{"id":134874,"date":"2023-08-23T18:16:10","date_gmt":"2023-08-23T16:16:10","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=134874"},"modified":"2023-08-23T18:21:04","modified_gmt":"2023-08-23T16:21:04","slug":"ete2023-09-i-sources-derivees","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-09-i-sources-derivees\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #09 et 9bis I Sources d\u00e9riv\u00e9es."},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/DC22FB73-1799-40D0-8663-3D6B57726A52-1024x819.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-134875\" style=\"width:590px;height:472px\" width=\"590\" height=\"472\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/DC22FB73-1799-40D0-8663-3D6B57726A52-1024x819.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/DC22FB73-1799-40D0-8663-3D6B57726A52-420x336.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/DC22FB73-1799-40D0-8663-3D6B57726A52-768x614.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/DC22FB73-1799-40D0-8663-3D6B57726A52-1536x1229.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/DC22FB73-1799-40D0-8663-3D6B57726A52-2048x1638.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 590px) 100vw, 590px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Marie na\u00eet \u00e0 Perl\u00e9, elle y effectue ses premiers pas, souffre ses premi\u00e8res dents, dit ses premiers mots (<em>Mamm, Papp, g\u00e4r hunn\u2026<\/em>), esquisse ses premi\u00e8res \u00e9corchures aux genoux et griffes au visage, y tresse ses premi\u00e8res nattes, porte les pots \u00e0 lait, le lard, les \u0153ufs. Des bases nutritionnelles. Tr\u00e8s t\u00f4t, couteau dans la poche. Elle apprend hors des livres le sens profond du mot Guerre, la rationnement et l&rsquo;ind\u00e9terminisme. <em>Per ignem<\/em>\u2026 <em>Deo sine nihil<\/em>. \u00c0 six ans sa famille traverse la Premi\u00e8re averse Mondiale du si\u00e8cle. Marie f\u00eate ses trente-deux ans lors de la Seconde, \u00e0 cent quatre-vingt-cinq kilom\u00e8tres de sa terre natale, dans le giron rebelle du Coin du Balais. Accueillie par une tribu d&rsquo;essence anarchiste, les marolliens du sud. Entre ces deux anniversaires, elle assiste aux embrasements, court, se cache, pleure, chantonne en boucle <em>Den Hunn ass fr\u00e4kt<\/em> (Le coq est mort), accouche de trois enfants, dont une petite fille \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, se marie. Son \u00e9poux, Pierre, ne quitte que tr\u00e8s peu son atavique Boitsfort car de tout temps la for\u00eat de Soignes \u00e9touffe les bruits de bottes, la connerie et les abjections politiques. Membre \u00e0 part enti\u00e8re de la tribu d&rsquo;essence anarchiste d\u00e9vots de <em>Greef Valloke<\/em>, paille et b\u00fbcher. \u00c0 huit ans sa famille traverse la Premi\u00e8re averse Mondiale du si\u00e8cle, il f\u00eate ses trente-quatre ans lors de la Seconde, il partage sa vie avec Marie, sa pr\u00e9sence tendre d&rsquo;exil\u00e9e de cent quatre-vingt-cinq kilom\u00e8tres de sa terre natale. Ils vivent unis dans le giron du Coin du Balai. Entre ces deux anniversaires, il assiste aux embrasements, \u00e9pouse Marie, accompagne la naissance de trois enfants, dont une petite fille \u00e9ph\u00e9m\u00e8re que le couple enterre \u00e0 Perl\u00e9, dans un minuscule cimeti\u00e8re o\u00f9 les fleurs continuent \u00e0 pousser et le paysage n&rsquo;a rien perdu de son myst\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Du village de Perl\u00e9 au lointain n\u00e9ant, une route \u00e9troite en \u00e9tat de d\u00e9labrement constant, rupture paysag\u00e8re unilat\u00e9rale, masque la po\u00e9tique des anciens fl\u00e2neurs. L&rsquo;\u00e9miettage de ce rev\u00eatement pauvre prouve qu&rsquo;aucune r\u00e9v\u00e9lation ne r\u00e9siste \u00e0 l&rsquo;usure. Sous le bitume pr\u00e9vaut l&rsquo;enti\u00e8re noblesse. Ce coup de cutter en direction de l&rsquo;horizon ne manifeste aucune de ses destinations possibles. Il faut errer ind\u00e9finiment afin de percevoir les contours de cette topographie instable, indivis\u00e9e, d&rsquo;en ressentir l&rsquo;hymne tellurique subtil et ses infinies pulsations, en soi, pour soi, haute pouss\u00e9e du <em>Deo sine nihil<\/em>. Au-del\u00e0 de l&rsquo;impression de pointillisme suicid\u00e9, la marche r\u00e9v\u00e8le une g\u00e9ographie en ab\u00eeme vibratile. Une anecdote cartographique qui s\u00e9pare sans force ni conviction le territoire des ombres de la voie des moissons r\u00e9cursives. Il suffit d&rsquo;un pas pour que se produisent les d\u00e9calages, pour que le fr\u00eale bitume plonge dans un abysse optique. Deux pas et les droites se courbent, se multiplient, fuient en tous sens. Trois pas pour tomber, quatre pour l&rsquo;exode. \u00c0 droite, au tr\u00e8s loin, s&rsquo;\u00e9tend une dense for\u00eat de sapins, fra\u00eeches de myst\u00e8res, de sources d\u00e9rob\u00e9es et de l&rsquo;odeur fortes des majestueuses pourritures. Royaume sombre des myc\u00e9liums et tapis de mousses, v\u00e9n\u00e9r\u00e9 par l&rsquo;omnipr\u00e9sente ros\u00e9e. Du c\u00f4t\u00e9 gauche, un cimeti\u00e8re aux proportions minuscules, \u00e0 fleur de ciel et des \u00e9l\u00e9ments. Ici il n&rsquo;y a pas de myst\u00e8re, l&rsquo;orientation des pierres tombales ne trompe que les touristes. Les habitants de ce village meurent-ils encore ? Aucune expansion. Autre particularit\u00e9 de ce lieu de recueillement : un muret bas, franchissable par tous les genoux, des plus jeunes au plus fatigu\u00e9s. Les morts de ce village vivent-ils encore ?<\/p>\n\n\n\n<p>De cendres et de sang, la terre de cette r\u00e9gion r\u00e9siste, nourrit ses \u00e2mes, le souffle fort.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9t\u00e9 1977. Du c\u00f4t\u00e9 gauche une vache s&rsquo;affranchit d&rsquo;une cl\u00f4ture, court sur cette route. Dans l&rsquo;axe, un v\u00e9hicule souille les limites de la vitesse raisonnable. Ces transgressions s&rsquo;unissent en un impact sourd de t\u00f4le et de cuir, la lourde masse percute le pare-brise, le d\u00e9fonce. A deux cent m\u00e8tres de l\u00e0, l&rsquo;un des petits-fils de Marie dort sur la banquette arri\u00e8re d&rsquo;une Volvo Amazone. Il r\u00eave de ciel vert, de violents orages, d&rsquo;invasions extra-terrestres. Il s&rsquo;\u00e9veille avec un rien de panique mais ne comprend pas ce ressenti, il ne comprend pas d&rsquo;ailleurs grand-chose aux langage des \u00e9motions. Il lit, il compte, il \u00e9crit, dessine, mais ignore le sens de ses tumultes int\u00e9rieurs. La Volvo s&rsquo;arr\u00eate, quelques m\u00e8tres avant la collision, sur la voie qui m\u00e8ne de Perl\u00e9 \u00e0 l&rsquo;horizon, le cimeti\u00e8re \u00e0 port\u00e9e de regard. Une dizaine de quidams s&rsquo;agitent, cela cause fort, accent germanique lent, surarticul\u00e9. Le gamin observe sans comprendre les constellations mouvantes dessin\u00e9es sur le visage du couple de touristes allemands, victime et bourreau de l&rsquo;accident. Des \u00e9clats de verre enfonc\u00e9s dans le visages, le sang coule lentement et \u00e0 contresens, les droites se courbent, se multiplient, fuient en tous sens. De la vache, aucun souvenir.<\/p>\n\n\n\n<p>La terre de cette r\u00e9gion se nourrit des larmes, le souffle fort.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Marie na\u00eet \u00e0 Perl\u00e9, elle y effectue ses premiers pas, souffre ses premi\u00e8res dents, dit ses premiers mots (Mamm, Papp, g\u00e4r hunn\u2026), esquisse ses premi\u00e8res \u00e9corchures aux genoux et griffes au visage, y tresse ses premi\u00e8res nattes, porte les pots \u00e0 lait, le lard, les \u0153ufs. Des bases nutritionnelles. Tr\u00e8s t\u00f4t, couteau dans la poche. 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