{"id":138143,"date":"2023-10-19T18:41:48","date_gmt":"2023-10-19T16:41:48","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=138143"},"modified":"2023-10-20T09:21:02","modified_gmt":"2023-10-20T07:21:02","slug":"enfances-00-des-pertes-comme-prologue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/enfances-00-des-pertes-comme-prologue\/","title":{"rendered":"#enfances #00 |  des pertes comme prologue"},"content":{"rendered":"\n<p>Les saisons arrivent, les saisons s\u2019en vont, les saisons reviennent, elles reviennent \u00e0 peu pr\u00e8s semblables les unes les autres d\u2019une ann\u00e9e \u00e0 la suivante.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cette r\u00e9gularit\u00e9 du temps, ce rythme sur quoi s\u2019appuie le travail de la terre, des champs, l\u2019enfant l\u2019apprend par corps, par coeur, par sensations. On peut il le sait humer dans l\u2019air l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019automne, celle de l\u2019\u00e9t\u00e9 comme de l\u2019hiver en esp\u00e8rant dej\u00e0 le printemps.<\/p>\n\n\n\n<p>Et malgr\u00e9 la ville d\u2019o\u00f9 il vient, mais si peu de temps pass\u00e9 en elle, il ne se sent ni des villes ni des campagnes. Il se sent comme un \u00e9tranger travers\u00e9 par les saisons que ce soit \u00e0 la ville comme \u00e0 la campagne.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Un passager du temps&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Quand il fait beau il s\u2019en rejouit quand il fait gris il s\u2019en \u00e9tonne. Quand il pleut il tend les paumes ouvertes et quand il neige comme tous les enfants il fabrique des boules de neige.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il aurait bien voulu se laisser vivre ainsi port\u00e9 par le temps comme autrefois port\u00e9 dans un ventre. Mais l\u2019histoire n\u2019est pas d\u2019accord avec son projet personnel, elle lui propose autre chose.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il a perdu le confort du ventre un mois plus t\u00f4t que la normale, c\u2019est un pr\u00e9ma, il a perdu \u00e9norm\u00e9ment d\u2019informations sans doute utiles pour acqu\u00e9rir un usage correct du monde. L\u2019accueil tr\u00e8s vite est synonyme d\u2019 urgence puis une prison de verre ; on l\u2019entube, l\u2019appareille, le voici seul perdu dans le vaste monde il a peur. C\u2019est le vide \u00e0 combler, la page blanche dans une nuit noire.<\/p>\n\n\n\n<p>Des silhouettes au del\u00e0, des mains qui le retournent, l\u2019effleurent, des voix, des odeurs \u00e9trang\u00e8res avec parfois une \u00e9claircie surnaturelle. Elle est l\u00e0 il la sent, puis il la perd,<\/p>\n\n\n\n<p>et cette joie tranch\u00e9e presque aussit\u00f4t par la peine le chagrin mais ce ne sont que mots mis sur la b\u00e9ance, c\u2019est toute sa vie de nouveau-n\u00e9 ici.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Du primaire aussi il partira pr\u00e9matur\u00e9ment. Il n\u2019y connaitra pas la suite des histoires qu\u2019on tisse depuis la maternelle avec les autres. Il perdra la maison, le jardin, les champs, les collines, la for\u00eat et m\u00eame assez vite son accent. Peut-\u00eatre veut-il se fondre dans la masse d\u00e9j\u00e0, ne plus se faire remarquer. Il parlera \u00ab&nbsp;pointu&nbsp;\u00bb comme autrefois ses grands parents s\u2019exprimaient, au septi\u00e8me \u00e9tage d\u2019un trois pi\u00e8ces, perdu de vue dans le temps lui aussi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>De ses propres yeux voir l\u2019hiver, la neige, les points noirs que sont les merles sur ce tapis tout blanc. L\u2019empreinte de leurs petites pattes que l\u2019on s\u2019amuse \u00e0 suivre jusqu\u2019\u00e0 leur disparition soudaine.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il arrive qu\u2019on gratte \u00e0 mains nues le froid pour tenter d\u2019y voir plus clair. On atteint le noir en dessous de la terre, pas de merle, ni de grive. On n\u2019a pas vu l\u2019envol c\u2019est pour \u00e7a. Il s\u2019est perdu lui aussi. L\u2019envol n\u2019appartient pas au pr\u00e9sent. L\u2019envol des merles est comme les saisons, sans doute d\u2019 un autre moment. Tant de choses nous traversent qu\u2019on ne retient pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelle heure est-il ? Bien difficile de le dire en regardant les chiffres romains de l\u2019horloge qu\u2019on ne sait pas lire. On aimerait bien le savoir, dire comme un grand \u00ab&nbsp;il est douze heure il est ving heure&nbsp;\u00bb Mais tout a un prix bien s\u00fbr. Du temps \u00e0 perdre pour apprendre \u00e0 lire le temps. Apprendre demande du temps. De l\u00e0 \u00e0 penser qu&rsquo;apprendre est perte de temps&#8230; Quand on est dehors on n\u2019a pas besoin d\u2019une extr\u00eame pr\u00e9cision. Le soleil donne l\u2019heure naturellement. M\u00eame en son absence.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le sens commun ici dans nos campagnes est notre seul bien quand on n\u2019a gu\u00e8re de propri\u00e9t\u00e9s. Ceux qui le perdent sont les fous ou les idiots. Quand on perd le sens commun on parle de choses incompr\u00e9hensibles. Parfois aussi on parle bien trop de soi, on ne laisse pas de place pour les autres. On parle sans rien dire. On parle pour ne rien dire. Le fait est que les choses qui sont sens\u00e9es vouloir dire quelque chose sont ennuyeuses.&nbsp;<em>Mettre la table, faire le m\u00e9nage, ranger le bois sous l\u2019appentis, travaille bien \u00e0 l\u2019\u00e9cole, dis bonjour , dis au revoir. Ne pleure pas comme une madeleine.  Tu as bien fais tes devoirs.&nbsp;<\/em>Faut voir aussi les t\u00eates des gens quand ils se disent ces choses l\u00e0.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il va falloir couper cet arbre, son ombre g\u00e8ne les voisins qui poss\u00e8dent un jardin potager. Un jour on revient de l\u2019\u00e9cole il n\u2019y a plus qu\u2019un vide, \u00e7a flanque un sacr\u00e9 coup. La m\u00eame stupeur au d\u00e9but que le bruit d\u2019un fusil, celui que prend l\u2019homme et qui vise les merles sur la neige blanche. On peut suivre les gouttes de sang \u00e0 la trace aussi. Mais au bout l&rsquo;immense  tristesse,  un oiseau mort.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>c\u2019est quand il perd go\u00fbt aux choses usuelles, presque l&rsquo;usage g\u00e9n\u00e9ral, que l\u2019homme retrouve l\u2019ennui et les odeurs d\u2019enfance. L\u2019humus des bois, le roux des feuilles, le silence des arbres et leurs lents balancements de t\u00eates dans le vent. Parfois il essaie de prononcer leurs noms, en vain, la gorge se sert, il lui semble qu\u2019il y est presque, qu\u2019il y est enfin, il a tout perdu, il n\u2019est plus un homme plus un enfant, seulement le vent.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les saisons arrivent, les saisons s\u2019en vont, les saisons reviennent, elles reviennent \u00e0 peu pr\u00e8s semblables les unes les autres d\u2019une ann\u00e9e \u00e0 la suivante.&nbsp; Cette r\u00e9gularit\u00e9 du temps, ce rythme sur quoi s\u2019appuie le travail de la terre, des champs, l\u2019enfant l\u2019apprend par corps, par coeur, par sensations. 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