{"id":14153,"date":"2019-09-27T00:01:27","date_gmt":"2019-09-26T22:01:27","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=14153"},"modified":"2019-09-26T22:01:38","modified_gmt":"2019-09-26T20:01:38","slug":"nos-27-septembre-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/nos-27-septembre-4\/","title":{"rendered":"Nos 27 septembre"},"content":{"rendered":"\n<p><span style=\"text-decoration: underline\">27 septembre 1994 :<\/span>  Je rentre de ma promenade du matin avec Cachou, mon chien. Pain frais pour le petit d\u00e9jeuner, la bouilloire chauffe, et Fran\u00e7ois dort. Comme d\u2019habitude, il se r\u00e9veillera vers midi. Heureusement que je dispose de l\u2019appartement d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 pour pouvoir travailler, sinon son incapacit\u00e9 \u00e0 \u00eatre dans des horaires normaux me mettrait clairement en difficult\u00e9. Je remarque v\u00e9ritablement depuis que nous avons pris le chien que notre couple n\u2019ira pas bien loin. Je suis seule \u00e0 prendre le chien en charge, comme bien et trop de choses, d\u2019ailleurs. De temps en temps, il y a une discussion o\u00f9 il se garde le \u00ab&nbsp;beau r\u00f4le&nbsp;\u00bb mais la r\u00e9alit\u00e9 c\u2019est que je ne peux pas compter sur lui et que c\u2019est la drogue, ses besoins, qui passent toujours avant moi et les n\u00e9cessit\u00e9s de la vie \u00e0 deux. Je m\u2019affirme mal et ne suis pas heureuse. Cette vie o\u00f9 l\u2019on me colle au foyer, passive et maternante ne me convient pas du tout. Bien s\u00fbr, oui, il a du talent et c\u2019est quelqu\u2019un d\u2019int\u00e9ressant. Mais le haschisch prend trop de place dans sa vie et je pense que cela ne changera pas. Je c\u00f4toie du coup des gens qui pour la plupart ne m\u2019int\u00e9ressent pas, sont excessivement centr\u00e9s sur la drogue. Je n\u2019aurai jamais d\u2019enfant avec cet homme sur lequel il n\u2019est pas possible de compter, qui ne veut pas travailler sur son histoire alors qu\u2019il en a besoin. Hier encore, cette soir\u00e9e chez Louis \u00e9tait affligeante. Et de voir ces enfants petits, charmants, en culottes courtes voire en couches au milieu des barres de shit est une vision d\u00e9rangeante et impossible pour moi. Je ne veux pas que le p\u00e8re de mes enfants le prenne dans ses bras avec des yeux d\u00e9chir\u00e9s et rouges. Et je ne pourrai pas partir chanter sereinement dans ces conditions. Me voil\u00e0 qui commence \u00e0 m\u00fbrir une rupture en buvant mon th\u00e9 Earl Grey ce matin pendant que mon chien rogne son os avec bonheur. Je sais que j\u2019ai fait une erreur d\u00e8s le d\u00e9part avec cet homme, et c\u2019est difficile de l\u2019admettre. Car je sais \u00e9galement ce que j\u2019ai fui, et pourquoi. Mon chien est tr\u00e8s haut sur pattes, je crois que je vais devoir faire du dressage car je ne pourrais pas \u00eatre toujours \u00e0 courir derri\u00e8re lui en ville comme ce matin. Et je veux pouvoir vivre sereinement avec lui, l\u2019emmener partout o\u00f9 je chanterai dans les dix\/douze prochaines ann\u00e9es. Il doit donc \u00eatre tr\u00e8s bien \u00e9lev\u00e9. Apr\u00e8s mon th\u00e9, je vais chercher une adresse. C\u2019est mercredi, je pourrais y passer. \u00c0 part travailler mon chant et faire quelques courses, c\u2019est juste une question d\u2019organisation interne ce jour. J\u2019esp\u00e8re que nous ne verrons pas encore Louis et Laurence ce soir. C\u2019est d\u00e9sesp\u00e9rant.<\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"text-decoration: underline\">27 septembre 2006 :<\/span> Cela va faire presqu\u2019un mois que je travaille dans la Loire. J\u2019adore mon appartement de Saint-Etienne. Il est vaste et lumineux, je peux y chanter tranquillement et c\u2019est ais\u00e9 d\u2019y vivre avec le chien et le chat. Le hasard veut que je me sois involontairement g\u00e9ographiquement rapproch\u00e9 de Fran\u00e7ois. Les chemins de l\u2019\u00e9crit suivis il y a quelques ann\u00e9es m\u2019ont conduit ici. C\u2019est l\u00e0 o\u00f9 je ne souhaitais pas aboutir, et ce que j\u2019ai pourtant choisi. Pas le lieu, mais l\u2019enseignement. Oui, je m\u2019occupe tr\u00e8s bien des autres. Oui, c\u2019est un m\u00e9tier dans lequel j\u2019ai de nombreuses comp\u00e9tences. Mais ce n&rsquo;\u00e9tait pas celui que je souhaitais exercer. J\u2019aime \u00eatre au-devant de la sc\u00e8ne et chanter. Cependant je suis lucide et sais que la sc\u00e8ne pour la plupart des chanteurs n\u2019a qu\u2019un temps, et que la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9volue, que la seconde carri\u00e8re de l\u2019enseignement est plus difficile \u00e0 int\u00e9grer qu\u2019avant. J\u2019esp\u00e8re que je n\u2019ai pas pris le virage trop t\u00f4t et qu\u2019on me fera chanter comme l\u2019on s\u2019y est engag\u00e9 lors du recrutement. C\u2019est que je suis dans la pleine possession de mes moyens, \u00e0 35 ans, en plein \u00e9panouissement, et ce malgr\u00e9 les \u00e9preuves de la vie&#8230; Je suis heureuse de ne pas travailler en conservatoire. Ici je puis mieux  transmettre ce que j\u2019ai acquis avec, gr\u00e2ce \u00e0 la sc\u00e8ne, me semble-t-il. Nous sommes jeudi, et j\u2019ai \u00e9t\u00e9 contente de faire travailler mes sixi\u00e8mes et cinqui\u00e8mes. J\u2019ai bien \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9 pour ce poste avec mes cours de p\u00e9dagogie de groupe. Je travaille tr\u00e8s fluidement avec mes coll\u00e8gues, comme si cela faisait plus de temps que ces quelques semaines partag\u00e9es. Maintenant, il me reste \u00e0 bien conna\u00eetre ce b\u00e2timent o\u00f9 je me perds beaucoup, et puis \u00e0 finir par comprendre cet emploi du temps r\u00e9solument complexe lorsqu\u2019on arrive&#8230; Lorsque je rentre du travail, dans ma voiture neuve et rouge que j\u2019adore, je suis tr\u00e8s \u00e9tonn\u00e9e de constater que la plupart des commerces commencent \u00e0 fermer. Pas de doute, je ne suis plus \u00e0 Paris ni Marseille!!! Car j\u2019arrive vers 18h30, ce qui n\u2019est pas tr\u00e8s tard tout de m\u00eame. Le quartier est agr\u00e9able, il correspond bien \u00e0 ma vie, mes go\u00fbts, mes besoins, y compris promener beaucoup le chien. La m\u00e8re de Fran\u00e7ois me disait qu\u2019un grand chien vit dix-douze ans, mais je regarde Cachou, il est en super forme pour un a priori mourant. J\u2019ai continu\u00e9 d\u2019explorer le quartier, j\u2019aime traverser ce qui fut l\u2019ancienne manufacture d\u2019armes. J\u2019aime marcher avec ce chien dans les villes o\u00f9 j\u2019ai v\u00e9cu seule. Il est sage, bien dress\u00e9. Je me sens en s\u00e9curit\u00e9 et j\u2019aime faire de grands pas avec lui \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s. Il m\u2019apporte une protection que je n\u2019ai pas eu tr\u00e8s souvent dans mon existence.<\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"text-decoration: underline\">27 septembre 2008 :<\/span> C\u2019est dimanche, il est 15h. Je regarde le programme du M\u00e9li\u00e8s pour d\u00e9cider le film que j\u2019irais voir vers 18-20h. Il ne fait pas tr\u00e8s beau, m\u00eame si la temp\u00e9rature est encore correcte: c\u2019est \u00e0 dire qu\u2019il ne fait pas encore froid. Le ciel est blanc comme il peut l\u2019\u00eatre ici. J\u2019ai horreur de \u00e7a. Autant j\u2019aime les nuages propres \u00e0 cette r\u00e9gion, autant ce ciel blanc qui cache les formes du soleil comme des nuages me d\u00e9pla\u00eet. Je n\u2019aime rien faire avec ce ciel. Je regarde mon Cachou, qui dort, le chat \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. Depuis plusieurs mois je le regarde avec le coeur serr\u00e9. D\u00e9sormais, il est vieux, sans nul doute. M\u00eame, tr\u00e8s vieux. Monter et descendre les trois \u00e9tages devient compliqu\u00e9 et je dois m\u2019habituer \u00e0 l\u2019id\u00e9e que certainement bient\u00f4t je n\u2019aurais plus sa pr\u00e9sence contre ma jambe. Il a accompagn\u00e9 presque quinze ans de ma vie et j\u2019ai le vertige, car c\u2019est un marqueur du temps qui passe et est irr\u00e9m\u00e9diablement pass\u00e9 qui va bient\u00f4t dispara\u00eetre. Une vie dont j\u2019ai pris soin. Une vie qui m\u2019a conduite, aid\u00e9e \u00e0 quitter un homme que je n\u2019aimais pas vraiment. Une vie qui m\u2019a accompagn\u00e9e sur les chemins de mon ind\u00e9pendance et de mon autonomie. Une vie qui raconte \u00e0 sa fa\u00e7on ma diff\u00e9renciation et mes diff\u00e9rences. Je ne suis pas s\u00fbre de reprendre un chien : celui-l\u00e0 \u00e9tait pile poil comme je le voulais. Et puis je n\u2019ai plus le m\u00eame temps qu\u2019avant pour l\u2019\u00e9ducation. Et puis j\u2019aime les grands chiens. Le vertige de la page de vie qui se tourne ne me quitte pas : je me demande ce que sera demain. Tant que ce chien est en vie, il me semble que mes r\u00eaves de jeunesse peuvent toujours s\u2019incarner, se cr\u00e9er. Tant que ce chien est en vie, il existe certains possibles. <\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>27 septembre 1994 : Je rentre de ma promenade du matin avec Cachou, mon chien. Pain frais pour le petit d\u00e9jeuner, la bouilloire chauffe, et Fran\u00e7ois dort. Comme d\u2019habitude, il se r\u00e9veillera vers midi. Heureusement que je dispose de l\u2019appartement d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 pour pouvoir travailler, sinon son incapacit\u00e9 \u00e0 \u00eatre dans des horaires normaux me mettrait clairement en difficult\u00e9. 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