{"id":138300,"date":"2023-10-22T12:33:43","date_gmt":"2023-10-22T10:33:43","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=138300"},"modified":"2023-10-22T15:18:33","modified_gmt":"2023-10-22T13:18:33","slug":"enfances-01-portraits-a-hauteur-denfance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/enfances-01-portraits-a-hauteur-denfance\/","title":{"rendered":"#enfances #01 | Portraits \u00e0 hauteur d\u2019enfance"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"566\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/marche-du-boulevard-brune-60.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-138303\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/marche-du-boulevard-brune-60.jpg 1000w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/marche-du-boulevard-brune-60-420x238.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/marche-du-boulevard-brune-60-768x435.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Les Gassion<\/p>\n\n\n\n<p>En semaine l\u2019enfant est d\u00e9pos\u00e9 chez les concierges. Tout le monde entre, il n\u2019y a pas beaucoup de place dans l\u2019ascenseur. il y a une odeur de graisse et d\u2019encaustique. La porte se referme doucement, lentement il faut attendre, \u00eatre patient . Puis il y a un clic, signe que tout est par\u00e9 \u00e0 la descente et la machinerie s\u2019\u00e9branle, on descend en s\u2019\u00e9tonnant que le tapis rouge ne commence qu\u2019\u00e0 partir du troisi\u00e8me. Des tiges dor\u00e9es le maintiennent au creux de chaque marche. La cabine d\u2019ascenseur en bois- est-il pr\u00e9cieux- on ne le sait pas, \u00e9voque la cabine de N\u00e9mo dans vingt mille lieux sous les mers. D\u2019apr\u00e8s une gravure vue dans un livre. Sur une applique en bois, des boutons ronds, peut-\u00eatre en porcelaine, il y en a sept, plus un menant aux caves de l\u2019immeuble. Les chiffres sont noirs et romains. Les Gassion habitent \u00e0 l\u2019entresol derri\u00e8re une porte vitr\u00e9e avec des rideaux de dentelle et accroch\u00e9s aux rideaux de grosses cigales lisses et brillantes, en plastique. L\u2019odeur de soupe vous arrive directe dans le nez d\u00e8s qu\u2019on sort de l\u2019ascenseur. Il y a une petite plaque \u00e0 droite de la porte. \u00ab&nbsp;Gassion, concierges&nbsp;\u00bb. Au sol un linol\u00e9um qui br\u00fble les genoux. Sur la table une toile cir\u00e9e jaune avec encore des cigales en d\u00e9coration. On baisse la poign\u00e9e de la porte des Gassion et en entrant on prend tout d\u2019un coup le chant des cigales celui des ins\u00e9parables l\u2019odeur de soupe, et d\u2019autres encore, moins faciles \u00e0 identifier. Le mari de madame Gassion a fait la guerre de 14-18. Et ils ne sont pas pingres, il y a toujours des bonbons dans un pot en verre pos\u00e9 sur la table. Des bonbons qu\u2019on doit sucer plut\u00f4t que croquer dis madame Gassion qui est une femme gentille. Le soir c\u2019est la lib\u00e9ration, on sort de la loge et on remonte dans l\u2019ascenseur. Les grand-parents ne disent pas grand chose. On s\u2019arr\u00eate au septi\u00e8me. L\u2019enfant voudrait avoir un chien mais moins vieux et malade que celui des Gassion.<\/p>\n\n\n\n<p>Odette<\/p>\n\n\n\n<p>Odette vient parfois le dimanche . Elle a l\u2019accent du Bourbonnais et des chaussures \u00e0 talons aiguilles. Avec la grand-m\u00e8re elles s\u2019assoient dans la cuisine sur des chaises en formica blanc. Sur la table on pose des mazagrans pour boire le caf\u00e9 . Elle doit venir apr\u00e8s les repas, pendant que le grand-p\u00e8re s\u2019enferme dans la chambre pour faire la sieste. Odette apporte avec elle un nuage odorant in\u00e9dit, mais qu\u2019on finit par reconnaitre presque quand elle arrive derri\u00e8re la porte d\u2019entr\u00e9e de l\u2019appartement. Parfois l\u2019enfant a droit \u00e0 un canard, on coupe un sucre en deux et on le plonge dans le caf\u00e9. Des pigeons viennent se poser sur la margelle de la fen\u00eatre, c\u2019est un moment paisible. Odette est en froufrous en froissement, elle a les ongles rouges carmin et elle met longtemps \u00e0 \u00f4ter son manteau. Parfois elle ne le retire m\u00eame pas, elle met son sac \u00e0 main sur ses genoux et elle boit son caf\u00e9 \u00e0 toute petite gorg\u00e9e, en parlant de choses et d\u2019autres que l\u2019enfant ne comprend pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Marcel<\/p>\n\n\n\n<p>Marcel est un vieux type ami du grand-p\u00e8re. Parfois l\u2019enfant accompagne le grand-p\u00e8re qui conduit sa camionnette tube Citro\u00ebn avec une seule main. De l\u2019autre il tient souvent une cigarette. Des gitanes blanches. Chez Marcel c\u2019est quelque part dans le 15\u00e8me, on y arrive \u00e0 n\u2019importe quelle heure c\u2019est un bazar merveilleux. Il y a de tout. Des jouets, des chevaux de bois, des piles de journaux, de magazines, des v\u00eatements sur des cintres accroch\u00e9s \u00e0 des tubulures, des bandes dessin\u00e9es Marcel ne dit pas grand chose, et le grand-p\u00e8re non plus. Ils se connaissent bien. Prisonniers ensemble chez les allemands au service du travail obligatoire. Du coup depuis, ils n\u2019ont plus jamais travaill\u00e9 pour un patron. Ils sont \u00e0 leur compte. Marcel veut parfois tailler les oreilles de l\u2019enfant en pointe. Il sort un couteau et le brandit. C\u2019est effrayant, \u00e7a compense presque le merveilleux du bazar ici.<\/p>\n\n\n\n<p>Totor.<\/p>\n\n\n\n<p>Totor aussi veut couper les oreilles du gamin en pointe. C\u2019est sans doute une mode. On a peur au d\u00e9but puis on comprend que c\u2019est juste pour dire quelque chose. Des montagnes de pommes de terre, de carottes, de choux et la voix de stentor de Totor couvrant le brouhaha du march\u00e9, boulevard Brune. Puis celle des autres marchands, dont le grand-p\u00e8re, les poules et les lapins du g\u00e2tinais. Et puis l\u2019enfant sera initi\u00e9 ainsi, Totor lui dit faut gueuler pour attirer le chaland mon petit vieux. C\u2019est quoi ton cri de guerre aller. Treize \u00e0 la douzaine, les \u0153ufs mes beaux \u0153ufs tout frais pondus approchez mesdames approchez messieurs. C\u2019est bien et il met sa grosse paluche sur le cr\u00e2ne du gosse. Si les petits cochons ne te mangent pas qu\u2019il ajoute. Totor est mort d\u2019un coup en tendant \u00e0 une jeune femme une botte de persil. La vie tient \u00e0 peu de chose. Puis apr\u00e8s le march\u00e9, les ouvriers de la voirie s\u2019am\u00e8nent et nettoient tout, quelques passants r\u00e9cup\u00e8rent des l\u00e9gumes des fruits tal\u00e9s dans les piles de cageots. La voix de Totor r\u00e9sonne encore un peu et puis l\u2019enfant passe \u00e0 autre chose.<\/p>\n\n\n\n<p>Illustration : March\u00e9 parisien dans les ann\u00e9es 60<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Gassion En semaine l\u2019enfant est d\u00e9pos\u00e9 chez les concierges. Tout le monde entre, il n\u2019y a pas beaucoup de place dans l\u2019ascenseur. il y a une odeur de graisse et d\u2019encaustique. La porte se referme doucement, lentement il faut attendre, \u00eatre patient . 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