{"id":141965,"date":"2023-12-11T10:20:54","date_gmt":"2023-12-11T09:20:54","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=141965"},"modified":"2023-12-11T11:47:35","modified_gmt":"2023-12-11T10:47:35","slug":"enfances-08-presences","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/enfances-08-presences\/","title":{"rendered":"#enfances #08 | leurs pr\u00e9sences"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/montbeau1_mai2012-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-141966\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/montbeau1_mai2012-768x1024.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/montbeau1_mai2012-315x420.jpg 315w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/montbeau1_mai2012-1152x1536.jpg 1152w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/montbeau1_mai2012-1536x2048.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/montbeau1_mai2012-scaled.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<div style=\"height:30px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p style=\"font-size:22px\">Souvent le soir, la pr\u00e9sence du p\u00e8re \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur la maison modifie l\u2019atmosph\u00e8re. Install\u00e9 dans la cuisine il mange, bruyamment souvent, il faut le servir et il laisse des miettes par terre quand il tranche le pain sur sa cuisse. La lumi\u00e8re est haute au plafond, se balance, fait des ombres. Souvent apr\u00e8s le repas, il tresse l\u2019osier pour fabriquer des paniers en \u00e9coutant la radio. \u00c7a, c\u2019est pendant les mois d&rsquo;hiver. L\u2019\u00e9t\u00e9 la vie se passe au jardin jusqu\u2019\u00e0 la nuit mais l\u2019hiver il y a cette pr\u00e9sence forte qui remplit la cuisine, nous prend un peu \u00e0 la gorge et au ventre. On se tient silencieux, presque cach\u00e9s. On n\u2019a pas envie de jouer, on a rang\u00e9 nos affaires et nos cartes \u00e0 jouer. Surtout ne pas nous disputer, surtout ne pas le d\u00e9ranger. On pr\u00e9f\u00e8rerait qu\u2019il n\u2019y ait que maman. On se tait, on craint d\u2019aller lui dire bonsoir, sa joue rugueuse o\u00f9 poser les l\u00e8vres, vite se d\u00e9tourner pour filer au lit.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:22px\">Il est tout blond, tout mignon. Un petit gar\u00e7on vraiment gentil et calme. Mon fr\u00e8re. Or ce jour-l\u00e0 il ne veut pas manger sa pur\u00e9e de l\u00e9gumes, \u00e0 moins que ce ne soit la viande qu\u2019il ne parvient pas \u00e0 avaler et la viande co\u00fbte cher, pas question qu\u2019on lui donne un dessert s\u2019il n\u2019a pas fini son assiette. Le p\u00e8re en a d\u00e9cid\u00e9 ainsi. Tr\u00e8s en col\u00e8re il a pris l\u2019enfant de ses deux mains puissantes, l\u2019a sorti de sa chaise, l\u2019a d\u00e9pos\u00e9 dehors au pied de l\u2019escalier. Il n\u2019a pas dit un mot, il l\u2019a juste soulev\u00e9 dans un \u00e9lan formidable et surprenant pour l\u2019exclure du cercle. Et maintenant tout seul dehors, exclus du repas, s\u00e9par\u00e9 de la famille, l&rsquo;enfant s\u2019est mis \u00e0 pleurer. Il pleure toutes les larmes de son corps. Je ressens son chagrin comme un tr\u00e8s grand malheur, comme s&rsquo;il \u00e9tait le mien. Je voudrais tellement le consoler. Et m\u00eame qu\u2019il pourrait mourir de ce chagrin-l\u00e0. Tous les deux on pr\u00e9f\u00e8rerait qu\u2019il n\u2019y ait que maman.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:22px\">Maintenant c\u2019est l\u2019\u00e9t\u00e9, il fait chaud, on est au bord de la mer. Je connais par c\u0153ur cet endroit, on y va tous les jours \u00e0 la belle saison pour se baigner. Pour l\u2019instant on est assis sur le banc en haut de la falaise juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la descente raide vers les criques au sable lisse et orang\u00e9. Il ne se passe presque rien. On ressent comme de l\u2019attente.  La mer s&rsquo;est retir\u00e9e loin et la lumi\u00e8re est magnifique sur le sable, le soleil tr\u00e8s haut encore. Je crois que c\u2019est un dimanche autour du 15 ao\u00fbt et j\u2019ignore quel \u00e2ge nous avons. Tante Simone ne nous a parl\u00e9 de rien mais je crois que j\u2019ai devin\u00e9, ils ne vont plus tarder. Elle nous a gard\u00e9s toute la semaine pendant le voyage des parents en Espagne et ils nous ont manqu\u00e9 \u00e9norm\u00e9ment, maman surtout. Et je ne sais par quel miracle, soudain elle est tout pr\u00e8s de moi, sa voix \u00e9mue tendue heureuse, son sourire, son odeur, sa robe l\u00e9g\u00e8re \u00e0 grandes fleurs grises et blanches. Incroyable cette robe demeur\u00e9e dans ma m\u00e9moire, pr\u00e9serv\u00e9e comme un bijou dans son \u00e9crin, parfaitement ajust\u00e9e \u00e0 son corps de jeune femme, cintr\u00e9e \u00e0 la taille, \u00e9vas\u00e9e dans la jupe et fr\u00f4lant le bas du genou selon la mode de l&rsquo;\u00e9poque. Elle est parfaite sur elle, ne rien changer surtout. Ne rien changer \u00e0 la douceur de son apparition, \u00e0 la soie de la robe fleurie voluptueuse. En cet instant on n\u2019a d\u2019yeux que pour maman. On va retrouver notre vie. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\"><em>Photographie \u00a9Fran\u00e7oise Renaud, C\u00f4te de jade 2020<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Souvent le soir, la pr\u00e9sence du p\u00e8re \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur la maison modifie l\u2019atmosph\u00e8re. Install\u00e9 dans la cuisine il mange, bruyamment souvent, il faut le servir et il laisse des miettes par terre quand il tranche le pain sur sa cuisse. La lumi\u00e8re est haute au plafond, se balance, fait des ombres. 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