{"id":13765,"date":"2019-09-27T00:00:59","date_gmt":"2019-09-26T22:00:59","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=13765"},"modified":"2019-09-19T08:36:25","modified_gmt":"2019-09-19T06:36:25","slug":"27-septembre-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/27-septembre-3\/","title":{"rendered":"27 septembre"},"content":{"rendered":"\n<p><em>27 septembre 1989<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Un dimanche d\u2019automne. Peu de choses pr\u00e9vues. Petit d\u00e9jeuner, confiture maison, petit \u00e9cran , un peu mais pas trop longtemps, ranger sa chambre et laisser le temps d\u00e9filer en scrutant les barreaux en fer , noir et or, ceux du lit. Comparer les formes \u00e0 celles du plafond en lambris, les visages que l\u2019on devine, ceux qui viennent rompre l\u2019uniformit\u00e9 des planches et qui discutent avec ceux du lit. S\u2019imaginer une histoire de m\u00e9chants avec ces t\u00eates qui sortent du plafond. Puis aller jouer dehors, l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 \u00e7a a ses limites, il faut bouger, penser qu\u2019on a un corps aussi. Sonner chez les voisins, m\u00eame le dimanche, pas grave. Faire hurler la m\u00e8re des voisins, chose facile, deux ou trois b\u00eatises et op\u00a0! , vous l\u2019entendiez hurler jusqu\u2019au village, situ\u00e9 \u00e0 3kilom\u00e8tres. On le savait, une fois, on s\u2019\u00e9tait fait la malle, en v\u00e9lo -Marie et les gar\u00e7ons, pas le groupe de rock, le groupe du quartier- et la m\u00e8re Badoil, on l\u2019avait entendue hurler. Trois kilom\u00e8tres, pour de vrai, jur\u00e9, crach\u00e9. Jouer dans le poulailler, sonner \u00e0 toutes les portes, partir en riant. Vie simple de gamins \u00e0 la campagne, un dimanche 27 septembre o\u00f9 il n\u2019y avait pas grand-chose \u00e0 faire,\u00a0dans un hameau \u00e0 la campagne, \u00e0 trois kilom\u00e8tres du village, un 27 septembre de l\u2019 ann\u00e9e 89.<\/p>\n\n\n\n<p><em>27 septembre 1998<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait l\u2019anniversaire de Roland, le gros de la bande. A part la bi\u00e8re 33, on ne savait pas trop ce qui pouvait lui faire plaisir. Alors ce 27 septembre devait rester plut\u00f4t ordinaire, acheter de la bi\u00e8re, de la bi\u00e8re 33, la moins ch\u00e8re, la seule disponible \u00e0 l\u2019\u00e9picerie du coin, mais en acheter un peu plus, et se demander quand serait le prochain bal, la prochaine vir\u00e9e, toutes les mob de sortie, filles sur les porte bagages, avant l\u2019hiver. C\u2019\u00e9tait l\u2019anniversaire de Roland, mais on ne savait pas lui donner d\u2019\u00e2ge exact, il parlait peu, il buvait trop. Mais pour son anniversaire, on allait rester un peu plus longtemps sous l\u2019abribus, il fallait quand m\u00eame marquer le coup, la belle excuse pour rentrer tard. \u2026C\u2019est pas ma faute, c\u2019est l\u2019anniversaire de Roland. Tu sens la bi\u00e8re. File dans ta chambre. Repos. Demain, c\u2019est le 28, il y a \u00e9cole. Roland, il allait plus \u00e0 l\u2019\u00e9cole, il allait \u00e0 l\u2019usine, \u00e0 l\u2019usine de saucissons. C\u2019\u00e9tait dur.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p><em>27&nbsp;septembre 2002<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Fin d\u2019une semaine v\u00e9cue selon un rythme nouveau, depuis 27 jours. Nouveau rythme, nouvelle vie, partie pour \u00e9tudier, mais le reste n\u2019avait pas chang\u00e9,&nbsp;&nbsp;insupportable permanence sous le changement. Ce 27 septembre, il avait fallu changer tout cela, rompre avec le pass\u00e9, avant octobre, elle se l\u2019\u00e9tait dit maintes fois. Cette vie l\u00e0, elle n\u2019en voulait pas, elle n\u2019en voudrait jamais. Le 27 septembre sonnait comme une date que l\u2019on ne pouvait plus d\u00e9passer. Ce serait ce jour-l\u00e0, en fin de journ\u00e9e, ces fins de journ\u00e9es d\u2019automne o\u00f9 la nuit arrive de plus en plus t\u00f4t, elle&nbsp;&nbsp;l\u2019avait d\u00e9cid\u00e9. Ce 27 septembre avait l\u2019odeur de la libert\u00e9 et des larmes,&nbsp;&nbsp;depuis le matin. Matin\u00e9e pass\u00e9e \u00e0 lire et \u00e0 travailler, agr\u00e9able solitude avant la temp\u00eate, refuge. Ce 27 septembre 2002, il avait fallu sortir de ce refuge, oser dire non \u00e0 une vie que l\u2019on n\u2019avait pas choisie. C\u2019est vu et revu, mais quand on est dans ce creux, il faut bien en sortir, en essayant d\u2019\u00e9viter le pathos, les bons sentiments et les regrets. Voil\u00e0, elle avait pris sa voiture, elle conduisait depuis peu officiellement&nbsp;; Officieusement il avait fallu conduire souvent, comme pour le reste, s\u2019occuper de tout \u00e0 un \u00e2ge o\u00f9 l\u2019on veut s\u2019occuper de rien. Trouver un toit, un repas, un emploi. Maintenant il avait tout. Elle pouvait partir. Le 27 septembre. Je te quitte. Je ne m\u2019occupe plus de rien.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>27 septembre 2010<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Douleur de la vo\u00fbte plantaire, ce 27 septembre, cabinet de dermatologie au fond de l\u2019esplanade \u00ab&nbsp;Grand si\u00e8cle&nbsp;\u00bb. Loin de B\u00e9nichou,&nbsp;&nbsp;m\u00eame si on est \u00e0 Versailles. Cela fait chic tout de m\u00eame, ce cadre, pour se faire br\u00fbler des verrues. Comme si le ventre lourd ne suffisait pas&nbsp;: dommages collat\u00e9raux, immunit\u00e9 modifi\u00e9e, porte ouverte \u00e0 la douleur plantaire. Pas seulement une, mais plusieurs. Le rendez-vous est \u00e0 11H30, il fait mal, et il faut retourner au turbin juste apr\u00e8s, rester plant\u00e9e l\u00e0, ventre lourd, pieds br\u00fbl\u00e9s, chaussures insupportables-elles sont un peu ouvertes, mais sur le dessus seulement,&nbsp;&nbsp;en septembre les chaussures sont toujours un peu ouvertes, on a laiss\u00e9 les nu pieds, les bottes sont encore rang\u00e9es. Mais elles sont intenables, importables, inacceptables quand m\u00eame, comme la douleur. Il commence \u00e0 peser, le ventre. A cela s\u2019ajoutent d\u2019autres d\u00e9sagr\u00e9ments. 27 septembre 2010, \u00e0 11h30, et tout le reste de la journ\u00e9e, serr\u00e9e dans ses chaussures et dans son ventre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>27 septembre 1989 Un dimanche d\u2019automne. Peu de choses pr\u00e9vues. 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