{"id":139958,"date":"2023-11-09T11:18:05","date_gmt":"2023-11-09T10:18:05","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=139958"},"modified":"2023-11-09T17:27:27","modified_gmt":"2023-11-09T16:27:27","slug":"139958-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/139958-2\/","title":{"rendered":"#enfances #00 | perdue dans le couloir des chambres"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><\/h3>\n\n\n\n<p>Debout, br\u00fblante dans sa chemise de nuit tremp\u00e9e \u00e0 essayer de se rep\u00e9rer dans le noire de quel espace, de quelle chambre, de quelle pi\u00e8ce. Depuis combien de temps&nbsp;fix\u00e9e l\u00e0, 1 2 3 soleil, \u00e0 attendre la reprise du mouvement. Elle fait dispara\u00eetre sa respiration \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de son ventre, poitrine coll\u00e9e au dos toute \u00e0 l\u2019\u00e9coute de la respiration d\u2019ailleurs&nbsp;; le ballon qui se d\u00e9gonfle du p\u00e8re, les paroles incompr\u00e9hensibles de la s\u0153ur, les froissements des draps tir\u00e9s, les coussinets du chat qui se d\u00e9placent sur le parquet. Rien. Le silence n\u2019existe pas. Sauf si on est mort. Il y aura toujours un craquement du bois, le ronronnement de la maison, les \u00e9clats du dehors, un moteur et son phare qui grandit pour dispara\u00eetre. O\u00f9 se diriger aller quand elle ne se souvient plus ce qu\u2019elle est venue chercher, quand elle n\u2019arrive pas \u00e0 soulever l\u2019\u00e9paisseur du sommeil pour se rappeler du r\u00eave qui r\u00e9veille, qui se volatilise dans la premi\u00e8re fissure du mur de la m\u00e9moire.<\/p>\n\n\n\n<p>La nuit et dans la nuit les ombres comme la haute mer, ses pieds nus sur du parquet. pas une cuisine ni une salle de bain, ni un tapis qui la conduirait \u00e0 la g\u00e9om\u00e9trie rassurante d\u2019un appartement. Maintenant, le parquet grince \u00e0 certains endroits comme un xylophone. Ses pieds qu\u2019elle d\u00e9pose en lampes de poche, pour apprivoiser les soupirs du bois et les mains en pare choc paume ouverte devant elle. D\u00e9fil\u00e9e des chambres.<\/p>\n\n\n\n<p>Gex. rue du creux du loup, sombre aux volets comme des paupi\u00e8res lourdes cousues, le lit bateau des parents qu\u2019il faut grimper en montant sur le portant en bois son lit \u00e0 c\u00f4t\u00e9 en descente de lit. Elle aime cette chambre \u00e9troite o\u00f9 ils sont ensemble, o\u00f9 elle n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 rel\u00e9gu\u00e9e loin d\u2019eux. Elle aurait du sentir depuis longtemps la t\u00eate de lit le mur nu rencontrer le tapis en natte rouge, \u00e0 moins d\u2019avoir d\u00e9pass\u00e9 la limite pour se trouver sur le seuil l\u00e0 o\u00f9 il y a l\u2019\u00e9chelle de meunier, la chute dans trou. S\u2019arr\u00eate, tourne \u00e0 droite, vers le dortoir avec les s\u0153urs et les cousines dans leurs lits comme les filles de l\u2019ogre avec des couronnes sur la t\u00eate ou avec des bonnets. L\u2019ogre leur a peut \u00eatre d\u00e9j\u00e0 tranch\u00e9 le cou, elle reste la seule survivante. Elle tourne sur elle m\u00eame, une conversion comme avec le moniteur, quand elle s\u2019emberlificote dans ses skis et b\u00e2tons. Retour \u00e0 ce qui pourrait \u00eatre le Nord, retourner \u00e0 l\u2019endroit du d\u00e9part, t\u00e2tonne, sent des portants en bois comme une porte fen\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est la maison Mer, elle l\u2019entend, elle veut l\u2019entendre avec sa force de fond, son odeur de sel, elle est tout pr\u00e8s, derri\u00e8re les portants, en tournant la poign\u00e9e \u00e0 l\u2019ovale en grappe de raisin, elle retrouvera Maman. Tout est sombre \u00e0 cause des volets int\u00e9rieurs qui s\u2019ajoutent aux volets ext\u00e9rieurs, elle reconna\u00eet, elle ouvre, se cogne \u00e0 une chaise, qui tombe, rien ne bouge, avance, elle se pr\u00e9pare aux obstacles, la table de nuit, encore une porte, ouvre&nbsp;: des pendus suspendus. Assaillie par des ombres flottantes, des strates de vestes, de manteaux qui sentent l\u2019odeur puissante des petits bonbons blancs qu\u2019il ne faut pas manger. Toute seule avec ces fant\u00f4mes, ils sont partis en la laissant dans la maison abandonn\u00e9e aux roulements de la pluie, au roulis du vent dans les arbres, seule dans cette maison sans lumi\u00e8re, dans une nuit sans lune avec le bruit d\u2019un volet d\u00e9croch\u00e9 quelque part dans ce grand navire, tous ces v\u00eatements d\u2019\u00e9t\u00e9 oubli\u00e9s avec la pr\u00e9sence du grand-p\u00e8re, des morts des disparus. Maintenant elle a froid, elle \u00e9carte les bras pour se trouver cloisonn\u00e9e entre des parois \u00e9troites, elle se cogne devant. Partir \u00e0 reculons, \u00e0 quatre pattes, comme le chien, elle hurlerait bien \u00e0 la mort, mais sa voix ne passe pas, ne passe plus. Enferm\u00e9e dans une armoire dans un vestibule, quelque part. Elle recule, il faut qu\u2019elle arrive \u00e0 retrouver le lit. Malgr\u00e9 sa peur des b\u00eates qui l\u2019attendent sur le parquet, elle se souvient maintenant, qui attendent que sa plante des pieds, qu ses paumes \u00e9crasent les chenilles processionnaires, elle avance \u00e0 quatre pattes, qu\u2019importe si sa t\u00eate vient heurter du bois, qu\u2019importe les livres qui lui tombent sur la t\u00eate, se saisit d\u2019un bout de bois qui pourrait \u00eatre un pied de lit, se hisse jusqu\u2019au drap, cherche l\u2019ouverture du lit qu\u2019elle ne reconna\u00eet pas, s\u2019enroule dans ce qui pourrait \u00eatre la couverture et attend. Ne plus bouger, se rappeler le chemin rassurant qui va \u00e0 la mer, celui qu\u2019elle conna\u00eet par c\u0153ur avec le petit marche pied de granit noir \u00e9clabouss\u00e9 de lichen orange qui lui permet de descendre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Debout, br\u00fblante dans sa chemise de nuit tremp\u00e9e \u00e0 essayer de se rep\u00e9rer dans le noire de quel espace, de quelle chambre, de quelle pi\u00e8ce. Depuis combien de temps&nbsp;fix\u00e9e l\u00e0, 1 2 3 soleil, \u00e0 attendre la reprise du mouvement. 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