{"id":1346,"date":"2019-06-16T21:18:57","date_gmt":"2019-06-16T19:18:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=1346"},"modified":"2019-06-19T12:21:23","modified_gmt":"2019-06-19T10:21:23","slug":"le-grain-du-sable","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/le-grain-du-sable\/","title":{"rendered":"Le grain du sable"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"682\" src=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/oyat-1024x682.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1824\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/oyat-1024x682.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/oyat-420x280.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/oyat-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/oyat.jpg 1181w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n<p>Dormir dans les dunes, sur la plage d&rsquo;\u00c9denville, c&rsquo;est un nom de pays qu&rsquo;on n&rsquo;invente pas, les yeux dans l&rsquo;horizon, dans le grain du sable, nos corps de quinze ans les uns contre les autres, il peut faire froid la nuit sur la plage, surtout que le feu est \u00e9teint maintenant, imprimer son corps dans le sable, bosseler le sable pour poser la t\u00eate, jouer avec le sable qui glisse entre les doigts, \u00e9couter le ressac, le bruit plus fort de la mer dans l\u2019obscurit\u00e9, le bruit des oiseaux de nuit dont on ne reconna\u00eet pas le chant, on n&rsquo;a pas le droit de dormir sur le sol de la dune, sur la plage contre le corps de Simon, on le prononce \u00e0 l&rsquo;anglaise<em> Sa\u00efmone,<\/em> de Bradford-On-Avon en vacances chez les voisins mitoyens de la maison d&rsquo;enfance, l&rsquo;humidit\u00e9 de la nuit perce le duvet, perce les v\u00eatements, l&rsquo;illusion de la chaleur contre le corps de Simon, tenir la nuit \u00e9veill\u00e9e \u00e0 guetter sa respiration, sur le sable ferme de la dune, puis les yeux dans l&rsquo;horizon vert d&rsquo;oyat, c&rsquo;est l&rsquo;iode de la mar\u00e9e du matin qui charrie le varech qui nous saisit, apr\u00e8s l&rsquo;aube on voit l&rsquo;archipel gris de Chausey dans l&rsquo;horizon bleu, d\u00e9coller du sol le corps pesant du manque de sommeil, on quitte l&#8217;empreinte du corps, l&rsquo;humidit\u00e9 de la dune, rentrer au petit matin et d\u00e9j\u00e0 trouver ma m\u00e8re lanc\u00e9e dans le m\u00e9nage, pendant que la maisonn\u00e9e dort c&rsquo;est ce qu&rsquo;elle pr\u00e9f\u00e8re \u00e0 la fra\u00eeche, \u00e0 grande eau elle lave le sol, il faut toujours laver, parce que \u00e7a rentre de partout et <em>si je ne le fais pas tous les jours et bien je ne m&rsquo;en sors pas tu comprends<\/em>, et si je veux l&rsquo;aider je ne peux pas, <em>tu t&rsquo;y prends mal de toute fa\u00e7on, ce sol c&rsquo;est une vraie merde,<\/em> je ne sais comment faire sur la pointe des pieds, je sens bien que je d\u00e9range, il faut \u00e9viter les flaques sur les tomettes rouges ou sur le terrazzo brillant du salon de Bastia, je suis le chien dans un jeu de quille dans le d\u00e9cor apocalyptique du m\u00e9nage, les meubles vernis acajou empil\u00e9s depuis le sol jusqu&rsquo;au plafond, le d\u00e9sordre pour mieux remettre l&rsquo;ordre, l&rsquo;odeur chimique du d\u00e9poussi\u00e9rant, surtout se d\u00e9barrasser du sable qu&rsquo;on rapporte chaque jour coll\u00e9 sous les pieds, gliss\u00e9s dans l&rsquo;interstice de la corde tress\u00e9e des espadrilles, dans les joints de caoutchouc des tongs, <em>tu choisis bien ton moment file dans ta chambre<\/em>, le rouge qui monte au front, elle veut juste faire le vide, c&rsquo;est une obsession le vide, l&rsquo;eau qui avale le sable coll\u00e9, l&rsquo;eau qui engloutit l&rsquo;angoisse, je m&rsquo;ennuie et j&rsquo;aurais mieux fait de rester \u00e0 Brunoy avec lui, j&rsquo;enrage de passer l&rsquo;\u00e9t\u00e9 l\u00e0-haut, prisonni\u00e8re de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 en famille au village, dans la contemplation de mes pieds sur le sol de lauze de la petite terrasse, les fourmis rampantes sur le vert des pierres de lauze, la chaleur \u00e7a g\u00eane pas les fourmis, je crois qu&rsquo;elles me narguent, je voudrais bien comme elles dispara\u00eetre, glisser dans les anfractuosit\u00e9s des pierres, m&rsquo;esquiver, ramper fourmi, je regarde mes pieds, mon corps lourd de chaleur qui voudrait se coucher sur la fra\u00eecheur d&rsquo;un sol de cave, prisonnier dans la s\u00e9cheresse de juillet en montagne, alors de rage mon pied droit se soul\u00e8ve du sol pour \u00e9craser les fourmis, une \u00e0 une, et chaque fois que mon pied retombe sur la lauze je jette une insulte silencieuse contre la pierre, de rage, \u00e0 l&rsquo;adresse de ce qui me retient de quitter le sol.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dormir dans les dunes, sur la plage d&rsquo;\u00c9denville, c&rsquo;est un nom de pays qu&rsquo;on n&rsquo;invente pas, les yeux dans l&rsquo;horizon, dans le grain du sable, nos corps de quinze ans les uns contre les autres, il peut faire froid la nuit sur la plage, surtout que le feu est \u00e9teint maintenant, imprimer son corps dans le sable, bosseler le sable <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/le-grain-du-sable\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">Le grain du sable<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":186,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[38],"tags":[],"class_list":["post-1346","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2019-01-une-phrase-des-sols"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1346","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/186"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1346"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1346\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1346"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1346"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1346"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}