{"id":137381,"date":"2023-10-06T11:45:59","date_gmt":"2023-10-06T09:45:59","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=137381"},"modified":"2024-01-11T18:47:53","modified_gmt":"2024-01-11T17:47:53","slug":"11-avant-takou","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/11-avant-takou\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92023 #11 |\u00a0Avant\u00a0 Takou"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Le <em>Notre Dame du Salut<\/em> marche toujours son petit train. Il y aurait tant de choses \u00e0 dire sur ce voyage interminable qui nous mena jusqu\u2019en Chine, sur ce qui s\u2019est pass\u00e9 avant l\u2019arriv\u00e9e \u00e0 Takou. Le steamer nous transportait avec une allure d\u00e9sesp\u00e9rante de tortue. Le malheur s\u2019\u00e9tait produit avec la perte des cinquante chevaux de l\u2019escadron de cavalerie embarqu\u00e9s \u00e0 Alger et les officiers gardaient les yeux rougis d\u2019avoir vu leurs b\u00eates d\u00e9p\u00e9rir et jet\u00e9es \u00e0 la mer en p\u00e2ture aux requins. Un d\u00e9sastre oui il faut bien appeler \u00e7a un d\u00e9sastre, un orvale\u00a0comme on dit &#8211; si je pense \u00e0 la beaut\u00e9 de ces chevaux\u00a0\u00e0 la robe noire et luisante ; je n\u2019ai pas de mots moi qui suis pourtant habitu\u00e9 \u00e0 voir tant de b\u00eates crever \u00e0 longueur de journ\u00e9e \u2026 pareille h\u00e9catombe pour un coup de chaleur, jamais connu \u00e7a\u2026 m\u00eame dans le pire des cauchemars et vraiment \u00e7a m\u2019a coqu\u00e9 pour tout vous dire. Je suis all\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 me demander si les hommes n\u2019allaient pas suivre le m\u00eame chemin pendant cette foutue travers\u00e9e. J\u2019ai fini par croire que le sort s\u2019acharnait contre nous, dans ce bateau de malheur et puis c\u2019est l\u2019un d\u2019entre nous qui est parti rejoindre les pauvres chevaux. Une bien triste c\u00e9r\u00e9monie a eu lieu: apr\u00e8s l\u2019hom\u00e9lie prononc\u00e9e par les Aum\u00f4niers, la musique militaire a retenti alors que le corps install\u00e9 sur une civi\u00e8re recouvert d\u2019un drapeau glissait vers la mer dans le silence et les pri\u00e8res chuchot\u00e9es des S\u0153urs de Saint-Vincent-de-Paul\u00a0; l\u2019\u00e9cume a jailli et notre camarade a disparu dans les flots. A pr\u00e9sent, je me dis que le pire est sans doute devant nous. Faut bien durer\u00a0!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Avant que je ne parle de notre arriv\u00e9e en Chine il faut que je parle des S\u0153urs de Saint-Vincent- de -Paul. Jamais je ne pensais que des religieuses pourraient embarquer \u00e0 bord. Le choix s\u2019\u00e9tait arr\u00eat\u00e9 sur cinq d\u2019entre elles, celles qui pouvaient le plus facilement s\u2019acclimater. On raconte qu\u2019elles allaient rejoindre quinze autres S\u0153urs d\u00e9j\u00e0 install\u00e9es \u00e0 Shanghai. Ces religieuses ont embarqu\u00e9 \u00e0 Marseille et bien que leur pr\u00e9sence en ait surpris plus d\u2019un, lorsqu\u2019on les vit avec leurs grandes cornettes blanches sur le pont rassembl\u00e9es pour la photographie de d\u00e9part, elles ont fini par faire partie du voyage et il n\u2019emp\u00eache qu\u2019au fil du temps elles se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9es tr\u00e8s utiles donnant un coup de main aux infirmiers d\u00e9bord\u00e9s avec tous les soins \u00e0 faire. Il faut dire qu\u2019\u00e0 Paris, elles avaient une grande habitude des h\u00f4pitaux et soulageaient bien de la mis\u00e8re, \u00e0 ce qu\u2019on dit. A bord, c\u2019\u00e9taient les seules femmes que l\u2019on autorisait aupr\u00e8s des malades. Toujours d\u2019humeur \u00e9gale, elles passaient le plus clair de leur temps \u00e0 soigner les passagers et \u00e0 r\u00e9citer le rosaire.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il faut que je vous parle un peu \u00e0 pr\u00e9sent de S\u0153ur Clarisse, l\u2019une des plus jeunes des S\u0153urs. C\u2019est une novice. Un si doux visage cach\u00e9 sous la haute et s\u00e9v\u00e8re cornette blanche. \u00c7a jasait au milieu des soldats. T\u00f4t fait de l\u2019avoir rep\u00e9r\u00e9e et on s\u2019est pos\u00e9 bien des questions et c\u2019est tout naturel. Pourquoi a -t-elle pris l\u2019habit cette jeunette&nbsp;? Est-ce sous le coup d\u2019une d\u00e9ception d\u2019amour assez vive ? Avec toujours le m\u00eame empressement, on la vit se d\u00e9vouer- j\u2019imagine que c\u2019est son temp\u00e9rament -je l\u2019ai constat\u00e9 d\u2019ailleurs- au moment de l\u2019insolation de Pierre Pacaud, elle a \u00e9t\u00e9 d\u2019un grand r\u00e9confort non que sa jeunesse la d\u00e9savantage&nbsp;; bien au contraire elle rayonnait de simplicit\u00e9 et de modestie, aucune plaie ne semblait d\u2019ailleurs la faire reculer. Tous les malades \u00e9taient regroup\u00e9s au 1<sup>er<\/sup> entrepont dans des cabines lat\u00e9rales de dimensions variables dispos\u00e9es de part et d\u2019autre de la batterie. Ils \u00e9taient confin\u00e9s l\u00e0 dans ces locaux am\u00e9nag\u00e9s Non loin, se trouvaient celles r\u00e9serv\u00e9es aux m\u00e9decins et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, \u00e9taient situ\u00e9es celles des S\u0153urs. Si bien que celles-ci, se trouvant \u00e0 proximit\u00e9, couraient de l\u2019une \u00e0 l\u2019autre des cabines, r\u00e9pondant aux appels, ex\u00e9cutant les prescriptions des m\u00e9decins si le malade avait de la fi\u00e8vre. Mais revenons \u00e0 S\u0153ur Clarisse. On \u00e9tait rest\u00e9 sur le pas de la porte pour aller voir le Pierre on venait aux nouvelles bien que l\u2019on sache d\u00e9j\u00e0 qu\u2019elles n\u2019\u00e9taient pas tr\u00e8s bonnes. On lui a dit <em>Bonjour ma S\u0153ur<\/em>, vaguement g\u00ean\u00e9s. S\u0153ur Clarisse nous a accueilli avec un sourire le plus engageant, nous invitant \u00e0 entrer dans la cabine d\u2019un geste mais Pierre Pacaud \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 p\u00e2le et on a bien vite compris que la fin arrivait lorsqu\u2019elle a pris sa main en lui parlant tout doucement. &nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Avant que je ne parle de notre installation en Chine il faut que je d\u00e9crive encore la situation \u00e0 bord. L\u2019\u00e9tat du <em>Notre Dame du Salut<\/em> \u00e9tait loin de s\u2019am\u00e9liorer et la salet\u00e9 avait fini par tout envahir&nbsp;: le sol \u00e9tait partout boueux et merdeux \u00e0 la fois, pas la moindre exception non que je m\u2019habituasse \u00e0 l\u2019odeur naus\u00e9abonde mais j\u2019ai fini par ne plus m\u00eame la sentir; alors que le temps s\u2019\u00e9tirait comme un grand drap blanc qui claque au vent semblable \u00e0 ce ciel sans nuage avec pour tout horizon le bruit assourdissant des vagues qui se fracassaient. Un point dans la mer. Nous \u00e9tions juste ce point minuscule dans la mer. Heureusement, il y avait les pauvres soldats comme moi et on se serrait les coudes -il faut le dire-bien que les journ\u00e9es soient toutes pareilles. On se remuait un peu plus avec les corv\u00e9es qui nous occupaient la matin\u00e9e avec le pont et la batterie \u00e0 balayer, \u00e0 laver ou \u00e0 astiquer. J\u2019avais -\u00e0 mes d\u00e9buts &#8211; imit\u00e9 les marins et remont\u00e9 mon pantalon en tir bouchon sur mes mollets et \u00f4t\u00e9 mes chaussures&nbsp;; je jetais alors le seau rempli d\u2019eau froide sur le sol et je pataugeais avec plaisir en frottant le plancher mais peu \u00e0 peu au fil du temps la bouillasse s\u2019\u00e9tait entass\u00e9e sur le sol jusqu\u2019\u00e0 former une cro\u00fbte malodorante qui ne partait plus et je n\u2019osais plus \u00f4ter mes espadrilles devant l\u2019odeur pestilentielle d\u00e9gag\u00e9e. Bien s\u00fbr il restait encore les repas pour nous retrouver et ces moments-l\u00e0 on les attendait m\u00eame avec une certaine impatience quoique la nouveaut\u00e9 ne soit pas souvent au rendez-vous et bien que les cuisiniers \u00e0 bord fournissent un effort d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, la qualit\u00e9 restait pour le moins m\u00e9diocre&nbsp;; rien \u00e0 voir avec qui \u00e9tait servi au mess des officiers&nbsp;! &nbsp;A ce qu\u2019on en dit, ils avaient le choix entre trois hors-d \u2019\u0153uvres, environ trois plats suivis de cinq desserts, de deux fromages du caf\u00e9 ou du th\u00e9&nbsp;! Nous, on s\u2019estimait heureux d\u2019avoir du pain frais presque tous les jours. Mais les fayols revenaient souvent accompagn\u00e9s trois fois par semaine de viande fraiche. Un des b\u0153ufs embarqu\u00e9s \u00e0 bord \u00e9tait sacrifi\u00e9 la nuit \u00e0 cet effet. Pour les autres repas de la semaine on avait droit \u00e0 du lard, \u00e0 de la conserve de b\u0153uf, de la sardine \u00e0 l\u2019huile ou du fromage. \u00c7a ne valait pas les grattons que je mangeais avec le p\u00e8re \u00e0 l\u2019auberge encore fumants et pos\u00e9s sur le morceau de pain. Et puis, on avait bien d\u2019la chance \u00e0 ce moment-l\u00e0 de connaitre Antonin Devaucelle, l\u2019infirmier. Parfois, il parvenait \u00e0 chiper un fruit qu\u2019il ramenait dans sa poche, en douce et on se le partageait avec Louis sur le pont. C\u2019\u00e9tait notre quatre-heures.<\/p>\n\n\n\n<p>Les discussions reprenaient avec les gars invariablement sur les \u00e9v\u00e8nements pass\u00e9s, le tant\u00f4t on s\u2019\u00e9chauffait, les rumeurs persistaient \u00e0 bon compte&nbsp;: des batailles \u00e9taient \u00e9voqu\u00e9es car au loin, les rumeurs de la Chine nous parvenaient avec plus ou moins d\u2019exactitude. Les r\u00e9sultats \u00e9taient plus qu\u2019incertains et nous avancions sans savoir -nous autres pauvres soldats- les progressions de l\u2019Exp\u00e9dition internationale et de ses troupes. Parfois les jeux reprenaient le soir \u00e0 la veill\u00e9e et les parties de cartes s\u2019\u00e9ternisaient pour tuer le temps. &nbsp;On ne savait vraiment pas ce qui nous attendait. On ne nous disait rien, c\u2019\u00e9tait le silence complet. Mais c\u2019est toujours le cas \u00e0 ce jour et \u00e7a fait jurer les hommes qui enragent et rongent leurs freins. Certains sont m\u00eame pr\u00eats \u00e0 en d\u00e9coudre et font les fanfarons pour se faire remarquer mais il vaut mieux filer doux.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il y aurait ainsi beaucoup de chose \u00e0 dire sur ce qui s\u2019est pass\u00e9 avant notre arriv\u00e9e \u00e0 Takou mais \u00e0 pr\u00e9sent il faut que je commence \u00e0 vous parler de notre escale \u00e0 Colombo avant de pousser jusqu\u2019\u00e0 Singapour. Les marins \u00e9voquaient d\u00e9j\u00e0 depuis quelques jours une escale prochaine \u00e0 Colombo pour de nouveaux probl\u00e8mes d&rsquo;avarie et pour le ravitaillement en charbon. Nous les \u00e9coutions nous parler des endroits les moins recommandables, ceux-l\u00e0 m\u00eame o\u00f9 on prend du bon temps. Les soldats s&rsquo;impatientaient de plus en plus d\u00e9s\u0153uvr\u00e9s, la fatigue gagnait les troupes. Ce rafiot se trainait, cahin-caha nous avancions. Le paysage \u00e9tait devenu plus plaisant depuis quelques jours si l&rsquo;on comparait \u00e0 ce qu\u2019on avait pu voir avec les terres s\u00e8ches et arides de Port-Sa\u00efd. Il y avait beaucoup d&rsquo;arbres totalement inconnus par chez moi, comme les palmiers ou les cocotiers qui se disputaient aux bananiers et aux baobabs. Des esp\u00e8ces d&rsquo;oiseaux multicolores concurren\u00e7aient de minuscules volatiles nomm\u00e9s oiseaux mouches, des nu\u00e9es de canards s&rsquo;\u00e9battaient \u00e0 l\u2019approche du port. Le 5 septembre nous arrivions enfin \u00e0 Colombo. La ville nous apparut \u00e0 demi cach\u00e9e dans les feuillages. On distinguait au loin le phare et les toitures rouges des maisons. Nous voil\u00e0 arr\u00eat\u00e9s apr\u00e8s 23 jours de travers\u00e9e. Je me demande \u00e0 quelle date nous allons arriver en Chine car au lieu des 5 heures d\u2019arr\u00eat nous avons eu 24 heures, la machine \u00e9tait d\u00e9traqu\u00e9e. Quoique cela je n\u2019en sois pas f\u00e2ch\u00e9 car il y a eu des permissions pour les sous-officiers et moi je n\u2019avais pas de garde et j\u2019ai pu me promener la journ\u00e9e mais avant que je vous parle de cette ville si curieuse il faut que je dise deux mots sur le d\u00e9barquement. Ainsi apr\u00e8s l&rsquo;accostage du bateau, \u00e0 l&#8217;embarcad\u00e8re mont\u00e8rent \u00e0 bord des chargeurs connus du personnel de bord proposant aux voyageurs de changer or ou monnaie contre des roupies. Apr\u00e8s d&rsquo;\u00e2pres n\u00e9gociations, j\u2019ai pu \u00e9changer quelques pi\u00e8ces avec d&rsquo;autres. Une flottille compos\u00e9e de fr\u00eales embarcations de louage s\u2019approcha pour nous permettre d\u2019aller du paquebot \u00e0 terre. Beaucoup de pirogues indig\u00e8nes avec balancier men\u00e9s par des coolis exp\u00e9riment\u00e9s. Voyageurs et soldats s\u2019entassaient pour gagner la terre ferme. Pas plus d\u2019une dizaine par bateau les allers retours \u00e9taient nombreux pour d\u00e9barquer l\u2019ensemble de la cargaison. La chaleur \u00e9tait humide et fatigante et le dos de mes mains se couvraient de perles de sueur alors que je n\u2019\u00e9tais pas contraint \u00e0 un effort excessif.<\/p>\n\n\n\n<p>Ici et l\u00e0 surgissaient d\u2019immenses b\u00e2timents d&rsquo;une couleur rouge qui les recouvrait et attirait l&rsquo;\u0153il. La circulation \u00e9tait facilit\u00e9e par des voies \u00e0 demi recouvertes de sable ; cela donnait \u00e0 la ville un aspect moderne d&rsquo;autant que les tramways \u00e9lectriques n&rsquo;avaient rien \u00e0 envier \u00e0 Marseille. Les militaires fran\u00e7ais \u00e9taient toujours bien accueillis et je me d\u00e9cidais \u00e0 \u00e9crire quelques lignes \u00e0 ma famille \u00e0 une terrasse du quartier du fort, bien que je ne sache pas r\u00e9ellement si mes messages leur parvenaient et je dirai m\u00eame que j\u2019ignore s\u2019ils ont re\u00e7u ma lettre de Marseille car je me suis aper\u00e7u que je ne l\u2019avais pas affranchie. Cependant je ne voulais pas de r\u00e9soudre \u00e0 couper le fil t\u00e9nu qui me reliait \u00e0 eux : \u00e0 quelques m\u00e8tres de l\u00e0 un danseur de serpent retint mon attention jamais vu un truc pareil \u00e0 part au zoo semble-t-il jamais vu d&rsquo;aussi grand serpent et je ne partageais pas la r\u00e9pugnance de mes cong\u00e9n\u00e8res pour ces reptiles ni l&rsquo;hyst\u00e9rie de certaines femmes \u00e0 leur vue. Luisantes leurs \u00e9cailles jaunes et vertes glissaient sur le sol ; ils se dressaient et leurs sifflements accompagnaient leurs ondulations; leurs couleurs \u00e9taient bien plus fonc\u00e9es que les couleuvres ou vip\u00e8res que j&rsquo;avais pu crois\u00e9es dans mon pays natal lorsqu\u2019elles se chauffaient au soleil souvent sur les tas de pierres pr\u00e8s des muriers&nbsp;; certaines s&rsquo;aventuraient m\u00eame sans peur dans les cours pour aller pondre sur les fumiers encore chauds.<\/p>\n\n\n\n<p>Les rues \u00e9taient assez encombr\u00e9es : beaucoup de charrettes circulaient attel\u00e9es \u00e0 des b\u0153ufs avec des anneaux pass\u00e9s dans les narines, concurrenc\u00e9es par de nombreux pousses-pousses tir\u00e9s par des hommes au torse nu. Louis m\u2019avait rejoint au caf\u00e9 et on se chauffait au soleil avec d\u2019autres soldats descendus du <em>Notre Dame du Salut<\/em> pour fumer une cigarette. Certains, suivant les marins, avaient d\u00e9j\u00e0 pris la direction de la ville, voulant mettre l\u2019escale \u00e0 profit pour une visite jug\u00e9e hygi\u00e9nique. Les filles \u00e9taient alors peu regardantes et accueillaient \u00e0 bras ouverts les soldats. Je n\u2019\u00e9tais pas tent\u00e9. Je m\u2019attardais encore en cet apr\u00e8s-midi, ici pas le moindre caf\u00e9 mais du th\u00e9, c\u2019\u00e9tait bon march\u00e9. L\u2019absinthe Pernod \u00e9tait d\u00e9bit\u00e9e au prix de 1francs 25 et la bi\u00e8re c\u2019\u00e9tait 1 franc 50 le bock. Louis se d\u00e9cida finalement pour une limonade \u00e0 0,75 francs de verre. Je remarquai qu\u2019il y avait beaucoup de corbeaux, ces sales b\u00eates venaient jusqu\u2019\u00e0 picorer les miettes des repas laiss\u00e9s par des Indiens ou&nbsp;voler m\u00eame des tranches de pain aux touristes. Il n\u2019y avait que des Anglais et des Italiens aux alentours. Un bruit sec et brutal nous fit nous retourner. On put voir \u00e0 ce moment pr\u00e9cis combien les soldats arabes crois\u00e9s \u00e9taient disciplin\u00e9s&nbsp;: passant \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un officier ou d\u2019un sous-officier fran\u00e7ais ils saluaient et man\u0153uvraient sans mollesse. Le bruit provenait du claquement des fusils dans leurs mains, on l\u2019entendait facilement \u00e0 trente m\u00e8tres.<\/p>\n\n\n\n<p>On avait choisi de suivre dans l\u2019apr\u00e8s-midi Aleski, le marin du <em>Notre Dame du Salut<\/em> pour une promenade \u00e0 proximit\u00e9 du port. Toujours des maisons \u00e0 la fa\u00e7ade europ\u00e9enne le long de la mer, d\u2019interminables art\u00e8res ombrag\u00e9es et le grand oriental h\u00f4tel, un immense b\u00e2timent de trois \u00e9tages mais nous nous avions choisi assez vite de nous aventurer dans le bazar, le quartier indig\u00e8ne, appel\u00e9 le <em>Pettah<\/em>. Les rues \u00e9taient tr\u00e8s anim\u00e9es&nbsp;de ce c\u00f4t\u00e9 de la ville : beaucoup d\u2019hommes d\u00e9ambulaient v\u00eatus d\u2019un simple pagne sur les reins, d\u2019autres portaient de larges pantalons blancs nou\u00e9s&nbsp;; certains avaient ajout\u00e9 de courtes vestes mais tous marchaient pieds nus dans la poussi\u00e8re. Louis me lan\u00e7a <em>Tu as vu tous ces sauvages ils font peine \u00e0 voir.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>On croisa sur la route des pr\u00eatres bouddhistes qui marchaient \u00e9galement pieds nus, ils avaient \u00e0 la main de larges \u00e9ventails avec lesquels ils se rafraichissaient. Ils \u00e9taient tondus et ras\u00e9s de frais.&nbsp;A proximit\u00e9, une blanchisseuse nous d\u00e9passa d\u2019un pas rapide emportant un ballot de v\u00eatements sur l\u2019\u00e9paule.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019air \u00e9tait chaud et moite, et nous transpirions \u00e0 grosses gouttes avec nos uniformes lorsque nous arriv\u00e2mes au march\u00e9 aux \u00e9pices. On nous regardait avec une certaine curiosit\u00e9 mais sans crainte. Tout \u00e9tait nouveau pour moi mais c\u2019\u00e9tait bon de pouvoir marcher enfin m\u00eame si la chaleur \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 intense et peu propice \u00e0 la promenade. En fin d\u2019apr\u00e8s-midi, on se d\u00e9cida \u00e0 regagner le port sous la pluie battante.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Louis avait trouv\u00e9 quelques babioles qu\u2019il a gliss\u00e9s dans sa besace et qu\u2019il ramena au bateau. Nous sommes repartis dans la soir\u00e9e \u00e0 bord du <em>Notre Dame du Salut<\/em>. La vie \u00e0 bord a repris alors que le bateau gagnait le large et que la c\u00f4te s\u2019estompait.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il y aurait beaucoup de chose \u00e0 dire encore sur ce qui s\u2019est pass\u00e9 avant notre arriv\u00e9e \u00e0 Takou et il faut \u00e0 pr\u00e9sent que je commence \u00e0 vous parler de Singapour, l\u2019escale \u00e9tait pr\u00e9vue apr\u00e8s Colombo pour s\u2019approvisionner encore en charbon et en vivres mais une nouvelle panne de moteur encore nous contraint \u00e0 y demeurer plus longtemps. Avant notre arriv\u00e9e au port des monticules verdoyants s\u2019offraient \u00e0 perte de vue avec parfois diss\u00e9min\u00e9es des cases indig\u00e8nes mont\u00e9es sur pilotis&nbsp;; on apercevait m\u00eame par endroits des pavillons chinois entre les feuillages qui signalaient notre arriv\u00e9e en Extr\u00eame Orient. La Chine approchait. Nous \u00e9tions -ce jour &#8211; le 11 septembre soit pr\u00e8s d\u2019un mois apr\u00e8s notre d\u00e9part de Marseille. Singapour \u00e9tait proche d\u00e9sormais. Des jonques s&rsquo;entassaient \u00e0 proximit\u00e9 et des voiles blanches flottaient \u00e0 tous les vents.<\/p>\n\n\n\n<p>Le steamer accosta \u00e0 quai pour aller faire son charbon, ici on vous charge en un temps record 10\u00a0000 tonnes en deux heures para\u00eet-il. Le commandant Roesch des chasseurs d\u2019Afrique \u00e9tait charg\u00e9 d\u2019envoyer un t\u00e9l\u00e9gramme.\u00a0 La ville \u00e9tait \u00e9loign\u00e9e des docks\u00a0: il fallait bien compter dix minutes pour la rejoindre si on prenait une voiture ou un pousse-pousse. J\u2019ai remarqu\u00e9 non loin des docks, un coolie portant un chapeau de paille ressemblant \u00e0 un canotier. Il \u00e9tait v\u00eatu d\u2019une veste en toile ajust\u00e9e ferm\u00e9e par des brandebourgs. Ce coolie s\u2019approcha d\u2019un homme torse nu qui passait, tirant un chariot surmont\u00e9 d\u2019un plateau o\u00f9 \u00e9taient dispos\u00e9s des bols en fa\u00efence et du th\u00e9 fumant. Je compris qu&rsquo;il s\u2019agissait d&rsquo;un marchand ambulant qui proposait aux passants la boisson chaude et parfum\u00e9e. Je m\u2019installai non loin sur un petit banc en bois pour terminer d\u2019\u00e9crire ma lettre pour la France et je ne pus cacher ma h\u00e2te d\u2019arriver enfin \u00e0 destination \u00e0 Takou, ma famille me manquait \u00e0 pr\u00e9sent et je commen\u00e7ais assez content de leur envoyer quelques mots non pas tant sur le voyage mais les pour les rassurer sur mon sort et la lettre elle fut \u00e9crite plut\u00f4t vite\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp; <em>Je vous dirai mes chers parents que je me porte bien pour le moment et j\u2019esp\u00e8re que ma lettre vous trouvera en bonne sant\u00e9 \u00e9galement. Si c&rsquo;est pas malheureux nous avons quitt\u00e9 Marseille il y a d\u00e9j\u00e0 pr\u00e8s d\u2019un mois et on&nbsp; commence d\u2019en avoir mal car tous les bateaux qui sont partis dix jours apr\u00e8s nous se trouvent &nbsp;tous \u00e0 pr\u00e9sent devant nous. C\u2019est \u00e0 n\u2019y rien comprendre&#8230; Ce bateau avance \u00e0 la vitesse d\u2019un escargot&#8230; Il y avait sur les quais &nbsp;\u00e0 Singapour un bateau russe qui emportait aussi des troupes pour la Chine&nbsp;: &nbsp;on a \u00e9t\u00e9 les voir \u00e0 bord de leur bateau et il fallait voir comme ils \u00e9taient contents de nous recevoir mais c&rsquo;\u00e9tait dommage car on ne se comprenait pas mais \u00e7a ne fait rien car les poign\u00e9es de main \u00e7a ne manquait pas et on voyait que c&rsquo;\u00e9tait de bon c\u0153ur, ils nous ont m\u00eame donn\u00e9 du tabac<\/em>. <em>Voil\u00e0 mes chers parents je vous quitte&nbsp; \u00e0 pr\u00e9sent en vous embrassant de tout mon c\u0153ur&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp; Je remis ma lettre au caporal pour le courrier \u00e0 l\u2019heure. Pierre me taraudait pour que je me joigne au petit groupe de soldats, d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 profiter de l\u2019avarie du bateau pour visiter le quartier chinois, histoire de se faire une id\u00e9e de ce qui pouvait nous attendre l\u00e0-bas. Je finis par me laisser convaincre, c\u2019\u00e9tait mieux que de me morfondre seul dans mon coin et j\u2019aime bien la compagnie. La vue du port et de la rade s\u2019\u00e9loignait. &nbsp;Des marins du bateau s\u2019\u00e9taient joints \u00e0 nous et nous guidaient dans le m\u00e9andre des rues. Sur le bord des trottoirs, s\u2019alignaient des magasins de toute sorte&nbsp;qui proposaient un nombre incroyable d\u2019objets&nbsp;: certains en porcelaine, d\u2019autres laqu\u00e9s ou sculpt\u00e9s. S\u2019y trouvaient aussi des meubles de toutes sortes et des livres. L\u2019inconv\u00e9nient c\u2019est qu\u2019on ne se comprenait pas mais on parvenait \u00e0 se d\u00e9brouiller&nbsp;qu\u2019en m\u00eame: si l\u2019un d\u2019entre nous souhaitait acqu\u00e9rir un objet il le d\u00e9signait du bout du doigt et il parvenait \u00e0 le marchander. Cela avait l\u2019air moins cher qu\u2019\u00e0 Colombo, je dirai m\u00eame que tout avait l\u2019air presque bon march\u00e9. Mais c\u2019\u00e9taient surtout les \u00e9choppes des marchands de chaises en rotin qui m\u2019avaient frapp\u00e9&nbsp;; elles s\u2019\u00e9tendaient sur une rue tout enti\u00e8re. Des panneaux surplombaient de petits magasins tout \u00e9troits, comme coll\u00e9s les uns aux autres. Au-dessus de chacun d\u2019eux \u00e9taient suspendues des pancartes indiquant le nom du propri\u00e9taire &#8211; <em>Tong Chong <\/em>ou <em>Tong&nbsp; Sing<\/em>, et en-dessous s\u2019\u00e9talait la sp\u00e9cialit\u00e9 du marchand \u00ab&nbsp;<em>dealer in rattan chair&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;bamboo chair Singapore&nbsp;\u00bb. <\/em>Le plus curieux c\u2019\u00e9tait &nbsp;l\u2019entassement de chaises de toutes dimensions suspendues au-dessus des portes des \u00e9choppes, elles encombraient aussi l\u2019ouverture des magasins dans un fouillis d\u2019enchev\u00eatrements, exposant tous les mod\u00e8les propos\u00e9s. Un Chinois s\u2019affairait devant la devanture de son magasin ; \u00e0 notre approche il d\u00e9pla\u00e7a adroitement les fauteuils en \u00e9quilibre. Il se tourna et je vis qu&rsquo;il portait une longue natte qui lui descendait jusqu\u2019aux reins.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais c\u2019\u00e9tait surtout le grand march\u00e9 de Singapour qui a eu toutes nos faveurs on y trouvait des tas de plats inconnus et des mets pr\u00e9par\u00e9s sous nos yeux. Des Chinois assis sur le sol, accroupis sur leurs talons, mangeaient avec des baguettes. Il faisait 30 degr\u00e9s. Des soldats s\u2019\u00e9taient approch\u00e9s, tent\u00e9s de go\u00fbter, tant pouss\u00e9s par la faim que par la curiosit\u00e9&nbsp;car cela changeait du r\u00e9gime habituel. Beaucoup de riz collant ou gluant qu\u2019ils attrapaient avec leurs doigts. Tout \u00e9tait dispos\u00e9 dans de petits bols. Aleski s&rsquo;est servi il avait l&rsquo;habitude, j&rsquo;ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 renoncer par crainte des d\u00e9sordres gastriques. Nous avons fini par retourner au port en toute fin de journ\u00e9e, poussi\u00e9reux et transpirants dans toute cette chaleur pleine d&rsquo;humidit\u00e9. Dans la nuit, nous avons quitt\u00e9 la ville sous un temps affreux, une pluie torrentielle se d\u00e9versait et les vagues \u00e9taient \u00e9normes. Les palefreniers essayaient d\u2019abriter des chevaux tant bien que mal d&rsquo;autant qu&rsquo;\u00e0 Singapour sur ordre du g\u00e9n\u00e9ral Voyron -\u00e0 ce qu&rsquo;on nous a rapport\u00e9- un march\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 conclu et 50 chevaux avaient \u00e9t\u00e9 achet\u00e9 pour remplacer les morts. A ce qu\u2019on dit de grands chevaux australiens au prix moyen de mille francs. Les v\u00e9t\u00e9rinaires courraient de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre pour pallier au pire sur le pont, ils ne voulaient pas les perdre ces b\u00eates. La houle \u00e9tait forte et nous \u00e9tions serr\u00e9s entre des planches, ballot\u00e9s au gr\u00e9 de la temp\u00eate qui s\u00e9vissait. Je jouais aux dominos pour changer, on passe le temps comme on peut.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp; Pour en revenir \u00e0 Takou, cette fois je veux vraiment vous en parler, la c\u00f4te chinoise apparut enfin apr\u00e8s une nouvelle escale \u00e0 Sa\u00efgon sur laquelle je ne m\u2019attarderai pas et apr\u00e8s la travers\u00e9e de la mer Jaune. Nous \u00e9tions le 25 septembre. L\u2019arriv\u00e9e \u00e0 Takou s&rsquo;annon\u00e7ait et nous avions tous le c\u0153ur battant d&rsquo;atteindre cette destination. Je me crois chanceux car je n\u2019ai jamais \u00e9t\u00e9 malade pendant toute la travers\u00e9e, j\u2019ai eu bien de la chance. Nous arrivons&nbsp;enfin au bout de cette travers\u00e9e effroyable qui a eu un go\u00fbt d\u2019enfer. Nous voudrions bien savoir comment \u00e7a va dans ce pays mais pas moyen. Aucune nouvelle. Il y a longtemps qu\u2019on nous dit que P\u00e9kin est pris mais personne n\u2019en n\u2019est vraiment s\u00fbr. Je crois que \u00e7a doit \u00eatre vrai car pour notre arriv\u00e9e au port on n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 escort\u00e9 au quai. Enfin le voyage se terminait et la Chine \u00e9tait \u00e0 port\u00e9e de vue.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp; <\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Le Notre Dame du Salut marche toujours son petit train. Il y aurait tant de choses \u00e0 dire sur ce voyage interminable qui nous mena jusqu\u2019en Chine, sur ce qui s\u2019est pass\u00e9 avant l\u2019arriv\u00e9e \u00e0 Takou. Le steamer nous transportait avec une allure d\u00e9sesp\u00e9rante de tortue. 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