{"id":134885,"date":"2023-08-25T12:14:44","date_gmt":"2023-08-25T10:14:44","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=134885"},"modified":"2023-08-25T12:14:45","modified_gmt":"2023-08-25T10:14:45","slug":"ete2023-04-un-present-peut-en-cacher-un-autre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-04-un-present-peut-en-cacher-un-autre\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #04 | un pr\u00e9sent peut en cacher un autre"},"content":{"rendered":"\n<p>C\u2019est \u00e0 cet endroit pr\u00e9cis qu\u2019elle arrive, quand le soleil est \u00e0 l\u2019horizon, affaibli, il va bient\u00f4t disparaitre, <em><strong>il est bient\u00f4t temps de rentrer pour Baya et ses s\u0153urs<\/strong> <\/em>il est au loin et sa lumi\u00e8re, occup\u00e9e \u00e0 creuser de nouveaux sillons de couleurs dans le ciel, \u00e9largissant sa palette, nuan\u00e7ant la r\u00e9alit\u00e9, n\u2019aveugle plus, c\u2019est \u00e0 ce moment pr\u00e9cis qu\u2019elle arrive, quand il a rejoint la ligne ultime et que ses rayons ne forment plus qu\u2019un couloir scintillant et qui d\u00e9coupe la mer en deux, <strong><em>Baya insiste pour un dernier plongeon, elle tire Bahia par la main, \u00ab\u00a0\u00e7a va \u00eatre dr\u00f4le, allez viens\u00a0\u00bb, Bahia jette un regard vers leur a\u00een\u00e9e, qui n&rsquo;a pas quitt\u00e9 sa serviette depuis leur arriv\u00e9e avant midi, <\/em><\/strong>c\u2019est \u00e0 cet endroit pr\u00e9cis qu\u2019elle arrive, pieds nus sur le sable d\u2019abord, elle avance dans l\u2019eau et vers le soleil, d\u00e9fiant son \u0153il myope, c\u2019est un face-\u00e0-face presque d\u00e9loyal, elle sur ses deux pieds, lui&nbsp;: rampant, roulant, fuyant, c\u2019est \u00e0 ce moment qu\u2019elle arrive quand, le soleil forme des vaguelettes de lumi\u00e8res sur l\u2019eau, <em><strong>apr\u00e8s avoir v\u00e9rifi\u00e9 que leur p\u00e8re ne les voyait pas, elles se pr\u00e9cipitent, toutes les deux, vers l&rsquo;eau,<\/strong><\/em> que les lumi\u00e8res clapotent, elle s\u2019approche, les joues brouill\u00e9es par l\u2019eau de ses yeux qui coulent, si loin, si bien qu\u2019elle en go\u00fbte le sel, elle avance dans l\u2019eau qui continue son roulement infini, elle se demande ce qu\u2019elle doit faire maintenant, maintenant qu\u2019elle sait, maintenant que son pass\u00e9 a d\u00e9ferl\u00e9 sur elle, et que les digues ont c\u00e9d\u00e9, elle avait esp\u00e9r\u00e9 la v\u00e9rit\u00e9, elle l\u2019imaginait vaste et large comme l\u2019horizon, mais elle avait creus\u00e9 en son c\u0153ur des entailles profondes et terribles, c\u2019est \u00e0 ce moment qu\u2019elle arrive et plonge dans ce couloir d\u2019iode et photons, les yeux ferm\u00e9s,<strong><em> elles plongent toutes deux, apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre mouill\u00e9 la nuque en riant, comme font les vieilles a dit Baya, elles plongent et leurs mains enlac\u00e9es se serrent un cran pus fort au contact de l&rsquo;eau, l&rsquo;excitation est partag\u00e9e, le bonheur invincible de ce milieu d&rsquo;\u00e9t\u00e9 ne peut \u00eatre plus r\u00e9el, plus fort,<\/em><\/strong> elle glisse, sentant contre ses mollets l\u2019eau comme des doigts s\u2019agripper, sa peau fr\u00e9missant, ressentant les diff\u00e9rences de temp\u00e9rature entre les eaux encore illumin\u00e9es par les feux du soleil croupissant, et celles d\u00e9j\u00e0 assombries et plus profondes, la nuit s\u2019y \u00e9tant d\u00e9j\u00e0 install\u00e9e&nbsp;; c\u2019est \u00e0 cet endroit pr\u00e9cis qu\u2019elle arrive&nbsp;; pour son premier plongeon cet hiver, comme elle aimait le faire plus jeune apr\u00e8s les longues journ\u00e9es d&rsquo;\u00e9t\u00e9, le dernier plongeon vol\u00e9 \u00e0 la mer, \u00e0 la vie, \u00e0 son p\u00e8re qui l\u2019appelait pour rentrer, reprenant la route la peau craquel\u00e9e, mordue par les chaleurs des bords de mer, c\u2019est ici qu\u2019elle aime plonger, c\u2019est l\u00e0 qu\u2019elle se sent vivante, entre ces eaux multiples, \u00e0 d\u00e9sirer encore un plongeon comme si la journ\u00e9e n&rsquo;avait pas suffi, comme si les autres ne comptaient pas et c&rsquo;\u00e9tait celui qu&rsquo;elle pouvait emporter avec elle, comme si tout \u00e9tait encore possible, comme si la vie se d\u00e9multipliait, \u00e0 ce moment pr\u00e9cis d&rsquo;entre-deux, de lumi\u00e8re et d&rsquo;ombres, comme si elle se retrouvait effectivement entre deux mondes, qui se touchent sans jamais se m\u00e9langer, <em>barzakh<\/em>, elle se jette t\u00eate la premi\u00e8re, dans un seul mouvement, arc de cercle qui la pr\u00e9cipite face contre sable, puis elle se hisse de nouveau \u00e0 la surface par la force de ses mains contre ce fond, \u00e0 cet endroit, elle se d\u00e9gage des eaux d\u2019un coup d\u2019\u00e9paule et se remet debout, jette un regard vers la terre, un regard \u00e0 la d\u00e9rob\u00e9e et confiant, comme une bravade \u00e0 ceux qui restent, l<strong><em>es deux s\u0153urs sortent de l&rsquo;eau en m\u00eame temps, en riant, regardent derri\u00e8re elle pour v\u00e9rifier que le bord n&rsquo;est pas si loin, que leur famille les attend toujours,<\/em><\/strong> sur le sable, sur le bord, \u00e0 l\u2019or\u00e9e de la mer, au seuil, ne go\u00fbtant pas sa largesse, elle, elle sourit \u00e0 la mer, et commence \u00e0 nager cette fois en restant \u00e0 la surface&nbsp;; elle est seule&nbsp;; l\u2019eau glisse de son dos \u00e0 ses pieds, ses bras, l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre, vont chercher loin devant, ses yeux piquent au contact du sel, elle avance, ses pieds battant la mesure, elle compte, un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, ne respire pas, reprend, un\u2026deux\u2026trois\u2026quatre, respire l\u00e9g\u00e8rement, en mettant le nez dehors \u00e0 peine un instant, un caprice&nbsp;; elle n\u2019est plus comme les autres, elle, elle fait partie des mondes souterrains, elle \u00e9chappe aux lois naturelles, mais c\u2019est \u00e0 ce moment pr\u00e9cis qu\u2019elle comprend qu\u2019elle ne se laissera pas mourir, qu\u2019elle n\u2019arrivera pas \u00e0 s\u2019enliser, que la mer la porte, elle ouvre la bouche sous l\u2019eau et crie, elle crie pour elle seule, elle pousse un cri, elle vomit ce hurlement, qu\u2019elle garde \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019elle-m\u00eame depuis qu\u2019elle sait, depuis qu\u2019elle a compris, qui lui lac\u00e9rait les entrailles, qui livrait une lutte contre ses propres intestins, son corps ne fait plus qu\u2019un avec l\u2019immensit\u00e9 qu\u2019elle c\u00e9l\u00e8bre&nbsp;; elle ne mourra pas ce soir.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 cet instant pr\u00e9cis, elle danse&nbsp;; on ne lui enl\u00e8vera pas ce qu\u2019elle aura dans\u00e9&nbsp;; quand elle est ici, \u00e0 cet endroit pr\u00e9cis, elle est lib\u00e9r\u00e9e, elle est seule et nombreuse, elle est ses s\u0153urs, elle est Bahia et Rabi&rsquo;a, la fougue de l&rsquo;une et la rage de l&rsquo;autre, les cris de l&rsquo;une et les silences de l&rsquo;autre, sa peau est chair et eau, son corps devient un monde, non pas une \u00eele \u00e9tanche, ni une \u00e9pave qui flotte, mais bien une goutte parmi les gouttes, son corps est continu\u00e9 par la mer,&nbsp;il devient un bras, un affluent qui a rejoint l\u2019oc\u00e9an, on ne la distingue bient\u00f4t plus, le soleil ayant quitt\u00e9 la partie. La mer se rafraichit et se terre, \u00e0 peine murmurante, dans les caves de la nuit. <em><strong>On doit rentrer maintenant, on est parties beaucoup trop loin<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p><a id=\"_msocom_1\"><\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est \u00e0 cet endroit pr\u00e9cis qu\u2019elle arrive, quand le soleil est \u00e0 l\u2019horizon, affaibli, il va bient\u00f4t disparaitre, il est bient\u00f4t temps de rentrer pour Baya et ses s\u0153urs il est au loin et sa lumi\u00e8re, occup\u00e9e \u00e0 creuser de nouveaux sillons de couleurs dans le ciel, \u00e9largissant sa palette, nuan\u00e7ant la r\u00e9alit\u00e9, n\u2019aveugle plus, c\u2019est \u00e0 ce moment pr\u00e9cis <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-04-un-present-peut-en-cacher-un-autre\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#\u00e9t\u00e92023 #04 | un pr\u00e9sent peut en cacher un autre<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":80,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4673,4525],"tags":[],"class_list":["post-134885","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-04-superposer-le-temps","category-ete-2023-du-roman"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/134885","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/80"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=134885"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/134885\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=134885"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=134885"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=134885"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}