{"id":137021,"date":"2023-10-01T10:36:24","date_gmt":"2023-10-01T08:36:24","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=137021"},"modified":"2023-10-05T15:25:26","modified_gmt":"2023-10-05T13:25:26","slug":"ete-2023-14-campus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-14-campus\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #14 | Campus"},"content":{"rendered":"\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur le campus, \u00e0 la rentr\u00e9e&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Des Sciences aux Lettres, le tram emprunte l\u2019ancienne avenue des facult\u00e9s, en partie tronqu\u00e9e aujourd\u2019hui. D\u2019une universit\u00e9 \u00e0 l\u2019autre, d\u2019une biblioth\u00e8que \u00e0 l\u2019autre (les arr\u00eats), le parcours ne semble pas avoir beaucoup chang\u00e9. C\u2019est toujours une s\u00e9rie de b\u00e2timents d\u2019un c\u00f4t\u00e9, des blocs et des barres plus ou moins longs et \u00e9lev\u00e9s, et l\u2019espace ouvert de l\u2019autre, les terrains de foot synth\u00e9tiques, un parc \u00e0 la pelouse en friche et grill\u00e9e au moment de la rentr\u00e9e. \u00c0 l\u2019arriv\u00e9e, on glisse le long du grand b\u00e2timent des Lettres \u00e0 gauche, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019accueil, un bloc rouge et blanc, le parc menant \u00e0 la biblioth\u00e8que&nbsp;; en face, le parc vide de Droit, la vieille esplanade de goudron, deux tapis de pelouse s\u00e8che, de grandes dalles de b\u00e9ton ros\u00e9, d\u00e9lav\u00e9, cern\u00e9es de brins d\u2019herbe et de terre battue, et un ensemble de salles en pr\u00e9fabriqu\u00e9 blanc qui \u00e0 l\u2019air d\u2019un complexe de cabanes de chantier, couvert de tags.<\/li>\n\n\n\n<li>Secr\u00e9tariat des Lettres, b\u00e2timent A, premier \u00e9tage, une salle au milieu du couloir envahie \u00e0 chaque intercours. Un comptoir, des armoires basses \u00e0 portes coulissantes, des \u00e9tag\u00e8res basses, un grand casier \u00e0 tiroirs, des porte-documents pleins, un ou deux vases pour des essais floraux de bureau, les fen\u00eatres, trois ou quatre pour une vue sur le b\u00e2timent d\u2019en face, ses fen\u00eatres, ses \u00e9tages, ses murs. Pour l\u2019accueil, une petite dame, cheveux courts, poivre et sel, des lunettes rondes. Elle va et vient vers le panneau des emplois du temps des enseignants. Avec le temps elle sourit, on discute.<\/li>\n\n\n\n<li>De part et d\u2019autre de la Maison des Arts, des enfants courent sur les parkings o\u00f9 sont install\u00e9s des campements de voitures et de caravanes blanches en cha\u00eene, souvent avec des antennes satellites, des auvents, des marchepieds, une table et des chaises de camping \u00e0 c\u00f4t\u00e9, un r\u00e9chaud mont\u00e9 sur une grosse bouteille de gaz, un petit barbecue rouill\u00e9, des bassines sur une table, un \u00e9tendoir \u00e0 linge, une couverture sur un fil entre deux caravanes, deux tas d\u2019objets sous une b\u00e2che kaki, un v\u00e9lo de course d\u00e9passe, des valises marron et bordeaux sur une table basse en verre, pieds en forme de volutes, des coffres de toit blancs au sol, des sacs isothermes argent\u00e9s, une brouette pleine de sacs poubelle, une grande remorque \u00e0 b\u00e2che bleue, des bidons et des jerricans, un groupe \u00e9lectrog\u00e8ne branch\u00e9 \u00e0 une rallonge, des fils au sol, un faisceau de fils et de lignes partant je ne sais o\u00f9, au pied d\u2019un panneau c\u00e9dez-le-passage sur un bout de carton, un chien noir en boule.<\/li>\n\n\n\n<li>Copyfac. Il y avait un local au bout de l\u2019universit\u00e9. On y trouvait tout le n\u00e9cessaire de base pour le bureau et l\u2019\u00e9criture, mais on venait surtout pour faire des copies d\u2019un cours manqu\u00e9, d\u2019un livre emprunt\u00e9 (malgr\u00e9 les premi\u00e8res alertes sur le <em>photocopillage<\/em>), pour relier un m\u00e9moire ou une th\u00e8se. On faisait la queue dehors. On observait \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur jouer du copieur \u00e0 la cha\u00eene, comme d\u2019autres en ligne dans les cybercaf\u00e9s ou les salles de jeux, sans refermer le capot, tourner et retourner les feuilles, les pages. On entendait les machines bourdonner en ch\u0153ur, en canon, on apercevait les flashs des scanners. On sentait la chaleur en approchant de l\u2019entr\u00e9e, et cette odeur de plastique, de papier et d\u2019encre confits.<\/li>\n\n\n\n<li>Avant le bloc rouge et blanc de l\u2019accueil se trouvait un carr\u00e9 de pelouse avec, au milieu, une esp\u00e8ce de fosse herbeuse entour\u00e9e d\u2019un muret et d\u2019un pan de mur sculpt\u00e9 en bas-relief. \u00c0 l\u2019arriv\u00e9e des beaux jours, on s\u2019allongeait sur le muret et dans la fosse, on discutait, on jouait de la guitare, on r\u00e9visait, des fiches en main ou un livre.<\/li>\n\n\n\n<li>Jour de gr\u00e8ve \u00e0 l\u2019universit\u00e9. Jour de manif dans en centre-ville. Les issues des b\u00e2timents sont bloqu\u00e9es. Derri\u00e8re les portes vitr\u00e9es, des tables en bois, en blanc, des chaises en vrac, rouges, bleues, noires, entass\u00e9es, enchev\u00eatr\u00e9es, sur toute la surface, toute la hauteur, d\u2019une \u00e9paisseur qui ne laisse rien filtrer de jour ni d\u2019ombre. Sur l\u2019esplanade, un petit tas de cendre et quelques bouts de bois carbonis\u00e9s au pied d\u2019un bloc de pierre, mi-sculpture abstraite, mi-tabouret plein. Devant le b\u00e2timent administratif, des grilles de chantier, des conteneurs noirs renvers\u00e9s, empil\u00e9s, un debout plein de sacs poubelle, des barri\u00e8res m\u00e9talliques, des balises de s\u00e9paration de voie rouges et blanches, des tr\u00e9teaux en bois, une grande banderole fac occup\u00e9e. Le portrait de Montaigne au-dessus, sur fond de vitres miroitantes, m\u00e9daillon style pop art pixellis\u00e9, flout\u00e9, color\u00e9.<\/li>\n\n\n\n<li>La BU. | On court. Le sas des portes vitr\u00e9es \u00e0 pousser, \u00e7a force, les charni\u00e8res grincent, craquent. Dans un sens, dans l\u2019autre, on se g\u00eane pour entrer, pour sortir. | Quelqu\u2019un attend dans le hall, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la machine \u00e0 caf\u00e9, pench\u00e9 en avant dans le fauteuil, sac sur le dos, capuche sur la t\u00eate, le nez sur son mobile. Des gouttes d\u2019eau tombent des m\u00e8ches qui d\u00e9passent. | \u00c0 l\u2019accueil, on lit. | Un jour on pousse la barre chrom\u00e9e du portique d\u2019entr\u00e9e, un autre c\u2019est un portail en plastique cr\u00e8me qui s\u2019ouvre automatiquement, un autre encore on passe simplement entre des antennes de surveillance blanches, t\u00e9moin d\u2019alarme rouge. | Lettres et Sciences Humaines au premier, deuxi\u00e8me, troisi\u00e8me, par l\u2019escalier \u00e0 droite ou les ascenseurs \u00e0 gauche. On peut aussi prendre en face, descendre la vol\u00e9e de marches pour le Droit. L\u2019espace semble ici plus grand, mais plus sombre. \u00c0 demi enterr\u00e9, ses fen\u00eatres sont plus hautes et elles ne font pas non plus le tour du b\u00e2timent \u00e0 cause de nombreuses petites autres salles, des sortes de cellules vitr\u00e9es o\u00f9 travailler en groupe sous la lumi\u00e8re de r\u00e9flecteurs. | Un couloir m\u00e8ne ailleurs.&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Le Forum, cafette en Droit. Un grand local \u00e0 demi circulaire avec mezzanine aux airs de cantine \u00e0 midi. (Rien \u00e0 voir avec le \u2211irtaki et ses esp\u00e8ces d\u2019alv\u00e9oles singeant les masures grecques et leur labyrinthe de ruelles, ni pratiques pour s\u2019installer ni confortables sur les banquettes.) Il y a du monde, il n\u2019y a pas de place, les files sont longues. Ce sera encore un pan bagnat surimi mayonnaise sous cellophane, trois couches sous lesquelles des brins de rose orang\u00e9 caoutchouteux, \u00e9cras\u00e9s, ont gliss\u00e9 sur les bords avec une gicl\u00e9e de mayonnaise. On s\u2019en met plein les doigts \u00e0 chaque fois. Sur les l\u00e8vres aussi et un bout se d\u00e9tache, qu\u2019on rattrape, qui tombe. Bouscul\u00e9, on marche dessus. Le bruit est \u00e9norme. Et ce type \u00e0 la parole facile, qui ne s\u2019arr\u00eate pas et s\u2019\u00e9coute parler, qui arrive de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9. On sort.<\/li>\n\n\n\n<li>Secr\u00e9tariat de Lettres, b\u00e2timent I, deuxi\u00e8me \u00e9tage. La premi\u00e8re salle \u00e0 gauche, au bout de la file d\u2019attente. Une grande salle carr\u00e9e, spacieuse, un comptoir de part et d\u2019autre d\u2019un acc\u00e8s assez large vers une autre salle. On va et vient avec une desserte mobile pleine de dossiers qu\u2019on d\u00e9pose ici, qu\u2019on prend l\u00e0 et emporte de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9. La petite dame n\u2019est plus l\u00e0. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 l\u2019inscription, le dossier, les documents, les pi\u00e8ces, l\u2019attestation, le certificat, les justificatifs, un re\u00e7u&nbsp;? De l\u2019autre, le comptoir pr\u00e8s de la fen\u00eatre, de nouveaux documents, d\u2019autres pi\u00e8ces, la carte \u00e0 puce. Une photo prise directement \u00e0 l\u2019aide d\u2019une webcam si on n\u2019en a pas apport\u00e9, sans appr\u00eat, le mur blanc cass\u00e9 pour fond. Ou juste le temps de quelques coups de brosse, un miroir et la main dans les cheveux, la m\u00e8che derri\u00e8re l\u2019oreille. On a\u00e8re le visage. Un coup d\u2019\u0153il dehors, dans le parc. Un \u00e9cureuil peut-\u00eatre, dans les feuilles mortes. Et c\u2019est comme si on l\u2019entendait gratter.<\/li>\n\n\n\n<li>\u00c0 la Maison des Sciences de l\u2019homme, c\u2019\u00e9tait le mari de la secr\u00e9taire du d\u00e9partement de Lettres qui tenait l\u2019accueil, une esp\u00e8ce de box cloisonn\u00e9, sombre, une seule vitre donnant sur le hall. Son \u0153il de verre lui faisait tourner l\u00e9g\u00e8rement la t\u00eate quand on lui parlait, comme s\u2019il cherchait \u00e0 entendre plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 mieux capter votre regard. La r\u00e9ponse \u00e9tait br\u00e8ve, impassible. Merci. Et on allait s\u2019installer sous l\u2019escalier du hall, dans un fauteuil en ska\u00ef vert \u00e9meraude, deux pi\u00e8ces dans la machine \u00e0 caf\u00e9. Lui retournait s\u2019asseoir derri\u00e8re son \u00e9cran. De temps en temps, on venait le voir \u00e0 la porte et il d\u00e9crochait du panneau dans son dos une clef.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sur le campus, \u00e0 la rentr\u00e9e&nbsp;:<\/p>\n","protected":false},"author":158,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[5078,4525],"tags":[2401,5093,4675,3867,2307,3458],"class_list":["post-137021","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-14-joy-sorman","category-ete-2023-du-roman","tag-bibliotheque","tag-cafette","tag-campus","tag-esplanade","tag-secretariat","tag-tram"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/137021","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/158"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=137021"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/137021\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=137021"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=137021"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=137021"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}