{"id":139826,"date":"2023-11-07T17:20:31","date_gmt":"2023-11-07T16:20:31","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=139826"},"modified":"2023-11-09T17:32:48","modified_gmt":"2023-11-09T16:32:48","slug":"enfance-3-bis-des-pentes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/enfance-3-bis-des-pentes\/","title":{"rendered":"#enfance #03 | des pentes"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-dark-gray-color has-text-color has-normal-font-size\">Perdue. Perdue pourtant. Un <em>perdu<\/em> de fille. Une fille perdue\u2026 Nous y sommes dans ce creux des divergences, exp\u00e9rience Perdue \u00e0 explorer doucement, avec pr\u00e9caution. Il ne s&rsquo;agit pas de pleurer, \u00e0 cet instant, en pleine ville, <em>la ville aux quartiers perch\u00e9s qui affole le souffle<\/em>, la ville aux inconnus \u00e0 qui ne pas parler, n&rsquo;avoir confiance qu&rsquo;en un unique mantra : Ne pas faire confiance, ni aux gens, ni aux trottoirs. Elle fait le trottoir, dit-on, de la fille perdue. Errer en ville, perdue, <em>le long de la pente qui arr\u00eate, s&rsquo;agrippe et entrave, <\/em>\u00e0 cet instant, sans pleurer, au milieu des trottoirs, attentive. Aux signaux. Aux ombres. Aux possibles tigres dans une encoignure. <em>Aux possibles loups surgissant des hauteurs<\/em>. Le pas allant, dirig\u00e9, de l&rsquo;enfant s\u00fbre d&rsquo;elle, le pas perdu des grandes villes dissimul\u00e9 sous le pas joyeux sans ostentation de la fillette qui rejoint une amie, une \u00e9cole, une le\u00e7on de musique. N&rsquo;\u00eatre perdue que dans le nom des rues, l&rsquo;encha\u00eenement des cours d&rsquo;immeubles, la succession des ponts <em>et \u00e0 pr\u00e9sent \u00e0 l&rsquo;assaut de la colline fameuse, <\/em>se taire, se faire enfant ordinaire <em>\u00e0 crapahuter dans les rues<\/em>. Tracer de silence la carte, diriger de silence la boussole. Il est t\u00f4t, la journ\u00e9e rythm\u00e9e de feux rouges alternant de feux verts, d&rsquo;autobus soufflant au freinage, \u00e0 avaler et lib\u00e9rer des corps comme des monstres gourmands et cruels, de pi\u00e9tons press\u00e9s qui foncent sur elle. Sa taille l&rsquo;expose et la prot\u00e8ge. Ce serait malchance de croiser le fourbe danger des yeux de celui qui s&rsquo;abaisserait \u00e0 la voir, alors elle se fait transparente, un art de fille qui se cultive de conseils et d&rsquo;imitation, rien en elle des aventuri\u00e8res dont elle lit les exploits, ni groupe de copains et copines pour s&rsquo;entraider, ni petit costume noir et masque \u00e0 enfiler pour para\u00eetre tel un petit fant\u00f4me, ni chien protecteur, ni bateau pour atteindre des \u00eeles, ni cheval \u00e0 porter sur son dos, ni coffre aux \u00e9cus d&rsquo;or pour tout excuser, tout promettre. Elle va, <em>genoux fl\u00e9chis par l&rsquo;effort, le long des fa\u00e7ades qui ratrappent le d\u00e9nivel\u00e9 par des subterfuges d&rsquo;architectes, fen\u00eatres qui se rapprochent du sol pour rester align\u00e9es, et portes avec seuils compens\u00e9s<\/em>. Un sac en tartan sur les \u00e9paules, un manteau serr\u00e9 sur la poitrine qui \u00e0 peine, mais d\u00e9j\u00e0 trop pour elle, dessine des courbes l\u00e0 o\u00f9 elle ne demande rien. Et des chaussures. Objet de d\u00e9sir obtenu de pleurnicheries et de caprices. Des chaussures qui courent, des chaussures sans charme seulement d&rsquo;\u00eatre confortables et commodes, qui lui font une silhouette comment\u00e9e \u00e0 chaque enfilage, \u00e0 chaque la\u00e7age, commentaire sur leur laideur, leur manque de gr\u00e2ce et de cuir. De quoi les rendre ha\u00efssables les petites convoit\u00e9es, de quoi les rendre suspectes, sont-elles ces magiciennes qui la sauveront de tous les dangers comme elles le promettent, <em>avaler les pentes, sauter des murs, enjamber des flaques, grimper des escaliers<\/em>, fuir devant les m\u00e9chants aux yeux fouilleurs, ou bien seront-elles ces tra\u00eetresses qui la d\u00e9noncent, attirent sur elle une attention dont elle ne veut pas. Pour l&rsquo;heure, elle avance, elle a d\u00e9j\u00e0 vu cette porte coch\u00e8re, elle se demande si elle sortira du labyrinthe, elle se demande sur quoi caler son regard, elle se demande si la ville aura pour elle un peu d&rsquo;indulgence et lui offrira une ouverture vers le parc d&rsquo;o\u00f9 tout rayonne dans ce coin de la ville. Elle le lui demande, \u00e0 la ville, avec une de ces incantations dont elle ne parle \u00e0 personne, paroles et gestes li\u00e9s en succession, suite \u00e0 encha\u00eener sans faute et dans l&rsquo;ordre, de quoi calmer ce qui n&rsquo;est pas un jeu et le coeur \u00e0 la chamade, de quoi reprendre un azimut et rentrer dans le rang. <em>Elle force sur son pas, et atteint le plateau. La ville s&rsquo;\u00e9tale \u00e0 ses pieds, devant le gros cailloux vestige glaciaire, apport\u00e9 l\u00e0 pour t\u00e9moigner d&rsquo;une histoire ancienne d&rsquo;obstination de pierre.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Perdue. Perdue pourtant. Un perdu de fille. Une fille perdue\u2026 Nous y sommes dans ce creux des divergences, exp\u00e9rience Perdue \u00e0 explorer doucement, avec pr\u00e9caution. 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