{"id":13547,"date":"2019-09-27T00:00:14","date_gmt":"2019-09-26T22:00:14","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=13547"},"modified":"2019-09-21T09:29:53","modified_gmt":"2019-09-21T07:29:53","slug":"mes-27-septembres-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/mes-27-septembres-2\/","title":{"rendered":"mes 27 septembres"},"content":{"rendered":"<p>27 septembre 2014<br \/>\nNuit agit\u00e9e. Odeur de pain grill\u00e9, premi\u00e8re tasse de caf\u00e9 face au Pelvoux. Rose dans le petit matin.  Immuable. La beaut\u00e9 existe. Et pourtant&#8230; hier soir \u00e0 la radio cette annonce : dans cinq pays de l\u2019Afrique de l\u2019ouest, 3 000 morts, la fi\u00e8vre Ebola agrandit son carnage, ces r\u00e9gions manquent  de centres de soins, de traitements, de moyens de transport&#8230; Dans mes moments de r\u00e9veil, des flashes du Cameroun. Le march\u00e9 de Figuil grouillant de vie. Maman Gentil et ses paniers de mangues. Baba glissant sans bruit dans la maison. Fatou massant son b\u00e9b\u00e9. Philippe dans le jardin g\u00e9rant l\u2019eau dans les rigoles. J\u2019ai peur pour eux. L\u2019\u00e9pid\u00e9mie s\u2019approche. Peur du risque terroriste.. J\u2019ai tent\u00e9 de t\u00e9l\u00e9phoner sans y r\u00e9ussir&#8230; Dire qu\u2019ici nous nous plaignons de la s\u00e9curit\u00e9 sociale, des h\u00f4pitaux, de la baisse de la qualit\u00e9 des soins&#8230;. De l\u2019ins\u00e9curit\u00e9&#8230; Et l\u00e0-bas..<\/p>\n<p>27 septembre 2015<br \/>\nSurprise d\u2019ouvrir les yeux dans ma chambre. Hier, c\u2019\u00e9tait celle de l\u2019h\u00f4tel Mala Strana \u00e0 Prague. Flottement. J\u2019ai baign\u00e9 une semaine dans la langue tch\u00e8que. Isol\u00e9e. \u00c9trang\u00e8re. Sourde. Ici, la radio lance des flots d\u2019infos., Ici, le Pelvoux me fait signe. Le Guil et ses berges m\u2019attendent pour une ballade ; je suis loin de la Vlatava. L\u2019ombre de Kafka s\u2019\u00e9loigne. Et les g\u00e9ants de pierre du pont Charles. Et la ville faite d\u2019ombres et de lumi\u00e8res. Demeure mon d\u00e9sarroi en pensant \u00e0 cette jeune tch\u00e8que  rencontr\u00e9e au caf\u00e9 imp\u00e9rial. Ravie de parler fran\u00e7ais, elle discourt longuement sur les Roms. Des incapables, des paresseux, des voleurs, inadaptables. Musiciens mais toujours assist\u00e9s, profitant d\u2019allocations. Elle ajoute : une r\u00e9cente \u00e9tude universitaire a prouv\u00e9 que leurs cerveaux sont bien plus petits que ceux de la race blanche. Dans sa voix,  celle du peuple tch\u00e8que et d\u2019autres pays d\u2019Europe. Les Roms exutoire au m\u00e9contentement.  Mont\u00e9e d\u2019un racisme ordinaire. Terrifiant. Chape de plomb sur la beaut\u00e9 et le myst\u00e8re de Prague.<\/p>\n<p>27 septembre 2017<br \/>\nD\u00e9cid\u00e9ment nuits agit\u00e9es et r\u00e9veils maussades. Le film  d\u2019hier soir m\u2019a empoisonn\u00e9e. \u00ab&nbsp;Juste la fin du monde&nbsp;\u00bb de Nolan.  Des questions, des doutes. La famille&nbsp;? Folie, violence, indiff\u00e9rence. Silence. La mienne ?  Tant de non-dits, d\u2019\u00e9vitements, de d\u00e9robades.  Une paix prudente. Urgent de se dire les choses. Avant qu\u2019il  ne soit trop tard, bouche scell\u00e9e par la mort.  Louis ne peut pas parler, annoncer sa mort proche, il \u00e9coute, sourit,  d\u00e9j\u00e0 absent. Un fant\u00f4me. Ses derni\u00e8res paroles avant son d\u00e9part : c\u2019est comme la nuit en pleine journ\u00e9e, je suis perdu et je ne retrouve personne. Non, ici, ce n\u2019est pas la nuit en pleine jour ! J\u2019entends rire ma petite fille. Pendant une semaine, elle comptera les chauves-souris du guillestrois, Avec une association de protection de ces chiropt\u00e8res  les surprendra dans leurs abris. J\u2019imagine ses commentaires  passionn\u00e9s, j\u2019apprendrais plein de choses inconnues. D\u00e9j\u00e0 le terme savant de chiropt\u00e8res !<\/p>\n<p>27 septembre 2018<br \/>\nVite \u00e9crire quelques lignes, c\u2019est un rituel exigeant. Je dois me d\u00e9p\u00eacher, boucler mon sac, fermer la maison, donner \u00e0 ma voisine les consignes pour la garde du chat. Filer chercher Armelle et en route vers l\u2019Italie par le Queyras et le col Agnel.. Un rituel, cette vir\u00e9e, aussi. Ce soir, ce sera pleine lune, nous siroterons un limoncello bien glac\u00e9 avec Anselme et Catherine. La for\u00eat de ch\u00e2taigniers devant nous cachera ses myst\u00e8res. Nous devinerons des soufflements, des grognements, pas de doute, une compagnie de sangliers est en train de d\u00eener. Anselme grommellera : vivement les battues de sangliers, ces salopiots bouffent mes bulbes de tulipes.<\/p>\n<p>27 septembre 2019<br \/>\nL\u2019automne s\u2019installe. Le 23, c\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e9quinoxe d\u2019automne. Les nuits s\u2019allongent. La lumi\u00e8re a chang\u00e9, pleine de douceur apr\u00e8s sa violence de l\u2019\u00e9t\u00e9. Les feuilles du tilleul virent au jaune tendre. Bient\u00f4t les m\u00e9l\u00e8zes dor\u00e9s. Bient\u00f4t la neige. Le renouveau du printemps. Ici le rythme des saisons scande ma vie. J\u2019ai eu raison de quitter Marseille  rien que pour cela. Vivre les saisons, regretter celle qui s\u2019\u00e9vanouit, attendre celle qui ne tardera pas, faire ma place dans la toute neuve, m\u2019\u00e9merveiller du paysage qui change, se pare d\u2019autres couleurs, d\u2019autres parfums, d\u2019autres chants. Combien de temps encore ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>27 septembre 2014 Nuit agit\u00e9e. Odeur de pain grill\u00e9, premi\u00e8re tasse de caf\u00e9 face au Pelvoux. Rose dans le petit matin. Immuable. La beaut\u00e9 existe. 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