{"id":134300,"date":"2023-08-15T09:18:36","date_gmt":"2023-08-15T07:18:36","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=134300"},"modified":"2023-08-15T09:18:37","modified_gmt":"2023-08-15T07:18:37","slug":"ete-2023-04-bis-l-la-petite-fille-a-la-fleur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-04-bis-l-la-petite-fille-a-la-fleur\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e9 2023 #04 bis l la petite fille \u00e0 la fleur"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1 &#8211; C\u2019est l\u2019\u00e9t\u00e9, la m\u00e8re a sorti son appareil photo. C\u2019est un Nikon argentique FM2. Si il lui arrive parfois de prendre des photos en couleur c\u2019est cependant rare. Elle pr\u00e9f\u00e8re se r\u00e9server pour le noir et blanc qu\u2019elle d\u00e9veloppe dans la cave cuisine o\u00f9 elle a install\u00e9 un petit labo.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cet \u00e9t\u00e9-l\u00e0, elle fait des photos de la petite fille. Elle a un an et demi. Elle la photographie dans le jardin. Le jardin est petit mais joli, il est \u00e0 front de rue. Le jardin est ensoleill\u00e9 et entour\u00e9 d\u2019une grille en fer forg\u00e9 noir. La maison est tr\u00e8s particuli\u00e8re. A bien des \u00e9gards elle ressemble \u00e0 un ancien octroi ou m\u00eame \u00e0 un temple grec. La porte d\u2019entr\u00e9e est centrale, il y a une vol\u00e9e d\u2019escaliers de pierre qui y m\u00e8ne. Une petite rocaille la borde. La porte d\u2019entr\u00e9e est enti\u00e8rement vitr\u00e9e. Des vitraux bleu de Venise. L\u2019entr\u00e9e est bord\u00e9e de deux imposantes colonnes doriques de pierre. Elles soutiennent un balcon au premier \u00e9tage. La fa\u00e7ade de la maison est presque carr\u00e9e. Un petit \u00e9tage. Un toit en trap\u00e8ze.<br>La m\u00e8re photographie la petite fille debout parmi de grandes marguerites. Son visage est tout rond. Elle a des cheveux courts et clairs. Elle est v\u00eatue d\u2019une robe de coton en vichy clair. Sur le devant de la robe, une fleur stylis\u00e9e est brod\u00e9e. Dans la main droite, elle tient aussi une fleur. Elle serre la tige du bout des doigts et la regarde d\u2019un air un peu renfrogn\u00e9. Dans un d\u00e9cor de grandes marguerites une petite fille tenant \u00e0 la main une fleur porte une robe dont l\u2019avant est brod\u00e9\u2026 d\u2019une fleur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2 &#8211; Et\u00e9 suivant, la m\u00e8re a ressorti son appareil. On passe quelques jours chez un ami. Un ami du p\u00e8re. C\u2019est un homme plut\u00f4t surprenant, il a beaucoup d\u2019humour. Mais son humour tourne vite au sarcasme, il peut \u00eatre piquant, voire enrag\u00e9 \u00e0 ses heures. Il vit avec femme et enfants dans un manoir tr\u00f4nant au centre d\u2019un village de province. Une maison de ma\u00eetre entour\u00e9e d\u2019une grille haute et noire et d\u2019un vaste jardin \u00e0 la fran\u00e7aise. Il y a dans le domaines d\u2019anciennes \u00e9curies, et un garage \u00e0 cal\u00e8che. L\u2019ami, c\u2019est plut\u00f4t les voitures \u00e0 moteur qui l\u2019int\u00e9ressent. Il a fait construire, tout \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du garage \u00e0 cal\u00e8che, un hangar en t\u00f4les ondul\u00e9es dans lesquelles il entrepose sa collection d\u2019anc\u00eatres, de vieilles Citro\u00ebn qu\u2019il r\u00e9pare et restaure depuis des ann\u00e9es. On le voit d\u00e8s le matin d\u00e9ambuler en bleu de travail graisseux \u00e0 travers le jardin et le domaine. Par-dessus le bleu, un visage \u00e9maci\u00e9 aux yeux vifs et grin\u00e7ants qui se terrent derri\u00e8re de fines lunettes aux verres ovales, le menton est enfoui sous un bouc noir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette ann\u00e9e-l\u00e0 aussi, la s\u00e9rie de photos est prise \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. Ce sont \u00e0 nouveau des photos de la petite fille. Elle a cette fois deux ans et demi. Elle est assise dans une voiturette \u00e0 p\u00e9dales, un mod\u00e8le de course et parcourt les all\u00e9es du jardin, des all\u00e9es de terre battue. Elle glisse, lentement, entre les jardinets carr\u00e9s entour\u00e9s de buis. La m\u00e8re r\u00e9alise une s\u00e9rie de portraits. Dans l\u2019immobilit\u00e9 des instant fix\u00e9s par les clich\u00e9s, on sent le mouvement de la voiture qui la grise. Le sentiment de puissance que l\u2019on a \u00e0 faire avancer ce petit bolide. La petite fille, cheveux clairs et courts, yeux vifs, conduit avec une joie intense la voiturette. Elle porte une blouse \u00e0 carreaux, une sorte de tablier d\u2019enfant en tissus de cr\u00eape structur\u00e9. On voit ses mains qui s\u2019accrochent avec t\u00e9nacit\u00e9 au volant de plastique noir. On aper\u00e7oit le chiffre 23 sur le devant du capot allong\u00e9 de la voiture. Sur l\u2019une des photos, la fillette a le visage concentr\u00e9 sur la conduite, la t\u00eate l\u00e9g\u00e8rement en avant, les sourcils fronc\u00e9s. A l\u2019arri\u00e8re-plan, la fa\u00e7ade de briques rouges de la maison, c\u00f4t\u00e9 jardin, une vigne vierge s\u2019accrochant aux murs, des volets blancs ouverts sur chacune des fen\u00eatres, une deux-chevaux, gar\u00e9e devant une des portes et plus loin, un cadre de moustiquaire d\u00e9pos\u00e9 contre un soupirail. Devant la porte arri\u00e8re centrale menant sur le jardin, une porte en bois \u00e0 deux battants surmont\u00e9e d\u2019une marquise de verre soutenue par deux colonnes de fonte blanches, un portique de balan\u00e7oire sur lequel un enfant, de dos se balance. Une deuxi\u00e8me photo de la s\u00e9rie montre la petite fille de profil. Toujours au volant de la voiture. On la dirait qui r\u00eave en regardant la route au loin, sa bouche est entrouverte, quelques m\u00e8ches de ses cheveux volent au vent. Derri\u00e8re la voiturette, une haie de buis basse, fine (elle ne doit pas exc\u00e9der les 60 centim\u00e8tre de haut). Dans le jardinet que la haie encadre, une rang\u00e9e de jonquilles en fleur. Sur la droite de la photo, un vieux banc de bois peint. Puis la deux-chevaux encore et un arbre au loin. Un marronnier peut-\u00eatre. Sur la troisi\u00e8me photo, la petite fille, toujours au volant de la voiturette (mais elle semble \u00e0 l\u2019arr\u00eat cette fois) regarde la m\u00e8re avec des yeux \u00e9tonn\u00e9s. Sa bouche est ouverte, une bouche toute ronde comme celle d\u2019un poisson, \u00e7a cr\u00e9e dans la photo comme un trou, un trou noir qui happe le regard. On y lit le myst\u00e8re de la vie toute enti\u00e8re v\u00e9cu par un fillette qui d\u00e9couvre peu \u00e0 peu les joies intenses de l\u2019existence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3 &#8211; C\u2019est l\u2019\u00e9t\u00e9. La m\u00e8re a sorti son Nikon argentique FM2. Elle photographiera la petite fille. Toujours aucune photo du fils. Ni du p\u00e8re. Juste la fille sur les photos. Cette fois, et pour la seule fois, la photo sera en couleur. Il fait chaud, \u00e7a se sent \u00e0 la blancheur de la lumi\u00e8re presqu\u2019aveuglante qui tombe sur le corps et le visage de la petite fille. La photo a d\u00fb \u00eatre recoup\u00e9e car elle est haute et \u00e9troite. D\u2019une dimension inhabituelle. En arri\u00e8re-fond on aper\u00e7oit l\u2019avant d\u2019un ch\u00e2teau de style moyen\u00e2geux. Les pierres sont en gros moellons brun rouille, les tours, circulaires et cr\u00e9nel\u00e9es. Les fen\u00eatres, nombreuse, sont petites. Au sol, un parterre de graviers blancs. A l\u2019avant-plan et sur la gauche de la photo, la petite fille (elle doit \u00e0 pr\u00e9sent avoir 3 ans et demi) est assise. Elle doit \u00eatre assise sur un muret bas mais on ne l\u2019aper\u00e7oit pas sur la photo. La petite fille porte une robe jaune canari. Une robe tr\u00e8s courte au tissus pliss\u00e9. La robe est sans manches. Une robe qui fait penser aux ann\u00e9es soixante, septante, au Swinging London. La petite porte toujours les cheveux courts. Elle a le visage tourn\u00e9 vers l\u2019appareil photo. Elle tient \u00e0 la main une fleur, peut-\u00eatre une fleur de carotte sauvage. Juste derri\u00e8re elle, on aper\u00e7oit d\u2019ailleurs quelques m\u00eames fleurs qui pointent. La petite fille, le regard malicieux, tend la fleur vers l\u2019appareil photo, vers le spectateur ou la spectatrice ou vers la m\u00e8re. M\u00eame si le geste semble spontan\u00e9, il y a quelque chose de fabriqu\u00e9 dans la photo, on sent la mise en sc\u00e8ne. La petite fille fait penser aux figures de certains tableaux anciens ; renaissance italienne ou primitifs flamands. La petite fille a le regard franc, ouvert, et une fois que la photo est accroch\u00e9e au mur, on constate que quel que soit l\u2019endroit de la pi\u00e8ce o\u00f9 l\u2019on se trouve, son regard vous suit et vous parle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">4 &#8211; C\u2019est l\u2019\u00e9t\u00e9. Jardin de l\u2019ami du p\u00e8re. L\u2019homme aux voitures anciennes. La petite fille a grandi, elle doit avoir 4 ans et demi. Elle a chang\u00e9, C\u2019est \u00e0 pr\u00e9sent une enfant, une jeune personne, ses cheveux ont pouss\u00e9. Elle a cette ann\u00e9e-l\u00e0 une coupe au carr\u00e9. Ses jambes se sont allong\u00e9es. On la voit grimper dans un arbre, un cerisier. Derri\u00e8re elle, un peu plus haut dans l\u2019arbre, un autre enfant, on ne voit pas son visage, juste le bas de son corps, c\u2019est probablement son grand fr\u00e8re. La fillette porte une culotte short et un petit pull clair dont les manches sont l\u00e9g\u00e8rement retrouss\u00e9es. Son corps est de dos, cach\u00e9 par le feuillage. Son visage de trois-quart. C\u2019est probablement a l\u2019appel de la m\u00e8re qu\u2019elle s\u2019est retourn\u00e9e vers l\u2019objectif. Le visage de la fille est barbouill\u00e9. De jus de cerise probablement. Les yeux ont quelque chose de sauvage, d\u2019animal.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">5 &#8211; Encore l\u2019\u00e9t\u00e9. Les parents ont lou\u00e9 pour quelques semaines un ch\u00e2teau dans le Jura. Alors que le parement en ciment du ch\u00e2teau s\u2019effrite doucement, on passe dans les jardins des journ\u00e9es paresseuses. La m\u00e8re prend la fille en photo. Cette ann\u00e9e-l\u00e0 elle a 5 ans et demi et la m\u00e8re la fait poser nue. Sur la premi\u00e8re photo, elle est install\u00e9e sur la large main courante d\u2019une balustrade en pierres naturelles qui fait le pourtour d\u2019une terrasse et d\u2019une coursive suspendue qui s\u2019avance au-dessus du verger. La fillette est assise sur la pierre recouverte par endroit de mousse s\u00e9ch\u00e9e. Une jambe est allong\u00e9e et l\u2019autre est repli\u00e9e vers elle. Elle a les mains pos\u00e9e sur le genoux pli\u00e9. Les mains sont \u00e9tonnamment pr\u00e9sentes, pleines d&rsquo;une volont\u00e9 propre. Alors que le visage, lui, est l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9tourn\u00e9, comme ailleurs, absent. Dans l\u2019arri\u00e8re fond, on aper\u00e7oit une colline bois\u00e9e, en creux de vall\u00e9e, un chemin. On a la sensation d\u2019un lieu hors du temps et de la civilisation. On sait cependant que cette qui\u00e9tude ne durera pas, que le domaine tr\u00e8s bient\u00f4t sera vendu. Que le ch\u00e2teau, lui, sera ras\u00e9. Et que le domaine fera place \u00e0 un zoning industriel dont une usine de mat\u00e9riaux plastiques. Sur une deuxi\u00e8me photo, la fillette est cette fois assise sur une chaise ancienne, en m\u00e9tal rouill\u00e9 par endroits. La chaise est plac\u00e9e devant la balustrade dont les balustres ont des pieds ventrus. La fillette est assise sur une de ses jambes repli\u00e9e sous elle. Une de ses mains tient le rebord de la chaise, l\u2019autre est pos\u00e9e sur le genoux de la jambe d\u00e9pli\u00e9e. Elle a le torse de face. Ses cheveux ont \u00e9t\u00e9 peign\u00e9s pour l\u2019occasion. Ses yeux ne fixent pas l\u2019objectif mais se d\u00e9tournent l\u00e9g\u00e8rement, regardant vers le haut. Pour la troisi\u00e8me pose, la petite fille est adoss\u00e9e \u00e0 un arbre dans le verger. Son visage et son regard \u00e0 nouveau se d\u00e9tournent de l\u2019objectif, une de ses main est plac\u00e9e sur son \u00e9paule nue, cachant ainsi son torse, l\u2019autre main, elle, pend \u00e0 proximit\u00e9 de son sexe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur toutes ces photos o\u00f9 la m\u00e8re lui a demand\u00e9 de prendre la pose, la petite fille semble tr\u00e8s \u00e0 l\u2019aise. Une sorte de naturel, de sauvagerie douce se d\u00e9gage d\u2019elle. La petite fille para\u00eet se mouvoir assez naturellement dans cette atmosph\u00e8re de pr\u00e9sence absence induite par les regards et le corps qui se d\u00e9tournent. Face \u00e0 la d\u00e9marche plus artistique de la m\u00e8re, on cherche peut-\u00eatre \u00e0 d\u00e9crypter, lire les images qu\u2019elle compose. En comprendre le r\u00e9cit, la narration. Les r\u00e9f\u00e9rences. On chercher peut-\u00eatre aussi \u00e0 les rapprocher de figures qui traversent l\u2019art du portrait photographique ou pictural anciens. Ou \u00e0 les remettre en contexte. Les ann\u00e9es septante, l\u2019\u00e9mergence du mouvement hippies. La mise en avant de la nudit\u00e9 comme symbole de lib\u00e9ration des corps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">6 &#8211; Toujours l\u2019\u00e9t\u00e9. La m\u00e8re une fois encore n\u2019a photographie que la fille. La fille, cette ann\u00e9e-l\u00e0 a 6 ans et demi. Cette fois il n\u2019y a qu\u2019une seule photo. Et elle est prise non en ext\u00e9rieur comme les autres mais \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un tram. La photo est floue. La fillette a les cheveux l\u00e9g\u00e8rement plus longs. Elle porte une robe courte orn\u00e9e de fruits. Elle ne donne pas son regard \u00e0 l\u2019objectif. Son visage est ferm\u00e9, le corps l\u00e9g\u00e8rement repli\u00e9 sur lui-m\u00eame ne laisse \u00e0 voir qu\u2019une petite main riv\u00e9e, agripp\u00e9e \u00e0 l\u2019accoudoir du si\u00e8ge. Pourtant ce jour-l\u00e0, on prend le tram pour la premi\u00e8re fois. Cet \u00e9t\u00e9-l\u00e0 on est partis \u00e0 trois. La m\u00e8re et les deux enfants. Pas de ch\u00e2teaux ni de d\u00e9pendances, on s\u2019est rendus en Alsace. On loue un petit bungalow en moellons de ciment dans un village de vacances, des vacances organis\u00e9es. Quelques mois plus t\u00f4t tout a bascul\u00e9. Le p\u00e8re est parti avec l\u2019\u00e9tudiante, laissant la m\u00e8re dans la d\u00e9sesp\u00e9rance la plus grande. La vie sans le p\u00e8re n\u2019est plus la m\u00eame. Elle a \u00e0 pr\u00e9sent un arri\u00e8re go\u00fbt de silence et de vide. Il a emport\u00e9 avec lui quelque chose de joyeux et de fou qu\u2019on ne saura comment retrouver.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">7 &#8211; Cet \u00e9t\u00e9-l\u00e0 pas de photos. La m\u00e8re a sombr\u00e9 peu \u00e0 peu dans une tristesse indicible. Il n\u2019y aura plus de nouvelles traces photographiques de la petite fille. Au retour des derni\u00e8res vacances, la m\u00e8re a rang\u00e9 l\u2019appareil photo dans son \u00e9tui de cuir noir. Un Nikon argentique FM2 avec cellule int\u00e9gr\u00e9e. Elle l\u2019a rang\u00e9 dans le fond de sa garde-robe. Il lui arrivera peut-\u00eatre de caresser l\u2019\u00e9tui de temps en temps. Mais sans plus. Elle dira sans doute des ann\u00e9es plus tard avec regrets &#8211; \u00ab&nbsp;un jour, je ne sais plus comment, j\u2019ai perdu ma cr\u00e9ativit\u00e9, j\u2019\u00e9tais cr\u00e9ative pourtant avant\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 &#8211; C\u2019est l\u2019\u00e9t\u00e9, la m\u00e8re a sorti son appareil photo. C\u2019est un Nikon argentique FM2. Si il lui arrive parfois de prendre des photos en couleur c\u2019est cependant rare. Elle pr\u00e9f\u00e8re se r\u00e9server pour le noir et blanc qu\u2019elle d\u00e9veloppe dans la cave cuisine o\u00f9 elle a install\u00e9 un petit labo. 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