{"id":140137,"date":"2023-11-12T16:55:06","date_gmt":"2023-11-12T15:55:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=140137"},"modified":"2023-12-02T15:48:27","modified_gmt":"2023-12-02T14:48:27","slug":"enfances-03-la-renverse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/enfances-03-la-renverse\/","title":{"rendered":"#enfances #03 | La renverse"},"content":{"rendered":"\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p><em><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=138841\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=138841\">notes sur l&rsquo;\u00e9tablissage du texte<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p><em>Il y a toujours eu un chien pour se barrer. Toujours.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il y a toujours eu un chien pour se barrer, toujours, et c\u2019est comme une rengaine o\u00f9 d\u00e9filent dans le d\u00e9sordre \u00e0 peu pr\u00e8s tous les chiens qu\u2019il a pu conna\u00eetre. <em>Pezaud le barriquot | Miraut | Poupette, Candy et sa penille, la Souris aux grandes dents | Pirate, toujours \u00e0 l\u2019ouest, Fina, la broche \u00e0 travers sa peau | Ta\u00efaut | Louloutte | Minouchette, le chat blanc \u00e0 la queue tigr\u00e9e, tiens | Fanny, le petit roquet \u00e0 l\u2019haleine de fauve, le vieux N\u00e8g\u2019 et ses cailloux | sa fille, qui s\u2019appelait comment, et Magn\u00e9to.<\/em> Et toujours le m\u00eame portail pour se barrer. Toujours le portail du bas. Une structure m\u00e9tallique bricol\u00e9e avec de vieux montants de cage de foot embo\u00eet\u00e9s, du grillage fix\u00e9 dessus que les chiens mordaient, tiraient, et \u00e7a a fini par faire un trou, qu\u2019on a bouch\u00e9 avec un paillasson d\u2019acier en spirale. C\u2019\u00e9tait plus r\u00e9sistant. Mais quand il ouvrait \u00e7a n\u2019emp\u00eachait pas la meute de fondre entre ses jambes et de se retrouver par terre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;\u00c0 la renverse.&nbsp;<em>Hep&nbsp;! hep&nbsp;! les cheuns&nbsp;! <\/em>Entre les jambes | sur le cul | la t\u00eate dans le grillage | mains en l\u2019air pattes sur le ventre | les griffes, le visage, le grillage, <em>les cheuns&nbsp;! les cheuns&nbsp;!<\/em> \u00e0 aboyer, \u00e0 d\u00e9guerpir, \u00e0 dispara\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la renverse.&nbsp;\u00bb Les chiens s\u2019\u00e9taient barr\u00e9s. On courait apr\u00e8s. On criait. Il y en a qui s\u2019arr\u00eataient, qui revenaient. Ils avaient juste suivi le mouvement. Ils venaient de courir jusqu\u2019\u00e0 la rivi\u00e8re et ils revenaient, comme d\u2019une promenade | l\u2019air guilleret | petit trot queue en trompette. \u00ab&nbsp;<em>Et te v\u2019l\u00e0 ch\u00e9 mon poure petit&nbsp;!<\/em> Et quelque chose avait valdingu\u00e9&nbsp;: tartine pain beurre au chocolat | petite voiture Lego qu\u2019il voulait montrer | pistolet ou \u00e9p\u00e9e en plastique | la gourde en forme de poire. Les deux autres avaient disparu. On avait couru, cri\u00e9, on les avait vu enfiler un rang de ma\u00efs et ressortir dans le chemin, dans le coteau. Maintenant l\u2019Estafette.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la renverse, ou presque, et le chien se barre. Une fois il a essay\u00e9 de suivre ce chien qu\u2019on n\u2019a pas revu durant des jours. Il s\u2019\u00e9tait s\u00fbrement perdu. Une fois, avec cette voix de perdu qu\u2019il ne comprend pas toujours, avec qui il n\u2019est pas n\u00e9cessairement d\u2019accord, qu\u2019il pr\u00e9f\u00e9rerait ne pas \u00e9couter parfois. <em>Mais<\/em> <em>c\u2019est quand m\u00eame elle qui fait avancer la chose. Va comprendre&nbsp;!<\/em> Et c\u2019est vrai que le souvenir s\u2019\u00e9tait \u00e9toff\u00e9. D\u2019autres \u00e9taient venus se greffer par petits bouts, d\u2019une promenade avec le chien sur des chemins qui allaient o\u00f9, d\u2019une course dans les hautes herbes, les t\u00eates et les oreilles \u00e0 sauter, d\u2019un jour de chasse dans les bois tapiss\u00e9s de foug\u00e8res, un bord de rivi\u00e8re ou de fleuve d\u2019\u00e9t\u00e9, un jet de pierre pour un jet d\u2019eau. Le chien qui s\u2019\u00e9tait barr\u00e9, et c\u2019est la voix qui courait \u00e0 corps perdu, qui aboyait. Qui appelait peut-\u00eatre. Pour le rejoindre&nbsp;? Il ne se savait pas si \u00e9loign\u00e9, ni suivi, recherch\u00e9. Traqu\u00e9&nbsp;? L\u00e0 dans ses souvenirs&nbsp;? L\u00e0 dans le texte&nbsp;? <em>Le chien \u00e9tait revenu. On venait de me retrouver, c\u2019\u00e9tait foutu&nbsp;? Papa lui a coll\u00e9 une branl\u00e9e. Mais qui pour c\u00e9l\u00e9brer le vertige et l\u2019ivresse&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;\u00c0 la renverse. La m\u00e8re Fissou | <em>Eh\u2026 i m\u2019\u00e9couillant&nbsp;!<\/em> | l\u2019h\u00e9matome sur le visage | une plaque noire. Il a couru derri\u00e8re. Il a cri\u00e9 je ne sais quel nom. Il a saut\u00e9 la barri\u00e8re du jardin, enfil\u00e9 l\u2019all\u00e9e, pass\u00e9 le pont de pierre. Il appelait. Les peupliers frissonnaient en courbant la t\u00eate. Il courait, par les pr\u00e9s, par les champs, par le vent. Il avait plu, la terre coll\u00e9e aux chaussures | le garet qui pate | \u00e0 s\u2019encasser. Il appelait | aboyait. Il courait, je suivais. On nous attendait, dans le chemin pr\u00e8s du Carrelet, pr\u00e8s de la ferme abandonn\u00e9e.&nbsp;\u00bb <em>La vieille ferme o\u00f9 on a fini d\u2019abattre un pan de mur en ruine. Renaud, St\u00e9phane, J\u00e9r\u00f4me et son sac \u00e0 bonbons multicolores, des chewing-gums tr\u00e8s forts et des barres Raider, S\u00e9bastien. On l\u2019a abattu \u00e0 coups de pierres sur les zones faibles, l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a s\u2019effritait au sommet, et puis l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a penchait et \u00e7a se fissurait. Des fragments tombaient. Et \u00e7a s\u2019est effondr\u00e9 d\u2019un bloc.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Et puis \u00e0 la rescousse, aussi. D\u00e9d\u00e9. D\u2019aller suivre le chien comme \u00e7a, dans la buse, qu\u2019est-ce qu\u2019il lui \u00e9tait pass\u00e9 par la t\u00eate&nbsp;? \u00ab&nbsp;D\u2019aller s\u2019musser.&nbsp;\u00bb Rien, c\u2019\u00e9tait D\u00e9d\u00e9. Et quand les pompiers sont arriv\u00e9s. D\u00e9d\u00e9 coinc\u00e9, on fait quoi, on pr\u00e9vient. Il a fallu pr\u00e9venir, rentrer pour alerter. D\u00e9d\u00e9, coinc\u00e9. On a appel\u00e9 les pompiers. Sa m\u00e8re. Ils allaient arriver. Et nous aussi on arrivait. On y retournait avec sa m\u00e8re, la m\u00e8re Girh\u00e8me. Avec sa petite voix, \u00ab&nbsp;sa voix de cr\u00e9celle. <\/em>Qu\u2019il est encore all\u00e9 o\u00f9 s\u2019musser cheu l\u00e0&nbsp;?<em>&nbsp;\u00bb On arrivait avec elle. Et le chien. Il \u00e9tait ressorti de la buse, il \u00e9tait rentr\u00e9 \u00e0 la maison. Maintenant il nous suivait. Un peu derri\u00e8re, un peu devant. Et c\u2019est quand il a d\u00e9tal\u00e9, quand il a couru vers la cour des poules qu\u2019on a r\u00e9alis\u00e9, qu\u2019on avait oubli\u00e9. Le sacrifice, Totem. \u00ab&nbsp;Totem a dit\u2026&nbsp;\u00bb <\/em>Et puis, il se rappelle, avant le chien dans la buse et D\u00e9d\u00e9 coinc\u00e9, les membres pendus au fil barbel\u00e9, le chien dans la cour, le chien mont\u00e9 sur le grillage de la cour, les poules et les poussins affol\u00e9s, D\u00e9d\u00e9 qui ouvre le portail, les poules en l\u2019air, les poussins dispers\u00e9s, le chien sur eux, les poules sur le chien, D\u00e9d\u00e9 \u00e0 gorge d\u00e9ploy\u00e9e, les becs et les griffes, un poussin dans la gueule, les autres \u00e0 gueuler, un autre au sol, les poules sur le dos, le chien qui d\u00e9tale, le poussin qui vole, l\u2019autre au sol, la t\u00eate en sang, D\u00e9d\u00e9 dans la cour pour le r\u00e9cup\u00e9rer, les poules au cul, les autres qui gueulent, D\u00e9d\u00e9 qui se barre, qui a referm\u00e9&nbsp;? Et puis, le Totem. La c\u00e9r\u00e9monie pour les poussins morts sur le pont de pierre. Sur la plus grosse, la pierre \u00e0 crier. D\u00e9d\u00e9 patriarche, de sa petite voix. <em>\u00ab&nbsp;Totem a dit\u2026 pour les p\u00e8res mourus\u2026 \u00e7a crie fils\u2026&nbsp;! \u00e7a crie fils\u2026&nbsp;! \u2014 \u00c7a crie fils\u2026&nbsp;! \u2014 Totem a dit\u2026 pour les membres disparus\u2026 \u00e7a crie fils\u2026&nbsp;! \u00e7a crie fils\u2026&nbsp;! \u2014 \u00c7a crie fils\u2026&nbsp;! \u2014 Totem&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/em> Et D\u00e9d\u00e9, de ses grosses mains, a \u00e9cartel\u00e9 les poussins morts. Il a arrach\u00e9 leurs membres. Les pattes, les ailes. Il a fix\u00e9 les moiti\u00e9s de corps sur le fil barbel\u00e9 par les t\u00eates. Il a pendu les autres moiti\u00e9s de chaque c\u00f4t\u00e9, un cran de barbel\u00e9 en dessous. Il a accroch\u00e9 les quatre pattes et les quatre ailes autour, plus ou moins en cercle. Et \u00e7a faisait un dr\u00f4le de visage avec des yeux \u00e0 becs rouges entrouverts. <em>\u00ab&nbsp;Les yeux de Bec \u00e0 l\u2019\u0153il de plume.&nbsp;\u00bb<\/em> Des yeux qui allaient parler&nbsp;? Des yeux que le chien allait bouffer. D\u00e9d\u00e9 lui a fichu un coup de pied et s\u2019est mis \u00e0 poursuivre le chien qui d\u00e9talait, qui s\u2019est jet\u00e9 dans le foss\u00e9, qui s\u2019est engouffr\u00e9 dans la buse et voil\u00e0.<em> D\u00e9d\u00e9 dans la buse, le visage sur le chemin, la m\u00e8re \u00e0 sa rencontre, les pompiers en route, je me suis pr\u00e9cipit\u00e9, j\u2019ai couru tout ce que j\u2019ai pu, je ne sais pas ce que j\u2019ai racont\u00e9, je suis arriv\u00e9 le premier, j\u2019ai saut\u00e9 et secou\u00e9 la cl\u00f4ture. Ni vu ni connu, sauf le chien qui a flair\u00e9 et qui a fini par venir bouffer la chose dans le foss\u00e9, tout est tomb\u00e9. Le visage tabou s\u2019est d\u00e9fait d\u2019un trait.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>notes sur l&rsquo;\u00e9tablissage du texte Il y a toujours eu un chien pour se barrer. Toujours. Il y a toujours eu un chien pour se barrer, toujours, et c\u2019est comme une rengaine o\u00f9 d\u00e9filent dans le d\u00e9sordre \u00e0 peu pr\u00e8s tous les chiens qu\u2019il a pu conna\u00eetre. 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