{"id":135445,"date":"2023-09-02T18:19:36","date_gmt":"2023-09-02T16:19:36","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=135445"},"modified":"2023-09-03T09:55:12","modified_gmt":"2023-09-03T07:55:12","slug":"ete10bis-i-confessions-croisees","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete10bis-i-confessions-croisees\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #10bis | Confessions crois\u00e9es"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/IMG_0467-1024x768.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-135447\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/IMG_0467-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/IMG_0467-420x315.jpeg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/IMG_0467-768x576.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/IMG_0467-1536x1152.jpeg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/IMG_0467-2048x1536.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Dans sa table de nuit, elle a cach\u00e9 une lettre dont elle seule conna\u00eet le contenu. soupire encore.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Marie s&rsquo;ennuie de plus en plus, entre deux oublis. Pourquoi tout ce temps perdu ? Le caf\u00e9 n&rsquo;a plus de go\u00fbt ni de couleur, les p\u00e2tisseries sont fades et r\u00e9p\u00e9titives comme son reste d&rsquo;existence. Elle ne souhaite rien de plus que s&rsquo;effacer progressivement sans infantilisation, s&rsquo;\u00e9tioler discr\u00e8tement avec un semblant d&rsquo;honneur\u2026 plut\u00f4t que de suffoquer gav\u00e9e des louches d&rsquo;esp\u00e9rance servies sans discernement par un cur\u00e9 terne et \u00e0 l&rsquo;haleine charg\u00e9e. Quant au bonheur elle n&rsquo;y pense plus du tout. Pas de miracles juste un peu plus de go\u00fbt, de sucre, de sel, une fen\u00eatre ouverte sur un arbre, un soup\u00e7on de cannelle et de vanille sur la langue, et un caf\u00e9 fort de tremblements accompagn\u00e9 de la densit\u00e9 du plus noir des<em> Pumpernickel<\/em>, retrouver un peu de la saveur de chez elle. Pourquoi ce th\u00e9 orang\u00e9 servi en boucle, il la r\u00e9vulse, elle n&rsquo;a jamais aim\u00e9 le th\u00e9. Mais que peut-elle encore choisir ? Plus personne ne l&rsquo;\u00e9coute, sa voix devient souffle, \u00e0 la fin sera l&rsquo;\u00e9rosion finale du Verbe. Fermer sa gueule, expression qu&rsquo;elle n&rsquo;aurait jamais os\u00e9 faire remonter en sa conscience pour devenir son modus operandi. Se taire serait trop poli. D\u00e9sert final, 40 jours, devoir accomplir selon Dieu, ce parcours erratique et grotesque jusqu&rsquo;au dernier grain tomb\u00e9. Selon Marie, les voix les chuchotements sugg\u00e8reraient tout autre chose, un retour en la Terre, vite, racines profondes, \u00e9tendues. Un devenir \u00e9l\u00e9mentaire. Aujourd&rsquo;hui elle tourne trop longtemps en rond dans ses pens\u00e9es, le regard vague, l&rsquo;\u00e2me ressac. Elle se l\u00e8ve et se dirige vers sa table de nuit, l&rsquo;ouvre lentement, respirant fort, prend au milieu d&rsquo;une \u00e9conomie d&rsquo;objets la grande enveloppe brune \u00e9loign\u00e9e de sa conscience depuis plusieurs mois. Elle en sort quelques lettres. Tout d&rsquo;abord celle transmise par l&rsquo;entrepreneur de pompes fun\u00e8bres apr\u00e8s l&rsquo;enterrement de Pierre. Une missive folle, maladroite, des mots charg\u00e9s d&rsquo;alcool fort et de pr\u00e9 coma \u00e9thylique, r\u00e9dig\u00e9e par l&rsquo;un de ses petits-fils. Mots trac\u00e9s \u00e0 l&rsquo;encre et au sang, tentative d&rsquo;expliquer que Ca\u00efn n&rsquo;a pas re\u00e7u de faire-part, des formes plut\u00f4t que des sens. L&rsquo;\u0153il exerc\u00e9 peut y capter : \u00ab\u00a0<em>mort, mon p\u00e8re n&rsquo;est pas mort, mon bompa est mort, mon p\u00e8re doit recevoir un faire-part, la vie c&rsquo;est d\u00e9gueulasse, la famille c&rsquo;est de la merde, la famille c&rsquo;est mort, pas d&rsquo;honneur dans cet horreur, le g\u00e9nocide commence \u00e0 sa porte, je pleure des larmes de rage et de sang, de sang et de haine, Ca\u00efn est un salaud, son existence assassine le monde, ses armes son l\u00e2ches, ses filles harpies, sa femme harpie, des charognes jamais rassasi\u00e9es, briser votre vitrine si vous n&rsquo;envoyez pas ce courrier, la capacit\u00e9 de maudire, aucun talisman prot\u00e8gera\u2026\u00a0\u00bb. <\/em>Marie pleure, elle ne reconna\u00eet pas son petit-fils dans cet \u00e9thylisme, il \u00e9tait petit, joufflu, tendre et timide\u2026 elle ne le reconnait pas dans cette violence grave, elle ne le comprend pas, elle ne veut pas le comprendre car cela briserait son syst\u00e8me de croyance immunitaire. Qui est cet ancien enfant \u00e0 la figure grassouillette, devenu un adulte \u00e0 la menace pesante ? Cet anarchiste sans croyance.&nbsp; Marie n&rsquo;est pas au courant qu&rsquo;Abel a assist\u00e9 aux fun\u00e9railles cach\u00e9 derri\u00e8re ces arbres qui furent l&rsquo;abri de ses jeux d&rsquo;enfants, de ses premiers \u00e9mois amoureux, de tant de promenades. Qu&rsquo;il n&rsquo;a pas os\u00e9 affronter Ca\u00efn sans comprendre pourquoi\u2026 Aucun sens dans tout cela, beaucoup de r\u00e9volte, d&rsquo;incompr\u00e9hension et de possible l\u00e2chet\u00e9. Marie s&rsquo;\u00e9nerve, tremble et bascule en arri\u00e8re sur son lit, un coma l\u00e9ger. Le petit mal exponentiel. Les yeux ouverts, le regard orient\u00e9 vers le plafond et le corps froid, mais bien au-del\u00e0 de ce monde, elle per\u00e7oit d&rsquo;autres r\u00e9alit\u00e9s. Un jour elle ne sera plus que le fantasme de plume de son petit-fils, il n&rsquo;aura que le choix de mentir \u00e0 chaque phrase, priv\u00e9 de toute transmission. Elle n&rsquo;appr\u00e9cie nullement, mais qu&rsquo;y peut-elle ? Pourquoi tant de silences, d&rsquo;omissions, de contre-v\u00e9rit\u00e9s, de brisures, de traumatismes\u2026 dans ce sang commun? Comment agir alors qu&rsquo;elle va buter sur la derni\u00e8re marche avant le dernier seuil. 2021-2022-2023 : tissus et mensonges, usure de la v\u00e9rit\u00e9, elle ressent cela de son poste de garde, en 1996.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain, apr\u00e8s avoir dormi 19 heures et 34 minutes, englu\u00e9e dans la m\u00eame routine que la veille, elle s&#8217;empare des autres feuillets dans l&rsquo;enveloppe, y sont crayonn\u00e9s quelques questions : \u00ab\u00a0<em>Pourquoi t&rsquo;es-tu abandonn\u00e9e, pourquoi m&rsquo;avoir claqu\u00e9 la porte au nez, pourquoi m&rsquo;avoir emp\u00each\u00e9 de vous aimer une derni\u00e8re fois ? Je te rendrai honneur, toi, l&rsquo;une de mes m\u00e8res, la d\u00e9esse de ma terre, je ferai de toi ce que tu n&rsquo;as jamais \u00e9t\u00e9 et ne sera jamais. Je chanterai \u00e0 tue-t\u00eate \u00ab\u00a0\u00d4 Tannenbaum\u00a0\u00bb, le corps satur\u00e9 de whisky, de gin et d&rsquo;anxiolytiques. Je mourrai \u00e0 cette vie pour ressusciter dans le pardon fourbe. Je t&rsquo;aime, mais<\/em> <em>je vous hais<\/em> <em>de cette amour. Je serai toujours une \u00e2me errante, triste, jamais un homme.\u00a0\u00bb <\/em>Elle d\u00e9chire ces pages, se l\u00e8ve p\u00e9niblement et les pose dans l&rsquo;\u00e9vier, fait couler l&rsquo;eau. Le papier s&rsquo;agglutine, l&rsquo;encre s&rsquo;\u00e9coule, les destins ne changeront pas, c&rsquo;est in\u00e9vitable. Transmut\u00e9e en personnage syncr\u00e9tique d&rsquo;un livre \u00e9trange, d&rsquo;une \u00e9vangile de feu, noircie par les myst\u00e8res de la purification psychanalytique. Son c\u0153ur comprend, mais son histoire personnelle ne l&rsquo;a pas pr\u00e9par\u00e9e au sentiment d&rsquo;immanence qu&rsquo;elle ressentira pour l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9. De pages et de rage, de compromis en absurde, elle rev\u00eat tous les atours d&rsquo;un r\u00e9cit chim\u00e9rique, son petit-fils \u00e0 m\u00eame os\u00e9 parler d&rsquo;une petite fleur oubli\u00e9e\u2026 par d\u00e9pit et d\u00e9tresse. Elle n&rsquo;a plus la force d&rsquo;arr\u00eater quoi que ce soit, elle ne peut pas \u2013 sur ordre de son a\u00een\u00e9 \u2013 s&rsquo;expliquer, sans dire se consumer, elle aimerait pourtant que sa voix r\u00e9sonne, plut\u00f4t que d&rsquo;\u00eatre transform\u00e9e en un fant\u00f4me de papier. Hanter tr\u00e8s peu pour elle, rien ici ne lui rend honneur, ni son refuge potager, ses chiens zinneke, son \u00e9poux tendre dans l&rsquo;intimit\u00e9. Elle ne se coupe plus, ne saigne plus, n&rsquo;a plus d&rsquo;odeur, plus de peau sur laquelle glisser les tissus r\u00eaches, les bas panty fl\u00e9ch\u00e9s. La d\u00e9sincarnation n&rsquo;a pas d&rsquo;avantage. Elle attend avec impatience que cette histoire insens\u00e9e s&rsquo;\u00e9teigne d\u00e9finitivement, le sommeil n&rsquo;a pas de prix. Elle abandonne ce tas de papier, retourne sans \u00e9quilibre, doucement vers son lit. Se pose et appelle l&rsquo;infirmi\u00e8re de service, elle l&rsquo;aura ce caf\u00e9 fort.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon petits-fils, rends-moi. Je t&rsquo;aime. 1996.<\/p>\n\n\n\n<p>Bobonne, te voil\u00e0 lib\u00e9r\u00e9e. Je t&rsquo;aime. Je ne m&rsquo;excuserai jamais de t&rsquo;avoir \u00e9voqu\u00e9e, toi seule pouvais nous gu\u00e9rir. J&rsquo;en ferai tout autant une fois mon tour venu. 2023.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Dans sa table de nuit, elle a cach\u00e9 une lettre dont elle seule conna\u00eet le contenu. soupire encore.\u00a0\u00bb Marie s&rsquo;ennuie de plus en plus, entre deux oublis. Pourquoi tout ce temps perdu ? 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