{"id":138363,"date":"2023-10-24T07:45:53","date_gmt":"2023-10-24T05:45:53","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=138363"},"modified":"2023-10-29T06:17:22","modified_gmt":"2023-10-29T05:17:22","slug":"01enfances-sarraute-et","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/01enfances-sarraute-et\/","title":{"rendered":"#enfances #01 | Et deux font trois m\u00eame quatre &#8230;"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\"><strong>Une princesse   <\/strong><br>La princesse attend dans le grand salon, annonce l&rsquo;homme d\u00e8s l&rsquo;entr\u00e9e. Une princesse : une promesse. Un livre \u00e0 ouvrir. Un palais. Un joyau. J\u2019imagine le diad\u00e8me pos\u00e9 sur la blondeur, la p\u00e2leur,&nbsp;l\u2019azur de la robe\u2026 Une vraie princesse attend d\u2019\u00eatre d\u00e9couverte\u2026 \u00ab&nbsp;Enfin ma ch\u00e9rie!&nbsp;&nbsp;tire  sur ta robe ton jupon d\u00e9passe\u00a0\u00bb. Une camisole de volants enserre mes hanches. Des socquettes en dentelle. Des vernis. Un n\u0153ud cousu dans mes cheveux &#8230; \u00ab&nbsp;Tu vois il ne faut pas toujours souffrir pour \u00eatre belle! Tu es jolie \u00e0 croquer&nbsp;\u00bb ( pourquoi veut-on toujours manger les filles et les princesses?) mon envie de voir la princesse surpasse la douleur de mes orteils engonc\u00e9s dans les vernis. \u00ab&nbsp;Un baise main? tu r\u00eaves ma ch\u00e9rie : les filles font la r\u00e9v\u00e9rence ! \u00bb.&nbsp;La voix de ma grand m\u00e8re sourd de la foule : une houle d\u2019\u00e9toffe, de poudre, de talons, d\u2019exclamations&#8230; \u00ab&nbsp;Une princesse russe &nbsp;de la lign\u00e9e des Romanov !\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Vous \u00eates sur ? vraiment?&nbsp;\u00bb. ( Moi je connais Dourakine, Petrouchka, Babayaga&#8230;). \u2014 C\u2019est vraiment vrai je vais la voir ? une princesse, une vraie?\u2026 T\u00eate baiss\u00e9e j\u2019ex\u00e9cute ma r\u00e9v\u00e9rence. Je vois pos\u00e9es sur les genoux de la robe les deux mains bagu\u00e9es, \u00e9normes. Je marque un temps d\u2019arr\u00eat avant d\u2019oser remonter le long du bras : on dirait que c\u2019est une g\u00e9ante. Le bouffant de la manche  ballon fais pouffer la chair du bras. Je remonte encore&#8230; la peau du cou autour du ruban de velours : elle flotte. Un duvet au menton. Une ombre de moustache :\u2014 Oh on dirait tante Marguerite! \u00ab&nbsp;qui ressemble \u00e0 une ch\u00e8vre qui n\u2019a pas connu le loup\u00a0\u00bb( je ne fais que r\u00e9p\u00e9ter leurs paroles ). Je sens qu\u2019on me tire en arri\u00e8re. Le temps d\u2019apercevoir la couronne dans la mousse de cheveux blancs et la main me b\u00e2illonne\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le fils Aunis<\/strong> <strong> <\/strong><br>Le roulement de la brouette c&rsquo;est le fils Aunis qui passe avec sa fourche. Il est en bleu, un bleu d\u00e9lav\u00e9, comme ses yeux&#8230; A midi c\u2019est souvent qu\u2019 il passe, il va droit de travers : sa brouette le \u00ab\u00a0d\u00e9ambule\u00a0\u00bb. Quand on va lui chercher des \u0153ufs on voit le rouge qu&rsquo;il a aux yeux : rouge sang : \u00ab\u00a0c&rsquo;est pas les lapins ou les poules qu&rsquo;il tue&#8230; c&rsquo;est le vin. Le fils Aunis a le vin aux yeux, dit Odette qui travaille chez Sourbier la quincaillerie d&rsquo;\u00e0 c\u00f4t\u00e9. Elle est gentille Odette elle lui donne du pain pour ses poules et parfois un reste de vin, \u00e0 nous des g\u00e2teaux secs. Quand le fils Aunis va acheter des clous elle ouvre la porte en grand \u00e0 cause de l&rsquo;odeur du vin qui ferait fuir les clients&#8230; <br>( mais le roulement de tambour c&rsquo;est le garde champ\u00eatre, on se pr\u00e9cipite \u00e0 la fen\u00eatre pour voir le cheval montagne. On dirait qu&rsquo;il porte un pattes d&rsquo;eph, un devant et un derri\u00e8re : ses sabots claquent sur le pav\u00e9&#8230; un matin il n\u2019y a plus de cheval seulement une casquette et un tambour. Puis rien. ).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Madame Schaff<\/strong><br>\u00ab\u00a0La fille de Madame Schaff a accouch\u00e9 hier d\u2019 une fille\u00a0\u00bb. Ma m\u00e8re a compos\u00e9 le num\u00e9ro : mont 02 76 et elle parle \u00e0 sa m\u00e8re de la fille de Madame Schaff qui est si grosse qu&rsquo;elle ne savait pas qu&rsquo;elle \u00e9tait enceinte. Enceinte \u00e7a veut dire avoir un gros ventre et attendre un enfant m&rsquo;a expliqu\u00e9 ma m\u00e8re. ( le docteur Martin doit-\u00eatre enceinte \u2026). La fille de Madame Schaff est plus grosse que sa m\u00e8re, et c&rsquo;est rien de le dire dit ma m\u00e8re \u00e0 sa m\u00e8re car Madame Schaff est comme une montagne. Gros ou grosse, sont des adjectif qui reviennent dans la bouche de ma m\u00e8re : \u00ab\u00a0Madame Schaff serait moins fatigu\u00e9e si elle \u00e9tait moins grosse : la pauvre elle peut mourir.\u00a0\u00bb \u2014 mourir est un verbe qui revient souvent dans leurs conversations. ( mourrir  \u2014 ma ch\u00e9rie il n&rsquo;y a qu&rsquo;un R\u2014 mourir d\u2019attendre un enfant? ) Madame Schaff porte une blouse bleue p\u00e2le ou rose selon . Ses boucles sont claires  avec des reflets dor\u00e9s. Son sourire tr\u00e8s doux. On dit qu\u2019elle a un beau visage. Entre la table \u00e0 repasser et la fen\u00eatre elle semble arr\u00eat\u00e9e comme une horloge puis elle repart. Souvent elle pleure en mouillant le linge qu&rsquo;elle repasse.  <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>VouVou<\/strong><br>On dirait une danseuse. Le cou. Le chignon. Elle habite de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la rue au rez-de-chauss\u00e9e. Du premier on voit bien ses fen\u00eatres, les trois. On s&rsquo;agrippe au grillage et on crie son nom : VouVou. VouVou c&rsquo;est le nom qu&rsquo;elle a pris avec nous. VouVou vous voulez bien&#8230; VouVou &#8230; tu&#8230; notre m\u00e8re veut qu&rsquo;on la vouvoie : VouVou vous (tu ). VouVou s&rsquo;en moque elle fume. VouVou aime qu&rsquo;on passe.  Rien que la rue \u00e0 traverser. Pour go\u00fbter. On joue aux Dames sur la table cir\u00e9e du salon: il y a les Madeleines dans la coupelle. Le paquet bleu. La gitane. La fum\u00e9e blanche&#8230; Ses doigts, le majeur et l&rsquo;index de la main droite couleur ma\u00efs qui d\u00e9placent le pion noir et prennent ma dame.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>L&rsquo;homme pouce <\/strong><br>C&rsquo;est son pouce qu&rsquo;il agite (\u00e9norme), c&rsquo;est \u00e7a que je vois. Je vois ce pouce \u00e9norme et mou qu&rsquo;il agite sous son journal. L&rsquo;homme est assis sur le strapontin d&rsquo;en face \u00e0 quelques m\u00e8tres de moi et il fait bouger son pouce de plus en plus vite en soufflant avec sa bouche&#8230; ses l\u00e8vres dessinent un O dans sa figure sans yeux &#8211; il porte des lunettes sombres et un chapeau. Quand d\u2019autres voyageurs montent dans le wagon l&rsquo;homme disparait derri\u00e8re son journal et son pouce avec lui. Je vois son chapeau au dessus des mots. Il reviendra. Lui et son pouce ils reviendront deux fois dans la rame du matin . Une fois sans  chapeau. Dans le m\u00e9tro. Sa t\u00eate chauve. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une princesse La princesse attend dans le grand salon, annonce l&rsquo;homme d\u00e8s l&rsquo;entr\u00e9e. Une princesse : une promesse. Un livre \u00e0 ouvrir. Un palais. Un joyau. 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