{"id":138841,"date":"2023-12-23T22:55:33","date_gmt":"2023-12-23T21:55:33","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=138841"},"modified":"2023-12-26T00:09:36","modified_gmt":"2023-12-25T23:09:36","slug":"enfances-lire-et-dire-lheure-de-gouter-ou-comment-faire-lenfant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/enfances-lire-et-dire-lheure-de-gouter-ou-comment-faire-lenfant\/","title":{"rendered":"#enfances #lire&amp;dire | L&rsquo;Heure de go\u00fbter (ou comment faire l&rsquo;enfant) &#8211; 9"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>notes en #09<\/strong><\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"144\">\n<li>\u00ab&nbsp;Si notre m\u00e9moire se refusait \u00e0 \u00eatre une s\u00e9pulture de l\u2019oubli, si elle \u00e9tait tout ce qui nous reste de la croyance en la r\u00e9incarnation, notre unique recours pour donner \u00e0 tout le moins un peu de chair, un rien de vie vibrante, \u00e0 nos fant\u00f4mes&nbsp;?&nbsp;\u00bb (<em>L\u2019Enfant des limbes<\/em>)<\/li>\n\n\n\n<li>Ce matin il fait tr\u00e8s beau, profitons-en pour planter l\u2019ail des Incas, malgr\u00e9 le mois de retard. (Je viens d\u2019\u00e9crire mois sans <em>s<\/em>\u2026 On pourrait en parler au Domaine des Foss\u00e9s.)<\/li>\n\n\n\n<li>C\u2019est le partage des imaginaires et leur recoupement, comme on superposerait deux cartes du monde pour le circonscrire et affiner les lignes flottantes, mouvantes, mobiles, qui font la r\u00e9alit\u00e9. Non&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>La derni\u00e8re cle<em>f<\/em>, c\u2019est pour ouvrir une chambre. La chambre des enfants, avec \u00ab&nbsp;la m\u00eame ossature flottante, s\u00e9par\u00e9e du monde, que la toile de Van Gogh&nbsp;\u00bb, la chambre de la maison jaune, \u00e0 Arles. Il ne s\u2019agit pas explicitement d\u2019une chambre d\u2019enfant, mais c\u2019est comme \u00e7a que je l\u2019entends \u2014 et en voil\u00e0 un petit livre \u00e0 relire, tiens, pour les vacances, <em>La Chambre des enfants<\/em> de Louis-Ren\u00e9 des For\u00eats.<\/li>\n\n\n\n<li>|| \u00c0 d\u00e9faut de pouvoir aider Agn\u00e8s \u00e0 d\u00e9terminer quel mur, r\u00e9ellement, au feu principal de Jarnac, sa m\u00e8re lui montrait comme \u00e9tant celui du lieu o\u00f9 elle a v\u00e9cu avant, avant la petite Agn\u00e8s en partance pour la plage, avant d\u2019avoir rencontr\u00e9 son p\u00e8re durant sa premi\u00e8re ann\u00e9e d\u2019enseignement&nbsp;: je lui ai propos\u00e9, de fa\u00e7on plut\u00f4t surr\u00e9aliste (l\u2019\u00e9pith\u00e8te n\u2019est peut-\u00eatre pas la bonne, il est bien possible que je me la sois jou\u00e9e, mais c\u2019est bien elle que j\u2019ai employ\u00e9e dans mon message), de relire son souvenir \u00e0 l\u2019aune du texte qui l\u2019a fait surgir dans le <em>Journal d\u2019un mot<\/em> d\u2019Emma. Comme un retour \u00e0 la source. Donc, retour aux murs de \u00ab&nbsp;Vienne&nbsp;\u00bb&nbsp;? ||<\/li>\n\n\n\n<li>(Dans sa chambre, vers le moment o\u00f9 il en peint la premi\u00e8re version, Van Gogh aura d\u00e9crit \u00e0 son fr\u00e8re la difficult\u00e9 du travail&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je suis ainsi toujours entre deux courants d\u2019id\u00e9es, les premi\u00e8res&nbsp;: les difficult\u00e9s mat\u00e9rielles, se tourner et se retourner pour se cr\u00e9er une existence, et puis&nbsp;: l\u2019\u00e9tude de la couleur. J\u2019ai l\u2019espoir de trouver quelque chose l\u00e0-dedans. Exprimer l\u2019amour de deux amoureux par un mariage de deux compl\u00e9mentaires, leur m\u00e9lange et leurs oppositions, les vibrations myst\u00e9rieuses des tons rapproch\u00e9s. Exprimer la pens\u00e9e d\u2019un front par le rayonnement d\u2019un ton clair sur un fond sombre.&nbsp;\u00bb)<\/li>\n\n\n\n<li>((C\u2019est quand m\u00eame \u00e9trange, ce <em>mois<\/em> avec un <em>s<\/em> m\u00eame au singulier, et <em>moi<\/em> qui n\u2019en prend jamais au pluriel.))<\/li>\n\n\n\n<li>Dans la sienne, Dani\u00e8le, pour <em>Mes Vacances sur la ligne 21 des TCL<\/em>, se sera pos\u00e9 deux questions en forme de souvenirs et de r\u00eaveries parall\u00e8les&nbsp;:\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>\u00ab&nbsp;Qu\u2019est devenu l\u2019herbier qu\u2019elle avait rassembl\u00e9 alors&nbsp;? C\u2019\u00e9tait sa mission pour un organisme aujourd\u2019hui disparu, collecter et d\u00e9terminer les plantes, mais aussi d\u00e9crire la flore travers\u00e9e en Land Rover&nbsp;: d\u00e8s que la v\u00e9g\u00e9tation changeait, elle notait le kilom\u00e9trage et le type de v\u00e9g\u00e9tal dominant&nbsp;; parfois ils s\u2019arr\u00eataient pour couper un m\u00e8tre carr\u00e9 d\u2019herbe et le peser en vue de conna\u00eetre le potentiel fourrager du Sahel mauritanien. Tr\u00e8s lointains souvenirs.&nbsp;\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab&nbsp;Que veut-elle faire&nbsp;? Collectionner des bouts d\u2019histoire de vie, analyser la desserte de son village, explorer ces Monts-d\u2019or qui surplombent la Sa\u00f4ne aux portes de Lyon et que se partagent les militaires, les randonneurs, les \u00e9tablissements de soin, les ch\u00e2teaux et les \u00e9coles priv\u00e9es et les carri\u00e8res&nbsp;; explorer comme le faisaient les \u00e9crivains voyageurs du XIXe si\u00e8cle qui se passaient eux aussi d\u2019automobiles&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li>De l\u00e0, de <em>collecter<\/em>, <em>d\u00e9terminer<\/em> ou <em>d\u00e9crire<\/em> la flore du souvenir d\u00e9sertique, de <em>collectionner<\/em>, <em>analyser<\/em> et <em>explorer<\/em> la faune des r\u00eaves locaux \u2014 dis-moi si j\u2019affabule, Dani\u00e8le \u2014, de lier le tout dans un petit livre, plus ou moins secr\u00e8tement, sous l\u2019esp\u00e8ce du r\u00e9cit de voyage et de rencontres&nbsp;: moi, il me semble mieux voir, avec un bouquet de fleurs et d\u2019humain\u00b7es, ce que Pontalis veut dire ici, dans <em>L\u2019Enfant des limbes<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00c9crire, aimer, r\u00eaver, autant de tentatives pour \u00eatre port\u00e9 hors de soi dans une d\u00e9possession inqui\u00e9tante, parfois heureuse. Aimer \u00e9crire, \u00e9crire comme on r\u00eave pour \u00eatre entra\u00een\u00e9 par un mouvement, refuser de rester sur place et donner chair \u00e0 ce qui n\u2019\u00e9tait jusqu\u2019alors qu\u2019attente vague et que fant\u00f4mes pr\u00e8s de s\u2019\u00e9vanouir.&nbsp;\u00bb<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=142573\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Texte<\/a><\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"152\">\n<li>|| Dans le journal du mot <em>Vienne<\/em>, chez Emma qui l\u2019a imagin\u00e9 et \u00e9crit (journal d\u2019\u00e0 peine un feuillet pour trois fragments), ou chez Agn\u00e8s qui l\u2019a lu et r\u00e9invent\u00e9, aucun mur. Sans l\u2019hospitalit\u00e9 de quelques vieux Slaves \u2014 je ne sais pas pourquoi il faut qu\u2019ils ou elles soient vieux, vieilles \u2014, et l\u2019apparition de Jonzac, c\u2019est \u00e0 se demander s\u2019il s\u2019agit bien de la capitale autrichienne. Vienne\u2026 la rivi\u00e8re, encore moins. Venir, au pr\u00e9sent du subjonctif, comme dans <em>que la joie vienne<\/em>&nbsp;? C\u2019est le d\u00e9but texte qui me fait dire \u00e7a, avec son \u00ab&nbsp;advienne que pourra&nbsp;\u00bb. Mais qu\u2019il vienne quoi, qu\u2019il advienne quoi avec la joie&nbsp;? Jonzac, d\u2019accord, pourquoi pas. Mais \u00e7a, c\u2019est \u00e0 la fin, c\u2019est l\u2019arriv\u00e9e, le point de chute. Comment en vient-on l\u00e0&nbsp;? Entre les deux, qu\u2019est-ce qui balance&nbsp;? \u2014 Imagination et invention&nbsp;: \u00ab&nbsp;Enfant, on s\u2019imagine qu\u2019on a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9, porte du r\u00eave ouverte sur le vaste monde.&nbsp;\u00bb | \u00ab&nbsp;C\u2019est la ville qui s\u2019est impos\u00e9e comme une forme particuli\u00e8re d\u2019utopie&nbsp;: l\u2019absence de lien sentimental entre nous fait de son grand carrefour le lieu \u2014 un des lieux \u2014 d\u2019o\u00f9 je peux tout inventer.&nbsp;\u00bb \u2014 De l\u00e0, je comprends mieux comment Agn\u00e8s a adopt\u00e9 la petite Agn\u00e8s qui certainement, en allant \u00e0 la plage, avec quelques mots de sa m\u00e8re au d\u00e9tour d\u2019un carrefour, d\u2019un feu, et d\u2019un geste vague vers un mur de fa\u00e7ade o\u00f9 se trouvait, l\u00e0, \u00e0 la sauvette car le feu \u00e9tait au vert, la \u00ab&nbsp;porte du r\u00eave ouverte&nbsp;\u00bb sur les souvenirs de sa m\u00e8re, sur sa vie ant\u00e9rieure d\u2019une certaine fa\u00e7on \u2014 et c\u2019est ainsi qu\u2019on adopte ses parents&nbsp;? \u2014, d\u2019o\u00f9, elle aussi, elle pouvait \u00ab&nbsp;tout inventer&nbsp;\u00bb. (Et pour le souvenir un demi-si\u00e8cle plus tard, avec ou sans mur, avec ou sans moi, avec ou sans mot, advienne que pourra.) ||<\/li>\n\n\n\n<li>Encore un chercheur que tourmente l\u2019absent de l\u2019indicatif (ou pr\u00e9sent ant\u00e9rieur, \u00e7a doit d\u00e9pendre du mode de repr\u00e9sentation) avec qui je vais commencer les vacances de No\u00ebl. Jean Tardieu, <em>Obscurit\u00e9 du jour<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;Hant\u00e9 par des signes qui s\u2019effacent, par des couleurs qui surgissent ou s\u2019\u00e9teignent, par des sons qui s\u2019endorment ou qui d\u00e9chirent le tympan, surtout par la quantit\u00e9 d\u2019absence que chaque \u00eatre absorbe et contient, je crois voir partout des \u00e9changes plut\u00f4t que des valeurs, des mouvements plut\u00f4t que des objets.&nbsp;\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li>(\u00c0 l\u2019heure, <s>bien droite \u00e0 la verticale \u2014 ainsi vont les dieux \u2014, de la loi \u00ab&nbsp;immigration&nbsp;\u00bb \u2014 les mauvaises langues diront <em>d\u2019arme \u00e0 nain<\/em>, mais c\u2019est plut\u00f4t m\u00e9chant pour les personnes de petite taille \u2014, et des \u00e9missions sur la crise identitaire \u2014 on voit moins<\/s> de reportages sur les migrants et leurs conditions de \u00ab\u00a0voyage\u00a0\u00bb, <s>hormis le terrible <\/s><a href=\"https:\/\/www.arte.tv\/fr\/videos\/108969-000-A\/migrants-les-failles-de-l-europe-forteresse\/\"><em><s>Migrants, les failles de l\u2019Europe forteresse<\/s><\/em><\/a><s>, et quelques <\/s><a href=\"https:\/\/www.arte.tv\/fr\/videos\/110342-133-A\/le-dessous-des-images\/\"><em><s>Dessous des images<\/s><\/em><\/a><s> \u2014<\/s>, cette vision <s>pacifi\u00e9e<\/s> de l\u2019\u00e9change, du mouvement, au lieu de la valeur (si symbolique, <s>voire id\u00e9ologique<\/s>) et des objets <s>(par trop humains)<\/s>, me semble bien venue. <s>Mais qui s\u2019en souvient&nbsp;? Qui s\u2019en soucie&nbsp;?<\/s>)<\/li>\n\n\n\n<li>Dans <em>Signes de vie<\/em>, de Herzog, il y a cette \u00e9trange question d\u2019un enfant, sans r\u00e9ponse, dans un plan fugitif qui ne semble rien apporter, ni \u00f4ter, \u00e0 l\u2019intrigue du film \u2014 qui n\u2019en a pas vraiment sinon sous l\u2019esp\u00e8ce de la d\u00e9rive, tant les militaires n\u2019ont rien d\u2019autre \u00e0 faire que monter la garde d\u2019un d\u00e9p\u00f4t de munitions, au milieu des ruines dans un fort, en Cr\u00e8te&nbsp;: \u00ab&nbsp;Maintenant que je sais parler, qu\u2019est-ce que je dois dire&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li>Quand on est devenu grand, l\u2019enfance, c\u2019est aussi par r\u00e9gression. Un principe de plaisir plus ou moins exacerb\u00e9, qui ne jure que par et pour lui-m\u00eame ici et maintenant, en se foutant pas mal, un peu, beaucoup, passionn\u00e9ment, etc., de l\u2019autre principe (pour les oublieux&nbsp;: la r\u00e9alit\u00e9, du temps qui passe notamment, un peu, beaucoup, etc., etc.). Par exemple, ce rock tatapoum qui vous invite \u00e0 monter le son et danser comme Saint-Guy un pogo du diable, tout seul dans le salon, essouffl\u00e9. J\u2019entends par l\u00e0 les <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=2hes7OfoHl0\">Sprints, \u00ab&nbsp;Literary mind&nbsp;\u00bb<\/a> \u2014 surtout, ne rien traduire.<\/li>\n\n\n\n<li>(On peut aussi courir apr\u00e8s le lapin Noisette comme Gros Minet apr\u00e8s Titi \u2014 en changeant de voix, \u00e9videmment.)<\/li>\n\n\n\n<li>((Mieux peut-\u00eatre, comme M\u00e9lodie&nbsp;: adopter des lutins farceurs et d\u00e9couvrir chaque matin du mois de d\u00e9cembre une petite b\u00eatise dans la maison, comme un tableau vivant dans la nuit sans sommeil pass\u00e9e \u00e0 les chercher dont on ne sait plus tr\u00e8s bien s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un r\u00eave&nbsp;: s\u2019accrocher au fil \u00e0 linge, aux chaussettes, aux culottes, en faisant tomber la moiti\u00e9 du linge&nbsp;; se gaver des bonbons, bo\u00eete renvers\u00e9e, et du Nutella des enfants, plein la bouche&nbsp;; se glisser dans le sac d\u2019\u00e9cole, sortir la trousse, renverser les crayons de couleur et les cahiers pour d\u00e9couper le cours sur les sons et les lettres&nbsp;!&nbsp;; aller emb\u00eater les dinosaures et grimper fissa sur le cong\u00e9lateur \u00e0 l\u2019aide d\u2019un lacet&nbsp;; se goinfrer de biscuits en laissant des miettes partout, etc.))<\/li>\n\n\n\n<li>Aurais pu prendre en enfilade toutes les chambres de l\u2019enfance en suivant tel objet, puis tel autre, en relais, de l\u2019une \u00e0 l\u2019autre&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>(((On peut aussi conserver pendant des ann\u00e9es sur sa biblioth\u00e8que une petite feuille de carnet d\u00e9chir\u00e9e, pli\u00e9e en deux et sur laquelle on peut lire en l\u2019ouvrant, tel un livre, cette histoire de lutin farceur, nomm\u00e9 Boubou, qui venait d\u2019apprendre \u00e0 \u00e9crire et savait ce qu\u2019il pourrait bien \u00e9crire&nbsp;: \u00ab&nbsp;LE LAPIN ET LE LINXE | il est es une foi, un lapin est avec son ami le linxe pour, se balader dans la for\u00eat. <em>Mai injour une gazelle a manger le lapin, furieu son amie allai endormir, la gazelle pour sover son amie. OURA il \u00e0 r\u00e9ussi. De pui se jour il son devenu, amie. Ils ont fait visiter \u00e0 la gazelle la for\u00eat ou ils abitai. De puis se jour les trois, amie von toul\u00e9jour fer une balade dans la for\u00eat. FIN<\/em>&nbsp;\u00bb))) \u2014 Et alors on retrouverait quelque chose d\u2019<em>Obscurit\u00e9 du jour<\/em>, lorsque Tardieu (se) pose la question de l\u2019\u00e9criture dans un dialogue imaginaire&nbsp;?&nbsp;: \u00ab&nbsp;V&nbsp;: Pour vous, qu\u2019\u00e9tait-ce donc&nbsp;: \u201c\u00e9crire\u201d&nbsp;? \/ A&nbsp;: C\u2019\u00e9tait tracer des lettres et prononcer des mots \u201cdans un certain ordre assembl\u00e9s\u201d ou m\u00eame dans un certain d\u00e9sordre. C\u2019\u00e9tait \u00e0 la fois dessiner et faire entendre, sans se soucier de faire \u201ccomprendre\u201d. \/ V&nbsp;: Le \u201cnon-sense\u201d&nbsp;? Les \u201cnursery rimes\u201d&nbsp;? \/ A&nbsp;: Pas uniquement&nbsp;: mais il y a de cela&nbsp;: une sorte de tam-tam de la parole. Retrouver un envo\u00fbtement perdu. \/ V&nbsp;: Toujours l\u2019enfance, votre enfance qui vous pr\u00e9occupe si fort&nbsp;! \/ A&nbsp;: Je vous l\u2019ai dit&nbsp;: mon propos est de me demander sans fin comment on peut \u00e9crire quelque chose qui ait un sens, alors que le plus m\u00e9chant \u201cpo\u00e8te\u201d se sert d\u2019un tissu de non-sens.&nbsp;\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li>La tortue s\u2019appelait Zo\u00e9. C\u2019\u00e9tait une tortue de terre. Elle est un peu jalouse de son amie Christiane, sa tortue est \u00e2g\u00e9e d\u2019une soixantaine d\u2019ann\u00e9es. Si elle avait surv\u00e9cu, elle aurait mon \u00e2ge, Zo\u00e9. Elle \u00e9tait peut-\u00eatre malade. Maman a retrouv\u00e9 un jour la carapace vide sous le lit.<\/li>\n\n\n\n<li>Et ceci encore, de <em>L\u2019Enfant des limbes<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019aimerais ne jamais cesser de <em>venir au monde<\/em>.\u00a0\u00bb<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/11-Lutins-Farceurs-au-travail-\u2013-Oh-non-pas-le-cahier-decriture-photo-\u00a9-Melodie-320024327_817350422683829_8990368407264440535_n-1024x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-142597\" style=\"width:590px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/11-Lutins-Farceurs-au-travail-\u2013-Oh-non-pas-le-cahier-decriture-photo-\u00a9-Melodie-320024327_817350422683829_8990368407264440535_n-1024x1024.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/11-Lutins-Farceurs-au-travail-\u2013-Oh-non-pas-le-cahier-decriture-photo-\u00a9-Melodie-320024327_817350422683829_8990368407264440535_n-420x420.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/11-Lutins-Farceurs-au-travail-\u2013-Oh-non-pas-le-cahier-decriture-photo-\u00a9-Melodie-320024327_817350422683829_8990368407264440535_n-200x200.jpg 200w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/11-Lutins-Farceurs-au-travail-\u2013-Oh-non-pas-le-cahier-decriture-photo-\u00a9-Melodie-320024327_817350422683829_8990368407264440535_n-768x768.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/11-Lutins-Farceurs-au-travail-\u2013-Oh-non-pas-le-cahier-decriture-photo-\u00a9-Melodie-320024327_817350422683829_8990368407264440535_n.jpg 1461w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">11 | Lutins Farceurs au travail \u2013 \u00ab Oh non, pas le cahier d\u2019\u00e9criture ! \u00bb | photo \u00a9 M\u00e9lodie | 320024327_817350422683829_8990368407264440535_n<\/figcaption><\/figure>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>notes en #08<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"131\">\n<li>Nathalie, l\u2019\u0153il \u00e0 la cam\u00e9ra, voit, \u00e9coute dans le caisson de ma m\u00e9moire (ou au fond d\u2019un pendu \u00e0 toile de jute crev\u00e9) bien d\u2019autres choses qui m\u2019\u00e9chappent encore&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur de la ville dans le long pr\u00e9fabriqu\u00e9 \u00e0 poules o\u00f9 se tassaient les d\u00e9cors en pi\u00e8ces, les accessoires, les costumes\u2026 les lampes. Elle les entend&nbsp;: Puck \u00e0 Tristan ou M\u00e9lisande \u00e0 Victor tandis qu&rsquo;une guinde jet\u00e9e des cintres, comme une drisse balanc\u00e9e d&rsquo;un m\u00e2t, heurte son cr\u00e2ne\u2026&nbsp;\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li>Emma, sur son mur int\u00e9rieur, d\u00e9couvre dans un recoin ce mot que Louise Gl\u00fcck a un jour sauvagement affich\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous ne regardons le monde qu&rsquo;une fois, pendant l&rsquo;enfance. Le reste c&rsquo;est la m\u00e9moire.&nbsp;\u00bb Et c\u2019est en apprenant \u00e0 le nommer, ce monde, du haut de notre enfance, qu\u2019on lui pr\u00eate le pouvoir de se cr\u00e9er ind\u00e9finiment \u2014 une fa\u00e7on de conjurer l\u2019avenir&nbsp;? le destin de revenant&nbsp;? \u2014, et le langage ce (se) faisant, de paroles ou de signes, avec \u2014 de lire et d\u2019\u00e9crire (pourquoi pas&nbsp;?) compris. Mais si, pass\u00e9e l\u2019enfance, le monde n\u2019existe plus qu\u2019\u00e0 travers le voile de la m\u00e9moire, comme un reste de ce qu\u2019il fut \u2014 ainsi que le langage&nbsp;? \u2014, alors le monde d\u2019aujourd\u2019hui, dont je parle comme un grand maintenant\u2026 Alors&nbsp;: rien. Je me suis perdu Emma. Le temps d\u2019ex\u00e9cuter une pirouette, le sol de mon id\u00e9e (si jamais c\u2019en f\u00fbt une) s\u2019est d\u00e9rob\u00e9. Est-ce que tu vois, toi, o\u00f9 je voulais en venir&nbsp;? o\u00f9 je vais tomber&nbsp;? En attendant une r\u00e9ponse, ou ce qui en restera, je poursuis, sans transition \u2014 comprenne qui pourra, mais dans le vide galipettes, cabrioles et autres culbutes n\u2019en finissent plus \u2014, avec Jean-Bertrand Pontalis. Avec ce passage de <em>L\u2019Enfant des limbes<\/em> surgi des mots de Louise Gl\u00fcck \u2014 aur\u00e9ol\u00e9 du voile de l\u2019<em>indicatif absent<\/em> (formule tenace qu\u2019il faudra bien retourner un jour pour savoir ce qu\u2019elle recouvre, d\u00e9couvrir quels mots v\u00e9ritables ont \u00e9t\u00e9 sauvagement, peut-\u00eatre, coll\u00e9s et d\u00e9chir\u00e9s sur ce bloc) \u2014 au sujet de cet enfant mort-n\u00e9, demeurant\u00b7\u00e9 entre la vie et la mort&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il n\u2019a pas d\u2019histoire, ignorant tout de son pass\u00e9 et de son futur. Il ne conna\u00eet que son pr\u00e9sent qui l\u2019ouvre \u00e0 tout ce qu\u2019il n\u2019est pas mais pourrait \u00eatre&nbsp;: il est cheval sauvage et chat dormeur, arbre et oiseau, tous les oiseaux sauf les pr\u00e9dateurs, brin d\u2019herbe des pr\u00e9s et navire, lac de montagne et chemin creux, oc\u00e9an et nuage, le vent, la pluie, la neige, poisson volant, prince et vagabond, caillou et fleur et m\u00eame caillou-fleur. Parfois, il s\u2019octroie le privil\u00e8ge, lui qui ne peut pas dire \u201cmoi\u201d, l\u2019immense bonheur de n\u2019\u00eatre rien.&nbsp;\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li>|| Agn\u00e8s&nbsp;: \u00ab&nbsp;La b\u00e2tisse en pierre de taille fait partie de mon souvenir. Il me semble que le mur que mes parents nous montraient se trouvait dans la rue perpendiculaire \u00e0 la b\u00e2tisse, \u00e0 droite, au niveau du sens giratoire. Mais l\u00e0 je ne reconnais plus. Il me semble que la rue a \u00e9t\u00e9 transform\u00e9e. Il y a maintenant un b\u00e2timent plus petit attenant \u00e0 la b\u00e2tisse en pierre que je ne reconnais pas. Des b\u00e2timents auraient-ils \u00e9t\u00e9 d\u00e9molis pour \u00e9largir la route&nbsp;?&nbsp;\u00bb En effet, un b\u00e2timent a \u00e9t\u00e9 d\u00e9truit. On aper\u00e7oit bien sur une vue d\u2019octobre 2016, au moment de la transformation du carrefour en sens giratoire (un simple cercle jaune, alors), sa trace blanche, sa toiture fantomatique, sur le haut pan de mur gris de la b\u00e2tisse. Mais o\u00f9 se trouve le plus petit b\u00e2timent&nbsp;? Ou plut\u00f4t que signifie ce <em>maintenant<\/em>&nbsp;? \u00c0 quel moment appartient-il&nbsp;? \u2014 \u00c9trange question&nbsp;: <em>maintenant<\/em> n\u2019appartient qu\u2019\u00e0 lui-m\u00eame, non&nbsp;? sinon \u00e0 <em>ici<\/em>&nbsp;? \u2014 Agn\u00e8s&nbsp;: \u00ab&nbsp;Par contre, il me semble reconna\u00eetre, m\u00eame si \u00e7a a bien chang\u00e9, le b\u00e2timent qui fait l&rsquo;angle, face \u00e0 nous dans l&rsquo;image : une porte entour\u00e9e par deux fen\u00eatres arrondies au rez-de-chauss\u00e9e, et deux fen\u00eatres sym\u00e9triques mais non arrondies, \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage, comportant sur une autre image une pancarte avec les inscriptions suivantes : eco-b\u00e2timent. Une ancienne pension de famille&nbsp;? Peut-\u00eatre le lieu o\u00f9 logeait ma m\u00e8re&nbsp;? Je n&rsquo;ai retenu dans ma m\u00e9moire que <em>pension de famille<\/em>. C&rsquo;est bien maigre\u2026 Mais il me semble reconna\u00eetre la physionomie g\u00e9n\u00e9rale du b\u00e2timent ainsi que sa position par rapport \u00e0 la partie de la rue en pierre de taille. Voil\u00e0, quelques \u00e9l\u00e9ments nouveaux pour l&rsquo;enqu\u00eate\u2026&nbsp;\u00bb Non, c\u2019est un pas de g\u00e9ant qui a \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9&nbsp;: des mots reviennent&nbsp;! Pour le lieu de vie de la m\u00e8re d\u2019Agn\u00e8s, pas encore maman, toute jeune \u2014 elle effectuait son premier poste d\u2019institutrice, et durant cette p\u00e9riode qu\u2019elle a rencontr\u00e9 son mari, le p\u00e8re d\u2019Agn\u00e8s et ses s\u0153urs&nbsp;; mais en quelle ann\u00e9e sommes-nous&nbsp;? le souvenir d\u2019Agn\u00e8s remontant \u00e0 un peu plus de cinquante ans (je n\u2019\u00e9tais donc m\u00eame pas n\u00e9), dans les ann\u00e9es 1960&nbsp;? \u2014, difficile de savoir. Il faudrait que le souvenir tranche lui-m\u00eame entre les deux murs&nbsp;: celui des mots revenus, ou celui du b\u00e2timent disparu&nbsp;? Et si la solution se trouvait dans le livre d\u2019Emma, d\u2019o\u00f9 le souvenir a resurgi avec le mot <em>Vienne<\/em>. Mais dans quel fragment&nbsp;? sous quel mot titre&nbsp;? ||<\/li>\n\n\n\n<li>J\u2019ai \u00e9crit \u00ab&nbsp;une machine \u00e0 \u00e9crire enraill\u00e9e&nbsp;\u00bb. Il fallait bien s\u00fbr lire, <em>enray\u00e9e<\/em>, <em>bloqu\u00e9e<\/em>, <em>coinc\u00e9e<\/em>, donc <em>d\u00e9raill\u00e9e<\/em>, <em>d\u00e9fectueuse<\/em>. Reste que ce d\u00e9faut, tout bien consid\u00e9r\u00e9, c\u2019est ce qui permettait d\u2019embrayer le jeu, de l\u2019engager, de le lancer, de le mettre sur rails, l\u2019enrailler. Bien s\u00fbr, je rattrape l\u2019erreur en jouant sur les mots. Mais pourquoi pas, si on y trouve un peu de sens&nbsp;? D\u2019autant que j\u2019\u00e9tais bien lanc\u00e9 sur cette ligne qui d\u00e9ployait le grenier en retournant comme un gant le caisson \u00e0 trous.<\/li>\n\n\n\n<li>(J\u2019ai d\u00e9couvert l\u2019erreur en lisant \u00e0 voix haute mon texte, une fois n\u2019est pas coutume, dans la structure o\u00f9 je travaille. Sur la base du bandon\u00e9on en carton, de l\u2019\u00e2ne en peluche et du dragon en bois de Jean-Loup Trassard, j\u2019avais propos\u00e9 qu\u2019on d\u00e9crive un jouet de son enfance. Cela fait, Elfie&nbsp;: <em>Et vous&nbsp;? vous nous proposez toujours d\u2019\u00e9crire, mais vous&nbsp;? qu\u2019est-ce que vous diriez&nbsp;?<\/em> Avait-elle besoin d\u2019\u00eatre rassur\u00e9e en voyant qu\u2019un formateur \u00e9tait capable de faire ce qu\u2019il propose de faire&nbsp;? \u00c9tait-ce, aussi, une envie de me rassurer en montrant que le formateur se doit de faire ce qu\u2019il demandera de faire&nbsp;? \u2014 J\u2019ai aim\u00e9 lire, apr\u00e8s, <em>Le Pousse-pousse<\/em> de Claudine, o\u00f9 le texte mime, \u00e0 coup de groupes de sens plus ou moins longs (pas trop) et de points de suspension, le jeu m\u00eame&nbsp;: les lettres qui se d\u00e9placent petit \u00e0 petit, \u00e0 la mesure de glissements de vide.)<\/li>\n\n\n\n<li>La proposition de <em>f<\/em>, par recomposition&nbsp;: <em>un d\u00e9pli de possibles dans ses diff\u00e9rentes strates et une qu\u00eate des th\u00e8mes et contenus qui soient v\u00f4tres, cette racine commune de la&nbsp;sensation, de l\u2019instant suspendu et d\u00e9pli\u00e9 sans \u00eatre contraint \u00e0 un d\u00e9roulement lin\u00e9aire du temps&nbsp;: suspension o\u00f9 se m\u00ealent ambiance, \u00e9clairages, voix, gestes\u2026 les renversements, les glissements\u2026<\/em><\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/enfances-08-bonhomme-de-feutre\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Texte 8.1<\/a><\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"137\">\n<li>((H\u00e9l\u00e8ne a \u00e9crit quelques lignes sur une poup\u00e9e qui chantait deux chansons&nbsp;: dans son dos, un cache permettait d\u2019acc\u00e9der \u00e0 un mini disque vinyle qu\u2019elle retournait. \u2014 Levente aimait jouer aux Lego. Il n\u2019y en avait pas l\u00e0 o\u00f9 il vivait en Roumanie, sa m\u00e8re lui en a rapport\u00e9 d\u2019un voyage en Suisse. Il a construit un bus et l\u2019a lanc\u00e9 pour rejouer le saut dans le vide \u00e0 la fin du film <em>Speed<\/em>. \u2014 Elfie se souvient d\u2019un poupon \u00e0 la peau douce, elle changeait ses v\u00eatements. Et puis elle m\u2019a montr\u00e9 une photo de sa fille, Iris, 10 mois, pas un cheveu, toute souriante dans un bac rempli de balles color\u00e9es.))<\/li>\n\n\n\n<li>Aux abords \u00e9tymologiques du mot, <em>limbes<\/em>, Pontalis d\u00e9couvre comme une raison d\u2019\u00eatre&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ne pas se situer au centre en tenant alors tout le reste \u00e0 l\u2019\u00e9cart, ne pas se prendre pour le centre, s\u00e9journer dans les bordures, se mouvoir sur les fronti\u00e8res en allant d\u2019une incertitude \u00e0 une autre avec pour seule certitude, et m\u00eame celle-ci peut vaciller, que quelque chose de soi dans sa fragilit\u00e9 tient bon.&nbsp;\u00bb Et ce serait cette chose de rien, cette force du vide tendant vers z\u00e9ro qui, telle la raison math\u00e9matique d\u2019une suite, permettrait le passage, le saut d\u2019une inconnue \u00e0 l\u2019autre&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>Pour f\u00eater ses 60 ans, France Inter \u2014 apparue le 8 d\u00e9cembre 1963, il s\u2019agissait auparavant, depuis le 15 f\u00e9vrier 1947, de Paris-Inter (puis France I), station \u00e9merg\u00e9e des cendres de la guerre avec l\u2019American Forces Network, le r\u00e9seau international de l\u2019arm\u00e9e am\u00e9ricaine qui diffusait des programmes depuis 1945 \u2014 diffuse en podcast une s\u00e9rie d\u2019\u00e9missions cultes. Parmi celles-ci se trouve la M\u00e9t\u00e9o Marine. Je me souviens bien du moment o\u00f9 je l\u2019\u00e9coutais, apr\u00e8s les informations de 21 heures, et en attendant le rock de Bernard Lenoir, surtout la voix de Marie-Pierre Planchon, d\u00e9j\u00e0, dans mes apparts d\u2019\u00e9tudiant. En soi, ce programme, qui me semblait aussi myst\u00e9rieux que fascinant, constituait une sorte de d\u00e9tournement de la langue, avec ses mots cod\u00e9s pour des phrases rompues d\u00e9ploy\u00e9es dans un flot de paroles quasi ininterrompu, m\u00e9tronomique, et il en fallait du souffle, et peut-\u00eatre un entra\u00eenement r\u00e9gulier, pour lire le bulletin sans bafouiller. D\u2019autant plus si ce dernier a \u00e9t\u00e9 d\u00e9tourn\u00e9 pour un <a href=\"https:\/\/www.radiofrance.fr\/franceinter\/podcasts\/serie-la-meteo-marine-les-pepites-de-nos-60-ans\">bulletin fantoche de premier avril<\/a>&nbsp;: \u00ab&nbsp;Bonsoir \u00e0 toutes et \u00e0 tous, voici nos pr\u00e9visions pour la journ\u00e9e \u2013 pour tous les hommes de l&rsquo;Atlantique \u00e0 la Mer du Nord, grand frais pr\u00e9vu \u00e0 l&rsquo;exception de Riton et Fisher qui se maintiendront dans des d\u00e9penses mod\u00e9r\u00e9es \u2013 une d\u00e9pression de 1021 Hector Pascal Albert se d\u00e9calera au cours de la journ\u00e9e, de la Norv\u00e8ge lui dire que je l\u2019aime vers le sud du Danemark en se comblant de joie \u2013 une d\u00e9pression relative de 1025 ectoplasmes sur le nord Portugal se comblera rapidement et un anticycliste de 1031 il a tort Pascal, au sud-ouest imm\u00e9diat d\u2019Irlande, se renforcera la fin de ma tourn\u00e9e \u2013 les pr\u00e9visions par zones pour ses prochaines 24 heures, pour Viking belle-m\u00e8re agit\u00e9e avec sentiment de culpabilit\u00e9 nord \u00e0 nord-ouest fl\u00e9chissant en fin de journ\u00e9e, des pluies des averses \u00e9parses \u2013 sur ouest Bretagne et Gascogne, vent de sexe mollissant 4 en fin de nuit, s\u2019affaissant au petit matin avec possibilit\u00e9 de brouille \u2013 sur Manche ouest, des ond\u00e9es avec passades orageuses et m\u00e2le dominant 4 \u00e0 7 cette nuit \u2013 sur Utsire et est Forties, des liaisons passag\u00e8res force 6, temporairement 7, puis revenant lentement chez sa m\u00e8re forte \u00e0 tr\u00e8s forte, des aversions des brumes \u2013 pour sud Finist\u00e8re, mer peu agit\u00e9e \u00e0 cogit\u00e9e, petite houle, Vesoul du tronc pour Tamise, tu joueras le 7 qui se maintiendra avec persistance de bi\u00e8re pression, des pluies de la brume \u2013 pour Ligure, divan Freud, nord-ouest s&rsquo;affaissant de 4 \u00e0 6 et se calmant sur Prozac et Tranx\u00e8ne, des pluies des averses \u2013 enfin sur Sardaigne et golfe de G\u00eanes, g\u00eane persistante avec houle mod\u00e9r\u00e9e <em>Tu m&rsquo;\u00e9coutes&nbsp;?<\/em> la bi\u00e8re sera belle avec de la moule par bocks de 8 \u00e0 10 en fin de nuit \u2013 voil\u00e0 c&rsquo;est termin\u00e9, je retourne chez ma m\u00e8re, tu te d\u00e9merdes pour le prochain bulletin demain soir, m\u00eame heure m\u00eame spectacle.&nbsp;\u00bb<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/enfances-08-2-parc-du-pre\/\">Texte 8.2<\/a><\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"140\">\n<li><em>L\u2019Enfant des limbes<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;Que me raconte-t-elle&nbsp;? Un r\u00eave ou ce qu\u2019elle vient de voir dans la rue&nbsp;? Un \u00e9v\u00e9nement du jour ou un \u00e9v\u00e9nement de la nuit&nbsp;? Quelle importance, du moment o\u00f9 elle le tient pour un \u00e9v\u00e9nement et o\u00f9 elle cherche \u00e0 me faire partager sa vision&nbsp;? [\u2026] Il \u00e9tait une fois, oui, mais aussi bien mille fois ou nulle fois. \u00c7a a eu lieu, \u00e7a pourrait avoir eu lieu, \u00e7a pourrait avoir lieu. \u00c7a a lieu ailleurs, jadis, \u00e7a a lieu maintenant, ici. Cela est.&nbsp;\u00bb&nbsp; || \u00ab&nbsp;Si l\u00e0 \u00e9tait la raison d\u2019\u00eatre du fl\u00e9chissement de la m\u00e9moire&nbsp;? \u201cJe ne connais qu\u2019elle.&nbsp; Je ne connais que lui.\u201d Tous les individus n\u2019en font plus qu\u2019un. Que ce soit celle-ci ou celui-l\u00e0, je ne vois plus grande diff\u00e9rence, les figures en viennent \u00e0 se confondre, tout comme les temps \u00e0 se m\u00ealer. \u00c9tait-ce hier&nbsp;? il y a un an&nbsp;? En ce temps-ci, en ce temps-l\u00e0&nbsp;? Une seule certitude&nbsp;: ce sont des vies ant\u00e9rieures, sans autre pr\u00e9cision.&nbsp;\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li>(\u00c0 l\u2019heure des intelligences artificielles \u2014 capables de g\u00e9rer l\u2019antenne de la radio suisse <a href=\"https:\/\/www.rts.ch\/info\/sciences-tech\/medias\/13976194-les-intelligences-artificielles-semparent-de-lantenne-de-couleur-3.html\">Couleur 3<\/a> toute une journ\u00e9e, voix des animateurs synth\u00e9tis\u00e9es \u2014, o\u00f9 tous les individus ne font plus qu\u2019une machine, qu\u2019un algorithme \u2014 fa\u00e7on de parler, on va dire une poign\u00e9e, allez \u2014, o\u00f9 la r\u00e9alit\u00e9 devient aussi r\u00e9elle qu\u2019un r\u00eave, c\u2019est-\u00e0-dire relative \u00e0 une surr\u00e9alit\u00e9 \u2014 oui, mais laquelle&nbsp;? \u2014, alors, la vie, la vie qui nous attend, \u00e0 venir \u2014 et c\u2019est d\u00e9j\u00e0 demain \u2014, la vie future sera v\u00e9cue sur un mode ant\u00e9rieur&nbsp;? sur un pr\u00e9sent ant\u00e9rieur&nbsp;? \u2014 l\u2019autre nom de l\u2019indicatif absent&nbsp;?)<\/li>\n\n\n\n<li>Ces possibles, instants de la sensation en suspens, lumi\u00e8res, paroles, mouvements m\u00eal\u00e9s, gliss\u00e9s, renvers\u00e9s, am\u00e8nent plut\u00f4t des souvenirs joyeux, paisibles. <s>Est-il possible de les faire jouer dans un moment de tension, de choc&nbsp;?<\/s> (Cf. les \u00ab&nbsp;Photos-chocs&nbsp;\u00bb de Barthes dans <em>Mythologies&nbsp;<\/em>: \u00ab&nbsp;c\u2019est cette majoration immobile de l\u2019insaisissable \u2014 que l\u2019on appellera plus tard au cin\u00e9ma <em>photog\u00e9nie<\/em> \u2014 qui est le lieu m\u00eame o\u00f9 commence l\u2019art&nbsp;\u00bb&nbsp;?)<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/enfances-08-3-bequille-becot\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Texte 8.3<\/a><\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"143\">\n<li>|| J\u2019ai commenc\u00e9 en r\u00eaverie de promeneur de rivi\u00e8re, d\u00e9couvrant dans le lit \u00e0 sec de petits murs effondr\u00e9s et glanant, en images \u2014 j\u2019aurais d\u00fb emporter un sac poubelle \u2014, de nombreux d\u00e9chets. Une dizaine de jours apr\u00e8s, les pluies arrivant enfin, le lit retrouvait son niveau, et m\u00eame la rivi\u00e8re d\u00e9bordait largement au point d\u2019envahir les champs et de former un petit lac au pied du village. Il s\u2019est retir\u00e9 lentement. Mais les pluies n\u2019ayant jamais vraiment cess\u00e9, et redoublant pendant quelques jours la semaine pass\u00e9e, le lac s\u2019est reform\u00e9 et il a fini par d\u00e9border, la rivi\u00e8re est devenue un fleuve torrentueux, coupant chemins et routes. Si bien qu\u2019au pied des remparts du ch\u00e2teau, \u00e0 Sauveterre, dans le parc on pouvait voir des canards nager. L\u2019eau se retire maintenant. Les voies sont r\u00e9ouvertes. Et je me laisse emporter au milieu des petits lacs et des \u00e9tangs, miroirs d\u2019eau qui ponctueront et d\u00e9doubleront encore pendant quelques jours le paysage. Et si on dessinait et affichait les nouvelles cartes de ce pays \u00e9merg\u00e9, \u00e9ph\u00e9m\u00e8re&nbsp;? Comment s\u2019appellerait, l\u00e0-bas, sur son \u00eelot, ce village aux murs flottants sur lesquels on les lirait&nbsp;? ||<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/10-Un-petit-village-un-vieux-clocher-Un-paysage-si-bien-cache-Et-dans-un-nuage-le-cher-visage-De-mon-passe-paroles-de-la-chanson-Que-reste-t-il-de-nos--1024x576.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-142276\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/10-Un-petit-village-un-vieux-clocher-Un-paysage-si-bien-cache-Et-dans-un-nuage-le-cher-visage-De-mon-passe-paroles-de-la-chanson-Que-reste-t-il-de-nos--1024x576.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/10-Un-petit-village-un-vieux-clocher-Un-paysage-si-bien-cache-Et-dans-un-nuage-le-cher-visage-De-mon-passe-paroles-de-la-chanson-Que-reste-t-il-de-nos--420x236.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/10-Un-petit-village-un-vieux-clocher-Un-paysage-si-bien-cache-Et-dans-un-nuage-le-cher-visage-De-mon-passe-paroles-de-la-chanson-Que-reste-t-il-de-nos--768x432.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/10-Un-petit-village-un-vieux-clocher-Un-paysage-si-bien-cache-Et-dans-un-nuage-le-cher-visage-De-mon-passe-paroles-de-la-chanson-Que-reste-t-il-de-nos--1536x864.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/10-Un-petit-village-un-vieux-clocher-Un-paysage-si-bien-cache-Et-dans-un-nuage-le-cher-visage-De-mon-passe-paroles-de-la-chanson-Que-reste-t-il-de-nos--2048x1152.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">10  \u00ab Un petit village, un vieux clocher  Un paysage si bien cach\u00e9  Et dans un nuage le cher visage  De mon pass\u00e9 \u00bb  paroles de la chanson \u00ab Que reste-t-il de nos amours \u00bb par Charles Trenet  photoperso \u00a9 Will  20231215_123239<\/figcaption><\/figure>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>notes en #07<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"115\">\n<li>Ryoko Sekiguchi&nbsp;se demande ainsi, dans <em>La Voix sombre<\/em>, o\u00f9 va la voix qu\u2019on garde en m\u00e9moire dans notre corps&nbsp;: \u00ab&nbsp;Certaines voix ne nous quittent pas, font partie de nous, comme certains regards qui nous ont travers\u00e9s. On ne les conserve pas simplement dans sa \u00ab\u00a0m\u00e9moire\u00a0\u00bb, on les conserve dans son corps, dans la chaleur de son corps, bien que je ne sache pas exactement o\u00f9.&nbsp;\u00bb En r\u00e9ponse, je me disais un peu facilement, voire b\u00eatement&nbsp;: <em>elles vont dans le corps du texte<\/em>. Mais n\u2019est-ce pas ce \u00e0 quoi pense, au fond, Sekiguchi, lorsqu\u2019elle avance plus loin qu\u2019il existe \u00ab&nbsp;certains livres qui font surgir la voix de celui qui les a \u00e9crits&nbsp;\u00bb, et qu\u2019 \u00ab&nbsp;il arrive que le livre devienne un appareil \u00e9metteur d\u2019autres voix que celles de son auteur&nbsp;\u00bb&nbsp;? Cela dit, bien malin qui saura dire o\u00f9 se situe, ou s\u2019inscrit, le corps du texte dans notre corps (sinon dans le d\u00e9sir d\u2019\u00e9crire&nbsp;?).<\/li>\n\n\n\n<li>Grenier, cartons en vrac, objets divers, inutiles, us\u00e9s, cass\u00e9s. Dans un chai, un hangar ou un autre, le garage de la voiture, celui de la m\u00e9canique, l\u2019\u00e9table, l\u2019\u00e9curie, le vieux p\u00e2r \u00e0 gorets, ceux des poules, et m\u00eame dans les carcasses de la Dauphine, la 4 CV sans si\u00e8ge, le TUB HY en mode couveuse, ou sur le Someca \u00e0 trois pattes, la faucheuse \u00e0 si\u00e8ge \u00e9jectable dans le chemin, l\u2019extirpateur d\u00e9mantel\u00e9, la faneuse de l\u2019espace. D\u2019un coup de baguette \u00ab\u00a0maginaire\u00a0\u00bb, tout un monde \u00e0 inventer, des \u00e9nergies \u00e0 d\u00e9ployer, la mati\u00e8re des sens en action \u00e0 creuser et enflammer, pour quel feu de joie&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>(\u00c9trange comme cette histoire (\u00e0 peine) de vieil homme qui chercherait \u00e0 \u00e9crire sur son enfance se fissure en moi.)<\/li>\n\n\n\n<li>|| Le mur de fa\u00e7ade de la petite Agn\u00e8s, c\u2019est surtout celui d\u2019un souvenir effac\u00e9 dans un \u00e9tage virtuel de sa m\u00e9moire, o\u00f9 la g\u00e9ographie reste flottante, les paysages et les noms confondus. L\u2019\u00e9tage, la cave ou le grenier des contes et des l\u00e9gendes familiales, des mythes personnels. L\u00e0 o\u00f9 ceux qui \u00e9taient l\u00e0, parfois, peuvent apporter une pi\u00e8ce manquante pour un soup\u00e7on de r\u00e9alit\u00e9. De grandes s\u0153urs par exemple, qu\u2019on retrouve un jour de r\u00e9union de famille, et qui elles aussi allaient \u00e0 la plage. \u00ab&nbsp;Ces deux s\u0153urs qui \u00e9taient l\u00e0 avec la petite Agn\u00e8s, et ce jour-l\u00e0 aussi avec l&rsquo;Agn\u00e8s&nbsp;d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, lui ont rappel\u00e9 qu&rsquo;il ne s&rsquo;agissait pas de Jonzac mais de Jarnac. Jarnac, village situ\u00e9 entre Angoul\u00eame et Cognac, \u00e0 36 km de Jonzac. Eh oui, imm\u00e9diatement tout m&rsquo;est revenu&nbsp;! Avec mes s\u0153urs, \u00e7a nous a fait sourire cette m\u00e9prise, \u00e0 cinquante ans de distance&nbsp;! Alors tout s&rsquo;explique maintenant, pourquoi le feu de Jonzac ne semblait exister que dans ma m\u00e9moire. Comment les deux noms ont-ils pu ainsi se m\u00ealer&nbsp;? Je vois certains liens, des amis originaires de Jonzac qui m&rsquo;ont rendu le nom de cette ville tout aussi familier que celui de Jarnac, venu lui de ma petite enfance&nbsp;: deux villages commen\u00e7ant et finissant par la m\u00eame lettre mais tout aussi flous et impr\u00e9cis l&rsquo;un que l&rsquo;autre dans ma m\u00e9moire car associ\u00e9s \u00e0 seulement des bribes. Une r\u00e9gion qui pour moi garde une grande familiarit\u00e9 parce que c&rsquo;est tout ce qui me reste de tangible en lien avec mon enfance et mes parents&nbsp;\u00bb, \u00e9crit Agn\u00e8s. Donc, retour \u00e0 Jarnac. |<\/li>\n\n\n\n<li>Herzog, en voix off de <em>Grizzly Man<\/em> (2005)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tout \u00e0 son film d\u2019action, Treadwell&nbsp;n\u2019a probablement pas r\u00e9alis\u00e9 que les apparents temps morts, avaient une \u00e9trange, une secr\u00e8te beaut\u00e9. Parfois les images d\u00e9veloppent leur propre vie, leur propre \u00e9clat myst\u00e9rieux.&nbsp;\u00bb Et l\u2019on voit un sentier \u00e0 flanc de montagne ou de colline, au milieu d\u2019une v\u00e9g\u00e9tation riche, de hautes herbes se balan\u00e7ant, dansant dans le vent. Combien de fois, comme \u00e7a, Herzog&nbsp;a-t-il laiss\u00e9 la cam\u00e9ra tourner, ou laiss\u00e9 son \u0153il suivre ce qui dansait devant lui, m\u00eame dans ses films de fiction, d\u2019action&nbsp;? Bien des images de la nature plus ou moins sauvage. Des animaux, des poissons dans la rivi\u00e8re que descendent deux \u00e9vad\u00e9s en guenilles dans <em>Rescue Dawn<\/em> (2006), une esp\u00e8ce de souris emportant ses petits sur le radeau d\u2019<em>Aguirre, la col\u00e8re de Dieu<\/em> (1972), la gueule des dromadaires s\u2019abreuvant dans <em>La Reine du d\u00e9sert<\/em> (2015), les petits chats jouant sur un tas de livres et avec un m\u00e9daillon dans <em>Nosferatu<\/em> (1979). Et cette esp\u00e8ce de t\u00eate d\u2019on ne sait quelle b\u00eate, un faux air enfantin de Mickey, surgie de la terre et du p\u00e9trole, son grand \u0153il noir tout rond en flammes, dans <em>Le\u00e7ons de t\u00e9n\u00e8bres<\/em> (1992). Pour une esth\u00e9tique du chaos&nbsp;? C\u2019est d\u2019ailleurs le point de d\u00e9saccord d\u2019Herzog&nbsp;contre Treadwell, dans <em>Grizzly Man<\/em>, lequel con\u00e7oit la nature de mani\u00e8re simpliste, harmonieuse&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il avait l\u2019air d\u2019ignorer le fait qu\u2019il y a des pr\u00e9dateurs dans la nature. Je crois que le d\u00e9nominateur commun de l\u2019univers n\u2019est pas l\u2019harmonie, mais chaos, hostilit\u00e9 et meurtre.&nbsp;\u00bb<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=141857#sept-un\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Texte 7.1<\/a><\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"120\">\n<li>Sekiguchi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Existe-t-il un pr\u00e9sent concret et un pr\u00e9sent abstrait&nbsp;? Dans le temps qui demeure toujours insaisissable, nous glissons avec tout ce qui nous entoure, tandis que ces voix surgissent chaque fois \u00e0 la pointe du pr\u00e9sent.&nbsp;\u00bb Ce pr\u00e9sent abstrait, les voix enregistr\u00e9es, d\u00e9sincarn\u00e9es, qui en constituent l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 m\u00e9ridienne et z\u00e9nithale \u2014 son seul mode d\u2019\u00eatre \u2014, cela ne correspond-il pas \u00e0 cet indicatif absent \u00e9voqu\u00e9 avec Benjamin (note 23)&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>Structure \u2014 Levente&nbsp;est install\u00e9 en France depuis pr\u00e8s d\u2019un an. Inscrit \u00e0 P\u00f4le Emploi, il arrive en fin de droits. Ne parvenant pas \u00e0 trouver de travail, il va perdre ses allocations \u00e0 la fin du mois. Mais il a anticip\u00e9 et recontact\u00e9 M\u00e9decins Sans Fronti\u00e8res. En fin de semaine, il saura s\u2019il repart en mission quelque part dans le monde. Vraisemblablement, Gaza. Il s\u2019agirait d\u2019une mission de trois \u00e0 six mois, avec une semaine de repos dans ce dernier cas, au milieu. Mais ce n\u2019est pas ce qui \u00e9tait pr\u00e9vu. S\u2019installer et finalement repartir, laisser sa femme seule, stopper la formation. \u2014 En Roumanie, il existe une d\u00e9clinaison au cas neutre, qui manque fort au fran\u00e7ais \u2014 avec la pol\u00e9mique que l\u2019on sait&nbsp;: \u00ab&nbsp;On apprend depuis l\u2019enfance des r\u00e8gles prescriptives, fa\u00e7onn\u00e9es par des grammairiens plut\u00f4t sexistes du 17e si\u00e8cle&nbsp;; on h\u00e9rite de ces normes, comme la r\u00e8gle du \u201cmasculin qui l\u2019emporte sur le f\u00e9minin\u201d. Mais il y a aussi la norme des usagers, qui font bouger la langue. Les revendications pour une langue plus \u00e9galitaire s\u2019inscrivent dans cette nouvelle norme&nbsp;\u00bb, selon Julie Neveux&nbsp;dans <a href=\"https:\/\/www.lesinrocks.com\/livres\/julie-neveux-sur-lecriture-inclusive-le-masculin-generique-ca-ne-marche-pas-602617-29-11-2023\/\">Les Inrocks<\/a> \u2014, consistant \u00e0 utiliser l\u2019article f\u00e9minin pluriel et ajouter au nom le suffixe propre au neutre. Mais Levente&nbsp;avoue qu\u2019il a un peu oubli\u00e9 la r\u00e8gle et qu\u2019il ne sait plus tr\u00e8s bien l\u2019employer. Il n\u2019a pas parl\u00e9 roumain depuis longtemps. Lorsqu\u2019il retourne voir ses parents, il parle hongrois.<\/li>\n\n\n\n<li>| Aujourd\u2019hui, pour aller \u00e0 la plage en partant d\u2019Angoul\u00eame, on ne passe plus par Jarnac. On emprunte la nationale 141 \u00e0 quatre voies qui contourne cette petite ville (pr\u00e8s de 4&nbsp;500 habitants, ce n\u2019est plus un village, Agn\u00e8s). Et il n\u2019y a pas de feu \u00e0 Jarnac. Mais avant, nagu\u00e8re, il y avait un feu. Et jadis, on traversait cette petite ville, et on tombait sur le feu. C\u2019\u00e9tait dans le centre-ville, le virage \u00e0 angle droit menant au pont de la Charente. Le feu a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par un sens giratoire (un disque blanc, au centre une sorte de dos d\u2019\u00e2ne fait de pav\u00e9s blancs dispos\u00e9s en s\u00e9rie de vingt-six cercles concentriques, cinq potelets noirs en m\u00e9tal \u00e0 collerette blanche). Mais quel est donc, \u00e0 ce niveau, le mur de la petite Agn\u00e8s&nbsp;? Le mur de la b\u00e2tisse \u00e0 quatre \u00e9tages, en pierres de taille&nbsp;? Le mur sale et un peu d\u00e9cr\u00e9pi de l\u2019une des maisons aux volets rouges, \u00e0 un \u00e9tage&nbsp;? Ou au-dessus de la boutique qui fait l\u2019angle, au mur carrel\u00e9, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9&nbsp;? (Ou encore le mur du b\u00e2timent d\u00e9moli pour les besoins du sens giratoire&nbsp;?) ||<\/li>\n\n\n\n<li><em>Portrait de l\u2019artiste en saltimbanque<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;le manque d\u2019<em>\u00eatre<\/em> qui s\u2019attache \u00e0 la nature illusoire de l\u2019art&nbsp;\u00bb \u2014 \u00ab&nbsp;la culture la plus <em>avanc\u00e9e<\/em>, qui se croit ext\u00e9nu\u00e9e, cherche une source d\u2019\u00e9nergie dans la primitivit\u00e9&nbsp;\u00bb \u2014 \u00ab&nbsp;les saltimbanques connaissent le mot de passe qui conduit vers le monde surhumain de la divinit\u00e9, et vers le monde infrahumain de la vie animale&nbsp;\u00bb \u2014 \u00ab&nbsp;cette domination joueuse du langage po\u00e9tique, qui nous permet de transformer l\u2019ombre mena\u00e7ante du d\u00e9mon en un personnage disert, mais qui transporte l\u2019agressivit\u00e9 du n\u00e9ant dans le tr\u00e9fonds de notre rire&nbsp;\u00bb \u2014 \u00ab&nbsp;Tout vrai clown surgit d\u2019un autre espace, d\u2019un autre univers&nbsp;: son entr\u00e9e doit figurer un franchissement des limites du r\u00e9el, et, m\u00eame dans la plus grande jovialit\u00e9, il doit nous appara\u00eetre comme un <em>revenant<\/em>. [\u2026] L\u2019entr\u00e9e du clown doit nous rendre sensible ce <em>p\u00e9nible nulle part<\/em> \u00e9voqu\u00e9 par Rilke, qui est le lieu de son d\u00e9part, et qu\u2019il a d\u00e9sormais derri\u00e8re lui.&nbsp;\u00bb<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=141857#sept-deux\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Texte 7.2<\/a><\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"124\">\n<li>Dans la d\u00e9finition de <em>barrer<\/em> (par le <a href=\"https:\/\/www.cnrtl.fr\/definition\/barrer\">CNRTL<\/a>) on trouve aussi ce sens sp\u00e9cifique \u00e0 l\u2019art de la chasse&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u201cOn dit d&rsquo;un chien qu&rsquo;il barre lorsqu&rsquo;il balance sur la voie et la cherche \u00e0 droite et \u00e0 gauche\u201d (Baudr. <em>Chasses<\/em> 1834).&nbsp;\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"https:\/\/timseverin.net\/expeditions\/\">Tim Severin<\/a>, \u00e9crivain et explorateur britannique, a fait construire au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980 une r\u00e9plique du vaisseau Argo, gal\u00e8re de l\u2019\u00e2ge de bronze. En 1984, fort d\u2019un \u00e9quipage d\u2019Anglais, de Grecs, de Turcs et de G\u00e9orgiens, il prend la mer en suivant la route de Jason, de Volos (Gr\u00e8ce) \u00e0 Poti (G\u00e9orgie), en remontant les Dardanelles et le Bosphore et longeant la c\u00f4te turque sur le Mer Noire. \u2014 Quel genre d\u2019homme est-on quand on cherche toute sa vie \u00e0 \u00e9prouver la r\u00e9alit\u00e9 des grands mythes, des odyss\u00e9es l\u00e9gendaires, de Jason et ses Argonautes mais aussi, Marco Polo et Gengis Khan, Sindbad le marin, le capitaine Achad \u00e0 la recherche de Moby Dick, et le retour d\u2019Ulysse de Troie \u00e0 Ithaque, \u00e0 la rencontre des sir\u00e8nes et en passant par Had\u00e8s (avec le m\u00eame vaisseau Argo)&nbsp;!?<\/li>\n\n\n\n<li>De l\u2019importance du nombre chez les petits enfants, quand on apprend \u00e0 compter jusqu\u2019\u00e0\u2026 dix\u2026 cent\u2026 combien&nbsp;? Quand la quantit\u00e9 fait la qualit\u00e9&nbsp;? Ou plut\u00f4t, le souci de d\u00e9nombrer comme un moyen d\u2019\u00e9num\u00e9rer, d\u2019\u00e9noncer, \u00e0 l\u2019occasion de d\u00e9chiffrer ce qu\u2019on nomme en le comptant, de le d\u00e9couvrir comme appartenant au monde et c\u2019est lui-m\u00eame, au fond, qu\u2019on baptise, petit bout par petit bout. \u00c0 commencer par le nombre lui-m\u00eame, les chiffres, leur s\u00e9rie dans le bon ordre, la bonne grammaire, le bon rythme, tout un d\u00e9codage. Une solution \u00e0 l\u2019acquisition et \u00e0 la ma\u00eetrise du langage&nbsp;? Je compte donc je parle&nbsp;? (De l\u00e0 \u00e0 num\u00e9roter ses notes\u2026)<\/li>\n\n\n\n<li>Les barres verticales, pas seulement la lecture d\u2019un doute, d\u2019une h\u00e9sitation entre les mots qui se bousculent, ni le menu d\u00e9roulant de formulations au choix selon les go\u00fbts et les couleurs, mais pourquoi pas aussi la surimpression de situations diff\u00e9rentes dans le temps (un peu comme l\u2019historique des street view de Google Maps&nbsp;?).<\/li>\n\n\n\n<li>|| \u00ab&nbsp;Tout ce que l\u2019on d\u00e9core pour exprimer ses id\u00e9es ou ses sentiments est nomm\u00e9 <em>mural<\/em>. [\u2026] <em>Mural<\/em> \u00e7a veut dire <em>j\u2019existe\u2026 et<\/em> <em>je laisse un signe qui me d\u00e9signe<\/em>.&nbsp;\u00bb Agn\u00e8s Varda, <em>Mur Murs<\/em>. ||<\/li>\n\n\n\n<li>Structure \u2014 \u00c9milie, pour une prochaine formation, en vrac | aide-soignante, arr\u00eat (travail de nuit, saturation, d\u00e9prime, isolation \u2014 on dit isol\u00e9e&nbsp;? \u00e7a doit venir de l\u2019anglais) | depuis 2020 de l\u2019aquarelle, autodidacte \u2014 je me suis mise \u00e0 mon compte. Mais l\u2019administratif, \u00e0 la fin de la premi\u00e8re ann\u00e9e on me demandait de payer. Et quoi&nbsp;? j\u2019ai rien gagn\u00e9&nbsp;! \u2014, a laiss\u00e9 tomber | des yeux bleus tout ronds, l\u00e9g\u00e8rement globuleux | depuis le bac j\u2019ai des troubles. Elle s\u2019est isol\u00e9e | projet de retourner sur Saintes, avec sa fille | formation d\u2019aquarelliste avec des tutos sur YouTube \u2014 des paysages surtout. Et puis une formation sur Angoul\u00eame avec Manu. C\u2019est comme \u00e7a qu\u2019il s\u2019appelait&nbsp;? | bac litt\u00e9raire, fac de Lettres \u2014 le fran\u00e7ais \u00e7a devrait aller. C\u2019est les maths plut\u00f4t | pas un sourire | pas mal de fumette, depuis longtemps. Et j\u2019en ai fait des raves\u2026 | quelques amis \u00e0 Saintes \u2014 on ira \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e scolaire. Elle est en CP | BTS communication avant le DEUG, abandon | c\u2019est les maths qu\u2019il faut revoir surtout, mais toute une journ\u00e9e\u2026 | brune, coupe au carr\u00e9 \u00e9chevel\u00e9, des lignes de visage assez douces, pas souriante | objectif&nbsp;: du travail \u2014 mais pas tout de suite, la formation ici c\u2019est pour un sas de d\u00e9compression | a essay\u00e9 l\u2019aide \u00e0 domicile \u2014 il aurait fallu d\u2019abord qu\u2019on m\u2019aide moi | le lieu o\u00f9 elle a dormi une seule fois&nbsp;: quelque part en montagne, dans une toile de tente, r\u00e9veill\u00e9e par le chant des oiseaux, et en sortant la t\u00eate un \u00ab&nbsp;serf&nbsp;\u00bb | fallait arr\u00eater le d\u00e9veloppement personnel, \u00e7a virait religieux et je reprenais \u00e0 fumer. Faut vraiment que j\u2019aille avec ma fille \u00e0 Saintes | si elle reprend trop vite&nbsp;: d\u00e9pression, isolation | son visage est un masque derri\u00e8re lequel on sent comme une enfant soucieuse de prot\u00e9ger contre elle, dans le creux de ses mains, un petit animal | elle prend sur elle \u2014 apr\u00e8s j\u2019en parle quand m\u00eame | pas un sourire | toute une page pour la nuit dans la montagne | maintenant elle est suivie \u2014 il le faut.<\/li>\n\n\n\n<li>Le dernier \u00e9lan de la lecture de Starobinski&nbsp;est impressionnant. Il op\u00e8re une sorte de pirouette par laquelle l\u2019interpr\u00e9tation symbolique du r\u00f4le des clowns et des acrobates (christique \u00e0 son apog\u00e9e) s\u2019inscrit dans le champ du non-sens contre la soci\u00e9t\u00e9 \u2014un double saut m\u00eame, lorsque ce champ s\u2019\u00e9largit et gagne la soci\u00e9t\u00e9, quand les clowns et les acrobates disparaissent et se fondent insensiblement dans la masse, en chacun de nous, d\u00e9risoires&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ils ont besoin d\u2019une immense r\u00e9serve de non-sens pour pouvoir passer au sens. Dans un monde utilitaire, parcouru par le r\u00e9seau serr\u00e9 des relations signifiantes, dans un univers pratique o\u00f9 tout s\u2019est vu assigner une fonction, une valeur d\u2019usage ou d\u2019\u00e9change, l\u2019entr\u00e9e du clown fait craquer quelques mailles du r\u00e9seau, et, dans la pl\u00e9nitude \u00e9touffante des significations accept\u00e9es, il ouvre une br\u00e8che par o\u00f9 pourra courir un vent d\u2019inqui\u00e9tude et de vie.&nbsp;\u00bb<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"990\" height=\"557\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/8-Agnes-et-ses-soeurs-vont-a-la-plage-1-Google-Maps-street-view-sept.-2010-copie-decran-le-06122023.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-141870\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/8-Agnes-et-ses-soeurs-vont-a-la-plage-1-Google-Maps-street-view-sept.-2010-copie-decran-le-06122023.png 990w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/8-Agnes-et-ses-soeurs-vont-a-la-plage-1-Google-Maps-street-view-sept.-2010-copie-decran-le-06122023-420x236.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/8-Agnes-et-ses-soeurs-vont-a-la-plage-1-Google-Maps-street-view-sept.-2010-copie-decran-le-06122023-768x432.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 990px) 100vw, 990px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">8 | <a href=\"https:\/\/www.google.fr\/maps\/@45.6814567,-0.1719475,3a,90y,271.19h,88.89t\/data=!3m7!1e1!3m5!1spPuJFjDh4tsR1muTps5KYA!2e0!5s20100901T000000!7i13312!8i6656?entry=ttu\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Agn\u00e8s et ses s\u0153urs vont \u00e0 la plage 1<\/a> | Google Maps, street view (sept. 2010) | copie d\u2019\u00e9cran le 06\/12\/2023<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"990\" height=\"557\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/9-Agnes-et-ses-soeurs-vont-a-la-plage-2-Google-Earth-street-view-mai-2022-copie-decran-le-06122023.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-141871\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/9-Agnes-et-ses-soeurs-vont-a-la-plage-2-Google-Earth-street-view-mai-2022-copie-decran-le-06122023.png 990w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/9-Agnes-et-ses-soeurs-vont-a-la-plage-2-Google-Earth-street-view-mai-2022-copie-decran-le-06122023-420x236.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/9-Agnes-et-ses-soeurs-vont-a-la-plage-2-Google-Earth-street-view-mai-2022-copie-decran-le-06122023-768x432.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 990px) 100vw, 990px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">9 | <a href=\"https:\/\/earth.google.com\/web\/@45.68145591,-0.17192524,33.67289279a,0d,60y,271.81114839h,89.54350262t,0r\/data=IhoKFm1PQ2ZzaVowdTREMldIRldsdUUzeWcQAjoDCgEw\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Agn\u00e8s et ses s\u0153urs vont \u00e0 la plage 2<\/a> | Google Earth, street view (mai 2022) | copie d\u2019\u00e9cran le 06\/12\/2023<\/figcaption><\/figure>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>notes en #06<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"101\">\n<li>Sofiia, la jeune Ukrainienne dans la Structure, doit s\u2019en aller. Il y aura comme un vide. Elle est pourtant d\u2019un abord plut\u00f4t sec. Ses Bonjour et Aurevoir sont aussi chaleureux que des garde \u00e0 vous. Mais elle le sait au fond, et s\u2019excuse en les disant. Si les mots se dressent, se fixent, le regard qui tentait de les retenir fuit comme un petit animal. Les mots restent plant\u00e9s l\u00e0, en acteurs qui auraient oubli\u00e9 le texte, sans souffle. Rideau. Il y aura comme un manque. Sa chevelure de crins noirs \u00e9lanc\u00e9e, son museau fin \u00e0 peau blanche, ses yeux furtifs dont un cavalier, le port un peu raide du visage quand on la questionne, la fossette qu\u2019il faut lui arracher. \u00c7a va me manquer. Son assiduit\u00e9, cette volont\u00e9 d\u2019apprendre la langue, la grammaire, sur \u00e9cran et sur papier, d\u2019\u00e9couter beaucoup, parler un peu, traduire, \u00e9crire si possible. \u00c7a va me manquer. Les petits r\u00e9cits des week-ends \u00e0 Angoul\u00eame avec son copain, un restaurant. Ses jeudis \u00e0 faire le m\u00e9nage, c\u2019est son jour. Chaque jour quand sa grand-m\u00e8re lui explique qu\u2019il faut\u2026 qu\u2019il ne faut pas. Que depuis plus d\u2019un an au coll\u00e8ge sa petite s\u0153ur parle mieux qu\u2019elle. Qu\u2019un petit fr\u00e8re vient de na\u00eetre chez son p\u00e8re, \u00e0 Cracovie. Sa m\u00e8re dont elle ne parle pas. Elle lui manque. Et Odessa qu\u2019elle voudrait retrouver. Les photos de ses promenades l\u00e0-bas qu\u2019elle me montrait. Des paysages urbains et des portraits d\u2019inconnus. Elle n\u2019a pas pris de photos depuis son d\u00e9part avec la guerre. Elle va me manquer, Sofiia.<\/li>\n\n\n\n<li>On s\u2019est mesur\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e de <em>f<\/em>, de saisir et r\u00e9p\u00e9ter \u00ab&nbsp;en une ligne et demie ou deux lignes, miniature ou orf\u00e8vrerie qui nous donnent tout \u00e0 voir de ce qui \u00e9merveille justement parce qu\u2019on le miniaturise, qu\u2019on le tient \u00e0 distance&nbsp;\u00bb. On a imagin\u00e9 que celui qui s\u2019y essaie n\u2019y parvienne pas vraiment et se demande comment faire. Et voil\u00e0 qu\u2019on nous pr\u00e9vient, Jean Starobinski&nbsp;(soutenu par Baudelaire&nbsp;et Banville)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Tout l\u2019\u00eatre int\u00e9rieur, dans ces merveilleux instants, s\u2019\u00e9lance en l\u2019air par trop de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et de dilatation, comme pour atteindre une r\u00e9gion plus haute. <\/em>Mais cette euphorie, cet humour ne sont-ils pas inconsistants&nbsp;? Ne leur manque-t-il pas le n\u00e9gatif, l\u2019ombre et la mat\u00e9rialit\u00e9, sans lesquelles la po\u00e9sie n\u2019est qu\u2019une bulle de savon qui se perd dans l\u2019azur&nbsp;?&nbsp;\u00bb (<em>Portrait de l\u2019artiste en saltimbanque<\/em>) \u2014 Ai-je \u00e9t\u00e9 suffisamment lourd, compact, bas&nbsp;? Rien de moins s\u00fbr. Mes consid\u00e9rations astronomiques sommaires, f\u00fbt-ce \u00e0 travers un personnage, valent bien une preuve cosmologique d\u2019antan. Au lieu de l\u2019exosph\u00e8re, il aurait mieux valu explorer la lithosph\u00e8re, l\u2019\u00e9corce terrestre, l\u2019humus.<\/li>\n\n\n\n<li>C\u00e9dric Tassan, de retour de son voyage en v\u00e9lo, sac \u00e0 dos, sac de couchage, au d\u00e9sert du Manguistaou, Kazakhstan&nbsp;: \u00ab&nbsp;La vie, elle est comme \u00e7a, c\u2019est-\u00e0-dire que, on est dans une perp\u00e9tuelle \u00e9volution int\u00e9rieure, donc on a ses vall\u00e9es int\u00e9rieures et ses cr\u00eates personnelles en fait, et l\u2019id\u00e9e c\u2019est toujours d\u2019aller chercher ce qu\u2019il y a derri\u00e8re, derri\u00e8re cette premi\u00e8re cr\u00eate qu\u2019on voit, cette premi\u00e8re sensation qu\u2019on peut, qu\u2019on peut avoir, on a besoin en fait de bouger pour rester en vie, mais on a besoin aussi de bouger dans son cerveau, dans ses \u00e9motions, dans son ressenti, et c\u2019est ces cr\u00eates int\u00e9rieures qu\u2019il faut aller chercher.&nbsp;\u00bb \u2014 Walter Benjamin, chemin faisant dans le fragment des \u00ab&nbsp;Objets de Chine&nbsp;\u00bb, <em>Sens unique<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;Qui vole voit seulement la route s\u2019avancer \u00e0 travers le paysage&nbsp;: elle se d\u00e9roule \u00e0 ses yeux selon les m\u00eames lois que le terrain qui l\u2019entoure. Seul celui qui va sur cette route apprend quelque chose de sa puissance, et apprend comment, de cet espace qui n\u2019est pour l\u2019aviateur qu\u2019une plaine d\u00e9ploy\u00e9e, elle fait sortir, \u00e0 chacun de ses tournants, des lointains, des belv\u00e9d\u00e8res, des clairi\u00e8res, des perspectives, comme l\u2019ordre d\u2019un commandeur qui fait sortir des soldats du rang.&nbsp;\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li><em>Mon rapport au r\u00e9cit&nbsp;?<\/em> Allez, avoue que t\u2019as envie de t\u2019en sortir avec cette pirouette&nbsp;: <em>C\u2019est le r\u00e9cit de ce rapport.<\/em><\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-admin\/post.php?post=141536#voix-un\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Texte 6.1<\/a><\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"105\">\n<li><em>Portrait de l\u2019artiste en saltimbanque<\/em> \u2014 Il y a longtemps que je voulais le lire. M\u00eame si, d\u2019une certaine mani\u00e8re, je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 lu et relu, ignorant totalement de quoi il retournait \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Le titre, tout est l\u00e0, n\u00e9cessaire et suffisant. C\u2019est assez pu\u00e9ril, j\u2019avoue. Cela dit, maintenant qu\u2019il est entre mes mains, \u00e0 nous les surprises. \u2014 \u00ab&nbsp;Cet int\u00e9r\u00eat, \u00e0 n\u2019en pas douter, admet d\u2019abord une explication d\u2019ordre ext\u00e9rieur&nbsp;: le monde du cirque et de la f\u00eate foraine repr\u00e9sentait, dans l\u2019atmosph\u00e8re charbonneuse d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 en voie d\u2019industrialisation, un \u00eelot chatoyant de merveilleux, un morceau demeur\u00e9 intact du pays d\u2019enfance, un domaine o\u00f9 la spontan\u00e9it\u00e9 vitale, l\u2019illusion, les prodiges simples de l\u2019adresse ou de la maladresse m\u00ealaient leurs s\u00e9ductions pour le spectateur lass\u00e9 de la monotonie des t\u00e2ches de la vie s\u00e9rieuse.&nbsp;\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li>Une voix d\u2019archive \u2014 \u00e7a doit correspondre \u00e0 \u00e7a cette intuition de s\u2019appuyer sur les voix des autres, une phrase, un fragment, une image, pour faire remonter les voix qu\u2019on a au fond de soi, r\u00e9elles ou imaginaires.<\/li>\n\n\n\n<li>(En parlant d\u2019archives, Yoann Barbereau&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le FSB me rendit un fier service. Apr\u00e8s la s\u00e9questration et la noyade de mes archives, j\u2019\u00e9tais libre, d\u00e9sencombr\u00e9 des mots anciens, de leur parade inutile, j\u2019\u00e9tais lav\u00e9 pour de bon.&nbsp;\u00bb Mais qui, pour moi, jouerait le r\u00f4le des services secrets \u00e9trangers, int\u00e9rieurs&nbsp;?)<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-admin\/post.php?post=141536#voix-deux\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Texte 6.2<\/a><\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"108\">\n<li>|| Mon rapport au r\u00e9cit&nbsp;\u2014 Peut-\u00eatre comme on part \u00e0 la recherche de ce mur, de cet \u00e9tage, de cette fa\u00e7ade dans le souvenir d\u2019un autre, d\u2019une autre, Agn\u00e8s, une petite fille trop vite grandie, un mur de passage, pour aller \u00e0 la plage, un mur en passant, en venant d\u2019Angoul\u00eame, stop au feu. Stop, en effet. Parce que d\u2019o\u00f9 venait la petite Agn\u00e8s&nbsp;? \u2014 D\u2019Angoul\u00eame. \u2014 Or, quand on arrive de l\u00e0, par la route de Barbezieux, et qu\u2019on veut se rendre \u00e0 la plage, quelle direction faut-il prendre d\u2019abord&nbsp;? \u2014 Saint-Genis. \u2014 Et, de la route de Barbezieux \u00e0 la route de Saint-Genis, combien de carrefours&nbsp;? \u2014 \u00c7a d\u00e9pend, tu veux les principaux ou la totalit\u00e9&nbsp;? \u2014 Les plus importants. \u2014 Alors je dirais, cinq, mais le dernier se trouve \u00e0 Saint-Germain. \u2014 Et comment se pr\u00e9sentent ces carrefours&nbsp;? \u2014 C\u2019est surtout des ronds-points. Il y en a cinq aussi, dont un petit qui ne rel\u00e8ve pas des principaux carrefours. \u2014 Et, combien de feux&nbsp;? \u2014 Rien. \u2014 Et voil\u00e0\u2026 tout est l\u00e0\u2026 quand on arrive d\u2019Angoul\u00eame pour aller \u00e0 la plage&nbsp;: on ne rencontre aucun feu. Et, sur la route de la petite Agn\u00e8s, il y a de cela quelques ann\u00e9es maintenant, quelques d\u00e9cennies m\u00eame, pour avoir demand\u00e9 aux plus anciens&nbsp;: il n\u2019y a jamais eu de feu, il s\u2019agit d\u2019une premi\u00e8re voie de contournement con\u00e7ue avec des ronds-points. M\u00eame avant, par la route qui traversait la ville. \u2014 De toute fa\u00e7on, la petite Agn\u00e8s n\u2019\u00e9tait s\u00fbrement pas encore n\u00e9e. \u2014 D\u2019o\u00f9 vient donc ce feu de la m\u00e9moire o\u00f9 se loge \u00e0 l\u2019\u00e9tage un mur de fa\u00e7ade&nbsp;? \u2014 Peut-\u00eatre qu\u2019elle faisait une halte, la petite Agn\u00e8s&nbsp;? Il fallait peut-\u00eatre rendre visite \u00e0 une vieille tante&nbsp;? Ou passer chez des amis qui venaient aussi \u00e0 la plage&nbsp;? Ou s\u2019arr\u00eater faire des emplettes au magasin qui faisait l\u2019angle, pr\u00e8s du feu, pour acheter une bou\u00e9e, une pelle et un seau&nbsp;? Ou juste le plaisir de repasser par-l\u00e0, pour lui montrer \u00e0 la petite Agn\u00e8s que c\u2019\u00e9tait l\u00e0-haut que sa m\u00e8re habitait, au pied du feu de la m\u00e9moire&nbsp;? Il faudrait lui demander. ||<\/li>\n\n\n\n<li>Arlette Farge, <em>Essai pour une histoire des voix au dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle&nbsp;<\/em>: \u00ab&nbsp;V\u00e9hiculer du sens est une chose, et la voix cr\u00e9e de la v\u00e9rit\u00e9, car tout paysage vocal \u00e9mis par quelqu\u2019un est un appel, peu contr\u00f4lable, quoique charg\u00e9 d\u2019une musique qui l\u2019identifie. Le grain de la voix dit tout autre chose qu\u2019un \u00e9crit.&nbsp;\u00bb \u2014 \u00ab&nbsp;On existe par sa voix avant d\u2019exister par le langage, qui lui-m\u00eame devient puissance d\u2019agir, puissance que les dominants ne reconnaissent jamais aux domin\u00e9s. Le discours de haine, de d\u00e9fense, de peur, d\u2019agression est une intrusion de la voix dans un monde qu\u2019on d\u00e9sire dominer ou, au contraire, dont on veut se prot\u00e9ger.&nbsp;\u00bb \u2014 \u00ab&nbsp;Le corps en tremblements peut faire beaucoup, mais la tonalit\u00e9 vocale, en ce monde, communiquant par la voix, donne le signe le plus s\u00fbr de sa n\u00e9cessit\u00e9 vitale.&nbsp;\u00bb<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-admin\/post.php?post=141536#voix-trois\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Texte 6.3<\/a><\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"110\">\n<li><em>Effar\u00e9s<\/em> ou <em>effac\u00e9s<\/em>, c\u2019est sensiblement la m\u00eame chose ici, mais le premier dit aussi, surtout, la sid\u00e9ration qui accompagne et provoque, peut-\u00eatre, la disparition avec l\u2019autre.<\/li>\n\n\n\n<li>|| L\u2019autre jour, je suis all\u00e9 voir <em>Le Misanthrope<\/em> de Moli\u00e8re, dans la mise en sc\u00e8ne au go\u00fbt du jour de Thomas Le Douarec. D\u00e9cor minimaliste pour un salon contemporain am\u00e9nag\u00e9 en piste de danse. Des tubes verticaux \u00e9lectroluminescents changeant de couleur (blanc, rouge, bleu fonc\u00e9, vert, jaun\u00e2tre, rose fuchsia, bleu clair) et dans le fond un mur blanc, panneau de bois ou toile tendue, changeant aussi de couleur de fa\u00e7on plus basique, dans le blanc, le rouge et le bleu (plus ou moins clair). Ces variations de couleur devaient servir \u00e0 deux choses&nbsp;: marquer les changements d\u2019actes et de sc\u00e8nes importantes, et faire sentir l\u2019ambiance de ce qui se joue, donner \u00e0 voir la tonalit\u00e9 affective du dialogue. De l\u00e0, on peut imaginer que ce mur, en arri\u00e8re-plan, constituait en quelque sorte le fond d\u2019\u00e9cran tout en nuances du fameux quatri\u00e8me mur, invisible mais ainsi repr\u00e9sent\u00e9, inh\u00e9rent au th\u00e9\u00e2tre de Moli\u00e8re. Or, \u00e0 certains moments, les acteurs sortent de la poche un t\u00e9l\u00e9phone portable pour filmer l\u2019un ou l\u2019autre \u2014 et poster la chose sur un mur de r\u00e9seau social (imagine-t-on)&nbsp;: ce qui appara\u00eet sur le petit \u00e9cran est simultan\u00e9ment visible sur le mur du fond, en grand \u00e9cran&nbsp;: l\u2019acteur sur sc\u00e8ne devient spectateur tandis que le spectateur dans la salle, plac\u00e9 du point de vue de l\u2019acteur, se retrouve projet\u00e9 sur sc\u00e8ne&nbsp;: au niveau de la repr\u00e9sentation et de la perception s\u2019op\u00e8re ainsi comme une inversion des r\u00f4les&nbsp;: le quatri\u00e8me mur n\u2019est pas simplement bris\u00e9, au sens o\u00f9 l\u2019acteur s\u2019adresse au spectateur, il reste d\u2019autant mieux en place qu\u2019il se fait le support d\u2019une porte battante. Ou dispositif passe-muraille par lequel, l\u2019espace d\u2019un instant, la sc\u00e8ne et la salle, d\u00e9doubl\u00e9es, se confondent sur petit et grand \u00e9cran&nbsp;? Comme une image qui saute&nbsp;? ||<\/li>\n\n\n\n<li>(Je voulais prendre une photo, malheureusement, dans le noir, impossible de sortir le mobile dans la pochette int\u00e9rieure introuvable.)<\/li>\n\n\n\n<li>C\u2019est comme si les voix des autres, leurs voix intimes qui me sont \u00e9trang\u00e8res en un sens, m\u2019aidaient \u00e0 mieux trouver les miennes, \u00e0 gagner en intimit\u00e9 autant qu\u2019en inventivit\u00e9 (un pl\u00e9onasme&nbsp;?). Merci donc \u00e0 Anne, Bernard, Brigitte, Camille, Catherine I, Catherine II, Christine, Christophe, Dani\u00e8le, \u00c9lise, Fran\u00e7oise, Huguette, Jean-Marie, Marie, Marion, Nathalie, No\u00eblle, Patrick, Piero, St\u00e9phanie et Ugo.<\/li>\n\n\n\n<li>\u00c9ric Chevillard, dans son blog L\u2019Autofictif (<a href=\"https:\/\/autofictif.blogspot.com\/search?updated-max=2023-10-14T00:02:00%2B02:00&amp;max-results=7&amp;start=42&amp;by-date=false\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">fragment n\u00b0 5519<\/a>)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le changement de genre est d\u00e9sormais possible, mais il nous est toujours interdit de changer d\u2019esp\u00e8ce. Or la prison cellulaire humaine, violente et surpeupl\u00e9e, devient de plus en plus sordide.&nbsp;\u00bb Ce ne sont pas les images de guerre dans la bande de Gaza (entre autres, mais c\u2019est l\u00e0 que se massent les cam\u00e9ras et les micros, l\u2019est de l\u2019Ukraine en fond d\u2019\u00e9cran et sonore, pour le reste, d\u00e9brouillez-vous) qui lui donneront tort. Mais, avec les vid\u00e9os de Timothy Treadwell&nbsp;sur les ours, Werner Herzog&nbsp;montre, dans son film <em>Grizzly Man<\/em>, comment le miracle peut s\u2019op\u00e9rer (symboliquement pour nous, mais peut-\u00eatre pas si simplement pour Treadwell). Herzog&nbsp;pr\u00e9sente ainsi la chose&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019ai d\u00e9couvert un film sur les extases humaines, et les troubles int\u00e9rieurs les plus sombres. Comme s\u2019il y avait en lui le d\u00e9sir de s\u2019\u00e9chapper de sa condition d\u2019homme, et de se lier avec les ours. Treadwell&nbsp;est parti \u00e0 la recherche d\u2019une rencontre primordiale, mais en faisant cela, il a franchi une fronti\u00e8re invisible.&nbsp;\u00bb<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"990\" height=\"557\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/7-Passe-muraille-videogramme-\u00a9-Centre-des-Congres-de-Haute-Saintonge-sur-le-mur-Facebook-24112023-copie-decran-02122023.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-141548\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/7-Passe-muraille-videogramme-\u00a9-Centre-des-Congres-de-Haute-Saintonge-sur-le-mur-Facebook-24112023-copie-decran-02122023.jpg 990w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/7-Passe-muraille-videogramme-\u00a9-Centre-des-Congres-de-Haute-Saintonge-sur-le-mur-Facebook-24112023-copie-decran-02122023-420x236.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/7-Passe-muraille-videogramme-\u00a9-Centre-des-Congres-de-Haute-Saintonge-sur-le-mur-Facebook-24112023-copie-decran-02122023-768x432.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 990px) 100vw, 990px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">7 | Passe-muraille | vid\u00e9ogramme \u00a9 Centre des Congr\u00e8s de Haute-Saintonge sur le mur <a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/watch\/?v=2623411654481042&amp;ref=sharing\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Facebook <\/a>(24\/11\/2023) | copie d\u2019\u00e9cran 02\/12\/2023<\/figcaption><\/figure>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>notes en #05<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"83\">\n<li>L\u2019ami Christophe&nbsp;entend dans quelques-uns de mes textes une voix \u00ab&nbsp;d\u00e9doublante, perturbatrice, presque \u00e9trang\u00e8re (avec son langage \u00e0 elle en tout cas \u2014 idiolecte ?). Trois \u00e9pith\u00e8tes, une parenth\u00e8se, je crois que le compte y est. Car, moi, j\u2019ai trois narrateurs en t\u00eate&nbsp;:<ol><li>le premier, g\u00e9n\u00e9ral, qui raconte l\u2019histoire de cet homme \u2014 je dis <em>homme<\/em> \u00e0 cause du <em>il<\/em>, j\u2019aurais peut-\u00eatre aussi pu \u00e9crire <em>elle<\/em>, je ne crois pas que le personnage soit vraiment marqu\u00e9 sur le plan du genre&nbsp;; disons que <em>il<\/em> recouvre simplement un personnage \u2014 qui veut \u00e9crire certains souvenirs d\u2019enfance \u2014 <em>pourquoi<\/em>, on ne sait pas, on s\u2019en fiche, c\u2019est le <em>comment<\/em> qui l\u2019int\u00e9resse&nbsp;;<\/li><li>le deuxi\u00e8me narrateur, c\u2019est ce personnage qui s\u2019exprime lui-m\u00eame \u2014 facile, c\u2019est en italique&nbsp;;<\/li><li>le troisi\u00e8me niveau de narration est plac\u00e9 entre guillemets et contient ces barres verticales un peu encombrantes&nbsp;: ce sont des extraits de ce qu\u2019a \u00e9crit le personnage, des essais&nbsp;;<\/li><li>(l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a se corse, c\u2019est quand les niveaux se d\u00e9doublent, si on veut, se perturbent, se contaminent&nbsp;: l\u2019italique avec les citations, comme des projections de ce qui va ou pourrait \u00eatre \u00e9crit&nbsp;; la reprise des barres verticales par le narrateur omniscient (?)&nbsp;; le surgissement de brefs passages en italique dans son r\u00e9cit).<\/li><\/ol>\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Tout cela fait-il comme si, alors, Christophe, \u00ab&nbsp;il n&rsquo;y avait de \u00ab\u00a0perdu\u00a0\u00bb que trouvant refuge et \u00e9cho en nous \u2014 la perte, nous en sommes les receleurs, les porteurs, les v\u00e9hicules&nbsp;\u00bb&nbsp;? de la m\u00eame mani\u00e8re que l\u2019un des trois niveaux de narration peut trouver refuge dans un autre&nbsp;?<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n\n\n\n<li>Le coup des barres verticales, et quelques mots qui s\u2019encha\u00eenent, pourrait aussi correspondre \u00e0 un menu d\u00e9roulant&nbsp;: l\u2019ic\u00f4ne de trois barres horizontales, et quand on clique une guirlande de mots se d\u00e9roule&nbsp;: ce serait la m\u00eame chose, mais dans le sens de la lecture \u2014 un vrai po\u00e8te conserverait le sens de la chute.<\/li>\n\n\n\n<li><em>Eraserhead<\/em>, de David Lynch&nbsp;\u2014 Dans ce film o\u00f9 l\u2019enfant appara\u00eet sous forme de nourrisson et d\u2019alien, dans un univers de ville industrielle abandonn\u00e9e, sombre et clos, j\u2019en veux presque \u00e0 Lynch d\u2019avoir film\u00e9 une chienne et ses petits en train de la t\u00e9ter \u00e0 c\u0153ur joie, en se bousculant, queues en trompette. Il a beau glisser un fond sonore glauque fait d\u2019\u00e9chos de soufflerie et de g\u00e9missements gluants, je vois bien qu\u2019il s\u2019est tromp\u00e9 de casting. Du moins, il n\u2019aura pas pr\u00e9vu la r\u00e9sistance des petits chiens qui semblent jouer en t\u00e9tant. Sauf \u00e0 cr\u00e9er un contraste avec la vie de famille et d\u2019alien \u00e0 venir des personnages. \u2014 D\u2019une certaine mani\u00e8re, Animaland vs. <em>Inland Empire<\/em>.<\/li>\n\n\n\n<li>|| Un blockhaus du mur de l\u2019Atlantique, dans la for\u00eat, pr\u00e8s de la plage, ce n\u2019est pas une simple lubie. J\u2019ai v\u00e9rifi\u00e9 et trouv\u00e9 dans le blog de B\u00e9atrice Fleury, <a href=\"https:\/\/desmursalire.fr\/aux-abords-de-royan-des-blockhaus-qui-se-fondent-dans-le-paysage\/\">Des Murs \u00e0 lire<\/a>, la mention du fait, vraisemblablement d\u00fb \u00e0 une avanc\u00e9e de la for\u00eat sur la plage. Moi, j\u2019imaginais plut\u00f4t une retraite du bunker dans la for\u00eat \u00e0 cause de la mont\u00e9e des eaux, rongeant et noyant petit \u00e0 petit ceux qui se sont enfonc\u00e9s dans le sable, et de l\u2019afflux de touristes qui ne cessaient d\u2019entrer, sortir, monter dessus, et d\u2019y aller de leur trace avec un canif ou des bombes de peinture. Pourtant, les bombes, il en aura vu d\u2019autres. Quoi qu\u2019il en soit, on trouvera surtout dans le blog bien d\u2019autres murs se prenant pour des livres. ||<\/li>\n\n\n\n<li>Mais quelle nostalgie me pousse \u00e0 ressortir, pour le relire, ce vieux cours de M. Moussaron, il y a une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, que j\u2019avais bien mis au propre \u00e0 partir de notes aujourd&rsquo;hui disparues (des couleurs diff\u00e9rentes pour les titres de parties et sous-parties, les extraits d\u2019\u0153uvres photocopi\u00e9s, d\u00e9coup\u00e9s et coll\u00e9s, les citations plus courtes en noir dans le cours en bleu)&nbsp;: <em>L\u2019Op\u00e9ration po\u00e9tique&nbsp;<\/em>? Il doit manquer l\u2019introduction. Le cours s\u2019ouvre avec cette citation de Paul Val\u00e9ry&nbsp;au sujet de la fonction du po\u00e8te&nbsp;: \u00ab&nbsp;Un po\u00e8te est le plus utilitaire des \u00eatres. Paresse, accidents du langage, regards singuliers, \u2014 tout ce que perd, rejette, ignore, \u00e9limine, oublie l\u2019homme le plus <em>pratique<\/em>, le po\u00e8te le cueille, et par son art lui donne quelque valeur.&nbsp;\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li>Structure \u2014 Levente, son visage de matou chauve aux yeux clairs, gris-bleu \u2014 quand il prononce son pr\u00e9nom d\u2019origine hongroise, impossible de ne pas entendre dans son accent le mot italien <em>levante<\/em> \u2014 il vient de Transylvanie, il a parcouru le monde en travaillant pour M\u00e9decins sans fronti\u00e8res, de l\u2019Afghanistan \u00e0 Ha\u00efti en passant par l\u2019Afrique noire \u2014 il \u00e9tait responsable logistique des sites humanitaires pour tout, m\u00eame les d\u00e9chets \u2014 \u00e0 Leclerc, l\u2019annonce de responsable r\u00e9ception marchandises consistait en fait \u00e0 d\u00e9charger les camions et ranger la marchandise dans l\u2019entrep\u00f4t \u2014 \u00e0 Lidl, on l\u2019a envoy\u00e9 \u00e0 la centrale d\u2019achat pour une \u00e9valuation, il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 retenu, peut-\u00eatre \u00e0 cause de son fran\u00e7ais \u2014 niveau master, un <em>bachelor<\/em> Ing\u00e9nierie des Industries l\u00e9g\u00e8res (genre textile), il n\u2019a jamais travaill\u00e9 dans ce domaine \u2014 c\u2019est en aidant ses parents \u00e0 s\u2019installer en Transylvanie, dans la r\u00e9gion o\u00f9 l\u2019on parle le hongrois, dans un endroit o\u00f9 il n\u2019y avait acc\u00e8s ni \u00e0 l\u2019eau ni \u00e0 l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, et pas de moyens de communication autres qu\u2019un chemin, qu\u2019il a voulu continuer dans cette voie \u2014 c\u2019est en signant avec MSF qu\u2019il a rencontr\u00e9 sa femme, une Fran\u00e7aise \u2014 Roumain, sa langue maternelle est le hongrois, il a appris l\u2019allemand, il communique en anglais avec sa femme, ils sont habitent pr\u00e8s de Chalais \u2014 il a appris le fran\u00e7ais en ligne avant de venir s\u2019installer en France, des visios pour parler, il n\u2019a pas vraiment eu l\u2019occasion d\u2019\u00e9crire \u2014 dans la petite description d\u2019un lieu o\u00f9 l\u2019on n\u2019a dormi qu\u2019une seule fois, les quelques erreurs d\u2019orthographe et d\u2019accord n\u2019emp\u00eachent pas de le comprendre \u2014 une nuit quelque part en Afghanistan, dans un container.<\/li>\n\n\n\n<li>Et si on se retournait, au pied de notre Mur&nbsp;? si on faisait un demi-tour comme \u00e7a, pour savoir ce que le mur voit, de la chambre d\u2019un labyrinthe ou d\u2019un d\u00e9sert&nbsp;? \u2014 J\u2019ai fait un r\u00eave. Martin \u00e9tait l\u00e0, tout pr\u00e8s de moi. Martin, dit le Lutteur Roi, qui me soufflait \u00e0 l\u2019oreille quelque chose. Martin et son page, un autre Martin, qui lui tenait un livre. Il me lisait quelque chose, le nez dans l\u2019oreille, comme le faisait mon ami le Beg les grands soirs d\u2019ivresse. J\u2019\u00e9tais pench\u00e9 sous le capot de ma voiture, la vielle Fiat, \u00e0 la casse depuis longtemps. Je jetais un \u0153il dans le moteur, les mains noires comme de l\u2019encre. Je venais d\u2019installer une batterie neuve, mais la Fiat ne d\u00e9marrait pas. Plus de contact, probl\u00e8me de d\u00e9marreur. C\u2019est lui que j\u2019essayais de trouver, quelque part dans le moteur. Derri\u00e8re, dessous. Les Martin tout contre moi. Et toute une assembl\u00e9e l\u00e0, devant. Les visages en suspension, flottants, en mosa\u00efque sur le pare-brise, de fr\u00e8res et s\u0153urs. \u00c7a scintillait, \u00e7a se d\u00e9formait. Il y avait des visages-bougies, des visages-fusibles, des visages-crics, des a\u00e9rateurs, des filtres, des clignotants, de d\u00e9sembuage, de jauge, des acc\u00e9l\u00e9rateurs, d\u2019ouverture, de vidange, des avertisseurs, de rh\u00e9ostat, de charbon aussi, tous des visages cl\u00e9s \u00e0 un moment donn\u00e9. Sauf les charbons, des visages noirs, aveugles et muets. Il y en avait 206, pr\u00e9cis\u00e9ment. Je ne les ai pas compt\u00e9s, mais je le savais. Pas de visage-d\u00e9marreur&nbsp;en revanche, dommage. Et les Martin, livre en main, nez dans l\u2019oreille, me racontaient les histoires des Mondes sauvages du Sud, des esp\u00e8ces de br\u00e8ches l\u2019iPhone furtif, de rapport au r\u00e9cit ou l\u2019inverse, mais lequel, de chiffres en s\u00e9rie pour une arithm\u00e9tique d\u00e9cal\u00e9e, de la couverture qu\u2019elle est all\u00e9e chercher pour recouvrir ses genoux, de ces papiers d\u00e9pli\u00e9s du coq \u00e0 l\u2019\u00e2ne, du boomerang multicolore en forme d\u2019ailes de butor, de recomposition permanente, d\u2019une page-\u00e9cran en forme de rouleau compresseur infini, de la bouteille en verre pour s\u2019en jeter une gorg\u00e9e, de celle qui conna\u00eet \u00ab&nbsp;une pr\u00e9sence arrach\u00e9e \u00e0 l\u2019absence&nbsp;\u00bb, de sites sans lien, de Will Web pris dans la toile qu\u2019il a tendue, d\u2019un sacr\u00e9 d\u00e9lire m\u00e9taphysique, du sanglier commun qui prend son temps, de la grande presse de r\u00e9el et de fracas, de quelque chose qui se passe, mais quoi, du petit livre rouge en U qui fait F, du petit fr\u00e8re explorateur de sa disparition, de celle qui voit \u00ab&nbsp;son poids, ses images, son odeur&nbsp;\u00bb. Quoi d\u2019autre, que j\u2019ai oubli\u00e9&nbsp;? Et les visages scintillaient, s\u2019intensifiaient, \u00e9clairaient le moteur. Et je voulais leur r\u00e9pondre, et je leur r\u00e9pondais d\u2019ailleurs tout en cherchant le d\u00e9marreur, mais les mots n\u2019\u00e9taient pas vraiment les bons. Ce n\u2019\u00e9tait pas \u00e7a, c\u2019\u00e9tait toujours \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la plaque. J\u2019avais oubli\u00e9 aussi de parler des blocs, des briques alors que je sentais que c\u2019\u00e9tait important, de dire que les briques, aujourd\u2019hui, ne sont plus aussi uniformes qu\u2019un beau paragraphe, qu\u2019aujourd\u2019hui elles sont plus l\u00e9g\u00e8res, alv\u00e9ol\u00e9es, a\u00e9r\u00e9es. Et les charbons absents tournaient sur eux-m\u00eames, visages girouettes de plus en plus rapides. Certains ne tenaient pas, se d\u00e9crochaient et tombaient dans le moteur, d\u2019autres s\u2019envolaient, et d\u2019autres disparaissaient en un \u00e9clat de soleil fugitif dans le pare-brise. Je me penchais toujours un peu plus \u00e0 la recherche du d\u00e9marreur, en \u00e9cartant les durites et ne me demandant o\u00f9 se trouvait <em>\u00c9loge du carburateur<\/em> dans ma biblioth\u00e8que. Mais rien. J\u2019ai fini par apercevoir la plaque signal\u00e9tique du moteur, en gros comme zoom\u00e9, avec beaucoup de chiffres et quelques lettres. Et je me suis retrouv\u00e9 devant la page des Martin, pour ces quelques lignes&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ne contorsionne pas ta personnalit\u00e9. Tu es parfaite telle que tu es, avec tes maladresses et tes h\u00e9sitations. On manque d\u2019\u00e9crivains qui tr\u00e9buchent, se taisent, ne savent pas.&nbsp;\u00bb Et le livre est devenu noir et friable comme du charbon. Le r\u00eave est tomb\u00e9 en poussi\u00e8re.<\/li>\n\n\n\n<li>(Principe de r\u00e9alit\u00e9&nbsp;: la 206 tombe en miettes.)<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=141143#cinq-un\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Texte 5.1<\/a><\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"91\">\n<li>|| Avec la pluie, les lichens ressortent sur les murs de la maison, ici d\u2019un vert noir, l\u00e0 d\u2019un rouge brun. Pourquoi ces diff\u00e9rences, je ne sais pas. Mais je vois que les murs, ici ou l\u00e0, abritent une vie microscopique. Ce sont, en quelque sorte, des microbiomes&nbsp;: des environnements sp\u00e9cifiques gr\u00e2ce auxquels des ensembles de micro-organismes, ou microbiotes, peuvent vivre. De l\u00e0, j\u2019imagine comment on pourrait d\u00e9crire de pr\u00e8s, ou de plus loin, la vie que m\u00e8nent les murs de la maison. Et le projet s\u2019appellerait <em>Murobiome<\/em> ou <em>Murobiote<\/em>. ||<\/li>\n\n\n\n<li>Miroir, mon beau miroir, il m\u2019a fallu du temps pour trouver la br\u00e8che, l\u2019entaille&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019histoire qu\u2019ils ont mont\u00e9e ne tient pas debout, ils le savent, alors ils en ont trouv\u00e9 une autre, et ils en profitent pour affaiblir d\u2019autres cibles. C\u2019est toujours le m\u00eame bourbier, et plus c\u2019est confus, plus tu es coupable. Peu importe de quoi. Ils entassent la paperasserie juridique pour construire un maquis que bient\u00f4t plus personne ne sera en mesure de d\u00e9chiffrer. Les illusionnistes se camouflent comme ils peuvent, et ils pr\u00e9parent la condamnation qui arrive&nbsp;!&nbsp;\u00bb (Yoann Barbereau, <em>Dans les ge\u00f4les de Sib\u00e9rie<\/em>)<\/li>\n\n\n\n<li>Ton rapport au r\u00e9cit&nbsp;? Je crois qu\u2019il se trouve l\u00e0, exactement sous nos yeux, en plein \u2014 tiens, la jolie faute de frappe qui m\u2019a d\u2019abord fait \u00e9crire <em>plain<\/em> \u2014 dans les lignes et pas entre&nbsp;: dans ces petits r\u00e9cits d\u2019atelier fragmentaires, largement entrecoup\u00e9s de notes plus diverses et \u00e9parses les unes que les autres,&nbsp;\u00e9clat\u00e9s&nbsp;: un rapport <em>de taille<\/em>, en lambeaux, en miettes, l\u2019une apr\u00e8s l\u2019autre et chacune trois fois rien \u2014 <em>ex nihilo<\/em>&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>(Et alors oui, cette phrase de Fran\u00e7oise, comme jamais&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce livre n\u2019est pas un livre c\u2019est un secret, une pr\u00e9sence arrach\u00e9e \u00e0 l\u2019absence.&nbsp;\u00bb)<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=141143#cinq-deux\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Texte 5.2<\/a><\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"95\">\n<li><em>Comme au cin\u00e9ma<\/em> \u2014 Et vous, dans votre texte, dans vos merveilles enfantines et pu\u00e9riles, une poign\u00e9e comme mille et une, \u00e9clat\u00e9es dans la d\u00e9rive de leurs continents, n\u2019y a-t-il pas eu un moment o\u00f9 \u00e7a vous a serr\u00e9 le c\u0153ur, o\u00f9 vous y avez cru et \u00e7a a bien failli vous arracher un mouchoir en papier&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>Parfois, je ne parviens pas \u00e0 \u00e9noncer ce que je veux exprimer&nbsp;: j\u2019\u00e9cris, j\u2019efface, je r\u00e9\u00e9cris, j\u2019efface, j\u2019essaie encore et je supprime. Ce sera pour une autre fois. Ou pour le lecteur. Voil\u00e0.<\/li>\n\n\n\n<li>De l\u2019\u00e9merveillement&nbsp;: la pointe de l\u2019instant v\u00e9cu qui remonte ou le moment du souvenir l\u2019enveloppe&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>Yoann Barbereau, <em>Dans les ge\u00f4les de Sib\u00e9rie<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;Que dire&nbsp;? Que seul importe le moment de beaut\u00e9 o\u00f9 la litt\u00e9rature rend la vie plus int\u00e9ressante que la litt\u00e9rature&nbsp;?&nbsp;\u00bb \u2014 Quelqu\u2019un d\u2019autre l\u2019a dit aussi en prenant le chemin oppos\u00e9 vers le m\u00eame point de chute&nbsp;?<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=141143#cinq-trois\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Texte 5.3<\/a><\/pre>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"99\">\n<li>Dans mon r\u00eave \u00e9veill\u00e9 (n\u00b089), j\u2019ai aussi entendu que le moteur \u00e9tait trop chaud, qu\u2019il fallait le mettre \u00e0 refroidir \u2014 \u00ab&nbsp;C\u2019est la galette de <em>Kolobok&nbsp;<\/em>!&nbsp;\u00bb pr\u00e9cisaient les Martin \u2014, et se m\u00e9fier, dans le manuel d\u2019entretien de la Fiat, des listes num\u00e9rot\u00e9es qui ont l\u2019air de fournir une s\u00e9rie d\u2019instructions tir\u00e9es d\u2019un rapport acad\u00e9mique trop strict. Tout cela \u00e9tait trop r\u00e9gl\u00e9, manquait de jeu. Et l\u2019on me conseillait de jeter un \u0153il aux cylindres. Mais aussit\u00f4t, je re\u00e7us un t\u00e9l\u00e9graphe des Martin&nbsp;o\u00f9 l\u2019on objectait en commentant la liste sans fin du manuel&nbsp;: \u00ab&nbsp;num\u00e9rotation des paragraphes : \u2026 ce qu\u2019elle indique de l\u2019it\u00e9ration, du \u2026 +1, de l\u2019un-en-plus, de la machine pensante, jouissante pensante&nbsp;| de ce qui s\u2019accumule, de l\u2019un qui chasse l\u2019autre et de ce qui se r\u00e9p\u00e8te, de l\u2019infime et l(\u2019\/es) infinie(s) variation(s)&nbsp;| ce qui traque la r\u00e9p\u00e9tition, ce qui compte, l\u2019intelligence en moins \u2014 ce qui compte s\u2019atteindrait par hasard | \u2026 aussi l\u2019humilit\u00e9 de \u00e7a, ce qu\u2019elle d\u00e9signe du non-sens, ce qu\u2019elle autorise aussi, mine de rien&nbsp;| \u2026 | une mesure \u00e0 l\u2019exc\u00e8s, se mesurer \u00e0 l\u2019exc\u00e8s, une mesure de l\u2019exc\u00e8s, un exc\u00e8s mesur\u00e9 | \u2026 | l\u2019\u00e9criture fixe, ralentit le flot, le flux | face \u00e0 la d\u00e9mesure, la mesure des paragraphes, la prise un par un | plus un, quitte et double&nbsp;\u00bb. Et un visage charbon sur le parebrise, dont la vitesse de rotation augmentait de fa\u00e7on exponentielle, implosa.<\/li>\n\n\n\n<li>Mon rapport au r\u00e9cit&nbsp;? \u2014 Dans un documentaire racontant la recherche d\u2019Emanuele Arioli&nbsp;pour reconstituer le roman de <a href=\"https:\/\/www.zed.fr\/fr\/catalogue\/le-chevalier-au-dragon\"><em>S\u00e9gurant ou le Chevalier au dragon<\/em><\/a>, on rencontre des arch\u00e9ologues et des archivistes, des conservateurs et des universitaires, on va dans des biblioth\u00e8ques, des ch\u00e2teaux, des ruines, des sites de fouilles, on nous montre des tessons de verre post-romains, des morceaux de poterie m\u00e9diterran\u00e9ens, des pierres couvertes d\u2019inscriptions aux monogrammes \u00e9labor\u00e9s, des pierres runiques, mots et dessins m\u00eal\u00e9s, des fresques, des manuscrits br\u00fbl\u00e9s et illisibles, une lampe de Wood \u00e0 rayons ultraviolets, un dispositif d\u2019imagerie multispectrale, la l\u00e9gende arthurienne nimb\u00e9e de <em>Chanson des Nibelungen<\/em> et de mythologie viking, les enluminures m\u00e9di\u00e9vales prolong\u00e9es par des illustrations contemporaines, etc. Et si ma relation au r\u00e9cit s\u2019inscrivait dans cette perspective arch\u00e9ologique \u2014 d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9e par ailleurs dans un r\u00e9cit-photo (notes <a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/photofictions-04-fosses-communes#arch\u00e9o-un\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">83<\/a> et <a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/photofictions-04-fosses-communes#arch\u00e9o-deux\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">91<\/a>) \u2014, d\u2019une qu\u00eate d\u2019autant plus \u00e9clat\u00e9e qu\u2019elle convoque des \u00e9l\u00e9ments tr\u00e8s divers sans lien d\u2019\u00e9vidence ni entre eux ni avec le r\u00e9cit qui se profile dans un horizon brumeux&nbsp;?<\/li>\n<\/ol>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"576\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/6-Murobiote-le-rouge-photoperso-\u00a9-Will-20231121_112210-576x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-141158\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/6-Murobiote-le-rouge-photoperso-\u00a9-Will-20231121_112210-576x1024.jpg 576w, 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width=\"576\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/6-Murobiotes-le-noir-photoperso-\u00a9-Will-20231121_112336-576x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-141159\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/6-Murobiotes-le-noir-photoperso-\u00a9-Will-20231121_112336-576x1024.jpg 576w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/6-Murobiotes-le-noir-photoperso-\u00a9-Will-20231121_112336-236x420.jpg 236w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/6-Murobiotes-le-noir-photoperso-\u00a9-Will-20231121_112336-768x1365.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/6-Murobiotes-le-noir-photoperso-\u00a9-Will-20231121_112336-864x1536.jpg 864w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/6-Murobiotes-le-noir-photoperso-\u00a9-Will-20231121_112336-1152x2048.jpg 1152w, 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choses, parce que nous sommes des \u00eatres sensibles, en qu\u00eate de l\u2019infiniment grand. Je crois que ce besoin \u00e9l\u00e9mentaire et romantique se retrouve dans tout f\u00e9tichisme. Nous voulons tous pr\u00e9server une part du monde dont nous avons r\u00eav\u00e9 enfant. Un univers f\u00e9\u00e9rique peupl\u00e9 d\u2019\u00eatres et d\u2019objets magiques qui nous parle et nous \u00e9merveille.&nbsp;\u00bb \u2014 C\u2019est la conclusion de Ronja von R\u00f6nne&nbsp;dans son \u00e9mission <em>Streetphilosophy,<\/em> <a href=\"https:\/\/www.arte.tv\/fr\/videos\/088455-008-A\/streetphilosophy\/\">\u00ab&nbsp;F\u00e9tichiste, et alors&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/a> Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, elle n\u2019avait pas parl\u00e9 de l\u2019enfance. Alors, le f\u00e9tichisme&nbsp;: une mani\u00e8re de renouer avec son \u00e2me d\u2019enfant&nbsp;? Ou sa conclusion&nbsp;: une fa\u00e7on de f\u00e9tichiser l\u2019enfance&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>|| Petit exercice de recherche des liens que propose un mot-clef dans un site en particulier, avec <em>mur<\/em> sur Arte \u2014 soit, dans la barre de recherche&nbsp;: \u00ab&nbsp;mur site:www.arte.tv&nbsp;\u00bb. Le tout premier lien est une s\u00e9rie finno-su\u00e9doise de 2003 en huit \u00e9pisodes, <a href=\"https:\/\/www.arte.tv\/fr\/videos\/RC-023213\/white-wall\/\"><em>White Wall<\/em><\/a>&nbsp;: \u00ab&nbsp;un myst\u00e9rieux mur blanc fait d\u2019un mat\u00e9riau inconnu est d\u00e9couvert dans les profondeurs du plus grand site d\u2019enfouissement de d\u00e9chets nucl\u00e9aires au monde&nbsp;\u00bb. Le deuxi\u00e8me lien est une s\u00e9rie de sept documentaires de la r\u00e9daction d\u2019Arte Reportage, une compilation explicite \u00e0 travers le monde sur les \u00ab&nbsp;Mur-barri\u00e8re, barri\u00e8re frontali\u00e8re, mur de s\u00e9paration, barri\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9\u2026&nbsp;\u00bb (dont la Palestine en 2013 et Isra\u00ebl en 2010)&nbsp;: <a href=\"https:\/\/www.arte.tv\/fr\/videos\/RC-023830\/des-murs-contre-les-hommes\/\"><em>Des Murs contre les hommes<\/em><\/a>. ||<\/li>\n\n\n\n<li>Jusqu\u2019\u00e0 quel point peut-on imaginer que les freins, les obstacles \u00e0 l\u2019\u00e9criture participent de sa mise en \u0153uvre, de sa mont\u00e9e en puissance, comme le retardateur d\u2019un appareil photo peut le faire et son d\u00e9clenchement toujours surprise&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>Le patois n\u2019est pas une langue, comme le breton ou le basque, ce n\u2019est pas un dialecte ou un parler, comme le picard, le normand, le wallon. Le patois d\u00e9rive, <em>a priori<\/em>, d\u2019une langue dont il diff\u00e8re principalement par l\u2019accent, avec lequel il peut la faire chanter cette langue, ou la manger et c\u2019est alors une sorte de p\u00e2t\u00e9. En saintongeais, <em>manjher<\/em> se dit en avalant le <em>g<\/em> pour un <em>j<\/em> atone tant le <em>h<\/em> s\u2019expire.<\/li>\n\n\n\n<li>Je ne l\u2019ai pas pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9. <em>D\u00e9couvertes<\/em>, de Ionesco, est un livre dans lequel il tente de saisir les premiers mouvements de la pens\u00e9e au plus profond de la prime enfance, bien en de\u00e7\u00e0 de l\u2019acquisition de la langue. Un v\u0153u tout \u00e0 fait pieu, mais l\u2019essai vaut pour la langue qu\u2019il d\u00e9ploie, et qui creuse, creuse sa vanit\u00e9. Par exemple&nbsp;: \u00ab&nbsp;H\u00e9las, il est \u00e9vident que je n\u2019ai et ne puis avoir de souvenirs tout \u00e0 fait pr\u00e9cis sur les d\u00e9buts de l\u2019\u00e9volution de ma propre pens\u00e9e. Il me semble que, tout au d\u00e9but, il y avait devant mes yeux du rien, puis du rien color\u00e9, puis une certaine diversification des ombres, des lumi\u00e8res, des couleurs, des nuances, puis de l\u2019espace habit\u00e9, puis des formes diff\u00e9rentes dans cet espace, nombreuses, puis du moi, du pas tout \u00e0 fait moi, du non-moi puis encore plusieurs non-moi.&nbsp;\u00bb (Et ce, \u00e0 l\u2019infini&nbsp;?)<\/li>\n\n\n\n<li>J\u2019aimerais bien \u00e9crire, un jour, un livre qui s\u2019intitulerait <em>G\u00e9n\u00e9rique de fin<\/em>, dans lequel on lirait pourquoi et comment j\u2019ai choisi telles chansons et tels morceaux musicaux qui mettraient en sc\u00e8ne mes obs\u00e8ques. (Je dis <em>je<\/em>, mais je ne parle pas forc\u00e9ment de moi. Toi aussi tu le dis.)<\/li>\n\n\n\n<li>|| Pas de fum\u00e9e sans feu. Pas de labyrinthe sans mur. ||<\/li>\n\n\n\n<li>J\u2019ai \u00e9cout\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t du rock \u00e0 guitares satur\u00e9es, du larsen en tous genres, assis derri\u00e8re la chambre du tonton o\u00f9 je n\u2019avais pas encore le droit d\u2019aller parce que c\u2019\u00e9tait trop fort. Pr\u00e8s d\u2019un demi-si\u00e8cle apr\u00e8s, je connais toujours mal le vocabulaire des effets musicaux que j\u2019ai retrouv\u00e9s dans un entretien de la revue Magic avec Jim Jarmusch&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est quoi ton cocktail favori pour tripper et faire tripper l\u2019auditeur&nbsp;? \u2014 J\u2019adore le feedback, c\u2019est un peu ma signature. J\u2019utilise beaucoup le <em>delay<\/em> sur les guitares, et la salet\u00e9 en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, avec de <em>l\u2019overdrive<\/em>. J\u2019ai aussi recours \u00e0 la modulation pour transformer le <em>delay<\/em>. Ma recette id\u00e9ale, c\u2019est une combinaison de <em>delay<\/em>, de modulation, de r\u00e9verb et de saturation. Mais le feedback d\u00e9passe tout le reste. J\u2019adore sa musicalit\u00e9. Quand tu r\u00e9ussis \u00e0 le rendre m\u00e9lodique et lyrique, c\u2019est incroyable.&nbsp;\u00bb \u2014 Et quand tu comprends de quoi il retourne vraiment, musicalement, avec une guitare ou un clavier, image tout ce qu\u2019on pourrait faire litt\u00e9rairement, d\u2019un clavier \u00e0 l\u2019autre.<\/li>\n\n\n\n<li>(Je devrais peut-\u00eatre demander \u00e0 Laurent, quand il accompagne les scansions de <em>f<\/em> \u00e0 la guitare, des explications techniques, exemples \u00e0 l\u2019appui&nbsp;?)<\/li>\n\n\n\n<li>Structure \u2014 perte d\u2019Amorce \u2014 hier soir, r\u00e9union d\u2019\u00e9quipe avanc\u00e9e d\u2019une semaine (\u00e7a m\u2019arrange), en mode congr\u00e8s \u2014 qu\u2019est-ce qu\u2019on fait \u00e0 la place d\u2019Amorce&nbsp;? investir le champ des entreprises, le monde du travail \u2014 merde&nbsp;! \u2014 o\u00f9 il est question du travail, du travail concret, du lien entre l\u2019\u00e9cole et le travail, la formation et le travail, les jeunes et le travail, la valeur travail \u2014 ben merde&nbsp;! \u2014 ah le <em>concret<\/em>\u2026 \u00e0 force de le vouloir toujours le mettre sur le devant de la sc\u00e8ne, de cacher l\u2019abstrait derri\u00e8re lui, de faire comme si la th\u00e9orie n\u2019existait pas avec la pratique\u2026 ben y a pas plus abstrait que ce mot \u2014 j\u2019croyais que c\u2019\u00e9tait le travail qui faisait la valeur&nbsp;? \u2014 merde alors&nbsp;! \u2014 et voil\u00e0, j\u2019vais encore \u00eatre oblig\u00e9 de <em>r\u00e9noncer<\/em>, j\u2019\u00e9nonce et je renonce en m\u00eame temps, j\u2019\u00e9cris en raturant simultan\u00e9ment \u2014 tu fais \u00e7a souvent&nbsp;? \u2014 seulement en cas de coup dur, quand j\u2019ai des id\u00e9es, des choses un peu abstraites \u00e0 dire \u2014 quand tu penses pas ce que tu dis&nbsp;? \u2014 plut\u00f4t quand j\u2019suis pas s\u00fbr, quand j\u2019anticipe les contre-arguments de ceux qui seraient pas d\u2019accord \u2014 en somme, une fa\u00e7on d\u2019\u00eatre dialectique&nbsp;? \u2014 non, contradictoire, et assez l\u00e2che \u2014 ah ben merde alors&nbsp;! \u2014 tu sais que le petit journal <em>Le1<\/em>&nbsp;se posait la question&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le travail, pour quoi faire&nbsp;?&nbsp;\u00bb \u2014 ah&nbsp;? et ils r\u00e9pondent quoi&nbsp;? \u2014 j\u2019sais pas, j\u2019ai pas lu, mais j\u2019suis s\u00fbr <s>que faire du travail une \u00ab\u00a0valeur\u00a0\u00bb<\/s>\u2026 \u2014 au lieu d\u2019un labeur \u2014 \u2026 <s>\u00e7a arrange bien ceux qui imaginent en \u00eatre les propri\u00e9taires et l\u2019offre \u00e0 la mesure de leur demande, avec parcimonie<\/s>\u2026 \u2014 mesquinerie \u2014 \u2026 <s>dans un esprit de famille et peut-\u00eatre honneur de la patrie<\/s>\u2026 \u2014 horreur de la chose \u2014 \u2026 merde&nbsp;! tu m\u2019fais manger ce que je veux dire\u2026&nbsp;! \u2014 ce que tu veux rire&nbsp;? \u2014 \u2026 <s>bref&nbsp;! \u00e7a arrange bien parce que, avec la valeur travail, tu peux faire le boulot pour le travail lui-m\u00eame, par plaisir ou par devoir moral, et \u00e0 tout prix si tu veux<\/s>\u2026 \u2014 des clopinettes \u00e0 moindre co\u00fbt, moi j\u2019en peux plus \u2014 \u2026 <s>et en boucle en quelque sorte<\/s>\u2026 \u2014 avec des esp\u00e8ces de n\u0153uds au cerveau \u2014 \u2026 merde, mais tu vas m\u2019couper comme \u00e7a longtemps&nbsp;? tu peux pas la fermer&nbsp;?! \u2014 ah\u2026 \u00e7a c\u2019est de la revendication de classe&nbsp;! \u2014 ouais, salaud de prolo&nbsp;! \u2014 ben moi j\u2019dis non, non moi j\u2019veux voir juste apr\u00e8s, un pas de plus, et \u00e0 mon tour je r\u00e9nonce <s>que le probl\u00e8me avec le travail c\u2019est pas tant d\u2019en avoir, de le faire et que \u00e7a ait du sens, c\u2019est d\u2019exister, exister et \u00eatre<\/s>, bordel&nbsp;! \u2014 ouais&nbsp;! et la tendresse bordel&nbsp;! \u2014 ben tiens \u00e0 ce propos, tu savais que le mot <em>congr\u00e8s<\/em> \u00e7a voulait dire \u00ab&nbsp;union sexuelle&nbsp;\u00bb&nbsp;? \u00e9tonnant non&nbsp;? \u2014 voil\u00e0 en tout cas qui est tr\u00e8s concret\u2026 \u2014 j\u2019te l\u2019fais pas dire, il s\u2019agissait m\u00eame, <a href=\"https:\/\/www.cnrtl.fr\/definition\/congr%C3%A8s\">je cite<\/a>, d\u2019une \u00ab&nbsp;\u00e9preuve l\u00e9gale faite en pr\u00e9sence de t\u00e9moins (chirurgiens ou matrones) pour constater la puissance ou l&rsquo;impuissance du mari lorsque sa femme r\u00e9clamait pour cette raison l&rsquo;annulation du mariage&nbsp;\u00bb \u2014 oh ben merde&nbsp;! \u2014 attention, m\u00eame si c\u2019est pour savoir si \u00e7a bande ou pas, c\u2019est du droit, c\u2019est la loi, c\u2019est tr\u00e8s abstrait \u00e7a \u2014 oui mais \u00e7a bande ou \u00e7a bande pas, y a pas de secret, y a pas besoin de la loi pour le savoir \u2014 ah, les biopouvoirs\u2026 \u2014 mais enfin, de quoi on parle&nbsp;? il est o\u00f9 le travail&nbsp;? \u2014 ben nulle part, il s\u2019agit d\u2019exister, d\u2019\u00eatre \u2014 et la r\u00e9union d\u2019\u00e9quipe&nbsp;? Amorce&nbsp;? la Structure&nbsp;? \u2014 euh ben\u2026 pour te dire non, \u00e7a m\u2019a pas vraiment fait\u2026 \u2014 r\u00eaver&nbsp;! r\u00eaver&nbsp;! \u2014 salaud de prolo&nbsp;! \u2014 merde&nbsp;!<\/li>\n\n\n\n<li><em>Mais s\u2019il s\u2019agissait plut\u00f4t d\u2019une distension dans le rapport aux objets&nbsp;? d\u2019un rapport diff\u00e9rent \u00e0 la dur\u00e9e et aux variations de lumi\u00e8re&nbsp;? et encore plus, de l\u2019importance d\u2019une&nbsp;suspension&nbsp;du corps&nbsp;? <\/em>( <em>f<\/em> )<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=140381\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Texte 4.1<\/a><\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"74\">\n<li>(C\u2019est bon&nbsp;? la fi\u00e8vre est pass\u00e9e&nbsp;? on peut se remettre au travail&nbsp;? \u2014 C\u2019est vrai qu\u2019il \u00e9tait pas bien hier soir, et depuis quelque temps, ces vertiges et ces naus\u00e9es, ces petites chutes de tension soudaines.)<\/li>\n\n\n\n<li>Sinon, j\u2019ai retrouv\u00e9 ce que disait Derrida, \u00e0 propos des trous dans le corps du texte&nbsp;: \u00ab&nbsp;Quelle que soit leur longueur d\u2019origine, les passages disparus sont signal\u00e9s, au lieu m\u00eame de leur incin\u00e9ration, par un blanc de 52 signes&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; et cette \u00e9tendue de la surface d\u00e9truite veut qu\u2019elle reste \u00e0 jamais ind\u00e9terminable. Il peut s\u2019agir d\u2019un nom propre ou d\u2019un signe de ponctuation, de l\u2019apostrophe seulement qui remplace une lettre \u00e9lid\u00e9e, d\u2019une lettre ou de plusieurs, il peut s\u2019agir de phrases br\u00e8ves ou tr\u00e8s longues, nombreuses ou rares, parfois elles-m\u00eames \u00e0 l\u2019origine intermin\u00e9es. Je parle \u00e9videmment d\u2019un continu chaque fois de mots ou de phrases, de signes qui manquent \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, si l\u2019on peut dire, d\u2019une carte, d\u2019une lettre ou d\u2019une carte-lettre. Car les envois totalement incin\u00e9r\u00e9s n\u2019ont pu \u00eatre indiqu\u00e9s d\u2019aucune marque. J\u2019avais d\u2019abord pens\u00e9 \u00e0 garder des chiffres et des dates, autrement dit des lieux de signature, mais j\u2019y ai renonc\u00e9. \u00c0 quoi e\u00fbt ressembl\u00e9 ce livre&nbsp;? Je voulais avant tout, en effet, telle fut une des destinations de mon labeur, faire un livre \u2014 en partie pour des raisons qui restent obscures et, je crois, le resteront toujours, en partie pour d\u2019autres que je dois taire. Un livre au lieu de quoi&nbsp;? Ou de qui&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li>(Moins de notes qu\u2019il disait\u2026 quand tu vois le nombre de caract\u00e8res pour un blanc\u2026)<\/li>\n\n\n\n<li>Et sinon, le groupe Catastrophe, le premier album <em>La nuit est encore jeune<\/em>, dans la chanson <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=4o7l4HHbutg\">\u00ab&nbsp;Occhiolism, (n.m.)&nbsp;\u00bb<\/a>, le texte introductif (qu\u2019on lit avant de r\u00e9p\u00e9ter le mot, en anglais, <em>ad libitum<\/em>)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Occhiolisme&nbsp;: conscience de l\u2019endroit exact d\u2019o\u00f9 l\u2019on s\u2019exprime aussi bien que de la petitesse de sa propre perspective, si bien qu\u2019on ne peut tirer aucune conclusion sur quoi que ce soit, ni sur le monde, ni sur le pass\u00e9, ni sur la culture. Parce que notre vie a beau \u00eatre une anecdote \u00e9pique et singuli\u00e8re, elle demeure un \u00e9chantillon unique. Et l\u2019on finira, peut-\u00eatre, par d\u00e9couvrir qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait qu\u2019un essai pour une exp\u00e9rimentation autrement plus folle se d\u00e9roulant dans la pi\u00e8ce d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li>|| Parler aux Domaine des Foss\u00e9s, c\u2019est observer en arri\u00e8re-plan un \u00e9rable en feu en ce moment. Derri\u00e8re une fen\u00eatre, \u00e9videmment. Mais dans le temps de la parole, la vue en mode p\u00e9riph\u00e9rique, qui dit qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019une affiche sur un mur&nbsp;? Ou d\u2019un fond sur un \u00e9cran g\u00e9ant&nbsp;? ||<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Texte 4.2<\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"79\">\n<li>Ionesco, <em>D\u00e9couvertes<\/em>, contre Nicolas Boileau&nbsp;: \u00ab&nbsp;Rien ne se dit que ce qui est impossible \u00e0 dire. Ce qui se dit clairement se con\u00e7oit malais\u00e9ment et les mots pour le dire arrivent tr\u00e8s difficilement.&nbsp;\u00bb \u2014 Petit <a href=\"https:\/\/fr.wikisource.org\/wiki\/Boileau_-_%C5%92uvres_po%C3%A9tiques\/L%E2%80%99Art_po%C3%A9tique\/Chant_I\">rappel<\/a> (ou petite info) pour ceux \u00e0 qui la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019<em>Art po\u00e9tique<\/em> (Chant I, v.147-154) de Nicolas Boileau&nbsp;\u00e9chapperait&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il est certains esprits dont les sombres pens\u00e9es \/ Sont d\u2019un nuage \u00e9pais toujours embarrass\u00e9es&nbsp;; \/ Le jour de la raison ne le sauroit percer. \/ Avant donc que d\u2019\u00e9crire apprenez \u00e0 penser. \/ Selon que notre id\u00e9e est plus ou moins obscure, \/ L\u2019expression la suit, ou moins nette, ou plus pure. \/ Ce que l\u2019on con\u00e7oit bien s\u2019\u00e9nonce clairement, \/ Et les mots pour le dire arrivent ais\u00e9ment.&nbsp;\u00bb Ionesco&nbsp;avait raison, mais je le trouve un peu dur avec Boileau&nbsp;qui, assez conscient que la clart\u00e9 et la libert\u00e9 de l\u2019expression ne vont pas sans quelque difficult\u00e9 \u00e0 lever pour la pens\u00e9e, me semble plus proche de Ionesco&nbsp;que celui-ci ne le cr\u00fbt.<\/li>\n\n\n\n<li>(Personnellement, j\u2019aime bien ce vers, bien que je ne sache pas l\u2019appliquer&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.&nbsp;\u00bb)<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Texte 4.3<\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"81\">\n<li><em>f<\/em>, relisant Maurice Blanchot, quelques pages de <em>Faux pas<\/em>, offre en quelques lignes un beau et vigoureux prolongement \u00e0 Agn\u00e8s Varda&nbsp;qui nous invitait \u00e0 pr\u00e9f\u00e9rer l\u2019invention \u00e0 l\u2019imitation (avec Simon Cin\u00e9ma)&nbsp;: \u00ab&nbsp;il n&rsquo;est pas besoin de dire que l&rsquo;esprit d&rsquo;invention et l&rsquo;effort de rupture supposent une recherche terriblement exigeante de la n\u00e9cessit\u00e9, un \u00e9loignement de tout arbitraire, une conscience implacable pour rejeter toute image ou toute cr\u00e9ation non justifi\u00e9e, en un mot, un contr\u00f4le et une domination extr\u00eame.&nbsp;\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li>|| Le passage de <em>Faux pas<\/em>, \u00e0 l\u2019endroit d\u2019une critique en bonne et due forme du monde de l\u2019\u00e9dition \u2014 ancienne maintenant (il y a quatre-vingts ans), mais toujours d\u2019actualit\u00e9 (peut-\u00eatre pour quelque temps encore) \u2014, m\u2019a refait penser au travail d\u2019Anouk Kruithof, aux murs de livres et de couleurs \u2014 en particulier \u00e0 cette <a href=\"https:\/\/anoukkruithof.com\/?portfolio=enclosed-content-chatting-away-in-the-colour-invisibility2009-ongoing\">performance en vid\u00e9o<\/a> o\u00f9 l\u2019un des murs ne cesse de s\u2019effondrer et de se reconstituer \u2014 du projet <em>Enclosed content chatting away in the colour invisibility<\/em>. ||<\/li>\n<\/ol>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/5-photoperso-\u00a9-Will-20231114_155019-1024x576.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-140396\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/5-photoperso-\u00a9-Will-20231114_155019-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/5-photoperso-\u00a9-Will-20231114_155019-420x236.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/5-photoperso-\u00a9-Will-20231114_155019-768x432.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/5-photoperso-\u00a9-Will-20231114_155019-1536x864.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/5-photoperso-\u00a9-Will-20231114_155019-2048x1152.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">5 | photoperso \u00a9 Will | 20231114_155019<\/figcaption><\/figure>\n<\/div><\/div>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>notes en #03<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"39\">\n<li><em>Sens unique<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;De nos jours personne n\u2019a le droit de s\u2019ent\u00eater sur ce qu\u2019il \u201csait faire\u201d. L\u2019improvisation fait la force. Tous les coups d\u00e9cisifs seront port\u00e9s comme en se jouant.&nbsp;\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li>Il pleut, un peu, beaucoup, etc. Allez savoir comment, le soleil est parvenu \u00e0 percer la masse pluvieuse. Les vieux pruniers, qu\u2019une rafale n\u2019avait pas encore eu le temps de secouer, scintillaient de toutes parts comme des cristaux.<\/li>\n\n\n\n<li><em>\u00c9tablissage<\/em> \u2014 \u00ab&nbsp;Il consiste \u00e0 produire un produit \u2013 ici une montre \u2013 en divisant le travail en&nbsp;petites entit\u00e9s ind\u00e9pendantes et tr\u00e8s sp\u00e9cialis\u00e9es, pour n\u2019assembler le tout qu\u2019au dernier moment, dans un atelier appel\u00e9 \u201ccomptoir\u201d.&nbsp;\u00bb (<a href=\"https:\/\/lepetitpoussoir.fr\/chroniques\/histoire-de-l-horlogerie-suisse\/\">Le Petit poussoir<\/a>) | \u00ab&nbsp;Il comporte g\u00e9n\u00e9ralement les op\u00e9rations suivantes&nbsp;: r\u00e9ception, contr\u00f4le et stockage des \u00e9bauches, des parties r\u00e9glantes, ainsi que des autres fournitures du mouvement et de l&rsquo;habillement&nbsp;; remontage&nbsp;; r\u00e9glage&nbsp;; posage du cadran et des aiguilles&nbsp;; embo\u00eetage&nbsp;; contr\u00f4le final, avant emballage et exp\u00e9dition.&nbsp;\u00bb (<a href=\"https:\/\/dictionnaire.sensagent.com\/ETABLISSAGE\/fr-fr\/\">Sensagent \u2013 dictionnaire<\/a>) | \u00ab&nbsp;Interm\u00e9diaire entre le march\u00e9 et la production, l\u2019\u00e9tablisseur commande \u00e0 un r\u00e9seau tr\u00e8s dense de sous-traitants, eux-m\u00eames organis\u00e9s selon des logiques hi\u00e9rarchis\u00e9es de sous-traitance, les diverses parties constitutives d\u2019une montre (bo\u00eete, mouvement, cadran, parties de mouvements, etc.) qu\u2019il fait assembler dans ses ateliers, parfois appel\u00e9s comptoirs, et qu\u2019il \u00e9coule ensuite sur divers march\u00e9s.&nbsp;\u00bb (<a href=\"https:\/\/fr.wiktionary.org\/wiki\/%C3%A9tablissage\">Wiktionnaire<\/a>) \u2014 Maintenant, pour la m\u00e9taphore de <em>l\u2019\u00e9tablissage du texte<\/em>\u2026 qu\u2019on se d\u00e9brouille.<\/li>\n\n\n\n<li>On peut lire, sur le site Open Edition Journals, dans l\u2019article \u00ab&nbsp;La petite fille qui aimait trop le langage&nbsp;\u00bb, d\u2019<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/fixxion\/5849\">\u00c9milie Drouin<\/a> \u2014 merci Emma \u2014&nbsp;: \u00ab&nbsp;D\u2019un point de vue linguistique, nous ne consid\u00e9rons pas l\u2019\u00e9cart \u00e0 la norme comme un&nbsp;d\u00e9faut de comp\u00e9tence&nbsp;linguistique, mais plut\u00f4t comme une forme de&nbsp;performance&nbsp;du langage, puisque l\u2019\u00e9cart correspond simplement \u00e0 la fa\u00e7on individuelle qu\u2019a un locuteur d\u2019interpr\u00e9ter la langue. Nous nous attachons donc aux th\u00e9ories sur l\u2019\u00e9nonciation, reliant l\u2019\u00e9nonciation en tant que performance langagi\u00e8re \u00e0 la performance, plus globale, de l\u2019identit\u00e9 de soi.&nbsp;\u00bb C\u2019est l\u2019\u00e9nonciation en forme de <em>Miroir d\u2019encre<\/em>, pour reprendre Michel Beaujour. Et quand ce miroir est barr\u00e9 ou trou\u00e9 (pourvu que les deux choses ne se recoupent pas), en forme de quoi (\u00e0 d\u00e9faut de soi&nbsp;?) est l\u2019identit\u00e9&nbsp;? (Est-elle seulement en forme&nbsp;?)<\/li>\n\n\n\n<li>((Imagine \u00e7a&nbsp;: texte barr\u00e9, texte trou\u00e9\u2026 \u2014 Total fiction.))<\/li>\n\n\n\n<li>Et pour la <em>f<\/em>iction hebdomadaire, qu\u2019est-ce qu\u2019on gravit&nbsp;? \u2014 <em>On ne garde pas tout, mais on s\u2019y sera \u00e9veill\u00e9.<\/em> \u2014 Chouette.<\/li>\n\n\n\n<li>C\u2019est relativement, et m\u00eame totalement, idiot. Dans la perspective de l\u2019<em>Atlas Sauveterre<\/em>, la relecture de la table des mati\u00e8res du fichier regroupant, dans l\u2019ordre chronologique, les textes \u00e9crits l\u2019ann\u00e9e pass\u00e9e me donne du fil \u00e0 retordre. Plus de la moiti\u00e9 des titres me disent plus rien de leur contenu. Et c\u2019est g\u00eanant. Tout ce temps pass\u00e9 \u00e0 \u00e9crire. Un atelier fou de 40 jours, l\u2019\u00e9t\u00e9 2022. Autant de nuits quand on s\u2019y met le soir. Et finalement 80 journ\u00e9es \u00e0 faire le tour du petit monde de Sauveterre, parce qu\u2019on n\u2019est pas des machines. Le tout bien rang\u00e9 dans l\u2019ordre, et r\u00e9duit \u00e0 une table des mati\u00e8res qui, finalement, r\u00e9siste \u00e0 elle seule, refuse de livrer les secrets oubli\u00e9s de l\u2019\u00e9criture. Oui, c\u2019est g\u00eanant, troublant. Et d\u2019autant plus que \u00e7a te renvoie \u00e0 la question de fond, et que personne veut se poser, quand tu prends un crayon ou quand tu t\u2019installes devant ta machine, au clavier \u2014 personne, alors que ces gestes, pourtant, la reconduisent chaque fois, mine de rien, cette question&nbsp;: <em>Je sais \u00e9crire ou je sais pas \u00e9crire&nbsp;?<\/em> \u2014 Es-tu bien s\u00fbr que la question se pose en ces termes&nbsp;: \u00e9crire ou ne pas \u00e9crire&nbsp;? Il y a peut-\u00eatre de \u00e7a, mais tu sais aussi qu\u2019il y a autre chose, \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Au-del\u00e0, peut-\u00eatre. Et qui ne rel\u00e8ve pas n\u00e9cessairement, pas simplement, de l\u2019\u00e9criture. \u2014 Oui, quelque chose du chant, mais pas trop haut. \u2014 Et m\u00eame sans mots, \u00e7a suffit. Tu sais, comme quand on fredonne un air, quand on le bourdonne. De la musique sans instrument, juste avec la voix. Juste la voix, aux l\u00e8vres ferm\u00e9es, \u00e0 mots perdus, quand elle musique en silence. \u2014 Qu\u2019est-ce qui te rend si nostalgique&nbsp;? Tu auras beau dire, l\u2019\u00e9criture ne sera jamais l\u00e0 o\u00f9 on l\u2019attend. Tu sais bien, \u00e7a commence au dernier mot, et c\u2019est un chant de sir\u00e8nes. Tu te souviens, Benjamin&nbsp;? \u00ab&nbsp;Qui voudrait compter les signaux d\u2019alarme dont est pourvu le monde int\u00e9rieur d\u2019un v\u00e9ritable \u00e9crivain&nbsp;? Et \u201c\u00e9crire\u201d ne signifie rien d\u2019autre que les mettre en action.&nbsp;\u00bb<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=140137\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">texte 3.1<\/a><\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"46\">\n<li>\u00c9ric Chevillard dans <a href=\"https:\/\/autofictif.blogspot.com\/\"><em>L\u2019Autofictif<\/em><\/a>, texte 5540 (fragment 2<sup>e<\/sup>)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Qui lit beaucoup depuis l\u2019enfance vivra toujours dans un double r\u00e9cit, celui de son existence concr\u00e8te et celui de la litt\u00e9rature, ce qui signifie aussi bien qu\u2019il \u00e9volue dans un double temps, une double chronologie dont sa biographie d\u00e9finitive devrait tenir compte. Il risque \u00e9videmment de trouver le r\u00e9cit de sa vie propre d\u00e9cevant et le r\u00e9el vulgaire par rapport \u00e0 la fiction. Ce sera en partie de sa faute&nbsp;: il aura jet\u00e9 dans le r\u00eave et les sp\u00e9culations la moiti\u00e9 de ses forces vives.&nbsp;\u00bb \u2014 Et quand on s\u2019est mis \u00e0 lire sur le tard, dans les derniers sursauts d\u2019une enfance trop ado\/ulescente en rupture avec le monde et ses murs invisibles partout qui barrent l\u2019avenir d\u00e8s le pr\u00e9sent, qui constituent autant de trous d\u2019air, d\u2019appels du vide, et participent d\u2019une existence \u00e0 la chronologie rompue, \u00e9clat\u00e9e, abolie, et c\u2019est ce qu\u2019on recherche dans certains livres inconnus, dans telles phrases illisibles et l\u2019on ne sait quels mots barbares, pour une vie parall\u00e8le qui n\u2019est pas la n\u00f4tre, mais, au fond, celle dont parlait Henri Michaux, de \u00ab&nbsp;mon ennemi plus fort que moi&nbsp;\u00bb&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>(Et alors\u2026 Benjamin, polyclinique&nbsp;: \u00ab&nbsp;On coupe dans les lin\u00e9aments pr\u00e9cautionneux du manuscrit, le chirurgien d\u00e9place des accents dans les entrailles, br\u00fble les tumeurs malsaines du langage et ins\u00e8re un mot \u00e9tranger comme une c\u00f4te en argent.&nbsp;\u00bb)<\/li>\n\n\n\n<li>((Barr\u00e9s comme \u00e7a, \u00e0 la verticale (l\u2019image de la casse) comme \u00e0 l\u2019horizontale (vraies fausses biffures), trou\u00e9s pour rien (que disait Derrida d\u00e9j\u00e0&nbsp;?). Des textes et des sorties de route.))<\/li>\n\n\n\n<li>|| Je suis au pied de ce mur que je ne retrouve pas. Ce mur qui soutient l\u2019\u00e9tage furtif des souvenirs confus d\u2019Agn\u00e8s, de passage \u00e0 Sauveterre, du temps o\u00f9 elle h\u00e9sitait encore \u00e0 \u00e9crire <em>hasard<\/em> avec un <em>z<\/em>. Ce mur au pied d\u2019un feu sans correspondance avec l\u2019itin\u00e9raire. \u00ab&nbsp;Dans ma m\u00e9moire il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;un feu situ\u00e9 \u00e0 un tr\u00e8s grand carrefour, mais plut\u00f4t d&rsquo;un feu de priorit\u00e9 pour une rue \u00e0 droite qui \u00e9tait une rue ordinaire, de celles qu&rsquo;on trouve un peu toutes semblables dans ces villages autour de Cognac, dont les maisons ont un \u00e9tage, se touchent et sont dans ma m\u00e9moire en pierre claire. Cela plaiderait plut\u00f4t pour ce que vous appelez le \u00ab\u00a0petit feu\u00a0\u00bb. Nous passions \u00e0 Jonzac pour aller au bord de la mer, mais, de cela non plus, je ne suis plus tr\u00e8s s\u00fbre&#8230;&nbsp;\u00bb \u00e9crit Agn\u00e8s. Mais le petit feu, pour moi, ne m\u00e8ne qu\u2019au centre-ville. Il en constitue m\u00eame une porte resserr\u00e9e. \u00c0 moins d\u2019habiter non loin d\u2019elle, rien \u00e0 voir avec un axe de passage, plus ouvert, pour aller \u00e0 la mer. Le grand feu. \u2014 D\u2019o\u00f9 venait donc Agn\u00e8s&nbsp;? Le savoir pourrait me donner non seulement une r\u00e9ponse d\u00e9finitive quant \u00e0 la nature du feu, petit ou grand, mais aussi m\u2019indiquer l\u2019axe de sa direction, son vecteur oc\u00e9an (un autre mur de l\u2019Atlantique&nbsp;?). ||<\/li>\n\n\n\n<li>Structure \u2014 J\u2019ai commenc\u00e9 la journ\u00e9e en faisant tourner la parole sur les choses (infra)ordinaires de la semaine pass\u00e9e, quelques notes pour une mise au propre libre avec Word, Writer, ou en ligne. Elle s\u2019est termin\u00e9e sur un courrier formel, standard, avec du travail pour les mois \u00e0 venir&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il s&rsquo;agirait par exemple de&nbsp;: \u00ab\u00a0grille d&rsquo;entretien\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Test de positionnement\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Grille d&rsquo;\u00e9valuation\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Plan de formation\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Proc\u00e9dures\/modes op\u00e9ratoires\u00a0\u00bb\u2026 Tout ce qui concerne le positionnement, la d\u00e9finition de parcours individuel, l&rsquo;entr\u00e9e en formation, le suivi, les \u00e9valuations interm\u00e9diaires et finales. L&rsquo;objectif \u00e9tant de mettre en commun tous ces outils, les formaliser, les standardiser et les ranger.&nbsp;\u00bb Tout ce travail \u00e0 faire d\u00e9j\u00e0 au placard\u2026<\/li>\n\n\n\n<li>Je me suis attel\u00e9 \u00e0 la relecture du premier texte de l\u2019<em>Atlas Sauveterre<\/em>. Apr\u00e8s l\u2019atelier fou en 40 jours, c\u2019est une sorte d\u2019introduction assez fantasque, cens\u00e9e donner le <em>la<\/em>. Mais je dois dire que la correction n\u2019a rien de dr\u00f4le. En mati\u00e8re de <em>la<\/em>, je d\u00e9chante. Et comme souvent, quand je ne comprends plus et ne me souviens plus de ce que j\u2019ai voulu faire \u2014 d\u2019autant qu\u2019il y a bien une ann\u00e9e que le fichier reste en plan \u2014, les bras m\u2019en tombent et je suis piqu\u00e9 au vif. Mais je suis n\u00e9anmoins parvenu \u00e0 renverser la chose en l\u2019int\u00e9grant directement dans le texte, l\u00e0 o\u00f9 il \u00e9tait illisible \u2014 en repensant \u00e0 ce que disait Laurent Mauvignier, \u00ab&nbsp;<em>qu\u2019est-ce qui m\u2019emp\u00eache de prendre le fait que j\u2019m\u2019en fous, comme un \u00e9l\u00e9ment de mon livre&nbsp;?<\/em>&nbsp;\u00bb, et \u00e0 ce que Benjamin a \u00e9crit au sujet de la capacit\u00e9 \u00e0 \u00ab&nbsp;transformer la menace de l\u2019avenir en maintenant accompli&nbsp;\u00bb. Tant pis si cette pseudo-introduction devient plus foutraque que fantasque, tant pis si le texte doit dispara\u00eetre, cette premi\u00e8re relecture n\u2019ayant peut-\u00eatre pour seule fonction que de donner l\u2019\u00e9lan initial de ce qui rel\u00e8ve, aussi, de l\u2019\u00e9criture. \u2014 Alors c\u2019est reparti comme en 40&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>|| Le coup des barres verticales, je me demande si \u00e7a ne provient pas de cette id\u00e9e du Mur apparue dans l\u2019\u00e9t\u00e9. Mais je dois avouer que les enfants lui r\u00e9sistent. Trois petits textes et maintenant presque rien. (Mais tout est dans cette fissure, <em>presque<\/em>.) ||<\/li>\n\n\n\n<li>Il suffit de poser quelques mots. Il y a eu les premiers, qui n\u2019ont pas encore pris. Et il y a depuis tous ceux qui tournent autour. Et si on les r\u00e9p\u00e9tait, en changeant de point de vue&nbsp;?<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">texte 3.2<\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"54\">\n<li>Structure restante \u2014 Perte d\u2019Amorce. Licenciement possible. Que dit la direction&nbsp;? <em>Je souhaitais vous informer\u2026 Je tiens \u00e0 f\u00e9liciter\u2026 <\/em>Comment \u00e7a s\u2019est pass\u00e9&nbsp;? Une structure de la Creuse. Aucun local de formation. Juste une adresse fant\u00f4me ici&nbsp;: la mairie. Que dit la direction&nbsp;? <em>N\u00e9anmoins, et sans attendre\u2026 il nous faut anticiper\u2026 Ainsi, je vous propose d\u2019avancer\u2026 <\/em>Personne pour v\u00e9rifier l\u2019adresse&nbsp;? Personne pour v\u00e9rifier qu\u2019il n\u2019y a personne. L\u00e9gal&nbsp;? Le dossier est pass\u00e9 comme une lettre \u00e0 la poste. On a perdu l\u2019action. Plus d\u2019Amorce de Parcours. D\u00e9finitif&nbsp;? Que dit la direction&nbsp;? <em>Je crois en notre capacit\u00e9 \u00e0 surmonter\u2026 Ensemble nous pouvons continuer \u00e0 faire grandir\u2026 Ces valeurs doivent nous guider\u2026 nous animer dans les d\u00e9fis \u00e0 venir.<\/em> Infinitif.<\/li>\n\n\n\n<li>Structure en souffrance \u2014 St\u00e9phane ne veut pas sortir de la formation. Il est arriv\u00e9 le 10 novembre 2022, il a termin\u00e9 hier, 9 novembre 2023. Il lit beaucoup mieux. Mais il a toujours refus\u00e9 d\u2019\u00e9crire. Il voudrait rester. Il pense revenir dans six mois, apr\u00e8s le d\u00e9lai de carence. \u2014 Un <em>d\u00e9lai de carence<\/em>\u2026 une p\u00e9riode de temps pour un manque, une insuffisance d\u00e9laiss\u00e9e, diff\u00e9r\u00e9e, dispers\u00e9e dans cette p\u00e9riode. Et c\u2019est donc pr\u00e9cis\u00e9ment ce temps-l\u00e0 qui manque&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>J\u2019ai termin\u00e9 la lecture de <em>Sens unique<\/em>. Bien des choses \u00e9clairent ma condition, plus que je ne saurais le faire, tant Benjamin a su entrevoir l\u2019avenir \u00e0 la lecture de ce que l\u2019explosion des techniques a fait \u00e0 l\u2019homme de son temps. Mais bien des choses m\u2019\u00e9chappent aussi, tant les images fourmillent parfois, cr\u00e9pitent. Il faudra y revenir. Restons-en pour l\u2019instant sur cette image&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le jour est, chaque matin, comme une chemise propre sur notre lit&nbsp;; le tissu, incomparablement fin, incomparablement \u00e9pais, d\u2019une proph\u00e9tie bien propre nous va comme un gant. Le bonheur des prochaines vingt-quatre heures d\u00e9pend de la mani\u00e8re dont nous savons la saisir au r\u00e9veil.&nbsp;\u00bb<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">texte 3.3<\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"53\">\n<li>Oh,<em> le vertige et l\u2019ivresse<\/em>\u2026 et pourquoi pas l\u2019\u00eatre et le n\u00e9ant tant qu\u2019\u00e0 faire&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>Et maintenant, Eug\u00e8ne Ionesco, <em>D\u00e9couvertes<\/em>, sur une conception de l\u2019\u0153uvre qui est peut-\u00eatre, d\u00e9sormais, un nouveau lieu commun, ou en passe de l\u2019\u00eatre \u2014 mais comme le pire n\u2019est pas s\u00fbr, profitons encore de ce discours avant qu\u2019il ne soit trop tard&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est bien cela, une \u0153uvre&nbsp;: une s\u00e9rie d\u2019interrogations et puisqu\u2019il y a construction on peut la consid\u00e9rer comme une architecture d\u2019interrogations. Si tout pouvait s\u2019expliquer, il n\u2019y aurait pas de discours. Toute \u0153uvre doit \u00eatre une mise en question. Comme on dirait&nbsp;: une mise en sc\u00e8ne. Au bout du compte, il n\u2019y a pas de r\u00e9ponse \u00e0 donner. En tout cas, il n\u2019y a pas de r\u00e9ponse d\u00e9finitive. Ainsi, ce n\u2019est pas la r\u00e9ponse qui \u00e9claire, c\u2019est la question.&nbsp;\u00bb<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">texte 3.4<\/pre>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"55\">\n<li>Moins de notes, mais les enfants sont bavards, non&nbsp;? <s>au moins \u00e0 part soi&nbsp;? et surtout si leur manque les mots, oblig\u00e9s de les inventer, de les mettre en \u0153uvre dans une certaine attitude, en postures forc\u00e9es, gestes gauches, mimiques \u00e9trangement neutres, grimaces furtives, pleurs de rires, cris de jouissance, plaintes sans fin, ponctu\u00e9s de soupirs&nbsp;?<\/s> \u2014 J\u2019\u00e9nonce, et renonce \u00e0, cette r\u00e9flexion sans v\u00e9ritable corps \u00e0 en m\u2019appuyant sur le r\u00e9cit de Boris Cyrulnik, issu d\u2019un r\u00e9cent <a href=\"https:\/\/www.mollat.com\/podcasts\/boris-cyrulnik-quarante-voleurs-en-carence-affective-bagarres-animales-et-guerres-humaines-2\">podcast <\/a>de la librairie Mollat, concernant \u00ab\u00a0l\u2019expression\u00a0\u00bb des enfants dans les orphelinats roumains, du temps du vampire Ceau\u0219escu&nbsp;: \u00ab&nbsp;Un enfant priv\u00e9 d\u2019alt\u00e9rit\u00e9, ben il est excentr\u00e9 sur lui-m\u00eame. Il se balan\u00e7ait tout le temps, il se balan\u00e7ait, il su\u00e7ait son puce, et en cas d\u2019\u00e9motion trop forte il se, il se griffait ou se tapait la t\u00eate par terre ou contre les murs, avec une violence qui me faisait peur, j\u2019avais peur, j\u2019avais pe\u2026 \u00e7a c\u2019\u00e9tait\u2026 le bruit&nbsp;! de ces enfants se tapant la t\u00eate contre les murs c\u2019\u00e9tait\u2026 j\u2019avais peur, je me disais, mais ils vont, ils vont s\u2019assommer. Et j\u2019ai r\u00e9agi, na\u00efvement, c\u2019est-\u00e0-dire que je prenais les enfants pour les emp\u00eacher de se taper la t\u00eate contre le mur, parce que j\u2019avais pas compris que, ils souffraient moins en se faisant mal physiquement, ils souffraient moins que, avec une souffrance psychique provoqu\u00e9e par la privation, la solitude, la privation d\u2019alt\u00e9rit\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li>(Et nous&nbsp;? D\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre, au plus haut de l\u2019enfance et du petit sac de mots sans \u00e9clat du langage, il a fallu se cogner la t\u00eate contre les murs quand on n\u2019avait pas les billes pour exprimer le d\u00e9sir, le besoin de l\u2019autre qui nous \u00e9taient refus\u00e9s, du fait de sa r\u00e9sistance ou de son absence. Et aujourd\u2019hui&nbsp;? Que reste-t-il en nous de ces petits fant\u00f4mes but\u00e9s contre les murs imp\u00e9n\u00e9trables&nbsp;? Comme Cyrulnik dans le r\u00e9cit de son souvenir, de petits balbutiements, de petites ruptures \u00e9ruptives, de brusques bifurcations sous le feu de l\u2019affect&nbsp;?)<\/li>\n\n\n\n<li>((Il faudrait \u00e9crire \u00e7a, <em>Un Sac de mots<\/em>, avec l\u2019image du sac de billes. Mais si c\u2019\u00e9tait \u00e7a, justement, que Joseph Joffo avait gliss\u00e9 dans <em>Un Sac de billes<\/em>, des mots enroul\u00e9s dans la terre cuite, le verre color\u00e9 ou l\u2019apparence de porcelaine des billes&nbsp;? Il faudrait relire \u00e7a, avec l\u2019image des billes de mots.))<\/li>\n\n\n\n<li>Au centre des congr\u00e8s hier soir, <em>La D\u00e9licatesse<\/em> (la pi\u00e8ce de Thierry Surace adapt\u00e9e du livre de David Foenkinos). Il y avait l\u2019actrice seule sur sc\u00e8ne, au centre d\u2019un rectangle de lumi\u00e8re symbolisant une tombe. Elle portait une \u00e9tole blanche qui renvoyait cette lumi\u00e8re si fort qu\u2019elle \u00e9blouissait, aveuglait presque, quand dans tout le reste du spectacle l\u2019\u00e9clairage \u00e9tait plut\u00f4t faible, ou feutr\u00e9. \u2014 C\u2019est joli ce mot, <em>feutr\u00e9<\/em>. On aimerait que l\u2019\u00e9criture restitue de temps en temps ce genre d\u2019ambiance.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">texte 3.5<\/pre>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"540\" height=\"304\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/4-Agnes-va-a-la-plage-Google-Earth-street-view-juil.-2022-copie-decran-le-12112023.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-140154\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/4-Agnes-va-a-la-plage-Google-Earth-street-view-juil.-2022-copie-decran-le-12112023.png 540w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/4-Agnes-va-a-la-plage-Google-Earth-street-view-juil.-2022-copie-decran-le-12112023-420x236.png 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">4 | <a href=\"https:\/\/earth.google.com\/web\/@45.44110309,-0.43717511,36.70481427a,0d,90y,310.68783129h,90.01207343t,0r\/data=IhoKFmJHT1JlTVY2cDZ2RGVmNEJ1RURIYUEQAjoDCgEw\">Agn\u00e8s va \u00e0 la plage<\/a> | Google Earth, street view juil. 2022 | copie d&rsquo;\u00e9cran le 12\/11\/2023<\/figcaption><\/figure>\n<\/div><\/div>\n<\/div><\/div>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>notes en #02<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"22\" style=\"list-style-type:1\">\n<li>Retour de l\u2019animal \u2014 \u00ab&nbsp;Le sentiment qui domine dans l\u2019aversion qu\u2019on \u00e9prouve pour certains animaux est la crainte d\u2019\u00eatre par eux reconnu quand on les touche. Ce qui s\u2019effraie au tr\u00e9fonds de l\u2019homme, c\u2019est la conscience obscure qu\u2019il y a en lui quelque chose qui vit, et qui est si peu \u00e9tranger \u00e0 l\u2019animal r\u00e9pugnant que celui-ci pourrait bien le reconna\u00eetre.&nbsp;\u00bb (Walter Benjamin, <em>Sens unique<\/em>)<\/li>\n\n\n\n<li>Pr\u00e9cis de conjugaison \u2014 Pour un indicatif absent&nbsp;: \u00ab&nbsp;Quand un \u00eatre tr\u00e8s proche de nous meurt, il y a, dans les changements des prochains mois, quelque chose qui, croyons-nous remarquer \u2014 quelque plaisir que nous aurions eu \u00e0 le partager \u2014, ne peut se d\u00e9ployer qu\u2019en son absence. Nous finissons par le saluer dans une langue qu\u2019il ne comprend d\u00e9j\u00e0 plus.&nbsp;\u00bb (Walter Benjamin, <em>Sens unique<\/em>)<\/li>\n\n\n\n<li>|| Mur de l\u2019\u00e9conomie \u2014 \u00ab&nbsp;La salet\u00e9 et la mis\u00e8re \u00e9l\u00e8vent autour d\u2019eux comme des murs qui seraient l\u2019\u0153uvre de mains invisibles.&nbsp;\u00bb (Walter Benjamin, <em>Sens unique<\/em>) ||<\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"https:\/\/www.lesinrocks.com\/musique\/kassessa-les-tres-bons-sons-dichon-le-plus-affranchi-des-rappeurs-francais-593756-20-10-2023\/\"><em>Kassessa<\/em><\/a> \u2014 C\u2019est le titre d\u2019un nouveau disque \u00ab&nbsp;pens\u00e9 comme un manifeste pour marginalis\u00e9\u00b7es et incompris\u00b7es de tous bords&nbsp;\u00bb, dont l\u2019auteur se joue des genres et des styles, \u00ab&nbsp;retour au rap des d\u00e9buts [\u2026], chanson fran\u00e7aise affranchie [\u2026], new wave [\u2026], pop-punk [\u2026], tout un \u00e9ventail de musiques noires (africaines ou am\u00e9ricaines)&nbsp;\u00bb, en maniant la plume comme personne, de \u00ab&nbsp;cette \u00e9criture hyper-frontale fr\u00f4lant le flux de conscience ou l\u2019\u00e9criture automatique&nbsp;\u00bb. \u00c0 c\u00f4t\u00e9, page du magazine en vis-\u00e0-vis&nbsp;: \u00ab&nbsp;Enregistr\u00e9 dans sa maison familiale en dix jours chrono, <a href=\"https:\/\/www.lesinrocks.com\/musique\/avec-ses-nouveaux-dinosaures-severin-rafraichit-la-chanson-francaise-592899-26-09-2023\/\"><em>Nouveaux Dinosaures<\/em><\/a> fait la part belle aux textes cisel\u00e9s qui savent traiter du quotidien, des moments simples (<em>Silence<\/em>), sans tomber dans le chromo s\u00e9pia d\u00e9goulinant de sentimentalisme.&nbsp;\u00bb \u2014 Et si, en fait, le chromo de notre \u00e9poque \u00e9tait dans cette mani\u00e8re de manifeste en tous genres&nbsp;? et si le quotidien \u00e9tait ce qu\u2019il y a de plus marginal et incompris&nbsp;? si on parlait de moments simples dans un style hyper-frontal&nbsp;? et \u00e7a d\u00e9borderait, mais l\u00e0 sans rien <em>kasser<\/em>&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>Structure \u2014 de formation et de sa personnalisation. Ce qui fait, par exemple, que l\u2019autre jour, nous sommes all\u00e9s voir, via Google Earth, o\u00f9 se trouve sur la carte du monde Boundiali, la ville o\u00f9 vivait la jeune Assita avant son d\u00e9part (\u00e0 travers le Mali, l\u2019Alg\u00e9rie, le Maroc, la M\u00e9diterran\u00e9e, l\u2019Espagne). Nous nous sommes approch\u00e9s au plus pr\u00e8s de la terre battue des routes rouges, quelques axes goudronn\u00e9s, et nous sommes descendus en quelques rares points de <em>street view<\/em> (la mairie, la poste, une station-service, un h\u00f4tel, le tribunal, un carrefour, une boutique color\u00e9e). Il faut du temps pour tout cela, pour le navigateur, trouver le site, chercher la ville, se d\u00e9placer sur la carte en zoomant avec la molette, \u00e0 gauche, \u00e0 droite avec le pointeur, et ce bonhomme inconnu qu\u2019on ne l\u00e2che pas d\u2019un clic et qui se d\u00e9place comme Superman si vite qu\u2019on se retrouve ailleurs, totalement perdu, avec des lignes partout au lieu des points. \u2014 Et puis, de l\u00e0, du point que chacune, chacun, a choisi pour se poser, on s\u2019essaie \u00e0 une description, en faisant le tour du lieu, en prenant des notes sur une feuille de papier, on dresse la liste de ce qu\u2019on voit tout autour, de ce qui se passe, de ce qu\u2019on retient pour le mettre au propre avec Word (l\u2019homme assis \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la boutique, sur une marche, qui parle au t\u00e9l\u00e9phone&nbsp;; les dizaines de bo\u00eetes, de sachets en plastique, de sacs \u00e0 main de pacotille&nbsp;; le toit de t\u00f4le ondul\u00e9e&nbsp;; un fourbi sans nom au fond&nbsp;; deux femmes assises sur un tabouret, elles font une tresse \u00e0 un ou une enfant&nbsp;; l\u2019\u00e9chelle d\u00e9structur\u00e9e&nbsp;; une lumi\u00e8re inutile). Comme un atelier d\u2019\u00e9criture. \u2014 Mais aujourd\u2019hui, il a \u00e9t\u00e9 question de formalisation et de standardisation. Je me demande s\u2019il ne s\u2019agit pas l\u00e0 du gage n\u00e9cessaire \u00e0 la qualit\u00e9 quand l\u2019objectif vise la quantit\u00e9. Je me dis surtout que le Fordisme, apr\u00e8s l\u2019industrie de l\u2019automobile, d\u00e9sormais avec l\u2019ing\u00e9nierie de l\u2019autoformation (l\u2019APP, Atelier de P\u00e9dagogie Personnalis\u00e9e, est devenu un label, un \u00ab\u00a0concept\u00a0\u00bb formalis\u00e9 et standardis\u00e9), a encore de beaux jours devant lui. (Ce que J\u00f3hann J\u00f3hannsson montre \u00e0 sa fa\u00e7on, harmonique et spectrale, avec <a href=\"https:\/\/johannjohannsson.com\/discography\/fordlandia\/\"><em>Fordl\u00e2ndia<\/em><\/a>, sa houle chorale de cordes atonales \u00e0 la limite, entre autres timbres d\u2019instruments sonores non identifi\u00e9s, d\u00e9saccord\u00e9s peut-\u00eatre, trafiqu\u00e9s, bidouill\u00e9s, fondus en s\u00e9rie comme pour une seule voix&nbsp;?)<\/li>\n\n\n\n<li>Pour l\u2019essentiel, un geste sorti d\u2019o\u00f9, de la pi\u00e8ce dans laquelle se situe un meuble, d\u2019un objet insignifiant qu\u2019il contient, peut-\u00eatre un coffret, une bo\u00eete, une trousse, renfermant quoi dedans, trois fois rien, une pi\u00e8ce de m\u00e9tal gris l\u00e9ger, et le visage de qui&nbsp;? Mais une fois l\u00e0, ce qui \u00e9tait attendu de <em>f<\/em> \u2014 <em>f<\/em>, vraiment&nbsp;? \u2014 se sera accompli&nbsp;: \u00ab&nbsp;Chercher, ouvrir, explorer.&nbsp;\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li>|| Retour en enfance \u2014 \u2026 \u00ab&nbsp;la terre est pleine des objets les plus incomparables qui s\u2019offrent \u00e0 l\u2019attention et \u00e0 l\u2019activit\u00e9 des enfants. Des objets les plus appropri\u00e9s. Les enfants en effet ont une propension particuli\u00e8re \u00e0 rechercher tous les endroits o\u00f9 s\u2019effectue de mani\u00e8re visible le travail sur les choses. Ils se sentent irr\u00e9sistiblement attir\u00e9s par les d\u00e9chets qui proviennent de la construction, du travail m\u00e9nager, ou du jardinage, de la couture ou de la menuiserie. Ils reconnaissent dans les r\u00e9sidus le visage que l\u2019univers des choses leur pr\u00e9sente \u00e0 eux seuls.&nbsp;\u00bb (Walter Benjamin, <em>Sens unique<\/em>, de-ci de-l\u00e0) \u2014 De l\u00e0, les photos d\u2019un mur en ruine dans un lit de rivi\u00e8re \u00e0 sec&nbsp;? et tout ce qui s\u2019ensuit&nbsp;dans l\u2019inventaire de quelques d\u00e9chets trouv\u00e9s dans la Seugne&nbsp;? ||<\/li>\n\n\n\n<li>(De l\u00e0, aussi, le garage tout en longueur sans fond, la cave taill\u00e9e dans la roche couverte de toile d\u2019araign\u00e9e, le grenier bazar de cartons et de revues, un hangar ou un autre et un engin remis\u00e9 pour l\u2019espace, la grange aux becs aveugles b\u00e9ants, la vieille \u00e9curie de la meule \u00e0 eau plafond trou\u00e9\u2026 entre autres.)<\/li>\n\n\n\n<li>((Ne pas oublier&nbsp;: que les enfants r\u00eavent tout haut les mille et une vies qu\u2019ils s\u2019inventent. C\u2019est la seule mani\u00e8re de les vivre.))<\/li>\n\n\n\n<li>Dans la zone du souvenir, deux meubles sont en concurrence&nbsp;: chez Lulu, une sorte de placard bricol\u00e9 en contreplaqu\u00e9, verni mais toujours r\u00eache, brut&nbsp;; et \u00e0 Belleville, rue Baudelaire, une grosse armoire \u00e0 vitrine moulur\u00e9e, de petits motifs, des sujets complexes. Deux enfances diff\u00e9rentes&nbsp;? Peut-\u00eatre. Mais les deux meubles ont en commun une ouverture de portes aimant\u00e9es un peu dure. Voil\u00e0 qui devrait pouvoir les imbriquer et former un \u00e9trange monument \u00e0 tiroirs o\u00f9 se glisser, entrer par ici, ressortir l\u00e0-bas.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=139518\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=139518\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Texte 2<\/a><\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"32\" style=\"list-style-type:1\">\n<li>Benjamin (encore)&nbsp;: \u00ab&nbsp;On peut prendre dans son lit les livres et les putains.&nbsp;\u00bb Et comme \u00e7a par treize fois, sur \u00ab&nbsp;les livres et les putains&nbsp;\u00bb, m\u00eame combat. \u2014 Aragon (page soixante-neuf)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Moi aussi, je semblais avoir \u00e0 jamais rejet\u00e9 une certaine r\u00e9solution romanesque des choses, en d\u00e9truisant les cent enfants de mon esprit, avant d\u2019avoir atteint le seuil du bordel comme mythe et repr\u00e9sentation.&nbsp;\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li>(De l\u00e0, de cette mort annonc\u00e9e en h\u00e9catombe \u2014 la mort auto-immune de l\u2019enfant aux mille et une vies, de ces mille enfants, \u00e0 travers les petits mensonges et les tra\u00eetrises latentes r\u00e9p\u00e9t\u00e9s des adultes (faites-moi confiance), de l\u2019adulte en puissance qu\u2019il se sait, pour le sentir d\u2019abord avec l\u2019\u00e2ge, devenir \u2014, le fond de m\u00e9chancet\u00e9&nbsp;?)<\/li>\n\n\n\n<li>J\u2019ai repens\u00e9 aux photos anim\u00e9es dans <em>Le Fabuleux destin d\u2019Am\u00e9lie Poulain<\/em>. J\u2019ai relu aussi \u00ab&nbsp;le flacon&nbsp;\u00bb de Baudelaire. Je me suis aid\u00e9 d\u2019un sch\u00e9ma simple de chemin\u00e9e sur <a href=\"https:\/\/pierres-info.fr\/dessins_cheminees\/page1.html\">Pierres-info<\/a> (un site o\u00f9 une sorte de M\u00e9duse vous observe) \u2014 Et bloc-paragraphe, ou pas&nbsp;: des sauts d\u2019images, des plans-s\u00e9quences \u00e0 petites coupures, pour un texte \u00e9voluant en d\u00e9phasage&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li><em>Atlas<\/em>&nbsp;(du Grand Robert)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Recueil de cartes g\u00e9ographiques (du nom donn\u00e9 par Mercator au recueil qu&rsquo;il publia en 1585 et dont le frontispice repr\u00e9sentait <em>Atlas<\/em>).&nbsp;[\u2026]&nbsp;Par ext. Recueil de cartes, planches, plans, graphiques, tableaux\u2026 joint \u00e0 un ouvrage.&nbsp;\u00bb \u2014 Je me demande s\u2019il ne s\u2019agit pas de cela, pour Sauveterre. Emma proc\u00e8de en partie sur ce sch\u00e9ma (en le d\u00e9tournant, sa g\u00e9ographie et pleine d\u2019histoires). Ma premi\u00e8re r\u00e9organisation des textes cherche \u00e0 entrer dans Sauveterre, f\u00fbt-ce par la force d\u2019un accident (une voie <em>suid\u00e9e<\/em>), avant de commencer \u00e0 parcourir le monde qu\u2019elle recouvre. \u2014 Et voil\u00e0 comment retomber sur les pieds de <em>f<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;Chercher [trouver], ouvrir [en force ou non], explorer [dans tous les sens possibles].&nbsp;\u00bb Sauveterre&nbsp;: pour un suppl\u00e9ment \u00e0 <em>L\u2019Atlas des mondes imaginaires<\/em>&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>Chaque fois qu\u2019une barre appara\u00eet, que la casse de la langue intervient, il faudrait comprendre que chaque case contenant un mot ou une expression n\u2019existe que relativement \u00e0 une case vide&nbsp;: il faudrait lire en chaque barre le vide en puissance sur lequel se soutiennent ces mots et ces expressions au choix \u2014 comme dans un texte \u00e0 trous&nbsp;? \u2014, et, d\u2019une case \u00e0 l\u2019autre, de synonyme en nuance, moins une recherche de pr\u00e9cision qu\u2019une avanc\u00e9e, qu\u2019un \u00e9largissement \u2014 comme une trappe qui s\u2019ouvre&nbsp;? \u2014, du vide sous mes | nos pieds. (\u00c7a change de la charni\u00e8re \u00e0 ressort double action du point m\u00e9dian battant.)<\/li>\n\n\n\n<li>(<em>Le Casse de la langue<\/em>&nbsp;: peut-\u00eatre comme on parle du <em>casse du si\u00e8cle<\/em>, voil\u00e0 qui ferait un joli titre d\u2019essai pour je ne sais quel sujet.)<\/li>\n\n\n\n<li>Agn\u00e8s Varda dans <em>Les Cent et une nuits de Simon Cin\u00e9ma&nbsp;<\/em>: \u00ab&nbsp;Imite pas. Invente&nbsp;! \u2014 Oui un vent nouveau&nbsp;! \u2014 C\u2019est la nouvelle brise apr\u00e8s la Nouvelle Vague. <em>Vous me faites des courants d\u2019air.<\/em> Qui disait \u00e7a d\u00e9j\u00e0&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"512\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/3-Boundiali-\u2013-photosphere-\u00a9-Banda-Abdoul-juil.-2022-sur-Google-Maps-vu-le-30102023-1024x512.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-139515\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/3-Boundiali-\u2013-photosphere-\u00a9-Banda-Abdoul-juil.-2022-sur-Google-Maps-vu-le-30102023-1024x512.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/3-Boundiali-\u2013-photosphere-\u00a9-Banda-Abdoul-juil.-2022-sur-Google-Maps-vu-le-30102023-420x210.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/3-Boundiali-\u2013-photosphere-\u00a9-Banda-Abdoul-juil.-2022-sur-Google-Maps-vu-le-30102023-768x384.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/3-Boundiali-\u2013-photosphere-\u00a9-Banda-Abdoul-juil.-2022-sur-Google-Maps-vu-le-30102023-1536x768.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/3-Boundiali-\u2013-photosphere-\u00a9-Banda-Abdoul-juil.-2022-sur-Google-Maps-vu-le-30102023-2048x1024.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">3 | Boundiali | <a href=\"https:\/\/www.google.fr\/maps\/@9.5223685,-6.4801441,3a,75y,103.09h,90t\/data=!3m8!1e1!3m6!1sAF1QipPEfji_0nj8ldsMqXcBdA_AgXjkCid0hRI2WuyY!2e10!3e11!6shttps:%2F%2Flh5.googleusercontent.com%2Fp%2FAF1QipPEfji_0nj8ldsMqXcBdA_AgXjkCid0hRI2WuyY%3Dw203-h100-k-no-pi-0-ya19.262049-ro-0-fo100!7i10240!8i5120?entry=ttu\">photosph\u00e8re<\/a> \u00a9 Banda Abdoul (juil. 2022) sur Google Maps (vu le 30\/10\/2023)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>notes en #01<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" style=\"list-style-type:1\">\n<li>Dans une note de <em>Je n\u2019ai jamais appris \u00e0 \u00e9crire ou les incipit<\/em>, de Louis Aragon&nbsp;: \u00ab&nbsp;la fonction consciente est celle de la main adulte, l\u2019enfant parle au loin, quelque part o\u00f9 se fait la convergence du souvenir et de l\u2019invention.&nbsp;\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li>G\u00e9raldine \u2014 \u00e0 propos des appels r\u00e9p\u00e9t\u00e9s aux parents absents, de plus en plus fort&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Ils ne sont plus qu\u2019un \u00e9cho \u00e0 la fin du texte (le protagoniste les prononce-t-il vraiment&nbsp;?).<\/em>&nbsp;\u00bb Je m&rsquo;aper\u00e7ois que ces appels, en italique, signalant un discours direct, entrent dans le jeu des quelques lignes, elles-m\u00eames en italique, du texte trouv\u00e9 par d\u00e9faut. Si bien que, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, ils articulent le souvenir, ou l\u2019imagination, \u00e0 l\u2019invention de l\u2019\u00e9criture&nbsp;; de l\u2019autre, l\u2019auteur qui essaie de se souvenir c\u00e8de d\u2019une certaine mani\u00e8re son \u00e9criture \u00e0 l\u2019enfant, \u00e0 sa parole, \u00e0 ses appels, peut-\u00eatre aussi \u00e0 ses parents silencieux \u2014 de sorte que, tandis que l\u2019effort du souvenir se r\u00e9alise au pr\u00e9sent (de celui qui veut \u00e9crire), celui de l\u2019\u00e9criture, lui, s\u2019effectue \u00e0 l\u2019absent (de l\u2019enfant du souvenir)&nbsp;? J\u2019ai bon, ou je me suis perdu&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>V\u00e9ronique \u2014 qui m\u2019a fait rire avec ses \u00ab&nbsp;<em>olala<\/em>&nbsp;\u00bb et un air de \u00ab&nbsp;si j\u2019aurais su, j\u2019aurais pas venu\u2026&nbsp;\u00bb \u2014 remarque que \u00ab&nbsp;<em>les textes s\u2019emm\u00ealent, les superposer, croiser, filer, tisser, coudre<\/em>&nbsp;\u00bb. Alors c\u2019\u00e9tait donc \u00e7a l\u2019intuition de la barre verticale qui segmente \u00e0 tout va le texte&nbsp;: qu\u2019il y a l\u00e0 plusieurs textes&nbsp;: qu\u2019en chaque segment se trouve un texte, un texte \u00e0 trouver&nbsp;; des segments, des sections formant des cellules, des cases, des compartiments, et toute une palette de bouts de phrases dans laquelle on piochera \u00e0 l\u2019envi&nbsp;?&nbsp;; et on le trouvera l\u00e0, \u00ab&nbsp;<em>le personnage \u00e0 l\u2019\u0153uvre d\u2019un nouveau texte<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>|| L\u2019autre jour, j\u2019ai affich\u00e9 \u2014 on dit <em>poster<\/em>, je sais, mais, bien que d\u00e9mat\u00e9rialis\u00e9, il s\u2019agit d\u2019un Mur \u2014 une s\u00e9rie de photos retra\u00e7ant une s\u00e9rie d\u2019explorations du lit de la Seugne, \u00e0 sec. Imagine-t-on \u00e0 quel point le fait de se retrouver l\u00e0, au milieu des arbres, prot\u00e9g\u00e9 du vent qui pourtant soufflait, dans une voie d\u00e9gag\u00e9e comme une route, plus ou moins large, plus ou moins tortueuse, cahoteuse, plus que moins au-dessous du niveau du sol, absolument seul \u2014 \u00e0 moins de te recentrer au niveau de la nature, avec les palombes, le faisan qui glapissait, courant en aval, le h\u00e9ron qui s\u2019est envol\u00e9, le frelon qui a fait trois petits tours avant que tu d\u00e9tales, les mouches, les moustiques, les araign\u00e9es d\u2019eau dans les flaques (peut-\u00eatre des r\u00e9surgences de la rivi\u00e8re souterraine), les ragondins trop \u00e0 d\u00e9couvert, et tout ce que tu n\u2019as pas vu, tout ce que tu ne connais pas (la v\u00e9g\u00e9tation au premier chef) \u2014, sent-on \u00e0 quel point \u2014 m\u00eame si, \u00e9videmment, cela a bien d\u00fb arriver mille et une fois \u00e0 l\u2019\u00e9chelle des temps g\u00e9ologiques, des cours d\u2019eau \u00e0 sec (et il n\u2019y a qu\u2019\u00e0 voir ce qui se cache sous les sables et les massifs du Sahara) \u2014 la r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9passe la fiction&nbsp;? Il faudrait donc aller plus loin dans l\u2019exploration, mais je suis limit\u00e9. J\u2019aimerais bien, comme Justine \u00c9mard l\u2019a fait avec la grotte Chauvet et les r\u00eaves des astronautes (<a href=\"https:\/\/justineemard.com\/hyperphantasia\/\">Hyperphantasia<\/a> et <a href=\"https:\/\/justineemard.com\/somnorama-i\/\">Somnorama I<\/a>) qu\u2019on scanne le lit de la rivi\u00e8re, d\u2019une \u00e9cluse \u00e0 l\u2019autre (2 km&nbsp;?), qu\u2019on le mod\u00e9lise en 3D chaque fois qu\u2019il se retrouve \u00e0 sec, au fur et \u00e0 mesure de mon avanc\u00e9e et de mes arr\u00eats pour une photo, durant un bon millier d\u2019ann\u00e9es, et on superposerait les scans, on les encha\u00eenerait dans le temps, ma d\u00e9pouille et ma derni\u00e8re photo incrust\u00e9e l\u00e0 \u00e0 un instant <em>t0<\/em> insignifiant, pour un film d\u2019une minute disons \u00e0 vingt images par seconde, et l\u2019on verrait quel \u00eatre longiligne bouge, fluctue, se contorsionne doucement dans tous les sens de sa s\u00e9cheresse. \u2014 Et si on en faisait un folioscope&nbsp;? Une minute, 20 IPS, soit 1200 feuilles (autant d\u2019ann\u00e9es). En somme, une bible. ||<\/li>\n\n\n\n<li>Totalement emport\u00e9 par la r\u00e9flexion d\u2019Aragon sur la premi\u00e8re phrase d\u2019un roman&nbsp;: \u00ab&nbsp;cette hypoth\u00e8se que, au d\u00e9but de la cr\u00e9ation, phrase de r\u00e9veil, incantation initiale, incipit de telle ou telle nature, le bizarre ou le d\u00e9risoire des mots surgis joue en moi le r\u00f4le de ce qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui un <em>\u00e9changeur<\/em>, m\u2019oriente sur une route inattendue de l\u2019esprit et, par un geste d\u00e9tourn\u00e9, <em>me<\/em> d\u00e9termine, homme ou cr\u00e9ateur, dans l\u2019invention de vivre ou d\u2019\u00e9crire.&nbsp;\u00bb \u2014 Et mieux, compl\u00e8tement hallucin\u00e9, sur la derni\u00e8re phrase d\u2019un roman \u00e0 travers le n\u00e9ologisme <em>desinit<\/em> (au lieu d\u2019<em>explicit<\/em>)&nbsp;: \u00ab&nbsp;il ne me d\u00e9plairait pas qu\u2019on y entend\u00eet le sens de d\u00e9sinence grammaticale&nbsp;: apr\u00e8s tout, la derni\u00e8re phrase d\u2019un livre joue le r\u00f4le de la syllabe d\u00e9sinentielle au bout d\u2019un mot, marquant le <em>cas<\/em> dans les langues \u00e0 d\u00e9clinaison. R\u00eavez-y.&nbsp;\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li>(Et, l\u2019une dans l\u2019autre&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tandis que la derni\u00e8re phrase n\u2019est rien par elle-m\u00eame, elle n\u2019est derni\u00e8re que s\u2019il y a toutes les autres, avant. Et puis, pour la comprendre, il faut que quelqu\u2019un, avant, lui ait donn\u00e9 le <em>la<\/em>. La premi\u00e8re phrase est un diapason. La derni\u00e8re, c\u2019est la centi\u00e8me, la trois centi\u00e8me, la milli\u00e8me vibration du diapason, <em>qui ne sait que son commencement<\/em>.&nbsp;\u00bb Ce qui signifie donc, inversement, que \u00ab&nbsp;le roman se termine, est termin\u00e9 je veux dire, pr\u00e9cis\u00e9ment lorsque <em>son commencement se trouve \u00eatre une fin<\/em>&nbsp;\u00bb)<\/li>\n\n\n\n<li>V\u00e9ronique \u2014 se demande aussi o\u00f9 se trouvaient papa et maman. Je dirais qu&rsquo;ils \u00e9taient dans le tas de sable.<\/li>\n\n\n\n<li>Camille \u2014 a vu \u00ab&nbsp;presque graphiquement l\u2019agnosie de l\u2019enfant qui appelle ses parents&nbsp;\u00bb. \u2014 Agnosie (selon le <em>Grand Robert<\/em>)&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00e9tym.&nbsp;1915; empr. all. (1891); \u00ab&nbsp;&nbsp;ignorance&nbsp;&nbsp;\u00bb, 1838; du grec <em>agn\u00f4sia<\/em> \u00ab&nbsp;&nbsp;ignorance&nbsp;&nbsp;\u00bb. | psychol., psychiatrie. Trouble qui emp\u00eache de reconna\u00eetre les objets, sans alt\u00e9ration apparente des sensations. | Certains malades sont incapables de reconna\u00eetre par le toucher seul la forme et la nature des objets. Cette impuissance a \u00e9t\u00e9 excellemment d\u00e9crite par Freud sous le nom d&rsquo;agnosie, par Wernicke et Meynert qui la baptis\u00e8rent asymbolie. P.&nbsp;Voivenel, <em>in<\/em>&nbsp;Mercure de France, no&nbsp;417,&nbsp;1er&nbsp;sept.&nbsp;1915 (<em>in<\/em>&nbsp;D.&nbsp;D.&nbsp;L., ii,&nbsp;12).&nbsp;\u00bb \u2014 Sur un plan graphique, je finis surtout par percevoir dans cette \u00ab&nbsp;syntaxe d\u00e9brid\u00e9e&nbsp;\u00bb (par les barres) les divisions d\u2019une casse, des cassetins, ces petites loges dans lesquelles se trouvent les caract\u00e8res d\u2019imprimerie remplac\u00e9s ici par des mots, des groupes nominaux, des bribes de phrases, des courtes et des longues, \u00e0 combiner, permuter, couper-coller, (d\u00e9s)articuler. Peut-\u00eatre que \u00ab&nbsp;\u00e7a ouvre au po\u00e8me&nbsp;\u00bb, mais alors c\u2019est celui de Camille.<\/li>\n\n\n\n<li>(Il y a aussi \u00ab&nbsp;tes mots comme une batterie&nbsp;\u00bb, qui m\u2019ont renvoy\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9coute du dernier Explosions in the sky, <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=7CqIe34ghgs&amp;list=PL91d9W0UnKIEDwlbLV8CutLd7m6uN8aOO\"><em>End<\/em><\/a>.)<\/li>\n\n\n\n<li>|| La s\u00e9rie de photos sur la Seugne \u00e0 sec (<em>Story Seugne #1<\/em>) se veut une tentative de r\u00e9cit. Les d\u00e9chets dont j\u2019ai parl\u00e9 n\u2019apparaissent pas. J\u2019imaginais pour eux quelque chose de beaucoup plus neutre, relatif \u00e0 l\u2019inventaire. Comme les objets qu\u2019on peut trouver au Mus\u00e9e de la Pr\u00e9histoire des Eyzies-de-Tayac. Et puis je me suis souvenu, dans les murs du CAPC de Bordeaux, des objets communs d\u2019une jeune fille sous vitrine, sorte de d\u00e9tournement par l\u2019ici et maintenant de la mus\u00e9ographie tourn\u00e9e vers le pass\u00e9 et l\u2019ailleurs. Je suis all\u00e9 sur le site du mus\u00e9e pour conna\u00eetre pr\u00e9cis\u00e9ment le titre de l\u2019\u0153uvre et le nom de l\u2019artiste, si possible. Et j\u2019ai trouv\u00e9&nbsp;: Christian Boltanski, <em>L\u2019Inventaire des objets ayant appartenu \u00e0 la jeune fille de Bordeaux<\/em> (1974). Une autre recherche m\u2019a permis de d\u00e9couvrir un petit document explicatif dans lequel Boltanski d\u00e9crit son projet artistique g\u00e9n\u00e9ral, d\u00e8s 1969&nbsp;: \u00ab&nbsp;Garder une trace de tous les instants de notre vie, de tous les objets qui nous ont c\u00f4toy\u00e9s, de tout ce que nous avons dit et de ce qui a \u00e9t\u00e9 dit autour de nous, voil\u00e0 mon but.&nbsp;\u00bb L\u2019entreprise est bien s\u00fbr parfaitement impossible et totalement folle. Et pourtant, je la trouve incompl\u00e8te. Il y manque tous les moments de nos absences, toutes ces choses qui nous ont manqu\u00e9, ce que nous n\u2019avons pas dit et les non-dits des autres qui n\u2019en pensaient pas moins. Mais l\u00e0 n\u2019est pas l\u2019essentiel. Du travail de Boltanski, m\u2019int\u00e9resse surtout ce que j\u2019aurais pu faire (<em>Story Seugne #2<\/em>)&nbsp;: l\u2019inventaire de quelques d\u00e9chets trouv\u00e9s dans la Seugne, n\u2019appartenant plus \u00e0 personne \u2014 sinon \u00e0 la rivi\u00e8re m\u00eame, si on lui donne quelque droit, ou \u00e0 celui qui les a trouv\u00e9s, m\u00eame sans les rapporter chez lui. | Un inventaire photographique, comme celui <em>des objets ayant appartenu au jeune homme d\u2019Oxford<\/em> (1973). Chaque image serait accompagn\u00e9e d\u2019une note d\u00e9signant l\u2019objet d\u2019origine, indiquant ses d\u00e9tails (dimensions, formes, couleurs, mati\u00e8res, temps de d\u00e9composition, possibilit\u00e9s de recyclage \u2014 quoi d\u2019autre&nbsp;? des essais de reconstitutions des vies des objets&nbsp;? des d\u00e9chets qu\u2019ils sont devenus au fond du lit de la rivi\u00e8re \u00e0 sec&nbsp;?). Reste \u00e0 savoir si les pierres de taille, provenant peut-\u00eatre d\u2019un mur en ruines, servant \u00e0 consolider les rives, mais ayant fini par se desceller et glisser sous la force des eaux, doivent int\u00e9grer l\u2019inventaire. ||<\/li>\n\n\n\n<li>Aragon&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>l\u2019arri\u00e8re-texte\u2026<\/em> l\u2019incipit m\u2019ouvre l\u2019arri\u00e8re-texte, ou peut-\u00eatre n\u2019est-il que le trou de la serrure par o\u00f9 je regarde ce monde interdit. Sit\u00f4t que je pense l\u2019un, je pense l\u2019autre.&nbsp;\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li>Trois portraits croqu\u00e9s, trois femmes n\u00e9es \u00e0 la fin du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle&nbsp;: la m\u00e8re Fissou, la m\u00e8re Richard, la m\u00e8re Chapeau. Trois brefs portraits pour une structure <em>fig\u00e9e parce que constitu\u00e9e d\u00e8s l\u2019enfance, emport\u00e9e avec soi comme par devers soi, et rest\u00e9e d\u00e8s lors inchang\u00e9e, comme solidifi\u00e9e, inclusion dans r\u00e9sine transparente<\/em>, dit <em>f<\/em>.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/enfances-01-le-docteur-a-et-les-meres-machin\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Texte 1.1<\/a><\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"13\" style=\"list-style-type:1\">\n<li>Et me voil\u00e0 \u00e0 ressortir mes dictionnaires de patois saintongeais et consulter le <a href=\"http:\/\/dicopoitevin.free.fr\/index.php?sens=psfr&amp;formance=mou%C3%A9\">Dicopoitevin<\/a> en ligne (via <a href=\"https:\/\/www.lexilogos.com\/poitevin_saintongeais_dictionnaire.htm\">Lexilogos<\/a>).<\/li>\n\n\n\n<li>Avant de trouver la <em>r\u00e9sine transparente<\/em> et le pr\u00e9cieux fossile, il a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 proc\u00e9der \u00e0 un travail de terrassement, d\u2019extraction, de d\u00e9blai, de fouille \u2014 en arch\u00e9ologue de la m\u00e9moire&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>Walter Benjamin, <em>Sens unique<\/em>, \u00ab&nbsp;Poste d\u2019essence&nbsp;\u00bb&nbsp;: premier fragment d\u2019un livre dans lequel s\u2019inscrit ainsi, en abyme, la m\u00e9thode d\u2019\u00e9criture de tout le livre, fragmentaire&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019efficacit\u00e9 litt\u00e9raire, pour \u00eatre notable, ne peut na\u00eetre que d\u2019un \u00e9change rigoureux entre l\u2019action et l\u2019\u00e9criture&nbsp;; elle doit d\u00e9velopper, dans les tracts, les brochures, les articles de journaux et les affiches, les formes modestes qui correspondent mieux \u00e0 son influence dans les communaut\u00e9s actives que le geste universel et pr\u00e9tentieux du livre. Seul ce langage instantan\u00e9 se r\u00e9v\u00e8le efficace et apte \u00e0 faire face au moment pr\u00e9sent.&nbsp;\u00bb \u2014 Ainsi dit, ainsi fait. Et jusque dans le titre o\u00f9, d\u00e8s le d\u00e9but, l\u2019image attendue de la pompe et du carburant (et tout le monde industriel et ouvrier en arri\u00e8re-texte&nbsp;?) est renvers\u00e9e au profit d\u2019un sens figur\u00e9, litt\u00e9raire. Mais comme on parle d\u2019abord litt\u00e9rature, c\u2019est l\u00e0 le sens litt\u00e9ral de l\u2019expression, au lieu de sa nature.<\/li>\n\n\n\n<li>L\u2019image de la casse et des cassetins, il fallait la r\u00e9investir. Il faudra surtout la r\u00e9inventer. La barre, en cadrant, bloque, coupe, vide. S\u2019il s\u2019agit de piocher dans les cases d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 des formules \u00e9quivalentes, synonymes en quelque sorte, aucun int\u00e9r\u00eat. Cela permet de jouer sur les variations, les mutations changeantes, la d\u00e9gradation aussi, d\u2019une image \u2014 on pense aux coups de pinceau impulsifs de Bacon. Mais il faudrait aller chercher dans les cases plus loin, tout en haut ou tout en bas. Ou dans l\u2019autre casse, derri\u00e8re. La casse aux cases vides. \u2014 En m\u00eame temps, ce n\u2019est pas moi qui \u00e9cris&nbsp;: c\u2019est le personnage qui essaie \u00e0 partir d\u2019un texte qu\u2019il ne retrouve pas.<\/li>\n\n\n\n<li>(Est-ce qu\u2019il rejoint ce qu\u2019on peut lire chez Nathalie Sarraute dans <em>Enfance<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019essaie seulement de retrouver \u00e0 travers ce que je percevais en lui ce qui se passait en moi quand mon cartable au bout de mon bras je d\u00e9valais l\u2019escalier, courais vers l\u2019\u00e9cole&nbsp;\u00bb&nbsp;? Est-ce qu\u2019il essaie \u00e9galement de saisir ce qui se passe en lui au moment d\u2019\u00e9crire \u00e7a, qui revient, quand c\u2019est l\u00e0, quand \u00e7a se repr\u00e9sente&nbsp;? Quand \u00e7a se pr\u00e9sente m\u00eame, parce que \u00e7a a toujours \u00e9t\u00e9 l\u00e0, depuis le moment o\u00f9 \u00e7a s\u2019est r\u00e9alis\u00e9 il y a de \u00e7a\u2026 mais c\u2019est rest\u00e9 l\u00e0 aussi, tapi dans sa r\u00e9alisation, dans son instant pr\u00e9sent, en attendant comme une virtualit\u00e9 l\u2019instant de son actualisation par le souvenir, l\u2019oubli fondamental, l\u2019imagination essentielle pour le pallier&nbsp;? Et donc d\u2019une tout autre fa\u00e7on, \u00e7a&nbsp;?)<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Texte 1.2<\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"18\" style=\"list-style-type:1\">\n<li>\u00ab&nbsp;Docteur A. et m\u00e8res Machin&nbsp;\u00bb&nbsp;: ce n\u2019est peut-\u00eatre qu\u2019un titre ponctuel pour s\u2019orienter dans un blog, vou\u00e9 \u00e0 disparaitre dans la perspective du livre, mais le fond de m\u00e9chancet\u00e9 que j\u2019ai \u00e9voqu\u00e9 (ailleurs), lui, demeure. &nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Quand m\u00eame, ce premier fragment de Benjamin. L\u2019image du titre attendue finit par appara\u00eetre \u00e0 la fin du texte. Elle est quelque peu diff\u00e9rente de ce qu\u2019on attendait, <em>poste<\/em> valant pour \u00ab&nbsp;emploi&nbsp;\u00bb, <em>essence<\/em> pour \u00ab&nbsp;huile&nbsp;\u00bb, mais l\u2019arri\u00e8re-monde de la force ouvri\u00e8re est l\u00e0. Le poste d\u2019essence ne d\u00e9signe pas l\u2019objet industriel dont on se sert, mais caract\u00e9rise un sujet ouvrier au travail et, disons, par rapport \u00e0 ces \u00ab&nbsp;quelques gouttes sur des rivets et des joints cach\u00e9s qu\u2019il faut conna\u00eetre&nbsp;\u00bb, en service libre.<\/li>\n\n\n\n<li>(\u00c9trange conjonction, la lecture du passage m\u2019a renvoy\u00e9 \u00e0 ce mot du p\u00e8re de la pianiste de jazz r\u00e9cemment d\u00e9c\u00e9d\u00e9e, <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=geVJD0XU_Ww\">Carla Bley<\/a> \u2014 entendu l\u2019autre jour dans une chronique radio qui lui rendait hommage \u2014, un conseil&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00c9cris moins de notes.&nbsp;\u00bb) (A\u00efe&nbsp;!)<\/li>\n\n\n\n<li>Et voil\u00e0&nbsp;: quelques jours de bonnes pluies et petit \u00e0 petit la rivi\u00e8re se remplit.<\/li>\n<\/ol>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/1-photoperso-\u00a9-Will-20231018_184027-1024x576.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-139513\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/1-photoperso-\u00a9-Will-20231018_184027-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/1-photoperso-\u00a9-Will-20231018_184027-420x236.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/1-photoperso-\u00a9-Will-20231018_184027-768x432.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/1-photoperso-\u00a9-Will-20231018_184027-1536x864.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/1-photoperso-\u00a9-Will-20231018_184027-2048x1152.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">1 | photoperso \u00a9 Will | 20231018_184027<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/2-photoperso-\u00a9-Will-20231028_182850-1024x576.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-139514\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/2-photoperso-\u00a9-Will-20231028_182850-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/2-photoperso-\u00a9-Will-20231028_182850-420x236.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/2-photoperso-\u00a9-Will-20231028_182850-768x432.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/2-photoperso-\u00a9-Will-20231028_182850-1536x864.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/2-photoperso-\u00a9-Will-20231028_182850-2048x1152.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">2 | photoperso \u00a9 Will | 20231028_182850<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>notes en #09 Texte notes en #08 Texte 8.1 Texte 8.2 Texte 8.3 notes en #07 Texte 7.1 Texte 7.2 notes en #06 Texte 6.1 Texte 6.2 Texte 6.3 notes en #05 Texte 5.1 Texte 5.2 Texte 5.3 6 | Murobiotes&nbsp;: le rouge, le noir | photopersos \u00a9 Will | 20231121_112210, 20231121_112336 notes en #04 Texte 4.1 Texte 4.2 Texte <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/enfances-lire-et-dire-lheure-de-gouter-ou-comment-faire-lenfant\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#enfances #lire&amp;dire | L&rsquo;Heure de go\u00fbter (ou comment faire l&rsquo;enfant) &#8211; 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