillait pas cette exasp\u00e9ration. L&rsquo;impatience \u00e0 cause de son retard. Elle ne dit rien, elle traverse le salon, elle les rejoint \u00e0 table o\u00f9 ils \u00e9taient 4 \u00e0 l&rsquo;attendre.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc, il y a le p\u00e8re dont il va falloir dire quelque chose, et on le tentera, m\u00eame s&rsquo;il semble bien que tout son personnage, \u00e0 lui, tienne dans ce mot : p\u00e8re. Que ce mot-l\u00e0 \u00e0 lui seul suffirait \u00e0 le d\u00e9signer, \u00e0 le faire appara\u00eetre, qui est-il, il est le p\u00e8re, il est d&rsquo;ailleurs barbu.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il faut d&rsquo;abord, encore que je vous dise quelque chose de la pr\u00e9sence de Blanche, fant\u00f4me \u00e0 elle-m\u00eame et devenue jeune fille, abondamment, excessivement, toute encombr\u00e9e de son corps, dont elle ma\u00eetrise et jouit pourtant parfaitement de la conduite, de la manipulation int\u00e9rieure, ce corps qui dit d&rsquo;elle plus et autre chose qu&rsquo;elle n&rsquo;en sait elle-m\u00eame, ce corps qui de l&rsquo;int\u00e9rieur <em>conna\u00eet les r\u00f4les<\/em>, les r\u00f4les qu&rsquo;il est \u00e0 sa port\u00e9e et \u00e0 son plaisir d&rsquo;adopter, ce corps adopte toutes sortes d&rsquo;attitudes qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas loin d&rsquo;observer comme les autres, \u00e9berlu\u00e9e, muette. Quel corps joue-t-il, rejoue-t-il? De l&rsquo;int\u00e9rieur, il invente. Des attitudes, des postures, qui sont plus fortes qu&rsquo;elle et qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas loin d&rsquo;admirer, elle adopte ce qui s&rsquo;impose \u00e0 elle, et qu&rsquo;il lui est physiquement agr\u00e9able d&rsquo;adopter. Une arrogance, disons.<\/p>\n\n\n\n<p>Une arrogance, principalement. Qui lui vient de ce corps de jeune fille. Dont il n&rsquo;est pas du tout dit qu&rsquo;elle l&rsquo;aime. Mais il a toutes sortes de capacit\u00e9 de jeu, de <em>cosplay<\/em>, et il faut qu&rsquo;elle se d\u00e9fende. On n&rsquo;en dira pas plus pour le moment, mais tout ce que son corps est devenu la met sur la d\u00e9fensive, l&rsquo;y oblige.<\/p>\n\n\n\n<p>Et alors que c&rsquo;est vraiment en fant\u00f4me qu&rsquo;elle a grimp\u00e9 les escaliers, d\u00e8s qu&rsquo;elle a pouss\u00e9 la porte, qu&rsquo;elle a entendu les protestations du p\u00e8re, tout le r\u00f4le s&rsquo;est mis en place, a pris possession de son corps en jambes, en fesses, en ventre, en seins, en cou, en yeux, en cheveux. Et par dessus tout, en v\u00eatements extravagants.<\/p>\n\n\n\n<p>Lui, le p\u00e8re, \u00e0 ce moment-l\u00e0, c&rsquo;est comme s&rsquo;il n&rsquo;y avait que lui dans la pi\u00e8ce, qui l&rsquo;attend de tout sa masse d&rsquo;exasp\u00e9ration, depuis sa place \u00e0 la table,. C&rsquo;est comme s&rsquo;il n&rsquo;y avait que lui et elle, elle qui s&rsquo;avance, sur ses talons de quinze centim\u00e8tres, et qui va prendre sa place \u00e0 elle, en bout de table, en face de sa m\u00e8re. <\/p>\n\n\n\n<p>Une arrogance, un zeste de triomphe, habillent un ab\u00eeme de silence. Elle est montagne d&rsquo;indiff\u00e9rence.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est l&rsquo;heure pour l&rsquo;auteure de reboire un caf\u00e9 et d&rsquo;aller se coucher. Vas-y vas-y, \u00e7a suffit.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, il y a encore quelque chose que je voulais dire, \u00e0 propos de Blanche dans la soupente, il y a la pens\u00e9e, le souvenir qui lui revient d&rsquo;une autre petite fille. Qui fut jeune fille. Aussi dans une soupente, dans un grenier. Dont elle avait lu le livre \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole. C\u00e9tac\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une autre nuit, une autre nuit parisienne, en trombes la pluie tombe \u00e0 un m\u00e8tre de celle qui \u00e9crit fen\u00eatres d&rsquo;\u00e9t\u00e9 ouvertes. Au&nbsp;bout de la rue s&rsquo;entendent les battements sourds et r\u00e9p\u00e9titifs d&rsquo;une f\u00eate. \u00c9crire dans la perte de la langue. \u00c9crire dans son b\u00e9gaiement. \u00c9crire depuis ce qu&rsquo;il y a, non depuis ce qu&rsquo;il devrait y avoir. 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