{"id":136929,"date":"2023-09-28T10:22:15","date_gmt":"2023-09-28T08:22:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=136929"},"modified":"2023-09-29T09:08:41","modified_gmt":"2023-09-29T07:08:41","slug":"ete2023-14-temps-paralleles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-14-temps-paralleles\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #14 | temps parall\u00e8les"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/P1180750_carre-1024x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-136931\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/P1180750_carre-1024x1024.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/P1180750_carre-420x420.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/P1180750_carre-200x200.jpg 200w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/P1180750_carre-768x767.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/P1180750_carre-1536x1536.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/P1180750_carre-2048x2046.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<div style=\"height:30px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p style=\"font-size:22px\">C\u2019est une sc\u00e8ne de rencontre, sc\u00e8ne \u00e0 deux personnages, pas de paroles \u00e9chang\u00e9es, tout se passe dans le silence et dans la p\u00e9nombre, tout est calme comme s\u2019il n\u2019y avait plus d\u2019air, comme si les insectes avaient d\u00e9sert\u00e9 l\u2019espace, plus d\u2019odeurs \u00e0 r\u00f4der non plus, rien qu\u2019images lentes et couleurs assourdies. Elles sont l\u00e0 toutes les deux, pas bien loin l\u2019une de l\u2019autre&nbsp;: celle qui \u00e9crit tous les jours dans la chambre \u00e0 l\u2019\u00e9tage et celle qui vient du pass\u00e9 \u2014&nbsp;qu\u2019on pourrait croire surgie des murs&nbsp;\u2014, en train de raccommoder, broder, \u00e9plucher des l\u00e9gumes.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:22px\">On les voit comme si on les filmait d\u2019en haut. Se rapprocher lentement, histoire d&rsquo;en savoir plus.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:22px\">Celle qui \u00e9crit s\u2019est laiss\u00e9e surprendre par la pr\u00e9sence de l\u2019autre. Heureusement qu\u2019il y a du recul en arri\u00e8re de la porte pour qu\u2019elle s\u2019y tienne, juste ce qu\u2019il faut pour ne pas \u00eatre vue tout en observant l\u2019autre, se demander ce qu\u2019elle fait l\u00e0 install\u00e9e dans la cuisine, se demander qui elle est, imaginer comment elle a pu p\u00e9n\u00e9trer dans la maison longtemps inhabit\u00e9e, dans quelle chambre elle a bien pu s\u00e9journer sans que personne ne soit au courant. On s\u2019int\u00e9resse aux expressions du visage de celle qui \u00e9crit en train de se transformer \u00e0 chaque seconde, craquements de poutres et de planchers, on n\u2019entend rien des bruits, on se laisse attirer par le visage p\u00e2li puis \u00e9tonn\u00e9 puis adouci, caress\u00e9 par la lumi\u00e8re qui s\u2019infiltre depuis les ouvertures de la cuisine. On sent le corps empoign\u00e9, tremblant, avec une envie d\u2019aller de l\u2019avant. L\u2019autre \u00e0 la table est toute \u00e0 ce qu\u2019elle fait, ne voit rien n\u2019entend rien, n\u2019a aucune conscience de la pr\u00e9sence de l\u2019autre. Au-del\u00e0 de la porte c\u00f4t\u00e9 Nord, s\u2019\u00e9tend la petite terrasse puis le sentier jusqu\u2019au c\u0153ur des jardins, jusqu\u2019au c\u0153ur des arbres et des choses. Celle qui est assise \u00e0 la table se concentre sur ce qu\u2019elle fait, ne s\u2019aper\u00e7oit de rien. De temps en temps sa poitrine se soul\u00e8ve l\u00e9g\u00e8rement. Il suffirait de quelques pas pour qu\u2019elles se rejoignent, du moins c\u2019est ce qu\u2019on croit. On se trompe. Si elles semblent install\u00e9es et vivant en ce m\u00eame lieu, elles respirent et agissent dans des temps parall\u00e8les. On le comprend \u00e0 l&rsquo;attitude des corps, \u00e0 la nature des v\u00eatements, au nouage des cheveux. Un trouble s\u2019infiltre depuis les plafonds dans l\u2019enfilade des pi\u00e8ces, ternit l\u2019air, floue les couleurs, comme une zone ind\u00e9cise qui raconte que les \u00e9poques ne sont pas les m\u00eames, comme une bu\u00e9e dans le regard de celle qui conna\u00eet la musique du parquet. Tout pourrait cesser brusquement si elle fermait les yeux. Les images sont n\u00e9es en arri\u00e8re de ses paupi\u00e8res, d\u00e9barqu\u00e9es d\u2019un monde invent\u00e9. Ce n\u2019est pas une sc\u00e8ne de rencontre, c\u2019est un moment de trouble, de vision, de r\u00e9v\u00e9lation entre blancheur et t\u00e9n\u00e8bres. Celle surgie du pass\u00e9 est demeur\u00e9e inscrite dans le tableau et sa silhouette par instants se r\u00e9v\u00e8le. <\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:22px\">Au-del\u00e0 de la terrasse c\u00f4t\u00e9 Nord s\u2019annonce le sentier qui grimpe jusqu\u2019au c\u0153ur des jardins, jusqu\u2019au c\u0153ur des arbres et des choses. Au-del\u00e0 des arbres enchev\u00eatr\u00e9s commence le ravin puis s\u2019\u00e9chelonnent les hameaux, les vallons. Le pays aux mille taillis est recouvert d\u2019un vaste ciel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\"><em>Photographie, \u00a9Fran\u00e7oise Renaud \u2013 au jardin, septembre 2023<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est une sc\u00e8ne de rencontre, sc\u00e8ne \u00e0 deux personnages, pas de paroles \u00e9chang\u00e9es, tout se passe dans le silence et dans la p\u00e9nombre, tout est calme comme s\u2019il n\u2019y avait plus d\u2019air, comme si les insectes avaient d\u00e9sert\u00e9 l\u2019espace, plus d\u2019odeurs \u00e0 r\u00f4der non plus, rien qu\u2019images lentes et couleurs assourdies. Elles sont l\u00e0 toutes les deux, pas bien loin <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete2023-14-temps-paralleles\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#\u00e9t\u00e92023 #14 | temps parall\u00e8les<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":149,"featured_media":136931,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[5078,4525,1],"tags":[5087,5088,5086],"class_list":["post-136929","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-14-joy-sorman","category-ete-2023-du-roman","category-atelier","tag-filmer-den-haut","tag-rencontre-silencieuse","tag-vision"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/136929","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/149"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=136929"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/136929\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/136931"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=136929"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=136929"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=136929"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}