{"id":13936,"date":"2019-09-25T16:18:49","date_gmt":"2019-09-25T14:18:49","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=13936"},"modified":"2019-09-25T16:18:49","modified_gmt":"2019-09-25T14:18:49","slug":"maisons-dici-et-dailleurs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/maisons-dici-et-dailleurs\/","title":{"rendered":"maisons d&rsquo;ici et d&rsquo;ailleurs"},"content":{"rendered":"<p>La maison d\u2019autrefois. Entre la Promenade et la vall\u00e9e des pr\u00e9s. Volets ferm\u00e9s. Rose hospitalis\u00e9e n\u2019y reviendra pas. Visiter ce lieu en pens\u00e9e. Une porte massive. Lourde \u00e0 pousser qui grince et r\u00e9siste. Des tentures aux pompons soyeux : plaisir enfantin de les caresser. Dans un coin des chaussures fatigu\u00e9es en vrac. Sur un escabeau une paire de ballerines en vernis noir, \u00e9tincelante. Surprenant ce souvenir : jamais dans cette maison un enfant n\u2019a v\u00e9cu. Rose \u00e9tait c\u00e9libataire, rev\u00eache. Elle n\u2019aimait que son chat. Alors ? Ces souliers sont ceux issus d\u2019un conte de f\u00e9es&nbsp;!&#8230; Une porte vitr\u00e9e. Un couloir. \u00c0 son extr\u00e9mit\u00e9 un trou de lumi\u00e8re qui vous happe vers l\u2019ext\u00e9rieur. Le soleil illumine la vall\u00e9e des pr\u00e8s. Sur le balcon un seau de t\u00f4le. Empli d\u2019eau. Va et vient incessants de Rose. Elle emplissait son seau \u00e0 la fontaine, l\u2019installait sur le balcon. Eau chaude assur\u00e9e pour ses besoins m\u00e9nagers. Son domaine \u00e9tait la cuisine. La cuisine&nbsp;? La seule pi\u00e8ce ouverte aux visiteurs. Chauff\u00e9e l\u2019hiver par la grosse cuisini\u00e8re. Et toujours sur la plaque une cafeti\u00e8re. Le caf\u00e9 attendait, de plus en plus amer, de plus en plus \u00e9c\u0153urant au long de la journ\u00e9e. Mais de douces odeurs de pommes &#8212; celles du verger \u2013, de caramel, de soupe de floraline \u2013 sa sp\u00e9cialit\u00e9&nbsp;! \u2013. Quoi d\u2019autre&nbsp;? Son fauteuil devant la fen\u00eatre, rideaux soulev\u00e9s, histoire d\u2019espincher les passants, et son tricot, toujours le m\u00eame, elle fabriquait des chaussettes de laine \u00e9t\u00e9 comme hiver. Pour qui&nbsp;? Les pauvres de la paroisse&nbsp;? Ou peut-\u00eatre, telle P\u00e9n\u00e9lope, les d\u00e9faisait \u00e0 la nuit tomb\u00e9e&nbsp;? C\u2019est certain, le chat jouait avec les pelotes, elle le laissait faire, tol\u00e9rante \u00e0 son \u00e9gard. Il se faufilait dans sa chambre, pourtant interdite. Une seule fois, un aper\u00e7u sur celle-ci. Rose malade geignait dans son lit, sous le regard \u00e9teint d\u2019un petit j\u00e9sus en cire emprisonn\u00e9 sous un globe de verre. Un tr\u00e9sor merveilleux, robe de soie brod\u00e9e de myosotis et de bleuets, fleurs de cr\u00e9pon chiffonn\u00e9es, chevelure dor\u00e9e cern\u00e9e d\u2019une couronne de fleurs d\u2019oranger. Qui poss\u00e9dera cette merveille \u00e0 la mort de Rose ?, se demandait l\u2019enfant, je lui adresserai mon plus beau sourire, elle pourrait \u00eatre mienne. Et d\u2019autres objets de convoitise : l\u2019\u00e9ventail espagnol et ses castagnettes, les marionnettes chinoises v\u00eatues de robes de brocart, l\u2019encrier de cristal sur sa feuille de bronze. D\u2019o\u00f9, de qui les tenait-elle, elle qui jamais ne quitta son village ? Aujourd\u2019hui, une autre question&nbsp;: qu\u2019est devenu le chat ? Le chat dont elle a oubli\u00e9 le nom.<br \/>\nElle a oubli\u00e9 aussi les pi\u00e8ces sombres, aux volets toujours tir\u00e9s&#8230; oui, dans la salle \u00e0 manger, le po\u00eale, un po\u00eale en fonte verte \u00e9maill\u00e9e et les portraits d\u2019anc\u00eatres qui la terrifiaient, ce vieillard \u00e0 la moustache conqu\u00e9rante \u00e0 la poitrine bard\u00e9e de d\u00e9corations, cette petite femme frip\u00e9e comme une pomme, yeux baiss\u00e9s, croix \u00e9norme entre ses seins fl\u00e9tris. Entre eux deux une gigantesque bassinoire de cuivre&#8230; Et dans la resserre, d\u2019\u00e9normes ballots de toile emplis de tilleul, des paniers d\u2019amandes, de noisettes, des bouquets de thym et de laurier, des gerbes de lavande, des pots de miel, des tapettes qui guettaient les souris, des rubans de glu pour attraper les mouches en vol, gare \u00e0 toi, fillette, si tu y touches, ton sort est certain, celui des souris, des mouches. Rose, elle ne l\u2019aimait pas. Sa maison, oui.<\/p>\n<p>La maison de Figuil<\/p>\n<p>Des maisons-cubes Maisons-b\u00e9ton Ceintur\u00e9es de hauts grillages Prot\u00e9g\u00e9es Une gu\u00e9rite Un gardien en uniforme cimencam Des arbres Une piscine Des all\u00e9es ciment\u00e9es La maison de Claude Identique aux autres Diff\u00e9rente Il y habite<br \/>\nUne pergola de t\u00f4le Un fouillis de lianes Parfois un serpent Quand il pleut les crapauds-buffles dans les rigoles \u00c9normes Quand il pleut des termites en nuages tourbillonnants<br \/>\nLe jardin \u00e0 droite Philippe y travaille Il est fier de ses rang\u00e9es de haricots<br \/>\nPousser la porte Non Tambouriner La porte s\u2019ouvre Baba empress\u00e9 soup\u00e7onneux<br \/>\nLe s\u00e9jour Le fracas de la clim Les fen\u00eatres ferm\u00e9es Tenir \u00e9loign\u00e9s les moustiques les araign\u00e9es Des fauteuils d\u2019osier Des chaises \u00e0 palabres traditionnelles bois finement sculpt\u00e9 Quoi d\u2019autre ? Des masques L\u2019un blanchi au kaolin visage \u00e9nigmatique triangulaire presque f\u00e9minin yeux clos L\u2019autre noir massif barbare un front bomb\u00e9<br \/>\ndes scarifications brunes Le dernier tout en rondeur ronds les yeux ronde la bouche grande ouverte rieuse incrust\u00e9 de cuivre de perles de cauris Esprits des anc\u00eatres<br \/>\nSur la table basse des canettes de bi\u00e8re une bouteille de whisky R\u00e9confort des hommes expatri\u00e9s \u00c9viter de d\u00e9placer les objets Baba veille Silencieux Il glisse pieds nus dans la maison Soudain devant derri\u00e8re vous il surgit Il range Il est le gardien des lieux retir\u00e9 derri\u00e8re une tenture en batik des pintades noires et blanches y pi\u00e8tent dans les herbes de la savane Lui pi\u00e8te dans la cuisine son domaine Difficile \u00e0 d\u00e9crire<br \/>\nOubli\u00e9 Si peu accept\u00e9e Si vite refoul\u00e9e de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 celui des blancs A la rigueur piquer une mangue dans la corbeille Entrouvrir le cong\u00e9lateur bourr\u00e9 de pintades produit de la chasse La cuisine rutile Carreaux de c\u00e9ramique blanc et vert Baba v\u00eatu de blanc impeccable c\u00e9r\u00e9monieux visage ferm\u00e9 Il parle avec Claude pas avec la femme qui r\u00e9guli\u00e8rement perturbe sa tranquillit\u00e9 Une \u00e9trang\u00e8re Se replier vers la chambre Immense Fracas de la clim Fen\u00eatres ferm\u00e9es grillag\u00e9es Au plafond un margouillat \u00e9clatant de couleurs Attir\u00e9 par la lampe il happe les insectes D\u2019une visite \u00e0 l\u2019autre, le m\u00eame ? Il cligne de l\u2019\u0153il quand nous faisons l\u2019amour dans le lit Immense Un lit comme un radeau de tendresse dans la maison s\u00e9v\u00e8re Maison d\u2019un expatri\u00e9 Un homme seul prudent Dans la salle de bain a pos\u00e9 un gourdin Un serpent peut remonter par les canalisations se pointer dans la baignoire les w.c. L\u2019assommer Sa frayeur toujours<br \/>\nElle n\u2019a en m\u00e9moire que le gourdin le serpent sa peur Le vide autour Rien<br \/>\nMais son plaisir \u00e0 elle ouvrir la porte-fen\u00eatre braver la chaleur et les bestioles du dehors<br \/>\nentrer dans le monde vivant dans le chant des tourterelles rieuses dans la rumeur du village les cris des enfants les rires Sortir de l\u2019enfermement Partir<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La maison d\u2019autrefois. Entre la Promenade et la vall\u00e9e des pr\u00e9s. Volets ferm\u00e9s. Rose hospitalis\u00e9e n\u2019y reviendra pas. Visiter ce lieu en pens\u00e9e. Une porte massive. Lourde \u00e0 pousser qui grince et r\u00e9siste. Des tentures aux pompons soyeux : plaisir enfantin de les caresser. Dans un coin des chaussures fatigu\u00e9es en vrac. Sur un escabeau une paire de ballerines en <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/maisons-dici-et-dailleurs\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">maisons d&rsquo;ici et d&rsquo;ailleurs<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":155,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[1,980],"tags":[],"class_list":["post-13936","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-atelier","category-ete-2019-interstice-2-a-la-recherche-des-maisons-perdues"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13936","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/155"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13936"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13936\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13936"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13936"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13936"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}