{"id":135228,"date":"2023-08-29T00:19:16","date_gmt":"2023-08-28T22:19:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=135228"},"modified":"2023-08-29T17:35:21","modified_gmt":"2023-08-29T15:35:21","slug":"ete-2023-09bis-plages-decoute","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-09bis-plages-decoute\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #09bis | Plages d&rsquo;\u00e9coute"},"content":{"rendered":"\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p>Quelques plages d\u2019\u00e9coute et autres points de voix&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Pas une semaine sans descendre \u00e0 la Fnac \u00e9couter de la musiques, souvent les sorties chroniqu\u00e9es dans les Inrocks, Magic. En acheter si possible, \u00e0 la fin du mois. C\u2019\u00e9tait comme un rituel. Surtout \u00e0 la Saint Christoly. Apr\u00e8s le d\u00e9m\u00e9nagement, l\u2019agrandissement rue Sainte Catherine, ce n\u2019\u00e9tait plus pareil. Fini l\u2019\u00e9coute libre.<\/li>\n\n\n\n<li>\u00c0 la Sainte Catherine, le plafond semble plus haut. Mais il n\u2019y a peut-\u00eatre pas de plafond, une structure m\u00e9tallique, de lignes \u00e9lectriques plus ou moins masqu\u00e9es par la lumi\u00e8re des spots qu\u2019elles alimentent. Il y avait des spots \u00e0 la Saint Christoly, mais un cran plus bas, encastr\u00e9s dans des caissons blancs ou quelque chose comme \u00e7a.<\/li>\n\n\n\n<li>Il y a cette dr\u00f4le de pochette, un fond rose, plut\u00f4t p\u00e2le, et deux personnages comme sortis de chez Disney, mais d\u00e9tourn\u00e9s, bleu ciel \u00e0 bords noirs, un faon regardant derri\u00e8re lui un petit lapin mont\u00e9 sur ses pattes, de sorte que son nez se retrouve presque au niveau du toupet arri\u00e8re de son ami, qui rel\u00e8ve plus de l\u2019appendice basal que du cache-mis\u00e8re. Et pas de titre.<\/li>\n\n\n\n<li>Fini l\u2019<em>easy listening<\/em>. On n\u2019\u00e9coute plus les disques \u00e0 l\u2019envi. Il doit bien y avoir encore quelques bornes pour \u00e9couter tel ou tel disque mis en avant, mais l\u2019aspect m\u00e9diath\u00e8que a disparu. Parce qu\u2019un jour, \u00e0 la Saint Christoly, en abattant le mur de disques d\u2019une niche (transform\u00e9 en gondoles dans l\u2019all\u00e9e centrale&nbsp;?), ils ont install\u00e9 une esp\u00e8ce de kiosque avec deux ou trois disquaires \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Tu donnais n\u2019importe quel disque, on \u00f4tait les \u00e9tiquettes prix et code-barres, coll\u00e9es sur le rebord du comptoir int\u00e9rieur, on d\u00e9chirait la cellophane et glissait le disque dans le lecteur et on te pr\u00eatait des \u00e9couteurs. Trois boutons devant toi pour passer \u00e0 la plage suivante, revenir en arri\u00e8re, mettre en pause et lire. \u00c7a ne fonctionnait pas toujours. C\u2019est qu\u2019il y en avait du monde, \u00e0 force, \u00e0 solliciter les lecteurs. La lecture pouvait sauter. Et l\u2019\u00e9coute termin\u00e9e, on remettait le disque dans le bo\u00eetier ou la pochette, on le glissait dans une sorte de plastifieuse o\u00f9 il se retrouvait sous vide, on recollait les \u00e9tiquettes et on te le remettait. Libre \u00e0 toi d\u2019acheter ou de le reposer dans le bac. Ou d\u2019\u00e9couter autre chose.<\/li>\n\n\n\n<li>D\u2019une niche \u00e0 l\u2019autre, on faisait de dr\u00f4les d\u2019associations. Un jour, Duras a fini par \u00e9couter Miossec. Lui, dans <em>Boire<\/em>, il chantait&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Je vous t\u00e9l\u00e9phone encore, ivre mort au matin \/ Car aujourd&rsquo;hui c&rsquo;est la Saint-Valentin \/ Et je me rem\u00e9more notre nuit tr\u00e8s bien \/ Comme un crabe d\u00e9j\u00e0 mort \/ Tu t&rsquo;ouvrais entre mes mains \/ Ceci est mon v\u0153u, ceci est ma pri\u00e8re \/ Je te la fais les deux genoux \u00e0 terre \/ Non non non non non \/ Non non non non non \/ Je ne suis plus saoul \/ Un peu \u00e0 bout, c&rsquo;est rien \/ Moi je crois en toi \/ C&rsquo;est tout<\/em>.&nbsp;\u00bb Et elle, elle a \u00e9crit, dans <em>La Vie mat\u00e9rielle<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;On manque d\u2019un dieu. Ce vide qu\u2019on d\u00e9couvre un jour d\u2019adolescence rien ne peut faire qu\u2019il n\u2019ait jamais eu lieu. L\u2019alcool a \u00e9t\u00e9 fait pour supporter le vide de l\u2019univers, le balancement des plan\u00e8tes, leur rotation imperturbable dans l\u2019espace, leur silencieuse indiff\u00e9rence \u00e0 l\u2019endroit de votre douleur. L\u2019homme qui boit est un homme interplan\u00e9taire. C\u2019est dans un espace interplan\u00e9taire qu\u2019il se meut. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019il guette.&nbsp;\u00bb On ne fait pas attention \u00e0 \u00e7a sur le moment, mais on devrait, et prendre des notes.<\/li>\n\n\n\n<li>Quand je dis descendre, c\u2019\u00e9tait vraiment descendre. \u00c0 la Saint Christoly, le magasin \u00e9tait au sous-sol. On entrait dans la galerie marchande, on descendait par un escalator. Il n\u2019y avait presque rien d\u2019autre autour. Et d\u2019un espace \u00e0 l\u2019autre, des films d\u2019horreur aux livres de cuisine (je me demande avec le recul s\u2019il n\u2019y avait pas une sym\u00e9trie insoup\u00e7onn\u00e9e), on avait justement l\u2019impression de tourner, comme si le magasin s\u2019\u00e9tendait en arc de cercle, les caisses pour pivot. Mais, fait aussi de niches en vis-\u00e0-vis, \u00e0 peu pr\u00e8s (rock ind\u00e9pendant, litt\u00e9rature sentimentale, etc.), de part et d\u2019autre de l\u2019all\u00e9e centrale, plus ou moins, le trajet pouvait devenir labyrinthique. D\u2019autant qu\u2019il fallait sortir de l\u2019espace Livres, Musique, Films, Jeux pour gagner l\u2019autre espace, Technologie. On a simplifi\u00e9 tout \u00e7a \u00e0 la Sainte Catherine. Aujourd\u2019hui, on n\u2019y descend plus, on y monte. On entre dans l\u2019espace Papeterie, et on prend les escalators pour acc\u00e9der aux autres espaces sur deux \u00e9tages immenses, organis\u00e9s en zones rectangulaires, plus ou moins grandes, ouvertes les unes aux autres. Pas d\u2019all\u00e9e centrale, pas de lieu pivot, de l\u2019<em>open space<\/em>.<\/li>\n\n\n\n<li>Un jour, au kiosque \u00e0 disques de la Christoly, pour en \u00e9couter une poign\u00e9e, un grand type aux cheveux longs \u00e0 c\u00f4t\u00e9, poivre et sel, chemisette \u00e0 carreaux, des bras comme \u00e7a, n\u2019arr\u00eatait pas de me lorgner. \u00c0 la fin de mon \u00e9coute, quand je retire les \u00e9couteurs et tends le concert de Joy Division aux Bains Douches du 18 d\u00e9cembre 1979&nbsp;: <em>Tu peux y aller les yeux ferm\u00e9s&nbsp;! J\u2019y \u00e9tais. Un truc de malade. Un concert qu\u2019a d\u00e9gag\u00e9 une sacr\u00e9e \u00e9nergie. La batterie fulminait tellement parfois, une tuerie sur Transmission, que la basse arrivait pas toujours \u00e0 suivre. Tu vas voir, c\u2019est fissur\u00e9 et accident\u00e9 de partout. La basse trop haute au milieu d\u2019un morceau, l\u2019enregistrement radio qui saute, la balance fauss\u00e9e sur les sons \u00e9lectros suraigus, sous acide. J\u2019sens encore la peau battue de la caisse claire sous le feu des baguettes et des guitares satur\u00e9es d\u2019\u00e9lectrons au d\u00e9but de Shadowplay. Les yeux ferm\u00e9s&nbsp;!<\/em> Et il s\u2019en va comme \u00e7a, battant encore la mesure d\u2019un petit mouvement de t\u00eate.<\/li>\n\n\n\n<li>Les caisses \u00e0 la Catherine, c\u2019est \u00e0 l\u2019\u00e9tage et ce sont des files d\u2019attente serpentines, entre les poteaux de guidage \u00e0 sangles r\u00e9tractables. Quand on a pay\u00e9, on est encore dans le magasin et il faut descendre pour en sortir. Et il y a toujours un ou deux MIB aux entr\u00e9es-sorties du rez-de-chauss\u00e9e pour vous scanner du regard. Les caisses \u00e0 la Christoly marquaient la sortie du magasin. C\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 un peu plus facile pour les voleurs, m\u00eame si la course depuis le sous-sol avec les MIB, pour remonter dans la galerie marchande et en sortir, \u00e7a ne devait pas \u00eatre si simple. Et quand il y avait du monde, la queue se faisait toute seule, toute droite, \u00e0 couper l\u2019all\u00e9e centrale, et remonter jusque dans la niche de je ne sais quels genres de livres.<\/li>\n\n\n\n<li>1997, ann\u00e9e vide, d\u00e9but du service, point de bascule, entre Sciences et Lettres, qui pour \u00e9couter <em>Ladies and gentlemen we are floating in space <\/em>de Spiritualized&nbsp;? Un des auteurs de <em>Dix<\/em>, le recueil de nouvelles des Inrocks, pour la rentr\u00e9e litt\u00e9raire (puisque c\u2019est toujours d\u2019actualit\u00e9)&nbsp;? Despentes, <em>C\u2019est dehors, c\u2019est la nuit<\/em>&nbsp;? \u00c9ric Faye, <em>Je suis le gardien du phare<\/em>&nbsp;? Zagdanski, <em>Impact<\/em>&nbsp;? Dominique Meens, <em>La D\u00e9monstration du gr\u00e8be&nbsp;<\/em>: ses strates textuelles en vis-\u00e0-vis, d\u2019abord, l\u2019une relevant du dialogue et l\u2019autre du r\u00e9cit, entrecoup\u00e9es de plages, ou de niches, po\u00e9tiques. (\u00c0 n\u2019y rien comprendre.)<\/li>\n\n\n\n<li>Il y avait beaucoup de spots. Il y a toujours beaucoup de spots. Mais si \u00e7a semble clair partout \u00e0 la Catherine, on trouvait quelques zones d\u2019ombre dans les niches de la Christoly. Notamment derri\u00e8re les gros piliers porteurs. Et va savoir pourquoi, des fois, un spot n\u2019\u00e9clairait pas le pr\u00e9sentoir, mais tes pieds et t\u2019aveuglait.<\/li>\n\n\n\n<li>Le lecteur, dans la Fiat, c\u2019\u00e9tait un portatif qui fermait mal, branch\u00e9 \u00e0 l\u2019autoradio cr\u00e9pit\u00e9 par un cordon jack. Il n\u2019aimait pas les virages serr\u00e9s et finissait par terre la gueule ouverte. \u00c0 l\u2019appart, c\u2019\u00e9tait une minicha\u00eene radio-cassette-disque, ou un gros poste nasillard, Toka\u00ef. Il portait bien son nom&nbsp;: pour certains disques \u00e7a toquait, \u00e7a frottait, \u00e7a faisait un petit bruit d\u2019h\u00e9lice. Les guitares satur\u00e9es couvraient bien le volume mont\u00e9 assez fort, pas trop \u00e0 cause du gr\u00e9sillement. Mais Nirvana, ray\u00e9 des nanosillons, a fini par y passer. (J\u2019en ai un autre.)<\/li>\n\n\n\n<li>Une fois, une jeune caissi\u00e8re m\u2019a demand\u00e9 si je connaissais bien, si je voulais vraiment acheter ce disque \u2014 <em>Isn\u2019t anything<\/em>, My Bloody Valentine, un des tout premiers disques achet\u00e9s \u00e0 la Christoly. Oui, je connaissais un peu le groupe. Elle aussi&nbsp;? <em>Non. C\u2019est un ami. Mais vous trouvez pas cette musique bizarre&nbsp;? On voit m\u00eame pas les visages&nbsp;!<\/em> Je n\u2019avais pas fait attention \u00e0 la pochette. Je lui trouvais surtout \u00e0 elle un visage au charme certain. Et je suis s\u00fbr qu\u2019elle exag\u00e9rait. Je reste persuad\u00e9 qu\u2019elle aurait s\u00fbrement succomb\u00e9 aux douceurs m\u00e9lodique et vocale de Lose my breath.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quelques plages d\u2019\u00e9coute et autres points de voix&nbsp;:<\/p>\n","protected":false},"author":158,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4879,4525],"tags":[4957,4960,4958],"class_list":["post-135228","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-09bis-stephen-king-temps","category-ete-2023-du-roman","tag-disques","tag-ecoute-2","tag-fnac"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/135228","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/158"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=135228"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/135228\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=135228"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=135228"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=135228"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}