{"id":13681,"date":"2019-09-27T01:01:07","date_gmt":"2019-09-26T23:01:07","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=13681"},"modified":"2019-09-27T08:13:58","modified_gmt":"2019-09-27T06:13:58","slug":"13681-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/13681-2\/","title":{"rendered":"quatre fois vingt-sept neuf"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">soixante (c\u2019est un mardi) (j\u2019aimais tant ce \u00ab&nbsp;un vingt-deux septembre au diable vous part\u00eetes&nbsp;\u00bb mais c\u2019est apr\u00e8s) (j\u2019aime tant cette musique \u2013 m\u00eame si elle est triste \u00ab&nbsp;mais c\u2019est triste de n\u2019\u00eatre plus triste sans vous&nbsp;\u00bb cette merveille de simplicit\u00e9) (Georges je l\u2019adore) (il y avait quelques uns de ses disques \u00e0 la maison de ceux qu\u2019ornaient des guitares en train de se faire) (c\u2019est cette \u00e9poque-l\u00e0, elle commence) deux mois ont pass\u00e9 au pays (on disait rapatri\u00e9s mais pourquoi donc&nbsp;?), l\u2019\u00e9cole a commenc\u00e9 \u2013 \u00e7a prenait vers le quinze si je ne m\u2019abuse \u2013 c\u2019\u00e9tait horriblement brutal ces changements, au d\u00e9but d\u2019autorit\u00e9 on allait \u00e0 la cantine, le midi, je crois que j\u2019\u00e9tais mur\u00e9 en moi-m\u00eame, il y avait un chemin qui menait de cette \u00e9cole-l\u00e0 \u00e0 une cit\u00e9 scolaire \u00e9loign\u00e9e, qu\u2019on parcourait jusqu\u2019en son fond des fonds \u2013 une demi-heure de marche peut-\u00eatre &#8211;  il y avait eu une dict\u00e9e \u2013 une dict\u00e9e, en fran\u00e7ais &#8211; j\u2019avais aux yeux, je me souviens, ce cahier qu\u2019on ouvrait par la fin, on apprenait \u00e0 \u00e9crire en arabe, je me souviens qu\u2019on allait \u00e0 la plage par un chemin qui descendait sec, derri\u00e8re le lyc\u00e9e de l\u00e0-bas, je me souviens de cette descente \u2013 la rue d\u2019ici est grise, l\u2019entr\u00e9e de la cit\u00e9 scolaire de b\u00e9ton, grille verte, marcher en rang, deux par deux, probablement portions-nous des blouses, grises bleues n\u2019importe \u2013 la dict\u00e9e d\u2019entr\u00e9e en neuvi\u00e8me, tra\u00eetres ces mots, les diverses fautes d\u2019orthographe me valurent une rel\u00e9gation en dixi\u00e8me (sans doute une bonne dizaine \u2013 \u00e7a ne va pas tellement mieux remarque) le type qui faisait le prof n\u2019\u00e9tait pas d\u00e9sagr\u00e9able mais brutal \u2013 dans l\u2019apr\u00e8s-midi, septembre perd son astre, sa chaleur, dans l\u2019apr\u00e8s midi, il va se coucher, se terrer, la peur \u00e0 tous les \u00e9tages \u2013 l\u2019\u00e9cole, la rue, le retour, j\u2019avais alors des s\u0153urs, un fr\u00e8re, j\u2019avais alors le statut du dernier \u2013 on se ligue, on parle \u00e0 maman on lui demande, on se ligue, on lui demande \u2013 cette femme dont l\u2019une des utopies les plus achev\u00e9es \u00e9tait justement d\u2019aller \u00e0 la cantine (elle en avait aussi une autre, c\u2019\u00e9tait de nettoyer balayer la neige devant sa porte \u2013 malheureuse femme si dr\u00f4le et gentille), elle ne comprit pas tout de suite le malheur indicible dont nous souffrions \u00ab&nbsp;essayez encore les enfants&nbsp;\u00bb &#8211; un jour on nous servit du b\u0153uf en daube \u2013 tu vois je m\u2019en souviens soixante ans plus tard \u2013 une semelle en sauce marron accompagn\u00e9e de lentilles \u2013 on dirait du Maupassant ou du Zola hein &#8211; sur la table il y avait une bouteille de bi\u00e8re Valstar pour six \u2013 verte &#8211; l\u2019apr\u00e8s midi de septembre avait quelque chose d\u2019un peu enfi\u00e9vr\u00e9 puis endormi, puis les choses avanc\u00e8rent \u2013 on revenait le ventre plein et quelque chose d\u2019un peu bizarre se passait dans notre inconscient ou notre m\u00e9tabolisme aussi bien, quelque chose qui avait un go\u00fbt et p\u00e9tillait comme de la limonade (on aimait le fanta, le coca, mais la bi\u00e8re ? j\u2019en avais un go\u00fbt parce que mon grand-p\u00e8re en buvait et m\u2019en offrait la mousse \u2013 mais c\u2019\u00e9tait tellement ailleurs) \u2013 on revenait, je ne me souviens pas qu\u2019il ait plu mais seulement au coeur, oui, des amis \u2013 il y avait une certaine Bergounioux qui trop forte passa directement en huiti\u00e8me , une autre, une brunette qui souffrait d\u2019une esp\u00e8ce de mouvement impossible \u00e0 ma\u00eetriser, je ne sais plus, il y avait les jeux de billes, il y avait les rouleaux de r\u00e9glisse \u00e0 la sortie de cinq heures \u2013 \u00e0 d\u2019autres moments, vers quatre heures une petite bouteille de lait \u2013 et puis ma m\u00e8re comprit, elle nous accueillit alors le midi, avait-ce dur\u00e9 un trimestre ou deux mois, qui peut le dire, qu\u2019en savoir comment s\u2019en souvenir&nbsp;? Il y eut alors une esp\u00e8ce de joie de revenir \u00e0 midi, on se pressait, on revenait en bande, avec notre m\u00e8re ensemble, et elle et nous, nous avions gagn\u00e9 \u2013 on se d\u00e9p\u00eachait, on rentrait on repartait \u2013 parfois la voil\u00e0 qui s\u2019en allait \u00e0 Paris d\u00e8s le matin si t\u00f4t \u2013 on allait en groupe, on revenait en groupe, on repartait, elle \u00e9tait l\u00e0 le soir, ramenait des sandwichs qui nous rappelaient ceux qu\u2019on mangeait parfois dans la rue (variantes, thon, olives, pommes de terre, pur\u00e9e d\u2019aubergine et harissa dans petit pain \u00e0 l&rsquo;italienne) \u2013 vingt sept septembre soixante<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"563\" src=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/\u00e9cole-rue-delpech-1024x563.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-13958\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">soixante-dix-sept &#8211; mardi, \u00e0 nouveau &#8211; remonte dans le temps, regarde les yeux de ce type, il est en uniforme, c&rsquo;est un militaire trois barrettes, \u00ab\u00a0faites attention, vous n&rsquo;aurez plus de possibilit\u00e9 ensuite de prendre de journ\u00e9e, durant toute votre incorporation, est-ce que c&rsquo;est vraiment n\u00e9cessaire, posez-vous cette question, et revenez me voir dans une heure, r\u00e9fl\u00e9chissez\u00a0\u00bb faites attention montrez-vous un homme, un vrai un dur &#8211; j&rsquo;\u00e9tais effar\u00e9 devant cette attitude &#8211; souvent je ne comprends pas tout de suite ce que veulent dire les gens, cette fois-l\u00e0, je n&rsquo;avais rien \u00e0 dire sinon \u00ab\u00a0bien mon capitaine\u00a0\u00bb salut demi-tour r\u00e9glementaire &#8211; il y a toujours eu quelque chose avec les adultes, c&rsquo;est \u00e0 ne pas croire, je suis sorti &#8211; le camp \u00e9tait assez d\u00e9sert il devait \u00eatre sept heures du soir, c&rsquo;est l&rsquo;heure o\u00f9 le ciel s&rsquo;assombrit &#8211; je ne sais pas comment j&rsquo;ai appris l&rsquo;accident, je ne me souviens plus mais je me souviens du fourrier et du vaguemestre, du rabbin du cur\u00e9 du sergent-chef et des bruits de suicide qui accompagnaient cette fameuse incorporation &#8211; premier ao\u00fbt comme les \u00e9tudiants d&rsquo;alors &#8211; il \u00e9tait plus tard, on avait d\u00een\u00e9 soup\u00e9 comment dit-on pour le soir, \u00e7a a une importance ? c&rsquo;\u00e9tait assez presque la nuit &#8211; des nuits de garde devant le camp des nuits de garde de la prison des nuits de garde et des nuits d&rsquo;infirmerie je me souviens, mais de celle-l\u00e0 je ne sais plus, je suis revenu \u00e9tait-il huit heures, j&rsquo;avais en effet bien r\u00e9fl\u00e9chi, fait bien attention, mais \u00e7a ne faisait rien non, pour les permissions exceptionnelles je n&rsquo;en aurais plus pour les dix mois qui viennent, non, je sais bien mais je dois aller le voir et l&#8217;embrasser, c&rsquo;est mon oncle &#8211; j&rsquo;avais des amis, le coiffeur qui faisait du v\u00e9lo dans le nord, le prof de maths dont la femme \u00e9tait laborantine &#8211; le train arrivait \u00e0 la gare du nord &#8211; d\u00e9part six heures trois &#8211; on se l\u00e8ve quand on veut on est libre &#8211; en perm &#8211; sans doute un sauf-conduit une autorisation un papier sign\u00e9 &#8211; le regard du type trois barrettes devant ma d\u00e9termination \u00a0\u00bb tant pis pour vous\u00a0\u00bb il avait sign\u00e9 le truc &#8211; le matin du lendemain, il \u00e9tait l\u00e0, mon oncle, dans sa chambre immense les rideaux tir\u00e9s faisait-il beau dehors, le matin, ce matin-l\u00e0 &#8211; cet appartement-l\u00e0 &#8211; comment survivre ? il \u00e9tait allong\u00e9 dans la p\u00e9nombre, je l&rsquo;ai embrass\u00e9, pris dans mes bras, cette terreur &#8211; la vie c&rsquo;est donc ainsi &#8211; je ne sais plus s&rsquo;il y avait l\u00e0 son chien, ses chiens je ne sais plus &#8211; il devait \u00eatre n\u00e9 au d\u00e9but des ann\u00e9es vingt, cinquante sept ou huit ans, toute sa famille d\u00e9truite, deux petits enfants et une femme, un camion fou, une panne de voiture, nationale treize un soir de septembre (\u00ab\u00a0ce fut un soir en septembre\/vous \u00e9tiez venu m&rsquo;attendre\/ici m\u00eame vous en souvenez-vous ?\u00a0\u00bb chantait Monique Cerf, dite Barbara &#8211; <a rel=\"noreferrer noopener\" aria-label=\"une chanson (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\" href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=spf8gG5_QOI\" target=\"_blank\">une chanson<\/a>, laisse aller) &#8211; des circonstances dramatiques, tragiques, comment vivre apr\u00e8s \u00e7a &#8211; septembre je ne sais pas &#8211; il s&rsquo;est relev\u00e9, il a recommenc\u00e9 travaill\u00e9 ri courtis\u00e9 &#8211; des ann\u00e9es et encore d&rsquo;autres, on le voit un jour sur un film, sur son balcon qui domine la place, son foulard de soie nou\u00e9 au cou (\u00ab\u00a0si je porte \u00e0 mon cou\/ en souvenir de toi\/ cette \u00e9charpe de soie&#8230;\u00a0\u00bb), il sourit mais peu, ses cheveux sont fris\u00e9s gris peign\u00e9s son teint mat il sourit un peu &#8211; et puis avant que le si\u00e8cle ne se termine il s&rsquo;en est all\u00e9 <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"558\" src=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/caserne-royallieu-1024x558.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-13959\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">jeudi &#8211; z\u00e9ro sept \u2013 c\u2019est au rez-de-chauss\u00e9e, il y a eu les vacances, tu sais comment c\u2019est, on est au t\u00e9l\u00e9phone, on appelle on voit comment \u00e7a se passe \u2013 tu sais comment c\u2019est, parfois les vieux on les laisse \u2013 on appelait tous les jours parce qu\u2019il allait mal, on lui avait dit de venir avec nous, nous accompagner, on s&rsquo;en occuperait mais dans son \u00e9tat non, vraiment \u2013 on avait \u00e9t\u00e9 avec lui d\u00e9but ao\u00fbt ou plus t\u00f4t voir un sp\u00e9cialiste qui s\u2019appelait Proust, et lui levait le doigt \u00ab&nbsp;si je peux me permettre \u2026&nbsp;\u00bb disait-il, puis son regard s\u2019en allait immobile, les yeux baiss\u00e9s, il \u00e9tait assis l\u00e0 devant le professeur qui nous parlait de cette boule de la taille d\u2019une de billard qu\u2019il avait dans la t\u00eate, non rien \u00e0 faire, on l\u2019avait accueilli dans une maison, il vit au rez-de-chauss\u00e9e, une grande baie vitr\u00e9e donne sur des arbres au fond du cadre, de la qualit\u00e9 des verts et des ombres je me souviens je me souviens de ses regards un peu perdus, c\u2019\u00e9tait un homme qui aimait \u00e0 rire \u00ab&nbsp;c\u2019est comme \u00e7a qu\u2019on devient m\u00e9chant&nbsp;\u00bb disait-il en riant de ses frasques commerciales, je n\u2019en \u00e9tais pas loin, il avait intitul\u00e9 son magasin (il vendait des appareils musicaux) cent mille volts, moi je n\u2019aimais pas tellement ce type-l\u00e0 B\u00e9caud qui vivait sur une p\u00e9niche, qui avait \u00e9t\u00e9 l\u2019amant de la m\u00f4me Piaf, qui avait flanqu\u00e9 une baffe \u00e0 un journaleux qui l\u2019avait m\u00e9rit\u00e9 de ne pas l\u2019avoir reconnu ses cravates \u00e0 pois et tout son bataclan \u2013 mais j\u2019aimais Orly \u2013 j\u2019ai toujours aim\u00e9 Orly, d\u00e8s que j\u2019y ai mis le pied, un soir de juillet \u2013 il y avait l\u00e0 mon p\u00e8re et gar\u00e9e devant la quatre cent trois bleu nuit \u2013 mais ici ce n\u2019est pas mon p\u00e8re, c\u2019est l\u2019autre grand-p\u00e8re des enfants \u2013 on \u00e9tait parti en vacances, on l\u2019appelait tous les jours \u2013 nous \u00e9tions dans cette maison la d\u00e9pendance d\u2019un ch\u00e2teau habit\u00e9 par un couple de gens adorables \u2013 ils sont deux, il vend des autos je crois bien, elle je ne sais pas, lui je l\u2019aime bien, on parle voiture \u2013 j\u2019ai la m\u00eame auto qu\u2019alors \u2013 il poss\u00e8de un coup\u00e9 tout en aluminium, des chevaux partout, corvette quelque chose \u2013 am\u00e9ricaine \u2013 j\u2019ai d\u00e9vi\u00e9, mais nous \u00e9tions l\u00e0, on t\u00e9l\u00e9phonait tous les jours, voil\u00e0 \u2013 puis on est all\u00e9 le voir, dans cette maison, on y allait en fin de semaine \u2013 ce jeudi-l\u00e0 sa femme l\u2019avait largu\u00e9 un peu \u00e0 cause de ses chiens \u2013 elle avait des chiens, elle leur faisait faire de la gymnastique et ce n\u2019est pas le type qu\u2019elle avait \u00e9pous\u00e9 (il avait vingt ans de plus qu&rsquo;elle peut-\u00eatre) qui allait l\u2019emp\u00eacher d\u2019aller courir avec eux au Maroc, ou de les pr\u00e9senter dans des foires \u00e0 chiens \u2013 il y a des gens comme \u00e7a, c\u2019est dans le monde, c\u2019est ainsi qu\u2019ils existent \u2013 on allait le voir, il avait le regard perdu, ne gardait plus rien de sa m\u00e9moire, souriait un peu aux filles \u2013 on s\u2019en allait et on t\u00e9l\u00e9phonait il vivait au rez-de-chauss\u00e9e, son fauteuil \u00e9tait tourn\u00e9 vers la baie qui donnait sur la for\u00eat \u2013 il aimait les arbres, il en avait plant\u00e9 un pour l\u2019a\u00een\u00e9e \u2013 un ch\u00eane \u2013 et un pour la cadette \u2013 un taxus bagatta \u2013 dans le jardin de sa maison \u2013 elle \u00e9tait sur les flancs d\u2019une colline, non loin de la ville \u2013 une chaumi\u00e8re on voyait la ville au loin et ses lumi\u00e8res et le nouveau pont, un train passait dans la vall\u00e9e, les voitures se garaient dans le parking du supermarch\u00e9 en contrebas, trois cents m\u00e8tres peut-\u00eatre les caddys ont la taille d\u2019un petit bout d\u2019allumette, les gens sont de petites choses qui grouillent et emplissent les coffres des autos \u2013 les lumi\u00e8res de cette ville o\u00f9 il s\u2019\u00e9tait install\u00e9 apr\u00e8s son divorce \u2013 la musique d\u2019ambiance, la t\u00e9l\u00e9phonie mobile, c\u2019\u00e9tait le moment des t\u00e9l\u00e9phones de voitures \u2013 pas fortune, non, mais il avait r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019en sortir disons, en larguant un peu ses filles \u2013 mais il avait \u00e9t\u00e9 l\u00e0 quand m\u00eame, il y \u00e9tait, on l\u2019aimait aussi parce qu\u2019il \u00e9tait dr\u00f4le, parce qu\u2019il aimait les enfants \u2013 il \u00e9tait l\u00e0, assis dans son fauteuil, cette boule au cr\u00e2ne presque invisible, il ne souffrait plus, on lui donnait de la morphine, il regardait cette baie et ces arbres \u2013 le soleil s\u2019en va \u00e0 ces heures-l\u00e0, illumine un peu les arbres au bout de la perspective, c\u2019est au rez-de-chauss\u00e9e, l\u00e0, c\u2019est de l\u00e0 qu\u2019il est parti \u2013 fin septembre z\u00e9ro sept  <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"566\" src=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/val-aux-dames-1024x566.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-13962\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Samedi z\u00e9ro huit \u2013 deux semaines plus t\u00f4t, vers six ou sept heures du matin, un coup de fil de l\u2019une de mes s\u0153urs &#8211; \u00ab\u00a0c\u2019est fini\u00a0\u00bb un peu comme Capri \u2013 on le savait, mais \u00e7a ne change rien, il y a la m\u00e9taphore de l\u2019armoire normande qui vous tombe sur le torse lorsqu&rsquo;en votre coeur se produit l&rsquo;infarctus \u2013 \u00e7a ne change rien de la conna\u00eetre, l\u2019armoire tombe \u2013 j\u2019avais dans l\u2019id\u00e9e de reprendre les dix ou douze ans de journal, j\u2019ai regard\u00e9 une de ces ann\u00e9es-l\u00e0, le vingt-sept septembre, l\u2019embrayage de l\u2019auto a jet\u00e9 l\u2019\u00e9ponge \u2013 je me souviens de l\u2019odeur de grill\u00e9 \u2013 la voiture que je prenais pour la conduire \u00e0 ses rendez-vous chez le canc\u00e9rologue (tu peux dire aussi oncologue mais \u00e7a ne change rien) \u2013 au mois de juillet de cette ann\u00e9e-l\u00e0, nous avions \u00e9t\u00e9 avec mes s\u0153urs voir un type en face de l\u2019\u00e9cole normale de la rue d\u2019Ulm, qui nous avait dit \u00ab\u00a0laissons-l\u00e0 tranquille\u00a0\u00bb m\u00e9tastases g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es, rien \u00e0 faire \u2013 pour y croire il aurait fallu croire \u00e0 la science, aux m\u00e9decins et aux diagnostics \u2013 deux semaines plus tard, tout \u00e9tait consomm\u00e9 (elle repose, avec sa m\u00e8re, non loin de Berlioz) (il y a quelques jours je suis all\u00e9 poser quelques cailloux sur ces tombes-l\u00e0 \u2013 et pourquoi l\u2019\u00e9criture a-t-elle toujours \u00e0 voir avec la mort \u2013 mes a\u00efeux, ma tante dont on ne sait pas qu\u2019elle est l\u00e0) \u2013 un samedi comme un autre, on s\u2019y attendait, on avait \u00e9t\u00e9 \u00e0 la banque, on avait \u00e9t\u00e9 chez le m\u00e9decin, le lit m\u00e9dicalis\u00e9, les infirmi\u00e8res qui passent deux ou trois fois par jour \u2013 comme pour ma tante, qui mourra l\u00e0 dans cette m\u00eame pi\u00e8ce dix ans plus tard \u2013 elles \u00e9taient deux s\u0153urs (au vrai elles \u00e9taient trois et elles avaient deux fr\u00e8res \u2013 la famille de ma m\u00e8re, comme moi la plus jeune des enfants) elles vivaient \u00e0 un jet de pierre l\u2019une de l\u2019autre, chacune sur une rive (sa s\u0153ur lisait le Figaro tous les matins \u2013 elle lui avait trouv\u00e9 ces appartements, celui de la rue F. des d\u00e9buts de Paris en soixante quatorze apr\u00e8s une formation chez Pigier, travailler avec son fr\u00e8re, les enfants \u00e9lev\u00e9s partis, les aider quand m\u00eame mais nous \u00e9tions partis, tous &#8211; plus ou moins \u2013 ah je ne sais plus, Florence, Bogota, Rome, Latina \u2013 j\u2019\u00e9tais encore l\u00e0, la premi\u00e8re ann\u00e9e, ma grand-m\u00e8re qui vivra elle aussi un moment l\u00e0 (c\u2019est l\u00e0 qu\u2019elle mourra, en ao\u00fbt, une des ann\u00e9es quatre-vingt), sa m\u00e8re \u00e0 elle, elle ce samedi-l\u00e0, deux semaines avant le vingt-sept une bouteille de black and white chez monoprix, mes s\u0153urs et mon fr\u00e8re qui s\u2019entre-tueraient s\u2019ils pouvaient, mais non, ils ne font que se hurler dessus, les d\u00e9marches de l\u2019avenue Rachel, la venue dans l\u2019apr\u00e8s-midi de la thanatopractrice, l\u2019oubli d\u2019un de ses outils \u2013 fer, caoutchouc, tuyaux, pompes\u2026 &#8211; dans le lavabo, je lui cours apr\u00e8s, verres de whisky, sa s\u0153ur qui pleure, je ne sais plus sans doute le mercredi suivant \u2013 probablement \u2013 je ne sais plus, un samedi suivant, le temps qui se met \u00e0 la pluie, les feuilles qui roussissent au jardin des Tuileries, au loin juste l\u00e0 le Louvre, sur l\u2019autre rive, l\u2019h\u00f4tel o\u00f9 sa s\u0153ur me dit \u00ab\u00a0je suis toute seule maintenant\u00a0\u00bb, elle regarde le fleuve, le pont, le mus\u00e9e, les roses alors presque chaque semaine, les couleurs pour la chambre quinze &#8211;\u00a0la pluie, tu sais je ne sais plus exactement mais voil\u00e0, \u00e0 Saint-Germain-l\u2019Auxerrois, juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de cette \u00e9glise se trouve la mairie, c\u2019est l\u00e0 qu\u2019on d\u00e9clare, c\u2019est l\u00e0 qu\u2019on d\u00e9pose, on donne son nom, son lien de parent\u00e9, sa profession et son adresse, on signe \u2013 dans la m\u00eame mesure, on va d\u00e9clarer la naissance des enfants (c\u2019\u00e9tait aux Lilas, au si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent) , la force de l\u2019\u00c9tat, civil peut-\u00eatre mais sa force qui tient \u00e0 ce qu\u2019on nous y oblige, les choses \u00e0 faire on les fait de plein gr\u00e9 sans r\u00e9fl\u00e9chir parce que c\u2019est comme \u00e7a, les d\u00e9clarations (on n\u2019a jamais su le jour pr\u00e9cis de la naissance de mes grands-parents maternels), un peu de soleil sur les arbres  <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"598\" src=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/Capture-d\u2019\u00e9cran-de-2019-09-21-10-21-28-1024x598.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-13963\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"> <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>soixante (c\u2019est un mardi) (j\u2019aimais tant ce \u00ab&nbsp;un vingt-deux septembre au diable vous part\u00eetes&nbsp;\u00bb mais c\u2019est apr\u00e8s) (j\u2019aime tant cette musique \u2013 m\u00eame si elle est triste \u00ab&nbsp;mais c\u2019est triste de n\u2019\u00eatre plus triste sans vous&nbsp;\u00bb cette merveille de simplicit\u00e9) (Georges je l\u2019adore) (il y avait quelques uns de ses disques \u00e0 la maison de ceux qu\u2019ornaient des guitares en <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/13681-2\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">quatre fois vingt-sept neuf<\/span><span 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