{"id":135476,"date":"2023-09-03T16:54:48","date_gmt":"2023-09-03T14:54:48","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=135476"},"modified":"2023-09-03T20:42:42","modified_gmt":"2023-09-03T18:42:42","slug":"ete2023-11-de-la-sortie-definitive-du-personnage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-11-de-la-sortie-definitive-du-personnage\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #11 | De la sortie d\u00e9finitive du personnage"},"content":{"rendered":"\n<p>Abordons maintenant la sortie d\u00e9finitive de notre personnage.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019\u00e9tait d\u00e9cid\u00e9, guid\u00e9 par quelque chose, il ne savait pas trop quoi, \u00e0 sortir de chez lui. Sortir, pour aller o\u00f9 ? Il l\u2019ignorait. Il se souvenait de ce prof de fran\u00e7ais, maigre comme une branche dess\u00e9ch\u00e9e, qui souriait grassement, et il avait bien envie d\u2019aller voir, du c\u00f4t\u00e9 de son ancien coll\u00e8ge, s\u2019il enseignait encore. Il faisait beau. Il voyait bien, par sa fen\u00eatre, qu\u2019il faisait beau. Pr\u00e8s de 96\u00b0F. Il faisait un temps splendide. Oui, il faisait beau. Tr\u00e8s beau, m\u00eame. Le ciel \u00e9tait bleu. Les oiseaux ne chantaient pas. Les voitures ne passaient pas. La v\u00e9g\u00e9tation \u00e9tait cram\u00e9e. Un d\u00e9sert plein de cadavres, de ruines et de d\u00e9solation. A quoi bon sortir ? Pourtant, il le fallait. Sortir. D\u00e9finitivement.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment y aller ? Que fallait-il ? S\u2019habiller, d\u2019abord. Trouver des fringues o\u00f9 entrer. Des chaussures fonctionnelles. Qui ne font pas trop mal. Qui portent loin. Un haut-de-forme qui fait dire aux gens&nbsp;: \u00ab&nbsp;Voyez, c\u2019est un monsieur&nbsp;!&nbsp;\u00bb Sortir, c\u2019\u00e9tait \u00e7a, mettre ses chaussures et, avec courage, passer le pas de la porte. Dehors, \u00e7a hurlait. Un homme et une femme. Des disputes conjugales, probablement. Ce n\u2019est pas si rare, dans notre monde, et pourtant, en face de vous, les couples sont tous souriants. Les histoires d\u2019amour se passent toujours bien. Sans \u00e7a, plus personne n\u2019aurait envie de quitter son c\u00e9libat. On ne fonderait plus de familles. Il en avait plein les oreilles des disputes de ses parents. Elle qui le rabaissait. Lui qui la rabaissait. Elle qui le mena\u00e7ait. Lui qui lui donnait des coups. Un homme qui prie, qu\u2019ils disaient tous. Et, \u00e9videmment, l\u2019expression de regrets. Si seulement je n\u2019avais pas eu d\u2019enfants. J\u2019ai tout abandonn\u00e9 pour venir dans ce pays. Si seulement il n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9. Il fallait sortir, d\u00e9finitivement. On abaissera la poign\u00e9e de la porte. On tirera la poign\u00e9e de la porte. On franchira le pas pour ne plus revenir. Plus jamais.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle le regardait ouvrir la porte. Ses yeux verts le fixaient intens\u00e9ment. Elle aurait bien miaul\u00e9, pour le retenir. Elle ne pouvait pas vivre sans lui. Mais elle ne savait pas miauler, sauf quand elle voulait sortir dans le jardin, ou qu\u2019il lui donne la chaise o\u00f9 il \u00e9tait assis. Elle aimait, dans le jardin, attraper les papillons, les assassiner. Elle attendra son retour. Elle dormira, pour que le temps passe, jusqu\u2019\u00e0 son retour. Elle se laissera mourir jusqu\u2019\u00e0 entendre la porte s\u2019ouvrir, \u00e0 nouveau.<\/p>\n\n\n\n<p>Il avait fait l\u2019effort de sortir, de mettre un pied devant l\u2019autre, d\u2019avancer jusqu\u2019au portail, d\u2019ouvrir le portail, de refermer le portail, de se retrouver dehors, devant le portail, dans la rue, et jamais il n\u2019avait pens\u00e9 \u00e0 faire marche arri\u00e8re. O\u00f9 aller&nbsp;? Quelque part. Peut-\u00eatre retourner \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, finalement. C\u2019est plus rassurant. Ou aller au coll\u00e8ge, retrouver son prof de fran\u00e7ais, monsieur \u2014 comment s\u2019appelait-il d\u00e9j\u00e0&nbsp;? \u2014 il avait oubli\u00e9 son nom. Celui qui riait grassement alors qu\u2019il \u00e9tait maigre comme une branche dess\u00e9ch\u00e9e. La veille, une de ses questions lui \u00e9tait revenue&nbsp;: \u00ab&nbsp;En quoi, pour vous, une Biblioth\u00e8que municipale, c\u2019est une entreprise&nbsp;?&nbsp;\u00bb Le coll\u00e8ge ne s\u2019\u00e9tait jamais oppos\u00e9 \u00e0 ce qu\u2019il fasse un stage en entreprise dans une Biblioth\u00e8que municipale qui, par nature, n\u2019est pas une entreprise. Il n\u2019y \u00e9tait pour rien si on ne lui avait pas expliqu\u00e9. Mais maintenant, apr\u00e8s dix-sept ans, il avait enfin sa r\u00e9ponse. Mieux vaut tard que jamais. Il esp\u00e9rait, sans trop d\u2019espoirs, qu\u2019on accepterait de r\u00e9hausser sa note. Qui ne tente rien n\u2019a rien. Et peut-\u00eatre pourrait-il, au passage, demander s\u2019ils ne cherchaient pas un surveillant, histoire de trouver un taf, pour ne plus subir les jugements de l\u2019entourage.<\/p>\n\n\n\n<p>Il avait fait l\u2019effort de sortir, de mettre un pied devant l\u2019autre, de se perdre, loin de chez lui, quand soudain, la porte de la maison situ\u00e9e \u00e0 droite de la sienne s\u2019ouvrit violemment, lib\u00e9rant un homme, visiblement affol\u00e9. C\u2019\u00e9tait le voisin. Il \u00e9tait poursuivi par la voisine qui, sans nul doute, \u00e9tait en col\u00e8re. Elle avait les cheveux en bataille et, sur sa face, elle affichait une grimace hideuse. En poursuivant son mari, elle hurlait des paroles incompr\u00e9hensibles, en arabe tunisien. Le lecteur, peu attentif, se demandera comment il est possible que notre personnage, pourtant d\u2019origine syrienne, soit incapable de comprendre l\u2019arabe tunisien. Je lui dirai de se r\u00e9f\u00e9rer aux pages pr\u00e9c\u00e9dentes o\u00f9 il est clairement \u00e9crit que le seul arabe qu\u2019il connait, c\u2019est l\u2019arabe syrien. Elle arriva vers eux, et alors que le voisin \u00e9tait entr\u00e9 dans sa voiture, pr\u00eat \u00e0 s\u2019en aller, elle ouvrit la porti\u00e8re, le prit par l\u2019oreille et le pin\u00e7a tr\u00e8s fort. Il hurlait de douleur, et elle, elle hurlait avec col\u00e8re des paroles en arabe tunisien, incompr\u00e9hensibles. Plus il hurlait, plus elle le pin\u00e7ait fort, et parfois, elle l\u2019attrapait par les cheveux, et elle lui \u00e9crasait la t\u00eate contre le volant de la voiture qui ne voulait pas d\u00e9marrer. Alors plein d&rsquo;effroi, notre personnage se pr\u00e9cipita chez lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Il fallait sortir, d\u00e9finitivement, tout laisser derri\u00e8re soi, ne plus revenir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Abordons maintenant la sortie d\u00e9finitive de notre personnage. Il s\u2019\u00e9tait d\u00e9cid\u00e9, guid\u00e9 par quelque chose, il ne savait pas trop quoi, \u00e0 sortir de chez lui. Sortir, pour aller o\u00f9 ? Il l\u2019ignorait. 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