{"id":138928,"date":"2023-10-29T09:44:39","date_gmt":"2023-10-29T08:44:39","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=138928"},"modified":"2023-10-29T11:45:04","modified_gmt":"2023-10-29T10:45:04","slug":"enfances-01-i-dans-mon-regard-des-lieux-des-femmes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/enfances-01-i-dans-mon-regard-des-lieux-des-femmes\/","title":{"rendered":"#enfances #01 | Dans mon regard, des lieux, des femmes"},"content":{"rendered":"<p>Peyriac-de-mer, C&rsquo;\u00e9tait chez Marraine. Celle de ma m\u00e8re. Mais nous aussi on l\u2019appelait Marraine. Deux \u00e0 trois fois par an, on allait y manger un repas qui durait tout l&rsquo;apr\u00e8s-midi. En \u00e9t\u00e9 comme en hiver. L&rsquo;\u00e9t\u00e9 c&rsquo;\u00e9tait la chaleur \u00e9crasante sur le parvis de graviers bord\u00e9 de pins \u00e0 pignons donnant sur des champs de sel, c&rsquo;\u00e9taient les mouches et les moustiques qui passaient au travers des rideaux en perles de bois color\u00e9es. L&rsquo;hiver c&rsquo;\u00e9taient le gros \u00e9dredon tout doux du lit, le tabouret pour y grimper et le pot de chambre \u00e0 fleurs bleues sur une fa\u00efence jaunie par le temps. Marraine n&rsquo;avait plus de dents et ses l\u00e8vres \u00e9taient tourn\u00e9es vers l&rsquo;int\u00e9rieur de la bouche. Ses v\u00eatements, ses cheveux, ses yeux, tout portait le deuil et pourtant elle souriait tout le temps plissant ainsi la peau blanche de son visage en papier cr\u00e9pon.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">\u00a4\u00a4\u00a4<\/p>\n<p>Chez elle c\u2019\u00e9tait \u00e0 Paris, quai du point du jour. C\u2019est dans mes souvenirs que c&rsquo;\u00e9tait \u00e0 Paris et le quai \u00e9tait bord\u00e9 d\u2019immeubles haussmanniens noircis par la proximit\u00e9 du passage des voitures. Ce n\u2019est pas ce que montre Google Earth\u2026 Elle habitait avec son mari au troisi\u00e8me \u00e9tage. Elle sentait bon la poudre de riz et parlait avec l\u2019accent pointu des parigots, parlait sans arr\u00eat en riant bruyamment et en gesticulant amplement. Th\u00e9\u00e2trale. Toute en rondeurs. Son appartement n\u2019\u00e9tait pas tr\u00e8s grand et je n\u2019en connaissais essentiellement que deux pi\u00e8ces. Celle dans laquelle il y avait sa garde-robe o\u00f9 elle nous laissait nous d\u00e9guiser avec des v\u00eatements bariol\u00e9s et pleins de fantaisies, et la cuisine dont la fen\u00eatre donnait sur une courette. Elle, c\u2019est-\u00e0-dire Tatie N. \u00e9tait sophistiqu\u00e9e et aimait les pigeons. Elle leur mettait des graines sur le rebord de cette fen\u00eatre et leur racontait des histoires comme elle aimait nous en raconter. Elle en d\u00e9bordait.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">\u00a4\u00a4\u00a4<\/p>\n<p>B\u00e9ziers. Un nouveau magasin d\u2019alimentation dans le quartier et pas des moindres. Une cr\u00e8merie, produits laitiers tout frais, mottes de beurre, cr\u00e8me fra\u00eeche \u00e0 la louche et fromages de vache. L\u2019int\u00e9rieur \u00e9tait tout blanc. La vendeuse aussi. Tablier blanc, teint blafard d\u2019une femme longue et fine, cheveux blonds platine. Ce n\u2019\u00e9tait pas le lieu que nous fr\u00e9quentions, la cuisine \u00e0 la maison \u00e9tant faite uniquement \u00e0 l\u2019huile d\u2019olives mais en classe je fr\u00e9quentais la fille de la <em>cr\u00e9mi\u00e8re<\/em>. On rentrait ensemble apr\u00e8s l\u2019\u00e9cole et je la quittais sur le pas de porte du magasin. Du magasin tout blanc, o\u00f9 r\u00e9gnait sa maman toute blanche. Elles avaient toutes les deux une voix fluette porteuse de l\u2019accent parisien qui renfor\u00e7ait leur \u00e9tranget\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Peyriac-de-mer, C&rsquo;\u00e9tait chez Marraine. Celle de ma m\u00e8re. Mais nous aussi on l\u2019appelait Marraine. Deux \u00e0 trois fois par an, on allait y manger un repas qui durait tout l&rsquo;apr\u00e8s-midi. En \u00e9t\u00e9 comme en hiver. 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