{"id":134524,"date":"2023-08-20T10:14:31","date_gmt":"2023-08-20T08:14:31","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=134524"},"modified":"2023-08-20T10:14:33","modified_gmt":"2023-08-20T08:14:33","slug":"ete2023-08bis-le-noir-tremble","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-08bis-le-noir-tremble\/","title":{"rendered":"##\u00e9t\u00e92023 #08bis | le noir tremble"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019encre luit au creux de la pierre. D\u2019un noir brillant qu\u2019un rayon oblique vient aveugler. Le pinceau s\u2019y abreuve. La porte d\u2019entr\u00e9e entrouverte, il suffit de la pousser un peu. Il reste quelques secondes immobile dans la p\u00e9nombre sous le souffle du grand ventilateur. Une goutte s\u2019\u00e9chappe du pinceau gorg\u00e9 d\u2019encre. Elle fait glisser sa pointe sur l\u2019\u00e9pais grammage. La trame cis\u00e8le les nervures d\u2019un s\u00e9pale. <em>Encore une gueule d\u2019iris<\/em>. Il gravit l\u2019escalier en colima\u00e7on. Sa hanche le fait souffrir. Il traverse leur chambre puis entre dans son petit bureau. Elle peint une autre fleur, un peu en retrait de l\u2019iris noir. Ses p\u00e9tales sont plus clairs car l\u2019encre se rar\u00e9fie, offre des transparences \u00e0 ses dessins. Elle n\u2019utilise plus de couleurs. Juste le blanc du papier, le noir de l\u2019encre et ses ombres infinies. Il regarde les empilements de livres au pied des biblioth\u00e8ques et sur le bureau. Il inspire l\u2019odeur fade de la poussi\u00e8re, h\u00e9site, attrape un recueil de po\u00e8mes. Elles arrivent devant la petite maison, la plus jeune avec une poussette \u00e9quip\u00e9e d\u2019une ombrelle. Un panneau rond figurant un pinceau tremp\u00e9 dans un encrier est accroch\u00e9 par une boucle en ficelle \u00e0 la poign\u00e9e de la porte d\u2019entr\u00e9e entrouverte. En le voyant, les trois femmes protestent, s\u2019exclament de d\u00e9pit. L\u2019encre nourrit des capillarit\u00e9s minuscules sur le pourtour de la montagne que le pinceau a trac\u00e9. Elle s\u2019ass\u00e8che et s\u2019estompe dans l\u2019ombre port\u00e9e des nuages sur les flancs abrupts. Il referme le livre, le repose en soupirant. Tout lui est devenu lourd. Les phrases entrent comme des lames dans sa poitrine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le noir goutte, il d\u00e9vale la pente dans un torrent bouillonnant. Elle canalise ses rigoles entre des rochers. Le noir s\u2019estompe en transparences, se superpose en profondeurs. Il se profile en arri\u00e8re-plan un paysage qu\u2019elle n\u2019attendait pas. La jeune m\u00e8re ajuste l\u2019ombrelle pour prot\u00e9ger le visage du b\u00e9b\u00e9 qui dort dans la poussette. Ses deux amies l\u2019incitent \u00e0 traverser la rue avec elles pour aller se r\u00e9fugier \u00e0 l\u2019ombre d\u2019un magnolia. Il n\u2019arrive plus \u00e0 lire. Au bout de quelques minutes quelque chose le tord, un n\u0153ud de douleur et d\u2019angoisse. Il quitte son bureau et descend au rez-de-chauss\u00e9e. Elle souffle sur la feuille de papier, la redresse presque \u00e0 la verticale. Un paysage de montagnes s\u2019est \u00e9rig\u00e9 derri\u00e8re les iris en gros plan. Le panneau rond au pinceau signifie qu\u2019elle travaille dans son atelier et ne veut pas \u00eatre d\u00e9rang\u00e9e. Les trois femmes sont d\u00e9\u00e7ues, elles esp\u00e9raient passer l\u2019apr\u00e8s-midi chez Mirna \u00e0 jouer aux dominos en buvant du th\u00e9 glac\u00e9. Il fait quelques pas sur la v\u00e9randa, il h\u00e9site puis il s\u2019avance vers le petit jardin de pierres. Elle observe son travail, le paysage de montagnes derri\u00e8re les iris rappelle les estampes anciennes mais en plus stylis\u00e9. Elle est perplexe, les trac\u00e9s lui plaisent mais quelque chose manque \u00e0 la composition. \u00c0 l\u2019ombre du grand magnolia, les trois femmes parlent toutes en m\u00eame temps, elles trouvent que Mirna prend ses distances&nbsp;&nbsp; <em>elle exag\u00e8re tout de m\u00eame&nbsp;&nbsp;&nbsp; on ne la voit plus&nbsp;<em>&nbsp;<\/em> bien s\u00fbr elle a besoin de s\u2019isoler pour travailler&nbsp;&nbsp;<em>&nbsp;<\/em>mais une petite partie de <a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-03bis-1-2-3-et-4\/\">dominos&nbsp;&nbsp; <\/a>et si on entrait quand m\u00eame&nbsp;? <em>&nbsp;<\/em>elle a peut-\u00eatre oubli\u00e9 de retirer son panneau&nbsp;?<\/em> En prenant soin de marcher seulement sur les pierres plates qui forment un chemin en pointill\u00e9s, il est arriv\u00e9 au centre du jardin. L\u00e0 une spirale de graviers blancs s\u2019enroule autour d\u2019un trou. Une spirale admirable. \u00c0 force de s\u2019\u00e9gosiller dans l\u2019ombre moite du magnolia, elles finissent par avoir soif et d\u00e9cident d\u2019aller se rafra\u00eechir \u00e0 la terrasse du Purple Bar. Il aimerait plonger ses mains dans les graviers blancs, les brasser, les soulever mais \u00e9videmment il ne voudrait pas troubler les courbes sublimes dessin\u00e9es par Mirna. Et s\u2019il saisissait malgr\u00e9 tout les graviers \u00e0 pleines mains et ruinait les trac\u00e9s trop parfaits de sa femme&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le noir tremble dans l\u2019encrier. La secousse est l\u00e9g\u00e8re mais tout de m\u00eame perceptible. Les verres cliqu\u00e8tent dans la cuisine. Il sent la vibration du sol, attend quelques secondes. Il ouvre le r\u00e9frig\u00e9rateur, des flacons de sauce se sont renvers\u00e9s. Il saisit la th\u00e9i\u00e8re glac\u00e9e et la pose sur la table. Les femmes quittent l\u2019ombre des arbres et se recroquevillent au centre du square. La jeune m\u00e8re peine \u00e0 r\u00e9primer de petits cris, son b\u00e9b\u00e9 continue de dormir. Le noir tremble au bout du pinceau. Elle pose la pointe des poils gorg\u00e9s d\u2019encre sur la feuille. Le papier boit le liquide sombre qui bave dans ses anfractuosit\u00e9s. Elle laisse se dessiner un arbre dans le tremblement du monde, ses feuilles bruissent dans le vent d\u2019\u00e9t\u00e9. Il sort du placard deux petites tasses orn\u00e9es de fleurs rouges et les place sur un petit plateau avec la th\u00e9i\u00e8re. Une onde de grondement sourd parcourt la ville. Des sir\u00e8nes de police se d\u00e9clenchent dans le lointain. Le noir se dilue dans l\u2019eau, ses rigoles se dissolvent sous le jaillissement du robinet. Il y a toujours du noir qui sort de la base des poils serr\u00e9s. Elle laisse son pinceau tremper un instant dans un petit verre \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un long vase \u00e9troit o\u00f9 survit une fleur d\u2019iris. Il frappe \u00e0 la porte de l\u2019atelier. Mirna lui ouvre, \u00e9tonn\u00e9e de le voir, de le voir apporter du th\u00e9 glac\u00e9. Il pose le plateau sur la table, verse le th\u00e9 dans les petites tasses. Il jette son regard sur la feuille qu\u2019elle vient de peindre, ses yeux p\u00e9tillent. <em>Son regard d\u2019autrefois<\/em>. Ils se sourient, surpris, en prenant les tasses de th\u00e9. Les femmes se rel\u00e8vent, l\u2019alerte est pass\u00e9e. <em>J\u2019ai eu si peur, j&rsquo;ai paniqu\u00e9, excusez-moi.<\/em> La jeune m\u00e8re prend dans ses bras l\u2019enfant qui vient de se r\u00e9veiller. Il est encore loin le Purple Bar.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019encre luit au creux de la pierre. D\u2019un noir brillant qu\u2019un rayon oblique vient aveugler. Le pinceau s\u2019y abreuve. La porte d\u2019entr\u00e9e entrouverte, il suffit de la pousser un peu. Il reste quelques secondes immobile dans la p\u00e9nombre sous le souffle du grand ventilateur. Une goutte s\u2019\u00e9chappe du pinceau gorg\u00e9 d\u2019encre. <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-08bis-le-noir-tremble\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">##\u00e9t\u00e92023 #08bis | le noir tremble<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":48,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4858,4525],"tags":[3881,47],"class_list":["post-134524","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-08bis-fractales-sardines-a-lhuile","category-ete-2023-du-roman","tag-k","tag-ville"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/134524","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/48"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=134524"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/134524\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=134524"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=134524"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=134524"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}