{"id":137027,"date":"2023-10-01T12:19:29","date_gmt":"2023-10-01T10:19:29","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=137027"},"modified":"2023-10-01T18:42:04","modified_gmt":"2023-10-01T16:42:04","slug":"ete-2023-15-lyrisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-15-lyrisme\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #15 | Lyrisme"},"content":{"rendered":"\n<p>De ces r\u00e9gions du souvenir qui nous murmurent de rester sur leur seuil, ressurgit une lecture d\u2019Herman Broch, ce devait \u00eatre &nbsp;\u00bb La mort de Virgile&nbsp;\u00bb Ce moment de lecture semblable \u00e0 aujourd\u2019hui par sa luminosit\u00e9 automnale, les bruits \u00e9touff\u00e9s de la rue, se m\u00e9lange, se diffuse dans l\u2019id\u00e9e presque paisible du dimanche matin. Et du seuil o\u00f9 je me tenais comme je m\u2019y tiens en y songeant, l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9crire un texte lyrique \u00e0 propos de ma m\u00e8re m\u2019\u00e9tait soudain venue. Le rideau de tulle bon march\u00e9 \u00e0 la fen\u00eatre entrouverte en tremble encore et pr\u00e9cise le d\u00e9cor de cette intempestive r\u00e9miniscence. Il y a plus de dix ans que nous ne nous \u00e9tions vus, encore \u00e0 cette \u00e9poque et vingt ans d\u00e9j\u00e0 ont pass\u00e9 depuis sa disparition d\u00e9sormais o\u00f9 j\u2019\u00e9cris ces lignes. Entre deux nous nous sommes rencontr\u00e9s quelques semaines, le temps d\u2019apprendre qu\u2019elle \u00e9tait malade, qu\u2019une convalescence n\u2019\u00e9tait plus \u00e0 esp\u00e9rer.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avais donc sp\u00e9cialement achet\u00e9 juste quelques semaines avant de renouer , un gros cahier d\u2019\u00e9colier sur lequel j\u2019avais noirci les pages en sa totalit\u00e9 d\u2019un seul jet, emport\u00e9 par cet \u00e9lan path\u00e9tique qui avait p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 en moi, comme une tache d\u2019encre traverse un \u00e9pais buvard. Mais je n\u2019\u00e9tais pas satisfait. Evidemment que non. Le lyrisme y \u00e9tait si d\u00e9bordant que sa fausset\u00e9 me creva presque aussit\u00f4t les deux yeux. Il faut que je pr\u00e9cise \u00e0 quel point j\u2019\u00e9tais encore en ce temps dont je vous parle, jeune ignorant, et par cons\u00e9quent bien pr\u00e9tentieux. Pas moins de cents cinquante pages de dol\u00e9ances, de rage, d\u2019amour maladroit avec comme seul fil rouge juste ce regard gris bleu m\u2019\u00e9chappant obstin\u00e9ment. Une m\u00e8re semblable \u00e0 une ville, \u00e0<em>&nbsp;demi interdite.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019air frais de ces premisses d\u2019automne ne tempera pas mon ardeur \u00e0 me jeter dans l\u2019ouvrage. Je crois que j\u2019ai pass\u00e9 trois jours sans presque rien manger ni boire ni dormir, tant je redoutais de perdre en cours de route cette \u00e9trange \u00e9nergie d\u00e9crire. J\u2019\u00e9tais comme poss\u00e9d\u00e9 par le fant\u00f4me de Broch tenant du bras Virgile. Par le rythme le souffle surtout de sa syntaxe, ses sonorit\u00e9s je maladroitement dans mon emportement je plagiais. Il en fut presque toujours ainsi de mon rapport \u00e0 la lecture, puis \u00e0 l\u2019\u00e9criture, souvent une affaire d\u2019envoutement. Un total abandon \u00e0 l\u2019autre. Cela dura des ann\u00e9es, presque toute une vie en fait.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La mort de ma m\u00e8re me libera temporairement de cette mal\u00e9diction. Le fait qu\u2019on l\u2019incin\u00e9ra fut d\u2019une brutalit\u00e9 folle. Il parait d\u2019apr\u00e8s mon p\u00e8re que c\u2019\u00e9tait son souhait. Mais nous f\u00eemes tout de m\u00eame graver un petit marbre de 40cm par 40 avec son pr\u00e9nom, son nom sa date de naissance et de fin en lettres d\u2019or ( en \u00e9tait-ce vraiment ? le doute me vient car d\u00e9j\u00e0 nous \u00e9tions mon \u00e9pouse et moi assez l\u00e9gers d\u2019argent. )&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cette plaque serait d\u00e9sormais lieu de p\u00e8lerinage, un lieu presque rassurant pour notre famille si disloqu\u00e9e \u00e9tait-elle. Mon p\u00e8re si rendait chaque jour apr\u00e8s avoir balad\u00e9 le chien et effectu\u00e9 ses courses chez Lidl. Il d\u00e9posait m\u00eame chaque semaine des fleurs, pendant des mois. Puis les choses se tass\u00e8rent, Les visites s\u2019espac\u00e8rent. La vie est ainsi faite.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait le d\u00e9but de l\u2019automne. C\u2019est toujours en ce d\u00e9but d\u2019automne que je repense \u00e0 ma m\u00e8re. Elle est n\u00e9e au d\u00e9but d\u2019octobre. Je crois que le souvenir s\u2019associe plus \u00e0 la naissance qu\u2019a la disparition ( en f\u00e9vrier) Est ce que l\u2019automne est un terreau plus fertile au lyrisme que f\u00e9vrier, peut-\u00eatre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En tous cas j\u2019ai retrouv\u00e9 ce gros cahier tout \u00e9crit \u00e0 la main, sans espace, sans respiration, sans pause, sans chapitre, pas de prologue ni de fin. un long texte \u00e0 l\u2019encre qui dort dans un carton depuis presque vingt-cinq ans. Si j\u2019approche mon nez des pages seulement je sens bien quelque chose, mais n\u2019ai nulle envie de le d\u00e9finir vraiment. C\u2019est un gros cahier semblable au souvenir que je conserve de ma m\u00e8re. Un demi myst\u00e8re. Et l\u2019ouvrir serait prendre assur\u00e9ment en plein visage toute une insignifiance du monde et des \u00eatres probablement fictive mais que l\u2019on se rassure souvent par l\u00e2chet\u00e9 de nommer la r<em>\u00e9alit\u00e9.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De ces r\u00e9gions du souvenir qui nous murmurent de rester sur leur seuil, ressurgit une lecture d\u2019Herman Broch, ce devait \u00eatre &nbsp;\u00bb La mort de Virgile&nbsp;\u00bb Ce moment de lecture semblable \u00e0 aujourd\u2019hui par sa luminosit\u00e9 automnale, les bruits \u00e9touff\u00e9s de la rue, se m\u00e9lange, se diffuse dans l\u2019id\u00e9e presque paisible du dimanche matin. 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