{"id":136322,"date":"2023-09-18T08:20:04","date_gmt":"2023-09-18T06:20:04","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=136322"},"modified":"2023-09-18T17:31:19","modified_gmt":"2023-09-18T15:31:19","slug":"ete-2023-12bis-diane-marmonne-suite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-12bis-diane-marmonne-suite\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #12bis | Diane marmonne (suite)."},"content":{"rendered":"\n<pre class=\"wp-block-code\"><code>Pas certaine d'avoir saisi la consigne mais je me lance.<\/code><\/pre>\n\n\n\n<p><em>Assise au PMU \u00e0 l\u2019angle de la rue en plein vent pr\u00e8s de la laverie o\u00f9 elle ira ce dimanche, Diane boit son caf\u00e9 cr\u00e8me au milieu des hommes et leurs bi\u00e8res.<\/em> Elle est femme parmi les hommes, caf\u00e9 cr\u00e8me au milieu des bi\u00e8res, et, debout, je la regarde, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du trottoir, assise dans ce PMU. Assise, alors que je suis debout, assise dans le luxe du matin, sur une chaise devant une table et la blancheur du caf\u00e9 cr\u00e8me. Y a t&rsquo;il un rayon de soleil qui tombe d\u00e9licatement sur son \u00e9paule gauche ? Non, mais le ciel gris est doux et teinte le tableau que je contemple d&rsquo;une couleur, que j&rsquo;aimerais du bout des doigts, toucher. Elle est assise et semble perdue dans ses pens\u00e9es. Assise, les deux pieds au sol, mais perch\u00e9s sur des talons, mais pourquoi diable, s&rsquo;ent\u00eate t-elle \u00e0 mettre des talons dans ces contr\u00e9es isol\u00e9es de campagne o\u00f9 la boue se m\u00e9lange \u00e0 la terre et o\u00f9 des bottes seraient bien plus appropri\u00e9es ? Veux t&rsquo;elle par ce geste, montrer qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas d&rsquo;ici ? Assise avec son caf\u00e9 cr\u00e8me au milieu des bi\u00e8res \u00e0 7h30 du matin, caf\u00e9, alcool, les effluves se m\u00e9langent mais chacun dans son camp, chacun sa drogue et son besoin, pour commencer la journ\u00e9e qui vient \u00e0 peine de commencer, car 7h30 du matin est t\u00f4t mais d\u00e9j\u00e0 tard, pour bien des m\u00e9tiers. Et ces hommes, au milieu desquels elle s&rsquo;est assise, prennent leur temps, ce matin, tout comme elle savoure le sien avant d&rsquo;aller se lancer dans la routine du quotidien et peut-\u00eatre est-ce, l\u00e0, le lien qui les maintient ensemble dans ce PMU. Rester encore un peu au chaud \u00e0 discuter, r\u00eavasser, partager pour ne pas partir. Elle les \u00e9coute parler, tournant machinalement sa cuill\u00e8re dans son caf\u00e9. Mais de quoi peuvent-ils bien causer de si bon matin, des nouvelles du monde, de leurs gosses, du mauvais temps qui s&rsquo;annonce ?  Il se peut qu&rsquo;elle ait envie de se rendre au comptoir et discuter avec eux. Je l&rsquo;imagine se tenir debout, son caf\u00e9 pos\u00e9 sur le bar, des hommes de part et d&rsquo;autre, de son corps, leurs bi\u00e8res \u00e0 la main, \u00e0 deviser ensemble de la pluie et du beau temps, \u00e0 lui demander ce qu&rsquo;elle fait dans ce coin parce qu&rsquo;ils verraient bien qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas de l\u00e0 et peut-\u00eatre, qu&rsquo;ils lui proposeraient qu&rsquo;elle vienne bosser avec eux, \u00e0 moins que ce ne soit elle, qui leur pose la question, si elle osait. Parce qu&rsquo;il se pourrait bien, qu&rsquo;\u00e0 peine la question pos\u00e9e, ils la regardent de travers, reposent leurs bi\u00e8res ou la boivent rapidement pour cacher leurs g\u00eanes. On n&rsquo;entendrait alors plus que le bruit des bouches et des gorges qui d\u00e9glutissent dans le silence du PMU et seule la t\u00e9l\u00e9vision ferait entendre le dernier accident survenu ou les commentaires du match de rugby de la veille. Elle, n&rsquo;entendrait plus que son coeur battre \u00e0 folle allure, et craignant, que l&rsquo;on ne se moque d&rsquo;elle, baisserait les yeux, attraperait son caf\u00e9 et irait se rasseoir \u00e0 sa table, esseul\u00e9e, ou partirait se r\u00e9fugier \u00e0 la laverie dans une des machines, pour laver ce qu&rsquo;elle aurait os\u00e9 prononcer. Tandis qu&rsquo;eux, se remettraient, lentement, de cette demande incongrue par une femme qui vient de la ville et qui semble un peu folle, <em>tu as vu ses chaussures<\/em> ? et petit \u00e0 petit, les coudes se pousseraient de nouveau, les rires \u00e9clateraient et la bonhomie ambiante reviendrait. Nous sommes des hommes et c&rsquo;est mieux entre nous, hein ? Je la regarde assise au milieu des hommes, perdue dans ses pens\u00e9es, seule et triste et j&rsquo;aimerais m&rsquo;asseoir \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s et me mettre \u00e0 lui parler. Mais que pourrai-je lui dire ? Que je suis elle et qu&rsquo;elle est moi ? Que je suis celle qui la regarde ? Et qu&rsquo;elle ne le sait pas. Le patron s&rsquo;approche d&rsquo;elle et lui rend la monnaie <em>pour la laverie<\/em> qu&rsquo;il lui dit et elle sourit. C&rsquo;est toujours bien la monnaie pour les machines \u00e0 laver, m\u00eame si maintenant, elles acceptent la carte bleue. C&rsquo;est pratique les petites pi\u00e8ces et \u00e7a d\u00e9barrasse les poches et les portes-monnaies. Elle la glisse, dans sa poche, la monnaie, \u00e9coute les hommes vider leurs bi\u00e8res et se l\u00e8ve p\u00e9niblement. Je la vois, debout devant ce PMU, traverser la rue, m&rsquo;effleurer sans me voir, sait-elle seulement que je la regarde ? et repartir lentement vers sa voiture gar\u00e9e sur un parking un peu d\u00e9labr\u00e9 aux bandes blanches presqu&rsquo;effac\u00e9es. Je m&rsquo;en vais.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-code\"><code><\/code><\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Assise au PMU \u00e0 l\u2019angle de la rue en plein vent pr\u00e8s de la laverie o\u00f9 elle ira ce dimanche, Diane boit son caf\u00e9 cr\u00e8me au milieu des hommes et leurs bi\u00e8res. Elle est femme parmi les hommes, caf\u00e9 cr\u00e8me au milieu des bi\u00e8res, et, debout, je la regarde, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du trottoir, assise dans ce PMU. 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