{"id":140466,"date":"2023-11-19T09:53:19","date_gmt":"2023-11-19T08:53:19","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=140466"},"modified":"2023-11-24T10:12:54","modified_gmt":"2023-11-24T09:12:54","slug":"enfances-04-la-maison-malade","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/enfances-04-la-maison-malade\/","title":{"rendered":"#enfances #04 | la maison malade"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-blue-color has-medium-gray-background-color has-text-color has-background has-link-color wp-elements-cc0951aa3aa28bd647fda5426d061c85\"><strong>Codicille :<\/strong> Le premier paragraphe r\u00e9pond \u00e0 la proposition #4. Le second provient du cycle #40jours. Le troisi\u00e8me, du prologue du cycle en cours. Cet assemblage s&rsquo;est propos\u00e9. Je ne m&rsquo;y suis pas oppos\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>La maison est malade. Elle bouille du dehors et dedans glac\u00e9e. La pluie br\u00fblante coule par le toit du grenier sur les malles et les bobos, tout carton-p\u00e2te, coule le long des murs verts et brouille les visages sur les photos, qui est qui ? On ne voit plus avec les paupi\u00e8res en gros rideaux tremp\u00e9s. La maison vibre de la fi\u00e8vre, l\u2019\u00e9cran saute, les murs tout minces laissent passer les voix de col\u00e8res et d\u2019inqui\u00e9tudes. \u00c7a-chat en boule sur le lit de Malice, mais aussi dans la pi\u00e8ce d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 qui parle au Grand D\u2019hombre en chuchotant tr\u00e8s fort dans mon oreille. Malice apporte les choses bonnes \u00e0 manger, mais il n\u2019y a pas d\u2019odeur dans la cuisine des jouets ni dans le jardin interdit, un coup de froid par l\u00e0-dessus, manquerait plus que \u00e7a et apr\u00e8s le tableau est complet on voit devant et d\u2019hier d\u2019un seul coup d\u2019\u0153il, couic, finito. Le matin, c\u2019est un autre lit, on voyage sur l\u2019eau sans le savoir pendant la nuit noire comme le b\u00e9b\u00e9 moche sur le Nil dans son berceau, sur l\u2019eau qui monte dans la maison et fait tanguer le verre et la carafe sur le chevet de la vierge qui brille dans le noir et tout tombe, et les m\u00e8re-p\u00e8re ne viennent pas voir les d\u00e9g\u00e2ts, c\u2019est Malice qui \u00e9cope \u00e0 la petite cuill\u00e8re de sirop, fais un effort, une cuill\u00e8re de d\u00eenette pour moi, c\u2019est des maladies \u00e9l\u00e9phantines, \u00e7a impressionne, mais c\u2019est gentil. Le Grand D\u2019hombre soigne avec de la patience, qu\u2019il dit, mais la maison ne s\u2019impatiente pas, elle fait des r\u00eaves \u00e9pais de grosse soupe mal mix\u00e9e pour les petites dents, elle voit rouge, partout, comme le sang de l\u2019int\u00e9rieur quand on regarde le soleil les yeux ferm\u00e9s, elle a gonfl\u00e9 du dedans des murs et des meubles avec toute l\u2019eau qui lui a coul\u00e9 dedans et pourtant elle est s\u00e8che aussi, s\u00e8che comme un feu de camp qui coupe la respiration. \u00c7a-chat fait un trou rond dans le couvre-lit et en m\u00eame temps, il lit dans le fauteuil ou il est allong\u00e9 pr\u00e8s de moi avec le gant qui fait du bien, froid de l\u2019eau b\u00e9nite de la vierge en plastique. Il donne plein de conseils utiles pour voyager, mais rien ne reste, rien ne tient sur les murs mous,&nbsp;sur les \u00e9tag\u00e8res gondol\u00e9es, dans les placards qui tombent en lambeaux de peau qu\u2019il faut pas toucher o\u00f9 \u00e7a laissera des traces pour toujours comme&nbsp;une grimace dans un courant d\u2019air, ou il plante ses griffes apr\u00e8s avoir fait mine de coussiner, coussiner. Petit \u00e0 petit, on dirait que la maison va mieux, mais tout est si \u00e9trange, un jeu des 7 diff\u00e9rences, un m\u00e9mo avec des fausses cartes m\u00e9lang\u00e9es par erreur. Pour commencer, elle est petite, recroquevill\u00e9e, dans un coin de la chambre de Malice qui l\u2019a apport\u00e9e \u00ab pour me faire plaisir \u00bb, pour que se sentir \u00ab comme \u00e0 la maison \u00bb pendant la maladie o\u00f9 on ne joue pas, on ne va pas dans la salle des jeux, on reste dans le grand lit la journ\u00e9e, avec la fi\u00e8vre qui monte, qui monte, et la t\u00e9l\u00e9 en permanence. Et de un. Et de deux, \u00c7a-chat n\u2019a plus que sa forme poilue et griffue, mais on entend l\u2019\u00e9cho des conseils de voyage bourdonner dans le mur de la t\u00eate du lit le soir, avant d\u2019\u00eatre emport\u00e9 comme un paquet de linge sale qui rigole vers la chambre froide et propre pour dormir dormir. Petit \u00e0 petit, la maison se d\u00e9colle de Mousy, \u00e7a va aller. Et de trois, la maison est silencieuse, les voitures passent tr\u00e8s loin avec des chaussons sur les roues \u00e0 travers de grandes flaques de pluie, les oiseaux ont mis une sourdine sur leur bec de Papageno, une sourdine d\u2019or. Et il y a un r\u00eave de la journ\u00e9e qui insiste o\u00f9 m\u00e8re-p\u00e8re portent aussi la sourdine sur la bouche. Elle ressemble \u00e0 un cadenas d\u2019or et pendant des heures et des heures, on se demande comment on fabriquerait \u00e7a : une bombe de peinture de No\u00ebl sur le vieux cadenas de la bicyclette qu\u2019on ne prend plus ? En bricolant de la ferraille qui coupe les doigts ? Avec de la mie de pain, bien malax\u00e9e et durcie ? (Et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019on se perd dans les trous comme dans les tunnels du m\u00e9tro, m\u00eame si on est interdits de s\u00e9jour avec Malice, \u00e7a va pas d\u2019emmener un gosse dans ce d\u00e9dale quand on n\u2019a plus sa t\u00eate ?)<\/p>\n\n\n\n<p><em>J\u2019ai peu de souvenirs de la station Exelmans, si \u00e7a se trouve je n\u2019y suis jamais all\u00e9, \u00e7a me semble loin, je n\u2019ai plus vingt ans et quand j\u2019avais vingt ans, j\u2019avais une bicyclette et des jupes l\u00e9g\u00e8res en \u00e9t\u00e9, lourdes en hiver, j\u2019\u00e9vitais les bouches de m\u00e9tro qui ont un trop grand app\u00e9tit, je n\u2019\u00e9tais plus n\u00e9e de la derni\u00e8re pluie \u00e0 suivre le premier lapin qui passe \u2014 homme \u00e9nigmatique et \u00e9l\u00e9gant comme l\u2019Indochine dans son complet blanc \u2014. \u00c0 vingt ans c\u2019\u00e9tait bien fini tout \u00e7a, tu vois\u2009? Je les \u00e9vitais comme la peste. Alors qu\u2019enfant, ces bouches scrupuleusement identiques pour qui ne savait pas lire et qui s\u2019ouvraient n\u2019importe o\u00f9\u2026 Quelle id\u00e9e de les faire pareilles au cin\u00e9raire qui blanchit au soleil\u2009! Et ces petites lampes d\u2019orange sanguine, elles aussi criaient \u00e0 l\u2019ogre. Mais enfin, enfant, on s\u2019en moque. On aime quand \u00e7a tremble des pieds \u00e0 la t\u00eate au passage du train qui emporte tous sur son passage. C\u2019\u00e9tait \u00e9trange de ressortir \u00e7a ou l\u00e0 par la m\u00eame bouche\u2026 les rampes entrelac\u00e9es, les lampes vermillon, ces yeux morts d\u2019un dragon plus terrifiant encore dans son sommeil de jour, la fra\u00eecheur malade en bas des escaliers et le bruit \u00e0 tout casser. Enfant, je ne trouvais plus la sortie des couloirs, des tunnels, des personnes si nombreuses et si int\u00e9ressantes qui se pressaient l\u00e0-dessous. Comment ces \u00e9pop\u00e9es ont-elles cess\u00e9\u2009? C\u2019est un peu flou, mais je sens que \u00e7a se pr\u00e9cise et c\u2019est pour \u00e7a que j\u2019y suis retourn\u00e9e encore tout \u00e0 l\u2019heure\u2026 O\u00f9\u2009? Bien malin qui pourra le dire\u2009! J\u2019ai peu de souvenirs de la station, le four de la gueule ouverte fait trou noir, il faut s\u2019y faire. J\u2019aide un peu le destin en criant tout bas \u00ab\u2009Aaaaaahhhhhhhhhhh\u2009\u00bb dans la descente. Ah, \u00e7a, vous avez bien raison, remonter c\u2019est autre chose\u2009! Mais je ne ma suis pas perdue, tout le contraire : je me cherche, je suis sur le point de m\u2019y retrouver. Un peu de patience, c\u2019est ce que mon fils semble incapable de comprendre. Pourquoi me chicaner sur l\u2019horaire du d\u00eener puisque je le prends seule avec mon chat\u2009? Enfin, quand il est l\u00e0\u2026 \u00c7a-Chat n\u2019a pas d\u2019heure et \u00e0 son \u00e2ge c\u2019est bien normal, comme au mien d\u2019ailleurs. On ne peut pas se laisser avaler sans donner le temps de la digestion. Ce n\u2019est pas poli et mes parents \u00e9taient tr\u00e8s stricts sur ce point. La politesse c\u2019est la seule chose qui nous diff\u00e9rencie des dragons qui vous gobe sans dire bon app\u00e9tit. Je plaisante. Je les fais marcher, tu le sais toi, Mousy. Pourquoi les petites vieilles devraient-elles perdre le sens de l\u2019humour en m\u00eame temps que celui de l\u2019orientation\u2009? Petite vieille, parfaitement, c\u2019est bien ce qu\u2019ils voient quand ils me regardent dans le miroir et c\u2019est bien comme \u00e7a. Nous, Mousy, nous voyageons d\u2019un trou \u00e0 l\u2019autre pendant ce temps-l\u00e0. Et je voudrais bien voir qu\u2019ils viennent m\u2019expliquer comment \u00e7a doit se garder, un beau petit gnou comme toi\u2009! C\u2019\u00e9tait Exelmans\u2009? Si vous le dites\u2009! Ce n\u2019est pas parce que je ne savais pas o\u00f9 j\u2019\u00e9tais que je ne savais pas ce que j\u2019y faisais. Vous n\u2019accordez pas beaucoup de prix \u00e0 l\u2019histoire du clown qui cherche ses clefs sous le r\u00e9verb\u00e8re, n\u2019est-ce pas\u2009? Vous avez tort, bien tort, mais je n\u2019ai pas fini ma phrase et \u00e0 la fin, \u00e0 la fin seulement, vous comprendrez combien j\u2019\u00e9tais dans le vrai.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est Malice qui vient \u00e0 l\u2019\u00e9cole. C\u2019est mieux quand c\u2019est Malice. Le go\u00fbter dans un sac maison, bien \u00e0 l\u2019abri. Et l\u2019aventure. On descend dans la bouche noire. Trou de lapin. Terr\u00e9s dans le terrier. Des kilom\u00e8tres et des kilom\u00e8tres de tunnel. On se perd, mais on est pas perdu tant que Malice est l\u00e0, m\u00eame si elle ne sait plus o\u00f9 on est ni o\u00f9 on va, on part \u00e0 l\u2019aventure \u00e0 part, alors c\u2019est normal de ne pas savoir, pas du tout comme \u00e0 l\u2019\u00e9cole o\u00f9 l\u00e0 c\u2019est mal. L\u00e0-dessous, on ne sait pas lire. Soit on est trop petit et les lettres vont \u00e0 peine par deux, bras dessus, bras dessous, comme Malice et moi, soit on a laiss\u00e9 ses lunettes pr\u00e8s du fauteuil \u00e0 oreilles. Malice dit : les lunettes, \u00e7a ne sert qu\u2019\u00e0 lire le pr\u00e9sent, mais c\u2019est pour autre chose que le pr\u00e9sent qu\u2019on passe \u00e0 nouveau par le trou du lapin. Pour le pass\u00e9 et pour l\u2019avenir, comme dans les cartes. On change de train plusieurs fois, pour faire plusieurs petits voyages. Tant qu\u2019on n\u2019a pas mal aux pieds, on n\u2019est pas perdu. Si on pleure, Malice prend dans les bras et demande aux gens press\u00e9s. Un dit qu\u2019Axelle ment. Comment il la conna\u00eet ? C\u2019est peut-\u00eatre son papa qui a chang\u00e9 de t\u00eate. C\u2019est possible qu\u2019Axelle ait menti un jour, \u00e7a arrive : la vie est moche parfois, ou on s\u2019ennuie, alors on met une petite rustine pour pas qu\u2019elle se d\u00e9gonfle compl\u00e8tement. Malice dit que ce n\u2019est pas un mensonge, c\u2019est l\u2019\u00eele Machination qui travaille. Du coup, elle s\u2019en fout, Malice quand l\u2019autre lui dit : Axelle ment. Elle, elle r\u00e9pond : si vous le dites. Mais ensuite, \u00e7a lui revient comment rentrer \u00e0 la maison des parents. Quand on arrive, ils ne sont pas tr\u00e8s contents \u00e0 cause de l\u2019heure. Alors on ment sur l\u2019aventure. Malice raconte des histoires de retenues, d\u2019embouteillages, d\u2019arr\u00eat-pipi. Une fois elle leur \u00e0 parl\u00e9 de l\u2019\u00e9tape des gros bourdons en anorak de ski dans les massifs du square, mais elle n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s populaire. Les parents pr\u00e9f\u00e8rent les voitures qui trafiquent et tout s\u2019arr\u00eate. Bon, l\u00e0, c\u2019est un autre probl\u00e8me parce que dans les souterrains, quelqu\u2019un nous a vus et maintenant les parents sont au courant pour les vir\u00e9es en m\u00e9tro avec Malice sans ses lunettes et dans l\u2019\u00e9tat o\u00f9 elle est, \u00e0 quoi pensait-elle ? Comme si on pouvait le savoir \u00e0 quoi pense Malice, \u00e0 quoi pense les gens ! Elle me la bien dit : Petit gnou, ce qui se passe dans ta t\u00eate, personne ne peut le voir. Comme pour la bouche noire. Ils peuvent voir le trou, mais ils n\u2019ont aucune id\u00e9e de se qui se trame l\u00e0-dessous.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Codicille : Le premier paragraphe r\u00e9pond \u00e0 la proposition #4. Le second provient du cycle #40jours. Le troisi\u00e8me, du prologue du cycle en cours. Cet assemblage s&rsquo;est propos\u00e9. Je ne m&rsquo;y suis pas oppos\u00e9e. La maison est malade. Elle bouille du dehors et dedans glac\u00e9e. 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