{"id":137829,"date":"2023-10-16T09:44:50","date_gmt":"2023-10-16T07:44:50","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=137829"},"modified":"2023-10-16T10:56:24","modified_gmt":"2023-10-16T08:56:24","slug":"enfance-prologue-lescale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/enfance-prologue-lescale\/","title":{"rendered":"#enfances #00 | l\u2019escale"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"507\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Capture-decran-du-2023-10-15-16-18-03-1024x507.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-137830\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\">Elle a en charge leurs quatre enfants, ce jour-l\u00e0 est celui de la rupture. Trente-trois ans dans ce pays, trente-quatre en novembre, on est en juillet, vers la fin, l\u2019a\u00een\u00e9 a onze ans, les deux suivantes dix, et le dernier vient d\u2019en avoir sept. Partir. Tout quitter. Un voyage en avion, une esp\u00e8ce d\u2019hippocampe qui aurait des ailes dessin\u00e9 en bleu sur un Super-constellation de la flotte battant pavillon tricolore, il doit avoir un nom \u2013 on aime \u00e0 nommer, les b\u00e2timents, les avions, les maisons \u2013 on aime aussi \u00e0 les num\u00e9roter \u2013 pour les classer et les r\u00e9pertorier matricule ordre synth\u00e8se \u2013 ainsi sait-on \u00e0 qui on a \u00e0 faire \u2013 il fait beau le commandant de bord annonce, uniquement en fran\u00e7ais, qu\u2019\u00e0 Nice o\u00f9 on fait escale la temp\u00e9rature est de trente-deux degr\u00e9s, le ciel d\u00e9gag\u00e9 et le vent faible, avant de poser, face \u00e0 la mer, son a\u00e9ronef. Seul ma\u00eetre \u00e0 bord \u2013 cent cinquante sept passagers, huit hommes et femmes d&rsquo;\u00e9quipage, c\u2019\u00e9tait un temps o\u00f9 les femmes \u00e9taient h\u00f4tesses et les hommes rarement stewards \u2013 tout ce beau monde en uniforme, gardez vos ceintures attach\u00e9es et \u00e9teignez votre cigarette. Quatorze heures quinze. Les portes sont ouvertes, on descend sur le tarmac, on se dirige vers l\u2019a\u00e9rogare, en file plus ou moins indienne, les enfants restez-l\u00e0, non pas de coca, tout \u00e0 l\u2019heure peut-\u00eatre \u2013 le soleil brille, la chaleur monte du goudron et \u00e7a sent le k\u00e9ros\u00e8ne et le pneu br\u00fbl\u00e9s l\u2019air semble flotter et briller d\u2019un \u00e9pais reflet transparent, le bruit des moteurs, la chaleur d\u00e9p\u00eachez-vous les enfants, dans le hall il fait sombre, c\u2019est juste le contraste, il fait frais, il y a des centaines de personnes, des milliers et des milliers de mots qui s\u2019\u00e9changent, incompr\u00e9hensibles des cris des annonces des musiques, tout ce monde bouge, change, se transforme, lit mange boit va vaque court les bars les \u00e9choppes les odeurs de parfums celles des aliments qui cuisent, les militaires les uniformes, les h\u00f4tesses de l\u2019air les commandants de bord. On marche, une glace ? non, un coca on s&rsquo;avance,on s&rsquo;installe, une table des verres, le soleil \u00e0 travers les baies, au loin tr\u00e8s loin, les montagnes de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, on devinerait la mer, mais l\u00e0, devant, les avions, les couleurs, la lumi\u00e8re filtr\u00e9e et cette chaleur qu&rsquo;on ne sent que peu mais qu&rsquo;on voit, une cigarette non, tout \u00e0 l&rsquo;heure \u2013 et tout \u00e0 coup le petit n\u2019est plus l\u00e0. Elle se retourne, le cherche des yeux vous n\u2019avez pas vu\u2026 demande-t-elle aux autres, non, ils s\u2019amusent et l\u2019oublient, elle le cherche ne le trouve pas \u2013 les autres sentent que c\u2019est s\u00e9rieux, s\u2019arr\u00eatent \u2013 ce n\u2019est pas normal o\u00f9 est-ce qu\u2019il a bien pu dispara\u00eetre&nbsp;? Elle cherche des yeux, venez les enfants, elle tient les mains des enfants qui se taisent, l\u2019avion repart dans un quart d\u2019heure, des femmes bronz\u00e9es robes \u00e0 fleurs couleurs joyeuses les hommes en costumes chemisettes un tas de gens qui sourient lunettes de soleil passent cherchent la porte la valise le si\u00e8ge mais du petit, aucune trace. Rien. Un enfant, seul, \u00e7a ne se peut pas, on va le retrouver. Ne pas crier, ne pas s\u2019affoler, regarder et chercher chercher encore \u2013 les enfants venez\u2026 elle tire sur les mains des filles, l\u2019a\u00een\u00e9 suit on sentirait la peur sourdre du moindre mot alors on se tait, les bruits, les gens qui appellent, les gens qui rient et se retrouvent et s\u2019embrassent, se tiennent les mains, les yeux se mouillent mais non, o\u00f9 est-il pass\u00e9\u2026 pas le moment des gros mots, des injures des cris et des gifles, il va m\u2019entendre \u2013 et derri\u00e8re ces pens\u00e9es, d\u2019autres plus sourdes, enl\u00e8vement blessures mort peut-\u00eatre mais non, non \u2013 on cherche, dix minutes, les appels sonores la porte d\u2019embarquement, vite mon dieu le voil\u00e0 \u2013 sans \u00eatre compl\u00e8tement penaud, les doigts dans la bouche, short sandales t-shirt l\u2019une des jumelles se pr\u00e9cipite le prend dans ses bras, l\u2019embrasse, vite la passerelle vite blanche vite l\u2019embarquement, montez les enfants montez&#8230; et toi je te jure&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elle a en charge leurs quatre enfants, ce jour-l\u00e0 est celui de la rupture. 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