{"id":134517,"date":"2023-08-18T18:10:01","date_gmt":"2023-08-18T16:10:01","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=134517"},"modified":"2023-08-18T18:10:02","modified_gmt":"2023-08-18T16:10:02","slug":"ete2023-02bis-jokari","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-02bis-jokari\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #02bis | Jokari"},"content":{"rendered":"\n<p>L&rsquo;immeuble ressemble \u00e0 un paquebot, large, d\u00e9bordant de terrasses, l&rsquo;une d&rsquo;elles s&rsquo;avance dans la rue, donnant l&rsquo;air \u00e0 ceux qui y ont acc\u00e8s de se tenir sur la proue d&rsquo;un bateau d\u00e9fiant le tumulte urbain, la porte d&rsquo;entr\u00e9e est situ\u00e9e au bout de la fa\u00e7ade, si bien qu&rsquo;il faut longer tout l&rsquo;immeuble dont les nombreuses fen\u00eatres, \u00e0 hauteur de nombril, sont toutes prot\u00e9g\u00e9es par des barreaux en fer, c&rsquo;est ainsi depuis les \u00e9v\u00e9nements, mais fait notable, ici, ce n&rsquo;est pas seulement celles du rez-de-chauss\u00e9e, mais l&rsquo;ensemble des fen\u00eatres qui sont barricad\u00e9es telles des cages \u00e0 oiseaux \u00e0 taille humaine pour emp\u00eacher qu&rsquo;on y entre, ou qu&rsquo;on en sorte peut-\u00eatre, dans le cadre de l&rsquo;une d&rsquo;elle, une petite fille est accroupie, ses deux jambes balan\u00e7ant \u00e0 travers les ouvertures, battant une mesure sourde \u00e0 travers les barreaux, ses pieds fr\u00f4lant qui s&rsquo;en approcherait. L&rsquo;immeuble s&rsquo;ouvre sur un hall cath\u00e9drale, le plafond est haut, tr\u00e8s sombre, la lumi\u00e8re peinant \u00e0 entrer par la porte comparativement petite,la rang\u00e9e de boites aux lettres indique le chemin vers les escaliers, certaines, \u00e9ventr\u00e9es, sont gorg\u00e9es de cadavres de cigarettes et de petites boulettes de papier grima\u00e7antes et jaunies, le temps du courrier n&rsquo;existe plus, le temps tout court ne semble plus compter ici o\u00f9 les habitants semblent aussi utiliser les escaliers comme d\u00e9potoir, vide-poches, gratte-semelles&#8230; et il n&rsquo;y a aucune marche immacul\u00e9e dans tous ces d\u00e9dales. D\u00e8s la fin de la premi\u00e8re vol\u00e9e d&rsquo;escaliers, on se rend vite compte que l&rsquo;immeuble est labyrinthique, si bien qu&rsquo;il semble compos\u00e9 de plusieurs bouts d&rsquo;immeubles, comme si on l&rsquo;avait rafistol\u00e9. Plusieurs chemins sont possibles : une cour \u00e0 droite, au niveau du premier \u00e9tage, entour\u00e9e de trois murs de cinq ou six \u00e9tages environ, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 une porte qui donne acc\u00e8s \u00e0 d&rsquo;autres escaliers qui se dessinent dans l&rsquo;obscurit\u00e9, \u00e0 gauche un corridor offre plusieurs possibilit\u00e9s : un ascenseur sombre et d\u00e9saffect\u00e9, un escalier en colima\u00e7on, et au bout un autre escalier sur la droite, le couloir est long et il ne compte que 3 appartements, si bien que ce lieu qui d&rsquo;abord offre des \u00e9chapp\u00e9es diverses et inconnues, comme en expansion continue, d&rsquo;un coup r\u00e9duit, se resserre, comme un \u00e9lastique sur lequel on aurait tir\u00e9 un peu trop fort et reprendrait son \u00e9tat initial. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;elle se sent, arriv\u00e9e devant cette porte, contre laquelle, ses pas, les volont\u00e9s d&rsquo;un autre, le hasard, l&rsquo;ont accul\u00e9e ce jour-l\u00e0. <\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir appuy\u00e9 sur la sonnette, cri de chardonneret en cage, et n&rsquo;entendant aucun signe de r\u00e9action, ou de vie \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;appartement, aucun froissement de v\u00eatement, aucun pas pr\u00e9cipit\u00e9, aucun pied ne semblant fouler le sol, elle h\u00e9site \u00e0 frapper  sur la grande porte en fer, ajour\u00e9e dans sa partie sup\u00e9rieure, \u00e0 travers laquelle on peut voir que se cache une autre porte, cette fois-ci en bois, c&rsquo;est ainsi ici, depuis les \u00e9v\u00e9nements, il y a toujours deux portes aux maisons, la premi\u00e8re est grande, d\u00e9passant le cadre de la porte, elle est anonyme, le nom de famille grav\u00e9 sur une plaque, quand il n&rsquo;en a pas \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9 pour plus de s\u00e9curit\u00e9, se trouve souvent encore sur la porte en bois, la vuln\u00e9rable, celle qui laisse entrer dans l&rsquo;intimit\u00e9, et puis il y a cette sonnette qui ajoute comme un autre seuil, qui rend le fait de frapper \u00e0 la porte trop intrusif, d&rsquo;abord le son de la sonnette et puis si personne ne r\u00e9pond, quelques coups furtifs, discrets, doux,-essayer de ne pas faire peur, ne pas taper trop fort, ne pas cogner comme le font les autres. Elle h\u00e9site \u00e0 frapper, et pourtant, elle a travers\u00e9 toute la ville pour ce moment, sous le soleil plombant du d\u00e9but d&rsquo;apr\u00e8s-midi, dans la moiteur du milieu de l&rsquo;\u00e9t\u00e9, son corps entier est collant et elle sent toutes les salissures de la ville agripp\u00e9es \u00e0 sa peau, elle se sent grise \u00e0 pr\u00e9sent, ou plut\u00f4t sa peau lui parait fl\u00e9trie, fan\u00e9e, comme les murs de la ville qu&rsquo;on laisse le soleil d\u00e9vorer sans jamais les rafraichir, elle se dit que les gens ici sont \u00e0 l&rsquo;image des lieux qu&rsquo;ils habitent, dess\u00e9ch\u00e9s et laiss\u00e9s pour morts. C&rsquo;est peut-\u00eatre ce qui la frappe le plus, ici la vie de personne ne semble compter. <\/p>\n\n\n\n<p>Elle frappe. <\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;immeuble ressemble \u00e0 un paquebot, large, d\u00e9bordant de terrasses, l&rsquo;une d&rsquo;elles s&rsquo;avance dans la rue, donnant l&rsquo;air \u00e0 ceux qui y ont acc\u00e8s de se tenir sur la proue d&rsquo;un bateau d\u00e9fiant le tumulte urbain, la porte d&rsquo;entr\u00e9e est situ\u00e9e au bout de la fa\u00e7ade, si bien qu&rsquo;il faut longer tout l&rsquo;immeuble dont les nombreuses fen\u00eatres, \u00e0 hauteur de nombril, <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-02bis-jokari\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#\u00e9t\u00e92023 #02bis | Jokari<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":80,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4604,4525],"tags":[],"class_list":["post-134517","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-02bis-jokari","category-ete-2023-du-roman"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/134517","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/80"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=134517"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/134517\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=134517"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=134517"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=134517"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}