{"id":137681,"date":"2023-10-14T11:37:33","date_gmt":"2023-10-14T09:37:33","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=137681"},"modified":"2023-10-14T16:38:10","modified_gmt":"2023-10-14T14:38:10","slug":"ete-2023-12bis-laffut","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ete-2023-12bis-laffut\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e9 2023 #12bis | L&rsquo;aff\u00fbt"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tu vas t\u2019asseoir sur ton caillou comme on rentre dans un aff\u00fbt, dans un tout autre monde, avec un autre temps et d\u2019autres importances. Juste toi, les paysages, le ciel, la mer, les vagues, les pens\u00e9es qui en naissent. Tu as choisi l\u2019endroit il y a d\u00e9j\u00e0 un bon moment, pour le plat, pour le dossier, pour la vue surtout, la vue sur la mer. D\u2019abord la vue, le reste c\u2019\u00e9tait juste du bonus. Un bonus aussi le rose du granite rose, surtout quand, une fois pass\u00e9 l\u2019\u00e9t\u00e9, il redevient plus granite que rose, quand l\u2019endroit tout entier redevient un vrai port et oublie d\u2019\u00eatre une plage. Quand ce n\u2019est plus l\u2019\u00e9t\u00e9, tu sais que tu as tout ton temps pour regarder l\u2019eau monter, regarder l\u2019eau descendre, les vagues sauter pour tenter d\u2019arriver tout en haut des rochers, y arriver parfois et parfois y laisser quelques dents, au moins quelques gouttelettes, regarder les nuages s\u2019arr\u00eater devant le soleil, le cacher de ta main ou le laisser passer. L\u2019heure \u00e0 laquelle tu viens t\u2019asseoir a aussi son importance, pour la lumi\u00e8re, pour celle qui rase au lieu de tomber sur, celle du matin et du soir, des extr\u00e9mit\u00e9s de la journ\u00e9e, des lumi\u00e8res de basculement. Rien \u00e0 voir avec le soleil de midi, le stable, celui qui dit que tu as le temps, qui bouge \u00e0 peine et ne dit rien de l\u2019urgence de l\u2019instant, pour retenir les ombres ou bien les repousser. Au d\u00e9part, tu as choisi l\u2019endroit pour les oiseaux, de l\u00e0, tu vois les \u00eeles. Les ailes se d\u00e9coupent sur la mer, surtout les longues ailes blanches des fous, et avec les jumelles, tu t\u2019en approches assez pour \u00eatre presque avec eux sans pour autant y aller. Sans aucun d\u00e9rangement, sans perturber aucun de leurs comportements, leurs fa\u00e7ons d\u2019\u00eatre ensemble, entre eux, entre fous, en famille. \u00c0 les regarder aux jumelles, parfois tu te vois en voyeuse, alors tu regardes un peu ailleurs, par respect pour le priv\u00e9, en pensant un peu aussi \u00e0 ton priv\u00e9 \u00e0 toi. Le priv\u00e9 de la toile de tente, de l\u2019\u00eele, de l\u2019acc\u00e8s interdit de la r\u00e9serve qui construisait un rempart comme une bulle tout autour de vous deux. Le priv\u00e9 de vous deux. C\u2019est l\u2019heure du coucher du soleil. Le ciel \u00e9tend les draps, tapote les nuages pour en faire des coussins, calme et volupt\u00e9, couleurs chaudes, jaunes p\u00e2les, orang\u00e9s tranquilles, un peu de vieux rose anglais, que des douceurs pastel. Cette image sans contexte tomberait dans l\u2019eau de rose. Totalement l\u2019oppos\u00e9 des pens\u00e9es du moment, quand tes id\u00e9es \u00e0 toi sont bien loin de tout \u00e7a. Tu oscilles entre extr\u00eames, espoir et d\u00e9sespoir, douceur des souvenirs, violence du pr\u00e9sent. Tes images de vous deux deviennent ti\u00e8des et s\u2019\u00e9loignent. Son corps de disparu, son corps \u00e0 lui qui n\u2019a toujours pas \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9. Et maintenant on dit m\u00eame qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9, court, d\u00e9finitif, comme une affaire class\u00e9e loin de ce toujours pas qui disait que quand m\u00eame, on pouvait esp\u00e9rer un jour savoir le vrai, avoir des certitudes. Tu ne te pardonnes pas, parfois d\u2019envisager que son absence puisse \u00eatre d\u00e9sormais pour toujours. Toi tu oscilles encore, tu ne sais toujours pas si mort ou bien vivant, si quelque part tr\u00e8s loin, son corps existe encore tel que tu l\u2019as connu. Juste quelques mois de plus, il n\u2019aurait pas vieilli, du moins pas tant que \u00e7a, pas grande diff\u00e9rence. Parfois tu l\u2019imagines sur une \u00eele d\u00e9serte, parti au bout du monde sans donner de raison, aucune explication. On croit conna\u00eetre les gens, mais on ne sait jamais. Apr\u00e8s tout, il \u00e9tait bien capable de la tromper pour toi. Et plus tu le d\u00e9couvres, et moins tu connais John, plus il se multiplie et se complexifie. Alors c\u2019est la col\u00e8re qui vient cogner en toi, te jeter au visage des mots comme trahison, tra\u00eetrise et perfidie. Ta na\u00efvet\u00e9 aussi, ta si grande na\u00efvet\u00e9&nbsp;! Et puis tu passes au froid, au p\u00e2le presque transparent, \u00e0 la main de Cendrars pos\u00e9e sur son lit de mort, tu vois tout autrement, les rochers et la mer, la limite terre et eau, comme l\u2019endroit o\u00f9 les vagues auraient jet\u00e9 ses restes, morceaux de muscles et d\u2019os, charogne \u00e0 la Baudelaire, celle de tes cauchemars, quand dans ton ventre \u00e0 toi, tout se noue, se d\u00e9chire. Quand vos oiseaux ch\u00e9ris, ceux que tu vois planer, juste au-dessus des vagues, \u00e9l\u00e9gance et adresse, se nourrissent de lui<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tu vas t\u2019asseoir sur ton caillou comme on rentre dans un aff\u00fbt, dans un tout autre monde, avec un autre temps et d\u2019autres importances. 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